samedi 25 avril 2026

1947 | Maurice L'Hoir imagier pour la Pantagruéline Prognostication, certaine, véritable et infaillible pour l'an perpétuel. Nouvellement composée au proffict et advisement de gens estourdis et musars de nature, par Maistre Alcofribas [Rabelais] | Tirage unique à 50 exemplaire | Superbe et rare


RABELAIS (François) | Maurice L'HOIR (illustrateur)

Pantagruéline Prognostication, certaine, véritable et infaillible pour l'an perpétuel. Nouvellement composée au proffict et advisement de gens estourdis et musars de nature, par Maistre Alcofribas [Rabelais]. Orné de figures gravées sur bois, peintes et tirées par Maurice L'Hoir.

A Paris, pour un Groupe de Bibliophiles, sans date (achevé d'imprimer en Décembre 1947) [chez l'artiste, Maurice L'Hoir]

1 volume petit in-4 (25,5 x 21 cm), en feuilles sous couverture rempliée imprimée en rouge sur le premier plat, de 98-(1) pages avec 11 bois peints en couleurs à la main par l'artiste hors-texte et 11 lettrines historiées gravées sur bois peintes de même et imprimées en or, avec 11 culs-de-lampe en or et 11 têtes de chapitres gravées sur bois et tirées dans différentes couleurs. Typographie en gros caractères en noir et rouge. Couverture rempliée (dos et bords brunis) et emboîtage de l'éditeur (en bon état malgré un dos de la chemise éclairci).

Tirage confidentiel à seulement 50 exemplaires.

Celui-ci, un des 40 exemplaires sur Arches (papier de cuve fort). Il n'a pas été numéroté.


Cet ouvrage, composé en Elzévir Plantin corps 18, comprenant 54 bois en couleurs peints à la main, a été tiré sur la presse à bras par Maurice L'Hoir. Il a été achevé d'imprimer en Décembre 1947. Les 10 premiers exemplaires ont été tirés sur Japon blanc ou Arches avec des suites et dessins.

La Pantagruéline Prognostication, certaine, véritable et infaillible pour l’an perpétuel est un court opuscule satirique de François Rabelais, publié d’abord autour de 1532 chez François Juste, à Lyon, dans le sillage de Pantagruel. L'édition définitive date de 1542. Le titre imite les almanachs et pronostications astrologiques alors très diffusés, mais pour mieux les tourner en ridicule : Rabelais y promet des prédictions « certaines » et « infaillibles » qui ne prédisent en réalité que des évidences, des absurdités ou des vérités burlesques. Rabelais se moque des prédictions judiciaires, des faiseurs d’almanachs, de la crédulité populaire et des doctes impostures. La critique moderne y voit l’une des plus brillantes satires renaissantes contre l’astrologie divinatoire. Cette formule de « l’an perpétuel » est capitale : Rabelais transforme la pronostication annuelle, normalement périssable, en livre comique valable pour toujours, puisque ses prédictions reposent sur les constantes de la sottise humaine.

















Maurice L'Hoir, avec son style très reconnaissable, à la fois naïf et subversif à la manière de Rabelais, est l'imagier idéal pour ce texte. Il restitue avec une verve très moderne l’esprit rabelaisien, entre farce populaire et stylisation décorative vive et colorée. 

On ne sait que très peu de choses sur Maurice L'Hoir. D'après sa fiche d'identification universitaire (IdRef) il est né en 1902 et mort en 1970. Il est indiqué comme peintre illustrateur. On lui doit plusieurs ouvrages dans le même style que celui-ci, notamment La Vieille Courtisane de Rome (1949) tiré à 55 exemplaires avec 24 bois peints par l'artiste, et Lysistrata d'Aristophane (1945) tiré à 33 exemplaires avec 61 bois gravés et peints par l'artiste. Il aurait également imprimé et illustré Le Testament de François Villon (1945) mais nous n'avons pas pu voir cet ouvrage. Le tirage très confidentiel de ses ouvrages de bibliophilie, véritables livres d'artiste, sont sans doute la cause principale de son peu de notoriété. Cet oubli de la part des bibliophiles est injuste et Maurice L'Hoir mérite toute l'attention des amateurs de beaux livres rares. Le catalogue raisonné des ouvrages imprimés et imagés par Maurice L'Hoir reste à faire.

