mercredi 7 octobre 2026

Emile BERGERAT | Alexandre DUMAS fils | L'amour en République. Etude sociologique 1870-1889 | Un des 20 exemplaires imprimés sur papier de Hollande | Exemplaire de dédicace offert à Monsieur Curel et passé ensuite dans la bibliothèque du comte de Keller.



Emile BERGERAT | Alexandre DUMAS fils (courte épître imprimée à l'auteur)

L'amour en République. Etude sociologique 1870-1889.

Paris, E. Dentu, 1889 [Imprimerie E. Capiomont et Cie, Paris]

1 volume in-8 (20,5 x 14,5 cm) de XIX-325-(1) pages. Typographie en noir avec toutes les pages dans un encadrement floral gravé par F. Méaulle.

Reliure de l'époque demi chagrin turquoise à larges coins (dos passé et quelques frottements), tête dorée, relié sur brochure (les deux plats de couverture du brochage ont été conservés en très bon état). Chiffre couronné A. K. doré en pied du dos. Intérieur très frais imprimé sur beau papier de Hollande. Portrait photographique de l'auteur en frontispice.



Edition originale.

Tirage à petit nombre.

Celui-ci, un des 20 exemplaires imprimés sur papier de Hollande (n°19) numérotés au composteur.

Il a été tiré par ailleurs 5 exemplaires sur papier du Japon (non signalés ici).

Exemplaire de dédicace offert par l'auteur "à Monsieur Curel affectueux hommage de son dévoué Emile Bergerat".



Ce livre se dédie tout seule et de lui-même à Alexandre Dumas fils (imprimé en tête du volume) écrit l'auteur juste avant qu'Alexandre Dumas fils n'écrive quelques lignes (imprimées) adressées à l'auteur : "J'accepte donc cette dédicace avec le plus plaisir et je vous en remercie très affectueusement. Les idées que vous avez me font l'effet de très jolies femmes, très honnêtes et très bien mises. Je suis enchanté de me montrer avec elles dans la rue. A vous. A. Dumas fils."

On trouve à la suite une préface très humoristique et les différents chapitres qui compose ce volume : La Maîtresse - L'Emancipation - L'Education de la femme - L'Adultère - Le Vitriol et le Révolver - Mauvais moyens - Le Mariage libre - Les deux grands remèdes - Jurisprudence de l'amour - Les crimes de l'amour.









Émile Bergerat (1845-1923), poète, dramaturge et chroniqueur connu sous le pseudonyme de Caliban, était le gendre de Théophile Gautier, dont il avait épousé la fille Estelle. Dans L’Amour en République. Étude sociologique, 1870-1889 (Paris, E. Dentu, 1889), il examine avec esprit les mœurs amoureuses et conjugales des premières décennies de la Troisième République, abordant notamment la maîtresse, l’émancipation et l’éducation féminines, l’adultère, le mariage libre et les crimes de l’amour. Relevant de la critique littéraire des mœurs, cette étude témoigne des débats contemporains sur la place des femmes et les conventions qui régissent les relations entre les sexes.

Nous donnons ci-dessous la préface parabolique d'Emile Bergerat qui donne une idée de tout l'ouvrage bien que le ton des chapitres soit du plus grand sérieux :

