La future débacle par Gustave Nercy, ex-capitaine-commandant de la cavalerie.
Paris, P.-V. Stock , 1897 [de l'imprimerie Pichat et Pepin à Châtillon-sur-Seine]
1 volume in-18 (19,4 x 12,8 cm) de X-(2)- 364 pages. Avec 2 cartes dont une dépliante.
Reliure bradel demi toile bronze à larges coins, pièce de titre en cuir rouge au dos, fleuron doré au centre du dos, tête dorée, non rogné. Couvertures conservées (le premier plat de couverture est cassé dans la marge intérieure et détaché). Quelques minimes marques à la reliure qui reste solide. Intérieur très frais. Le faux titre qui porte l'envoi autographe est légèrement teinté et le verso du dernier feuillet est uniformément bruni par l'acidification du deuxième plat de couverture en regard. Sinon les pages sont d'une rare fraîcheur et imprimées ici sur un très beau papier de Hollande (voir ci-dessous le détail du tirage). Avec lettres autographes ajoutées par P.-V. Stock lui-même (voir détail ci-dessous).
Edition originale.
Un des 5 exemplaires tirés à part sur papier de Hollande (n°I).
Exemplaire de la bibliothèque de l'éditeur de l'ouvrage Paul-Victor Stock, avec dédicace autographe de l'auteur.
P.-V. Stock, comme à son habitude pour les exemplaires de sa bibliothèque personnelle, a ajouté au moment de la reliure un certain nombre de documents autographes dont voici la liste :
- billet autographe de l'anarchiste et journaliste Charles Malato (qui explique que malgré sa bonne volonté il ne pourra émettre une critique totalement favorable à cet ouvrage trop "militariste" pour lui.
- dessin de l'auteur (carte du dispositif au début de 1870)
- 5 lettres autographes de l'auteur adressées à P.-V. Stock sur la mise en train de l'édition de l'ouvrage
Volant dans le volume on trouve également :
- 4 billets autographes de l'auteur adressées à l'éditeur Albert Savine (premier éditeur pressenti pour publier cet ouvrage)
- 1 longue lettre autographe de l'auteur adressée à l'éditeur Albert Savine qui défend l'ouvrage à publier (manifeste).
Les lettres sont repliées avec quelques petites déchirures et plis, sans gravité.
Gustave Nercy, ancien commandant de cavalerie, n’hésite pas à avancer que « dans leur langage imagé, les Arabes affirment qu’il vaut mieux un régiment de chèvres conduit par un lion qu’un régiment de lions conduit par une chèvre » , manière politiquement incorrecte de dire que, selon le vieil adage militaire, c’est la qualité du chef qui fait la qualité de la troupe. (cité dans Obtenir l’obéissance d’une armée de masse, par François Cochet)
"Au moment où tous les yeux sont tournés vers notre armée, où tous les gens, trompés par les apparences, escomptent à l’avance les succès de la future guerre, un soldat, M. Gustave Nercy, ex-capitaine-commandant de l’artillerie, a eu le courage, dans la Future Débâcle (un volume qui paraît à la librairie Stock), de montrer la mauvaise organisation — quant au commandement — de cette belle armée qui serait parfaite s’il ne lui manquait la chose indispensable pour vaincre : UN STRATÉGISTE RÉELLEMENT DIGNE DE CE NOM. C’est le cri du cœur du soldat vaincu, d’un homme qui a assisté à la plupart des batailles de l’année terrible, depuis la Meuse jusqu’à la Loire. Nulle recherche des fleurs de rhétorique ; style nerveux, saccadé et qui fait voir de suite que l’écrivain subit encore l’impression des hontes subies, des angoisses éprouvées. L’auteur a eu le soin d’appuyer ses raisonnements sur des documents irréfutables, puisés dans les faits des grands hommes de guerre ou les théories des écrivains militaires les plus compétents et les plus autorisés. La lecture de ce livre impressionnera vivement tous ceux qu’inquiète l’avenir de la Patrie française." (Note dans La Revue Politique et parlementaire, 1897)
Le 28 juin 1914, l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo, déclenche un enchaînement de déclarations de guerre. Le 3 août 1914, l'Allemagne déclare la guerre à la France.
La chair à canon peut gémir ! Il est trop tard ... Gustave Nercy, mort le 21 août 1907 à l'âge de 56 ans n'aura pas vu l'hécatombe qu'il avait pourtant prévu depuis 1896.
Il avait été fait Chevalier de la Légion d'Honneur en juillet 1888.
"Réquisitoire d’un engagé volontaire, fait officier sur le champ de bataille en 1871, remis sous-officier pendant huit ans par la Commission des grades, lieutenant et capitaine à l’ancienneté, ne pouvant obtenir le quatrième galon parce qu’il est sorti du rang, qu’il manque d’allant, qu’il est noté par le général inspecteur « officier sans fortune, sans avenir ». Il a beau étudier « toutes les campagnes depuis Gustave-Adolphe », son général lui fait observer que « ces choses-là sont trop fortes pour lui ». Obligé de quitter l’armée pour avoir refusé de marcher contre les grévistes (Fourmies), l’ex-capitaine Nercy a employé ses loisirs à prédire dans un gros livre la future défaite de l’armée parce qu’elle est commandée par des Saint-Cyriens, des membres du Jockey-Club et aussi parce que notre Gouvernement est « opportuno-judéo-maçonnique ». On peut laisser de côté les idées et les argumentations de M. Nercy. Il faut lui accorder que la situation des officiers de fortune sur lesquels il appelle l’attention est vraiment émouvante. Mais quel remède, si les maux sont dans l’institution ?" (Revue Blanche)
En 1898 il donnera un autre livre intitulé "Vive l'Armée !" (paru chez Tolra). Il y développe la même idée fixe : c’est qu’en cas de guerre nous serions battus, archi-battus, comme il dit, et cela parce que nos grands chefs, « qui ne connaissent pas un mot de leur métier », n’ont jamais pensé qu’à la défensive. Ne lui parlez pas des forts, camps retranchés, blindages, bétonnements, ne lui parlez pas des manœuvres, bonnes à renifler « le bagout et l’épate », ne lui parlez pas de la mobilisation ni des détails du service : œillets à pot, fourniment, astiquage ; il estime qu’en 1870 nous avions trop de boutons de guêtres — ce qui n’empêchait pas Lebœuf, général d’école, d’être un âne. Sous des saillies souvent plaisantes, le capitaine Nercy, écarté de l’armée, nous apprend-il, parce qu’il n’acceptait pas « d’éventrer des ouvriers » émet une vérité sérieuse : à savoir que notre système de forteresses, ces fameux boulevards de la patrie, que nous multiplions jusqu’à faire de notre frontière une vraie muraille de la Chine, pourrait bien être un système de reculade et défaites, et que la meilleure manière défensive est encore l’attaque. (Victor Barricand).
Il faut avouer que P.-V. Stock avait le chic pour choisir ses auteurs parmi la racaille subversives du moment : les anarchistes ! les dreyfusards ! les dégradés de l'armée ! et bien d'autres libre penseurs dont nous a gratifié la fin du XIXe siècle.
Merci à Paul-Victor Stock, l'éditeur sans peur et sans reproche !
PS : initialement ce volume devait paraître chez Albert Savine comme en témoigne plusieurs courriers autographes que P.-V. Stock a pris soin de rassembler dans ce volume pour sa bibliothèque personnel d'éditeur engagé.
Bon exemplaire de cet exemplaire unique du très rare tirage sur Hollande (5 ex.) provenant de la bibliothèque de l'éditeur P.-V. Stock.
Prix : 1 500 euros














