Le Palais Royal. Par M. Rétif de la Bretonne, auteur des Nuits de Paris.
Première partie. Les Filles de l'Allée-des-Soupirs. Seconde partie. Les Sunamites. Troisième partie. Les Converseuses.
A Paris, au Palais Royal d'abord ; puis, partout. Même chez Guillot, libraire rue des Bernardins. 1791.
3 parties en 1 volume petit in-8 (169 x 104 mm | hauteur des marges : 164 mm) de 183, 165 et 196 pages. Collationnée complet.
Reliure plein maroquin lavallière, dos à nerfs orné de fers dorés, pièce de titre de maroquin orange, pièce de millésime de maroquin noir, triple filet doré en encadrement des plats, double filet doré sur les coupes, tranches dorées sur marbrure, dentelle dorée en encadrement intérieur des plats, doublures et gardes de papier peigne. Exemplaire lavé et encollé au moment de la reliure qui date des années 1860-1870. La reliure n'est pas signée mais sort d'un grand atelier (probablement CUZIN, voir ci-dessous la provenance). Excellent état de l'ensemble. Minimes ombres et marques à la reliure qui est à l'état proche du neuf. Intérieur frais malgré un papier uniformément légèrement teinté (dû au lavage et encollage et à la qualité du papier). Il a été relié en tête une estampe (voir photo) de l'époque de l'ouvrage mais qui ne fait pas partie de l'édition qui n'est pas illustrée.
Rarissime contrefaçon de l'édition originale parue un an auparavant en 1790.
Paul Lacroix n'a pas pu trouver et examiner cette édition tant elle est rare. Il n'a donc pu donner sa pagination dans sa bibliographie des ouvrages de Rétif de la Bretonne publiée en 1875. Rive-Childs quant à lui donne la pagination (exacte) mais sans visiblement avoir pu l'examiner pour en disserter. Cette édition se trouve dans le fonds de la bibliothèque municipale d'Auxerre. Monselet n'avait pas pu l'examiner non plus.
Paul Lacroix écrivait ainsi : "Nous empruntons cette description au Catalogue d'une collection de livres curieux en divers genres (Paris, Alvarès, 1864, in-8°, n° 437), où le rédacteur du Catalogue (M. Alvarès lui-même) ajoute la note suivante : « Cette édition est absolument une contrefaçon de l'ouvrage de Restif ; elle ne diffère, du reste, de l'édition originale que par la justification et le nombre de pages ; elle est très-rare. » Nous avons cherché inutilement un exemplaire de cette contrefaçon, que M. Monselet n'a pas citée et qui paraît être sans figures."
Du Palais-Royal, Restif disait : "Ce genre d'héroïnes n'était que légèrement historié passim dans les cinq suites [des Contemporaines] précédentes. Par celle-ci, en tois volumes, j'approfondis la matière, en dévoilant une multitude de choses que je tenais de mon ami le docteur Guillebert, et que je n'aurais jamais connues sans lui : les différentes manières de se divertir à Paris, avec les femmes, ou de les faire servir au plaisir des hommes [...] "Les différents détails de cette production singulière la rendent, pour les Français, ce que fut la Satire de Pétrone pour les Romains : les Sunamites, les Berceuses, les Ressemblantes, etc., sont autant de phénomènes moraux, réservés sans doute à notre siècle. Cette VIe Suite des Contemporaines ne pouvait entrer dans les premières, à cause des censeurs ; mais elle était nécessaire à leur intégrité." (Mes Ouvrages, p. 162)
Restif ajoutait, dans une notice qu'on trouve à la fin du tome VIII de l'Année des dames nationales : "Cet ouvrage [le Palais-Royal] présente le Tableau philosophique de l'ancienne corruption. Ce ne sont pas les histoires des filles en elles-mêmes, qui sont intéressantes. C'est la peinture des moeurs qu'elles amènent, et le mérite de cette peinture ne consiste que dans la vérité. Mais ce n'est pas tout : on trouve, dans ce nouveau Pétrone, des genres de prostitution raffinés ; différentes espèces, non de débauche, mais d'usage des femmes, inventées par des Matrulles sagaces, qui tirent un parti inconnu des charmes qu'un sexe offre à l'autre. C'est donc un livre très instructif et même philosophique, que le Palais-Royal, en trois volumes, que vend le citoyen Louis, libraire, rue Saint-Séverin."
