mercredi 4 février 2026

Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone]. Le Quadragénaire ou l'Age de renoncer aux passions ; Histoire utile à plus d'un lecteur. 1777. Très bon exemplaire relié sur brochure, bien complet des 15 figures et des 6 feuillets de revue des ouvrages de l'auteur. Rare.


Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone]

Le Quadragénaire ou l'Age de renoncer aux passions ; Histoire utile à plus d'un lecteur. Première et seconde partie.

A Genève et se trouve à Paris, chés la Veuve Duchêne, 1777

2 parties reliées en 2 volumes in-12 (18,6 x 11,5 cm environ) de 244 et 244 pages (+ 6 feuillets non chiffrés). Avec 15 figures hors-texte.

Cartonnage bradel plein papier marron-mauve, pièces de titre dorées (reliures exécutées vers 1880-1900, probablement en Italie, Suisse ou Allemagne. Reliures fraîches. Dos éclaircis. Exemplaire relié sur brochure (ébarbé), tête poncée. Quelques fonds de cahiers et renforts au papier teinté lors de la reliure. Quelques feuillets plus ou moins teintés et d'autres imprimés sur papier bleuté, comme toujours pour ce livre. Bien complet des 6 feuillets de Revue des ouvrages de l'auteur qui manquent presque toujours à la fin du volume.





Edition originale et unique édition du premier ouvrage illustré de Rétif de la Bretonne.

"On a prétendu faire entendre aux Agréables, qu'à l'âge de 40 ans ils doivent renoncer à leurs prétentions, et revenir de leur ivresse ; s'ils ne veulent pas que le mépris et le persiflage amère flétrissent les myrrhes et les rose dont leur front est couronné. Si le vice a pu leur faire illusion dans la jeunesse, cette illusions cesse pour le Quadragénaire ; la vertu seule, l'union respectable des époux, ayant pour base les avantages solides de la raison, l'arrangement des affaires, peuvent lui procurer un bonheur réel et durable. [...] Le Quadragénaire est par lettres. Après un court Avant-propos, qui indique le sujet de l'ouvrage, commence la correspondance d'une jeune personne raisonnable, avec un homme âgé de 40 ans, dont elle désire devenir l'épouse. Dans les premières lettres, elle laisse entrevoir modestement et peu à peu son intention : mais dès qu'elle est suffisamment connue, elle emploie tous les moyens, pour déterminer un homme sensé, timide, et qui connait trop bien son siècle, pour vouloir hasarder le bonheur de la fille d'un ami, et le sien propre, par un imprudent mariage. [...] Elise (c'est le nom de la demoiselle), en fille sensée, persiste dans le plan de conduite qu'elle s'est tracé : elle épouse le Quadragénaire, dont elle ne peut douter qu'elle ne soit adorée, et elle est heureuse avec lui, en continuant d'être raisonnable, c'est à dire en se circonscrivant dans les soins de son ménage, en fermant l'oreille et l'entrée de sa maison aux jeunes muguets, et à tout être inutile. L'ouvrage est terminé par une revue très-abrégée des différents états, dans laquelle on se propose d'éclairer les parents, sur celui qu'ils doivent préférer pour s'y choisir un gendre. [...]." (extrait de la Revue des ouvrages de l'auteur, rédigée par Rétif de la Bretonne lui-même).

En réalité ce sont les amours déguisées de Rétif de la Bretonne lui-même avec Virginie qu'il nous raconte pour la première fois dans ce roman une fois de plus en grande partie autobiographique. Ses amours avec Virginie seront aussi contés dans La Malédiction paternelleMonsieur Nicolas et Mes Inscripcions. En incorrigible coureur de jupons, Rétif essaye, par ce livre, de se convaincre d'être raisonnable arrivé 40 ans, cesser de penser qu'on peut encore se faire aimer à cet âge, sans se faire berner par la pernicieuse femina











C'est le premier livre de Rétif orné de belles illustrations. C'est la veuve Duchêne elle-même qui proposa à Rétif les services d'un jeune artiste de 24 ans, André Dutertre, élève du peintre Vien. Les gravures ont été gravées par Bacquoy et Berthet (seules deux sont signées).

Rétif indiquait cet ouvrage comme épuisé dans un catalogue de ses ouvrages en 1788.

Provenance : présence de deux ex libris dont celui d'Aldo Maffey, auteur historien scientifique italien connu dans les années 1970 pour ses écrits sur Mably et les physiocrates et plus généralement la philosophie du XVIIIe siècle. L'autre ex libris est un monogramme non identifié mais qui indique une bibliothèque probablement prestigieuse (lettres R R dorées sur fond marron - voir photo).

Références : Rives Childs n°XVII, p. 245-246 ; Paul Lacroix (Bibliophile Jacob), n°XVIII, p. 145-147 : "ce roman singulier est très rare".
















Très bon exemplaire relié sur brochure, condition la plus désirable pour les ouvrages de Rétif de la Bretonne.