Bel exemplaire de ce livre rare.

Prix : 1 250 euros

vendredi 24 avril 2026

1893 | Emile Zola | La Débâcle | Un des 30 exemplaires de luxe sur papier de Hollande | Bel exemplaire bien relié à la l'époque par Bretault


Emile ZOLA

La Débâcle. Par Emile Zola. Les Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second empire. Illustrations du peintre Jeanniot.

Paris, Librairie Marpon & Flammarion, E. Flammarion Successeur, sans date (1893)

1 volume grand in-8 (30 x 22 cm) de (4)-527 pages. Avec 66 compositions hors texte par le peintre Jeanniot et 48 bandeaux et culs de lampe pour les différents chapitres des trois parties.

Reliure de l'époque demi chagrin lie de vin à larges coins, dos à nerfs, plats de papier marbré, doublures et gardes de papier marbré, relié sur brochure, non rogné, tranches ébarbées, tête dorée, les deux plats de couverture jaune imprimée ainsi que le dos on été conservés (en très bon état). Reliure signée BRETAULT. Intérieur frais. Papier de Hollande de bonne qualité. Rares rousseurs.

Première édition illustrée.

Un des 30 exemplaires de luxe sur papier de Hollande (numéroté au composteur - il porte le n°90 - et signé à la plume par l'éditeur E. Flammarion).

Il a été tiré également 30 exemplaires sur Chine et 30 exemplaires sur Japon.

Les trois grands papiers se trouvent donc ainsi aussi rares les uns que les autres.





La Débâcle est le 19ème et avant dernier volume des Rougon-Macquart. Le feuilleton de La Débâcle parait dans La Vie populaire, du 21 février au 21 juillet 1892. Il est repris dans Le Radical, du 19 octobre 1892 au 25 mai 1893, et dans Le Petit Provençal, du 6 novembre 1892 au 24 mars 1893. Le roman sort chez Charpentier et Fasquelle, le 21 juin 1892. Les premières livraisons de cette édition populaire illustrée publiée par Marpon et Flammarion sont annoncées dans la Bibliographie de la France du 11 mars 1893 (séries 1 et 2, pages 1 à 80, enregistrées à la date du 28 février 1893). Les séries 3 à 14 (fin) sont annoncées dans la Bibliographie de la France du 28 octobre 1893. Le tirage ordinaire était vendu 50 centimes la série soit 6 francs avec le titre et les couvertures. Les exemplaires du tirage de luxe sur grand papier étaient vendus 30 francs.

Jean Macquart, déjà personnage principal de La Terre, a repris du service dans l’armée, après ses désillusions dans le monde paysan. Incorporé dans le 106e de ligne, il est caporal et ses hommes le respectent pour son bon sens, son dévouement et sa saine conception de l’autorité. Il assiste impuissant à l’effondrement de l’Empire et à la déroute de ses armées, que Zola attribue à l’incompétence de l’état-major, au manque de préparation des troupes et au rôle néfaste joué par l’impératrice Eugénie auprès de Napoléon III. C’est aussi l’histoire d’une amitié qui finira en drame entre Jean Macquart et l’un de ses soldats, l’intellectuel Maurice Levasseur. Le premier veut une France où règnent l’ordre et la sagesse ; le second souhaite mettre fin aux injustices et rêve de révolution. Ces divergences idéologiques ne les empêchent pas de s’aimer et de se respecter, chacun sauvant la vie de l’autre. Une fois la guerre finie, tous deux participent à la Commune, mais dans des camps différents. Lors de la Semaine sanglante, le versaillais Macquart blesse mortellement d’un coup de baïonnette un communard ; il s’aperçoit par la suite que c’est Levasseur. Jean Macquart, qui était sur le point d’épouser Henriette, sœur de Levasseur, quittera Paris et l’armée. On le retrouve ensuite dans Le Docteur Pascal, vivant en Provence et marié à une paysanne du nom de Mélanie Vial.