« L'Avis qui précède le Palais-Royal commence ainsi : « Tandis que des journalistes mensongers répandent le venin et la terreur, tandis que des âmes atroces cherchent à détruire la confiance, et, par un air de tristesse, aggravent nos malheurs , ne serait-il pas à propos de montrer que la Nation a conservé le goût du plaisir, qu'elle n'est point accablée et qu'elle veut rire encore ? Nous donc, célibataires jadis célèbres, un peu singuliers, peut-être bizarres, avons entrepris de ramener la Nation à des idées plus douces, et, tout en attaquant des abus, de présenter quelquefois l'attrait du plaisir. Nous allons former une galerie de tableaux, gaiement tristes... » (Lacroix)
Rétif écrit en finissant son ouvrage : « La Révolution est opérée, citoyens ! Tous les abus vont disparaître, et l'égalité va ramener les bonnes-moeurs. Hé ! ne dites pas que le riche fait vivre le pauvre ! Il le corrompt plus sûrement qu'il ne le fait vivre ! Cependant nous observerons les moeurs, nous les guetterons, pour ainsi dire, et nous crierons sus au Vice, comme vos sentinelles-nationales crient sus aux ennemis du Peuple ! »
« Ce curieux et bizarre ouvrage a été composé sur le vif, comme on disait autrefois ; on peut dire que l'auteur a travaillé in anima vili, comme l'anatomiste sur le cadavre. » (Lacroix)
« On sait que le nouveau Palais-Royal, écrivait-il en 1796 (Monsieur Nicolas, p. 1789), est devenu le rendez-vous universel des motions, des affaires, des plaisirs, de la volupté, de la débauche, du jeu, de l'agiotage, de la vente d'argent, d'assignats, de mandats, et par conséquent le temple ou le prostituteur de l'observation. Ce célèbre bazar m'attirait donc par lui-même et par les agréments que je rencontrais sur la route. » L'auteur du Pornographe n'eut qu'à se souvenir, pour faire, ex professo, un traité sur les Filles du Palais-Royal. (Lacroix)
Fils de paysans de l'Yonne, devenu ouvrier typographe à Auxerre et Dijon, Nicolas Restif de La Bretonne s'installe à Paris en 1761 : c'est alors qu'il commence à écrire. Il a une vie personnelle compliquée et est sans doute indicateur de police. Polygraphe, il fait paraître de très nombreux ouvrages touchant à tous les genres, du roman érotique (L'Anti-Justine, ou les Délices de l'amour) au témoignage sur Paris et la Révolution (Les Nuits de Paris ou le Spectateur nocturne, 1788-1794, 8 volumes) en passant par la biographie avec La Vie de mon père (1779) où il brosse un tableau idyllique du monde paysan avant la Révolution avec la figure positive de son père. Il a également touché au théâtre sans grand succès. Cherchant constamment des ressources financières - il mourra d'ailleurs dans la misère -, il écrit aussi de nombreux textes pour réformer la marche du monde. Cependant l'œuvre majeure de Restif de la Bretonne est sa vaste autobiographie, Monsieur Nicolas, en huit volumes échelonnés entre 1794 et 1797. Ce livre fleuve se présente comme la reconstruction d'une existence et expose les tourments de l'auteur/narrateur comme à propos de la paternité - le titre complet est Monsieur Nicolas, ou le Cœur humain dévoilé -, mais témoigne aussi de son temps et constitue une source très abondante de renseignements sur la vie rurale et sur le monde des imprimeurs au XVIIIe siècle. C'est aussi un philosophe réformateur pénétré de rousseauisme qui publie des projets de réforme sur la prostitution, le théâtre, la situation des femmes, les mœurs, et un auteur dramatique.
Références : Monselet, n°36, pp. 163-165 ; Rives Childs, n°XXXVIII-1, pp. 313-314 ; Lacroix, XL-1, pp. 338-341
Provenance : de la bibliothèque d'Elzéar Pin (1813-1883) avec son ex libris gravé par Stern. Homme politique, il fut élu député du Vaucluse puis sénateur. La vente de sa bibliothèque eut lieu le 14 janvier 1884. Elle contenait bon nombre de livres rares dont plusieurs reliés par des maîtres tels que Cuzin (qui pourrait bien être le relieur de cet exemplaire du Palais Royal de Rétif) ; de la bibliothèque Lucien Allienne (1950) avec ex libris ; de la bibliothèque Philippe Paulati Mage (ex libris moderne) ; de la bibliothèque Bertrand Hugonnard-Roche (ex libris moderne).
Superbe exemplaire de cette rarissime édition du Palais Royal de Rétif de la Bretonne.
Prix : 5 000 euros