Prix : 2 600 euros

samedi 31 janvier 2026

FREDILLLO [Paul VERLAINE] Estampe originale érotique | Poésie érotique [Filles - A Eugénie - A Esther] ca 1890 | Une double-estampe à l'eau-forte sur feuille 44,5 x 63 cm (cuvette 29 x 21 cm pour chaque cuivre - soit une surface de gravure totale de 29 x 42 cm). Estampe érotique verlainienne ancienne de la plus grande rareté.


FREDILLLO [Paul VERLAINE]

Estampe originale érotique | Poésie érotique [Filles - A Eugénie - A Esther]

Sans lieu ni date [Paris ? ca 1890 ?]

Une double-estampe à l'eau-forte sur feuille 44,5 x 63 cm (cuvette 29 x 21 cm pour chaque cuivre - soit une surface de gravure totale de 29 x 42 cm). Signature Frédillo en bas à gauche et monogramme en bas à droite. Le cuivre de gauche est gravé dans la plance "n°1 // Côté gauche" (pour aider au tirage sur papier).Tirage sur papier vergé teinté à pontuseaux verticaux.

La plaque de gauche contient une scène avec Verlaine représenté au lit avec une dame et diverses scènes qui entourent le poème "A Eugénie" qui commence par les vers "Bonne, simple fille des rues, Combien je te préfère aux grues, ...". La plaque de droite contient une scène avec Verlaine assistant au déshabillé d'une dame et diverses autres scènes qui entourent le poème "A Esther" (Filles) qui commence par les vers "Et toi, tu me charmes aussi, Malgré la manière un peu rude, qui n'est pas celle d'une prude ...". On lit gravé au bas dans la gravure : Droits réservés.


Il s'agit d'un seul et même poème intitulé "Filles" parue dans le recueil "Femmes" publié par Verlaine en 1890. En fait poème dont la première partie a été publiée en 1889 dans le recueil Parallèlement.

Nous ne savons rien de cette estampe tirée très certainement à un très petit nombre d'exemplaires. Le tirage est ici très net et bien contrasté.

Frédillo est connu pour ses illustrations coquines voire érotiques de la période 1890. Frédillo faisait apparemment partie du cercle des amis du poète. Frédillo est né Louis-Alfred Boisserand à Dijon (20 septembre 1855) et est mort à Paris le 18 décembre 1924. Frédillo fut d'abord caricaturiste pour La Lanterne (en 1874-1876), L’Écho des jeunes et La Plume (après 1889). Il signait Frédillo avec un accent et parfois d'un simple F. Il connaissait sans doute Paul Verlaine et la marquise Henriette de Mannoury d'Ectot, née H. Nicolas Le Blanc, plus connue sous le pseudonyme de vicomtesse de Cœur-Brûlant. C'est ainsi que Frédillo produisit une grande quantité d'illustrations érotiques, d'assez bonne facture selon Pascal Pia et non sans style, et ce, clandestinement : entre autres pour l'éditeur belge Auguste Brancart (vers 1880-1890), les éditeurs parisiens René Pincebourde et Jean Fort (vers 1895-1911). Son thème de prédilection (du moins, celui pour lequel on lui passait commande) semble avoir été la flagellation, répondant ainsi à une mode fin-de-siècle.

On peut supposer que cette estampe a été tirée pour un marchand d'estampe qui débitait sous le manteau à Paris (peut-être Pincebourde qui n'a sans doute pas osé y adjoindre son nom de peur des représailles judiciaires).

Cette poésie érotique de Verlaine et sa représentation physique du vivant du poète font de cette estampe un objet quasi unique dont nous n'avons trouvé aucune trace ailleurs.


Roule ton cul sous ta chemise,

Mais laisse ma main que j’ai mise

Au chaud sous ton gentil tapis.

Là ! nous voilà cois, bien tapis. (extrait)


Bon exemplaire, à encadrer. Quelques ombres et quelques légères déchirures marginales loin du sujet. Le pli central passe entre les deux cuivres et n'affecte donc pas l'intégrité des estampes.

Estampe érotique verlainienne ancienne de la plus grande rareté.

Prix : 950 euros


Détails



vendredi 30 janvier 2026

ANONYME [Pierre-François-Félix-Joseph GIRAUD] | Histoire générale des prisons sous le règne de Buonaparte, avec des anecdotes curieuses et intéressantes sur la Conciergerie, Vincennes, Bicêtre, Sainte-Pélagie, La Force, Le Château de Joux, etc., etc., et les personnages marquants qui y ont été détenus. Paris, Alexis Eymery, 1814 [de l'imprimerie de J. B. Imbert]

ANONYME [Pierre-François-Félix-Joseph GIRAUD]

Histoire générale des prisons sous le règne de Buonaparte, avec des anecdotes curieuses et intéressantes sur la Conciergerie, Vincennes, Bicêtre, Sainte-Pélagie, La Force, Le Château de Joux, etc., etc., et les personnages marquants qui y ont été détenus. Deuxième édition.

Paris, Alexis Eymery, 1814 [de l'imprimerie de J. B. Imbert]

1 volume in-8 (21 x 13,5 cm) de 175-(1) pages.