Un peu comme dans Germinal, le roman se termine par une note d’espoir. Alors que Paris brûle et que Jean vient de perdre à la fois son meilleur ami et la jeune femme qu’il aimait, il a la sensation d’une aurore qui se lève, après la chute de la branche pourrie qui constituait l’Empire : « C’était le rajeunissement certain de l’éternelle nature, de l’éternelle humanité, le renouveau promis à qui espère et travaille, l’arbre qui jette une nouvelle tige puissante, quand on a coupé la branche pourrie, dont la sève empoisonnée jaunissait les feuilles… et Jean, le plus humble et le plus douloureux, s’en alla, marchant à l’avenir, à la grande et rude besogne de toute une France à refaire. »












La Débâcle est une dénonciation implacable de la guerre et de ses horreurs, qui court du début à la fin du roman, ce qui vaudra à son auteur des détracteurs qui ne lui pardonneront pas, même après sa mort, ses prises de positions. Lors d’un débat à la Chambre des députés sur le transfert des cendres de Zola au Panthéon, le 19 mars 1908, Louis Buyat répond à Barrès sur le prétendu antipatriotisme de l’auteur de La Débâcle par les mots mêmes de l’auteur : « D’abord, dire la vérité sur l’effroyable catastrophe dont la France a failli mourir. […] Tout en ne cachant rien, j’ai voulu expliquer nos désastres », puis conclut par : « Je tenais à apporter cette citation ; c’est vraiment un moyen facile de venir dénoncer ici Émile Zola comme antipatriote, alors qu’au contraire cette lettre indique sa constante préoccupation d’éviter à son pays les retours de l’histoire. »

À sa parution en 1892, La Débâcle suscite dans la presse une réception contrastée mais globalement intense : si des critiques comme Émile Faguet ou Anatole France saluent la puissance narrative, la vérité des scènes de guerre et la valeur quasi documentaire du roman — notamment dans l’épisode de Bazeilles —, d’autres, tels Ferdinand Brunetière, dénoncent une vision jugée excessivement sombre, voire « honteuse » pour la nation, ainsi qu’un naturalisme accusé de complaisance dans le détail brutal ; entre ces positions, Jules Lemaître reconnaît à Zola une forme d’impartialité sévère, qui épargne aucun camp, contribuant à faire de l’ouvrage à la fois un grand récit littéraire et un objet de débat politique et moral sur la mémoire de 1870.

Le peintre Pierre Georges Jeanniot fixe ici pour la première fois l'iconographie pour ce roman : scènes de bivouac, marches harassantes d’août 1870, combats de Bazeilles (31 août – 1er septembre 1870), effondrement de l’armée française et violences de la « Semaine sanglante » (21–28 mai 1871).

Bel exemplaire sur grand papier (Hollande) et bien relié à l'époque.

Prix : 1 800 euros

mardi 21 avril 2026

1760 | L'oracle des nouveaux philosophes [Voltaire] [par l'abbé Guyon] | 2 volumes petits in-8 | Exemplaire en maroquin rouge de l'époque décoré d'un encadrement de dentelle dorée aux petits fers | Bien complet de la suite de l'Oracle des nouveaux philosophes | Rare dans cette reliure de luxe.



[Abbé GUYON, Claude Marie] [VOLTAIRE]

L'Oracle des Nouveaux Philosophes [i.e. VOLTAIRE]. Pour servir de suite et d'éclaircissement aux œuvres de M. de Voltaire.

et

Suite de L'Oracle des Nouveaux Philosophes [i.e. VOLTAIRE]. Pour servir de suite et d'éclaircissement aux œuvres de M. de Voltaire.

A Berne, 1760

2 volumes petits in-8 (17,3 x 11,3 cm) de XVI-374 et (4)-VIII-[387] à 888 pages.

Reliure strictement de l'époque plein maroquin rouge à décor de dentelle aux petits fers dorés en encadrement des plats, dos lisses ornés de feuillages dorés, tranches dorées, doublures et gardes de papier marbré. Reliures très fraîches. Intérieur frais. Collationné complet.



Il a paru une édition à la date de 1759 du premier volume et plusieurs éditions portent la date de 1760.

L'Oracle des nouveaux philosophes est Voltaire lui-même. Volumineux pamphlet anti-philosophique et plus particulièrement anti-voltairien, il est attribué à l'abbé Guyon (reconnu par Voltaire lui-même). Publié sous l'adresse fictive de Berne, écrit sous la forme de conversations philosophiques entre Voltaire fraîchement installé en son château de Ferney et son visiteur fictif (abbé Guyon). Ce sont au total XVIII conversations sur divers sujets qui se succèdent. L'abbé Guyon se sert de ces conversations pour démonter point par point la philosophie athéiste de Voltaire et plus largement celle des philosophes qui éliminent dieu du jeu de la création et du monde. Dans un premier temps l'abbé Guyon laisse Voltaire lui expliquer sa philosophie (loi naturelle) puis Voltaire se contredit et perd la force de ses arguments. Dans les entretiens suivants l'abbé Guyon examine et critique très sévèrement les ouvrages philosophiques de Voltaire : Son Essai sur l'Histoire générale, son Siècle de Louis XIV, son Candide ou l'optimisme,  son Précis de l'Ecclésiaste, son Précis du Cantique des Cantiques, etc. 





Voltaire répond à ce volumineux libelle dans une lettre adressée au marquis Albergati Capacelli depuis son château de Ferney (23 décembre 1760) : "[...] C’est une plaisante idée qui a passé par la tête de quelques barbouilleurs de notre siècle, de crier sans cesse que tous ceux qui ont quelque esprit ne sont pas chrétiens ! pensent-ils rendre en cela un grand service à notre religion ? Quoi ! la saine doctrine, c’est-à-dire la doctrine apostolique et romaine, ne serait-elle, selon eux, que le partage des sots ? Sans penser être quelque chose, je ne pense pas être un sot ; mais il me semble que si je me trouvais jamais avec l’abbé Guyon dans la rue (car je ne peux le rencontrer que là), je lui dirais : Mon ami, de quel droit prétends-tu être meilleur chrétien que moi ? est-ce parce que tu affirmes, dans un livre aussi plat que calomnieux, que je t’ai fait bonne chère, quoique tu n’aies jamais dîné chez moi ? est-ce parce que tu as révélé au public, c’est-à-dire à quinze ou seize lecteurs oisifs, tout ce que je t’ai dit du roi de Prusse, quoique je ne t’aie jamais parlé et que je ne t’aie jamais vu ? Ne sais-tu pas que ceux qui mentent sans esprit, ainsi que ceux qui mentent avec esprit, n’entreront jamais dans le royaume des cieux ? [...]".

En 1771, Sabatier de Castres donna un chapitre entier (XI) à l'abbé Guyon dans son Tableau philosophique de l'esprit de M. de Voltaire : "[...] M. l’abbé Guyon, justement alarmé du progrès des systèmes dangereux de ce célèbre écrivain, qui gardait alors quelque espèce de ménagement avec le public, entreprit de faire connaître ses erreurs et de réfuter ses sophismes. Dans ce dessein, il composa un livre intitulé L’Oracle des nouveaux philosophes, où il rapproche souvent M. de Voltaire de lui-même, le fait tomber en contradiction sur ses propres principes et renverse l’édifice du mensonge qu’il prétendait établir. [...]". 







Cet ouvrage a connu un succès certain quand on compte de nombre d'éditions parues en très peu de temps entre 1759 et 1760 et les même encore ultérieurement. De ce fait les exemplaires ne sont pas rares.

Provenance : petit ex libris moderne Edouard Le Rossignol collé sur les faux titres.



Les exemplaires reliés à l'époque en maroquin décorés à la dentelle tels que celui-ci sont rares, d'autant plus complet des deux volumes.

Bel exemplaire.

Prix : 1 500 euros

lundi 20 avril 2026

1882 | Emile Zola | Nana | Première édition illustrée par André Gill, Bertall, G. Bellenger, Bigot, Clairin, etc | Un des 100 exemplaires imprimés sur papier de Hollande | Avec 3 dessins originaux pour cette édition d'André Gill (2) et Bertall (1) et la suite complète sur Chine | Bel exemplaire relié à l'époque par Bretault



Emile ZOLA | André GILL | BERTALL

Nana, par Emile Zola. Edition illustrée par André Gill, Bertall, G. Bellenger, Bigot, Clairin, etc.

Paris, C. Marpon et E. Flammarion, 1882

1 fort volume in-4 (30,3 x 21,3 cm) de (4)-456 pages. Illustrations hors-texte et bandeaux.

Reliure de l'époque demi chagrin lie de vin à larges coins, dos à nerfs, plats de papier marbré, doublures et gardes de papier marbré, relié sur brochure, non rogné, tranches ébarbées, tête dorée, les deux plats de couverture jaune imprimée on été conservés (en très bon état). Reliure signée BRETAULT. Intérieur frais. Papier de Hollande teinté de bonne qualité malgré quelques feuillets avec des rousseurs. Légères marques. Une légère éraflure sur le plat supérieur (peu visible).