Reliure demi chagrin noir, dos à nerfs, filets dorés (reliure vers 1860). Très bon état. Quelques légères marques d'usage. Intérieur frais. Les deux derniers feuillets avec des rousseurs éparses.

Edition originale avec mention de deuxième édition sur la page de titre. Pagination identique à l'édition originale parue la même année. Seul le feuillet de Table a été rajouté aux exemplaires marqués "deuxième édition".




Très intéressant ouvrage qui donne un état des prisons de France sous le règne de Bonaparte. On y trouve les prisons suivantes : Le Dépôt, La Conciergerie, Montaigu, L'Abbaye, Sain-Lazare, Saint-Denis, Les Madelonnettes, La Petite Force, La Grande Force, Sainte-Pélagie, Le Temple, Vincennes, Château de Ham, Château de Joux, Bicêtre.

Les anecdotes qui accompagnent le descriptif de chaque prison sont très intéressantes. On y trouve quelques traits sur les prisonniers parmi les plus célèbres dont le marquis de Sade (Sainte-Pélagie),  Toussaint-Louverture (fort de Joux), etc.

Dans l'Avertissement placé en tête du volume, l'auteur dénonce une justice souvent aveugle et trop sévère à l'égard de ceux qui croupissent dans ces prisons : " [...] Si l’équité du petit-fils du bon Henri a déjà brisé les fers d’une partie des détenus qui l’étaient injustement, si tous les autres sont assurés d’obtenir la même justice, la clémence royale s’est aussi étendue sur plus d’un condamné. Elle s’arrête sans doute sur la tête des moins coupables ; mais que le vice se garde de penser que l’indulgence du père fera taire en toute occasion la juste sévérité du juge : un Code d’autant plus redoutable que la seule équité en aura dicté les dispositions, tout en protégeant l’innocence arrêtera le crime dans son affreuse carrière, et la grâce émanée du trône sera le dernier pardon. L’arbitraire est partout poursuivi et flétri dans l’effrayant tableau que nous présentons au lecteur ; mais ce tableau fut tracé par une plume impartiale, exempte de fiel et de ressentiment. Tout ce qui peut concerner les agents d’une police trop dévouée à la tyrannie, ne peut s’appliquer en rien à ceux de la police actuelle. Son chef, aussi équitable qu’humain et éclairé, laisse de nobles souvenirs à Rouen, dans la Westphalie, partout enfin où il se rencontra parmi ses administrés des hommes capables d’apprécier une administration paternelle. Quant aux principaux employés qui secondent ce digne magistrat, ils ne sont jamais redoutables que pour le vice et ses odieux sectateurs. Ceux-ci, par leur scélératesse, ont souvent provoqué des rigueurs inouïes : comme si un excès ne pouvait être réprimé que par un excès contraire ! Mais dans les lieux où elles s’exercent, ces rigueurs retombent par contre-coup sur des hommes faibles ou sur des innocents. Hélas ! si l’on représente la justice un bandeau sur les yeux, les exécuteurs de ses arrêts sont encore plus aveugles : Et l’instrument des lois que mendit la licence, Du crime ne sait distinguer l’innocence. L’œil de la surveillance s’ouvrira sur ces agents subalternes, sur ces gardiens farouches, qui deviendront humains sous des chefs amis de l’humanité. Mais ce serait en vain que l’on déclamerait contre une police nécessaire, indispensable : on n’aura plus besoin d’elle quand tous les hommes seront devenus sages, prudents et vertueux. [...]" (extrait).















Cet ouvrage est communément (Bnf) attribué à Pierre-François-Félix-Joseph Giraud (Bacqueville, Normandie, 20 septembre 1764 – Paris, 26 février 1821), homme de lettres français. Ancien religieux de l’ordre des Bernardins, il s’engagea activement dans la vie politique pendant la Révolution. Administrateur du district de Montmarault, il est député de l'Allier à la Convention, et vote la mort de Louis XVI. Il travaille dans les bureaux du comité de sûreté générale et se lie aux milieux montagnards ; après la chute de Robespierre, il fut employé sous le Directoire au ministère de la Police dans un service de censure auprès d’Alphonse de Beauchamp. En 1799, membre de la société du Manège, il s’opposa au coup d’État du 18 brumaire et fut, après le triomphe de Bonaparte, brièvement inscrit sur une liste de déportation, mesure ensuite révoquée. Il se tourna alors vers les travaux de compilation et de presse, collaborant notamment aux Tables du Moniteur et à la Biographie moderne (1806), et fut l’un des premiers rédacteurs du journal Le Constitutionnel. Auteur prolifique sous l’Empire et la Restauration, il publia entre autres le Mémoire sur la Guyane française (1804), la Campagne de Paris (1814), le Précis des journées de juin 1815 (1815) et plusieurs recueils des « Beautés de l’histoire » (1817–1825). Son Histoire des prisons sous Buonaparte (1814) est considéré comme un pamphlet antinapoléonien et répertorié comme tel par la Fondation Napoléon (100 pamphlets anti-napoléoniens de 1814 à 1815).

Bel exemplaire finement relié et très bien conservé.

Prix : 250 euros