Première édition illustrée.

Un des 100 exemplaires numérotés sur papier de Hollande (numéroté à la plume, il porte le numéro 32).

+ On joint à part 3 dessins originaux pour cette édition par André Gill (2) et Bertall (1) comme suit : 

- Nana devant son miroir en tenue légère contemplant son image (dessin original signé André Gill) aquarelle, encre brune et rehauts de blanc, sur papier teinté brun (feuille 31,5 x 23,5 cm - dessin 17,5 cm x 12,5 cm) - pour l'édition ce dessin sera gravé sur bois)

 

- Fontan (promenant son chien) (dessin original signé André Gill) aquarelle, encre brune et rehauts de blanc, sur papier teinté brun (feuille 31,5 x 23,5 cm - dessin 17,5 cm x 12,5 cm) - pour l'édition ce dessin sera gravé sur bois)

 

- Steiner frappant à la loge de Mademoiselle Nana (dessin original signé Bertall) aquarelle, encre brune et rehauts de blanc, sur papier teinté brun (feuille 30,5 x 24,5 cm - dessin 18 cm x 11,5 cm) - pour l'édition ce dessin sera gravé sur bois)




+ On joint à part la suite complète des illustrations tirées sur papier de Chine avant la lettre. Bien complet de la composition supplémentaire qui n'est pas dans le livre.


Edition populaire parue en 57 livraisons et ornée de 66 compositions gravées sur bois, dont 14 en tête de chapitre et 52 à pleine page, d’après les compostions d’André Gill, Bertall, Georges Bellenger, Bigot, Georges Clairin, J. Audy et G. Nielsen.









Nana, neuvième roman des Rougon-Macquart, a été publié sous forme de feuilleton dans Le Voltaire du 16 octobre 1879 au 5 février 1880, puis en volume chez Georges Charpentier, le 14 février 1880.

Née en 1852 dans la misère du monde ouvrier, Anna Coupeau, dite Nana, est la fille de Gervaise Macquart et de Coupeau dont l’histoire est narrée dans L'Assommoir. Le début du roman la montre dans la gêne, manquant d’argent pour élever son fils Louis qu’elle a eu à l’âge de seize ans d'un père inconnu ; elle se prostitue, faisant des passes pour arrondir ses fins de mois. Ceci ne l’empêche pas d’habiter un riche appartement où l’un de ses amants, un riche marchand de Moscou, l’a installée. Son ascension commence avec un rôle de Vénus qu’elle interprète dans un théâtre parisien : elle ne sait ni parler ni chanter, mais l'habit impudique qui cache si peu de son corps de déesse affole tous les hommes. Elle se met un moment en ménage avec un homme qu’elle aime, le comédien Fontan. Mais celui-ci est violent et finit par la battre, la tromper et la mettre à la porte. Elle se met alors à côtoyer la prostituée Satin, avec qui elle entretiendra une liaison (Satin s'installera chez Nana, dans l'hôtel que lui a acheté le comte Muffat). Après avoir épuisé toutes ses économies, elle acceptera la manne financière proposée par Muffat qui désire par-dessus tout en faire sa maîtresse exclusive. Celui-ci met sa fortune à ses pieds, lui sacrifie son honneur et demande en retour la fidélité. Mais cette liaison le mènera au bouleversement total de son être, de ses convictions dévotes, de son comportement probe et de ses principes intègres. Il s’abaissera à une humiliation inhumaine et une complaisance révoltante, contraint d’accepter les moindres caprices de Nana qui lui fait subir les pires infamies, jusqu’à lui faire accepter la foule d’amants qu’elle fréquente, y compris Satin (même si Nana se borne à dire que « cela ne compte pas »), alors que cela représente l'humiliation suprême pour Muffat. Nana atteint le sommet de sa gloire lors d’un grand prix hippique auquel assistent Napoléon III et le tout-Paris. Une jument, nommée Nana en son honneur par son amant le comte Xavier de Vandeuvres, remporte la course. Tout l’hippodrome scande alors « Na-na », dans un délire tournant à la frénésie. Puis le déclin s'amorce. Le comte de Vandeuvres, accusé de tricherie devant la victoire suspecte car trop improbable de sa pouliche, se suicide en mettant le feu à ses écuries. Philipe Hugon est emprisonné après que ses vols dans la caisse de sa caserne ont été découverts. Son frère Georges tente de se suicider chez Nana, après avoir compris qu'elle couchait aussi avec Philippe depuis plusieurs mois. Le comte Muffat se retrouve ruiné et endetté. Accablée de dettes contractées malgré la ruine de ses amants, comprenant qu'elle ne peut pas continuer une telle fuite en avant, elle quitte Paris après avoir vendu aux enchères tous ses biens. Plus personne ne sait rien d’elle pendant plusieurs mois, jusqu’au moment où elle regagne la capitale pour aller au chevet de son fils atteint de la petite vérole. Son fils la contamine et elle tombe à son tour très malade. La nouvelle de son retour se propage comme une traînée de poudre et ses anciens courtisans accourent dans son antichambre. Et c'est son ancienne rivale, Rose Mignon, qui finalement l'assiste dans son trépas, à ses propres risques et périls. Elle qui quelques mois avant affolait encore tous les hommes de Paris meurt défigurée par la maladie, au moment où s'achève brutalement le Second Empire avec la déclaration de guerre à la Prusse.

La publication de Nana fit scandale. L'édition populaire illustrée qui paraît deux ans après la première édition en librairie permet une diffusion massive de ce texte qui devint rapidement l'un des textes phares du chef de file de l'école naturaliste.

"[... ] La femme le possédait avec le despotisme jaloux d’un Dieu de colère, le terrifiant, lui donnant des secondes de joie aiguës comme des spasmes, pour des heures d’affreux tourments, des visions d’enfer et d’éternels supplices. C’étaient les mêmes balbutiements, les mêmes prières et les mêmes désespoirs, surtout les mêmes humilités d’une créature maudite, écrasée sous la boue de son origine. Ses désirs d’homme, ses besoins d’une âme, se confondaient, semblaient monter, du fond obscur de son être, ainsi qu’un seul épanouissement du tronc de la vie. Il s’abandonnait à la force de l’amour et de la foi, dont le double levier soulève le monde. Et toujours, malgré les luttes de sa raison, cette chambre de Nana le frappait de folie, il disparaissait en grelottant dans la toute-puissance du sexe, comme il s’évanouissait devant l’inconnu du vaste ciel. [...] Mais ces petits jeux se gâtèrent bientôt. Ce ne fut pas cruauté chez elle, car elle demeurait bonne fille ; ce fut comme un vent de démence qui passa et grandit peu à peu dans la chambre close. Une luxure les détraquait, les jetait aux imaginations délirantes de la chair. Les anciennes épouvantes dévotes de leur nuit d’insomnie tournaient maintenant en une soif de bestialité, une fureur de se mettre à quatre pattes, de grogner et de mordre. Puis, un jour, comme il faisait l’ours, elle le poussa si rudement, qu’il tomba contre un meuble ; et elle éclata d’un rire involontaire, en lui voyant une bosse au front. Dès lors, mise en goût par son essai sur la Faloise, elle le traita en animal, le fouailla, le poursuivit à coups de pied. — Hue donc ! hue donc !… Tu es le cheval… Dia, hue ! sale rosse, veux-tu marcher ! D’autres fois, il était un chien. Elle lui jetait son mouchoir parfumé au bout de la pièce, et il devait courir le ramasser avec les dents, en se traînant sur les mains et les genoux. — Rapporte, César !… Attends, je vais te régaler, si tu flânes !… Très bien, César ! obéissant ! gentil ! … Fais le beau ! Et lui aimait sa bassesse, goûtait la jouissance d’être une brute. Il aspirait encore à descendre, il criait : — Tape plus fort… Hou ! hou ! je suis enragé, tape donc ! [...]" (extrait de Nana, chapitre XIII).

Référence : Reverzy, Éléonore. « Littérature publique. x L'exemple de Nana », Revue d'histoire littéraire de la France, vol. vol. 109, no. 3, 2009, pp. 587-603.




Bel exemplaire en reliure d'époque de cette première édition illustrée recherchée en grand papier, ici accompagnée de trois des dessins originaux pour cette édition et de la suite sur Chine.

Prix : 3 900 euros