"En ce temps-là, Jésus vint à ses disciples, et il leur proposa un tour sur le lac de Génésareth, car la matinée était magnifique. — C’est aujourd’hui le jour du Seigneur, dit-il ; six d’entre vous rameront et six autres jetteront leurs filets dans les eaux bleues ; je tiendrai la barre, et je vous enseignerai la vérité. On déjeunera ensuite sur l’herbe. Il fut fait ainsi qu’il avait dit. Ils prirent une barque et pêchèrent au milieu du lac. Or, Jean, qui depuis fut à Pathmos, et qui alors était jeune et aimait les femmes, prit la parole. — Maître, fit-il, c’est l’amour qui est le plus difficile à comprendre. Vous n’avez jamais été bien clair sur cette question. Les rapports des sexes entre eux manquent absolument d’apologue. Nous savons là-dessus ce que la nature nous prescrit, mais nous ne savons pas ce que prescrit votre Père. Endoctrinez-nous, pour que nous endoctrinions les autres quand le jour sera venu de prêcher votre foi dans les sociétés distinguées. Et Jésus était triste, car il songeait déjà à M. Renan et à son abbesse de Jouarre. Alors il dit à Barthélemy, qui, aidé de Jacques, tirait la nasse péniblement sans parvenir à la hisser dans la barque : — As-tu donc pris tant de poissons que vous ne puissiez, à vous deux, les remonter hors de l’eau ? Les dix autres disciples leur vinrent en aide, croyant à une pêche miraculeuse. Mais leurs efforts restèrent vains, et ils se regardaient entre eux, consternés. Jésus sourit. — Il n’y a pourtant dans la nasse qu’un seul poisson. C’est une tanche. Tirez-la ! Et ils essayèrent encore de la tirer, sans en venir à bout. Jésus dit une troisième fois : — Tirez-la ! Alors ils la tirèrent, et ils virent que le filet ne contenait, en effet, qu’une seule tanche, de taille ordinaire et moyenne. Mais ses œufs étaient fécondés, et elle avait été prise au moment où elle allait les déposer dans la vase. Ces œufs se comptaient par milliers de milliers et représentaient une telle quantité de poissons de la même espèce que, serrés l’un contre l’autre, ils auraient fait déborder un quart du lac de Génésareth. — Voilà l’explication de l’amour et du rapport des sexes, dit le Maître. Et il retomba dans sa mélancolie, à cause de Renan et de son abbesse de Jouarre. Pas un de ses disciples ne comprit l’apologue. Car ils étaient bêtes ! Ils abordèrent pour déjeuner. Luc et Mathieu se chargèrent de cuire la tanche sur des brandilles. Avec des œufs qu’ils se procurèrent, ils composèrent une omelette dans laquelle ils firent entrer le « caviar » de la tanche, si j’ose m’exprimer ainsi. Et ils se régalèrent. Une goutte de ratafia de la gourde de Pierre, qui ne s’en laissait jamais manquer quand il allait sur l’eau, les acheva, et ils s’endormirent. Et Jésus, étant demeuré seul, le Tentateur lui apparut. — Pourquoi trompes-tu ces mathurins naïfs, dit Satanas, et comment leur expliques-tu l’amour et les relations des sexes ? Ton apologue de la tanche laisserait entendre qu’on s’aime et qu’on s’unit pour se reproduire et propager l’espèce ? — N’en est-il pas ainsi ? interrogea Jésus. Le Tentateur ricana, et, à son ricanement, les baleines sautaient d’un pôle à l’autre en se tenant les côtes avec leurs ouïes. Cette conception simple de l’amour, en effet, ne faisait pas grand honneur à la philosophie que le Nazaréen voulait acclimater dans le monde. Elle avait quelque chose de primitif et d’indou qui sentait son fataliste. Enfin, elle n’était pas moderne ou ne devait pas le devenir. Quand Satanas eut fini de jubiler, il tira de sous son aile gauche, celle où il met son portefeuille, son porte-monnaie et son papier à cigarettes, une petite fiole cachetée et entourée d’un papier épais qui en masquait le liquide. On lisait seulement sur le papier : « Usage externe », plus le nom d’un pharmacien quelconque qui devait un jour exister. — Voici ! fit-il en posant la petite bouteille sur les genoux du Christ. Et il repartit : — Comme toutes les autres questions sociales que tu soulèves si imprudemment, la question de l’amour ne sera résolue que dix-neuf siècles après ta mort. Sa solution est contenue dans ce flacon bouché à l’émeri. Prends, déchire le papier d’enveloppe et lis. Jésus prit, déchira et lut : Huile de vitriol. Et comme il était le fils de son Père, lequel est le Bon Dieu lui-même, il comprit, et il préféra Renan avec son abbesse de Jouarre, car elle valait mieux. — Ah ! s’écria l’Ange Déchu en agitant ses ailes immenses, ce sera un beau siècle que le dix-neuvième ! Ce sera le siècle des siècles, et Victor Hugo en chantera la légende ! Heureux les contemporains de ce grand pacificateur, car ils verront toutes les questions sociales résolues par la chimie, celle de l’amour par l’acide sulfurique, et les autres par la nitroglycérine !!! Et, son enthousiasme grandissant avec ses ailes, il continua : — Oui, oui, oui ! au lieu de se multiplier sottement par le baiser et de chercher dans le spasme une minute d’éternité, l’homme et la femme ne s’embrasseront que pour avoir le droit de se défigurer et de se jeter à la tête des essences corrosives. Et, de même, la poursuite de la liberté consistera à faire sauter des monuments commémoratifs de cette liberté même, au moyen de substances délicieusement effroyables et telles que la nature elle-même en cache les secrets par pudeur. La dynamite est le vitriol de la liberté. Le vitriol est la dynamite de l’amour ! Et ma revanche alors commencera ! La vision disparue, Jésus ouvrit le flacon et en jeta le contenu dans le lac de Génésareth. Et à peine l’y eut-il jeté, que tous les poissons, mâles et femelles, remontèrent à la surface, asphyxiés, crevés, et abominables à voir. Toutes les ferrures de la barque, rongées par l’acide infâme, se tordirent, et la barque effondrée s’immergea. Et Jésus réveilla ses disciples. Il devait rentrer à Jérusalem pour y être crucifié par Hérode, et il le savait. La passion qu’il devait souffrir avait pour but de racheter les crimes et les erreurs de l’humanité, d’appeler le pardon de son Père sur les fautes douloureuses des amants et d’acquérir la liberté à ses frères les hommes. Il hésita. Il y avait de quoi." (Préface)



Provenance : De la bibliothèque de Monsieur Curel avec dédicace. Il s'agit très probablement de Lucien Curel, associé à Henri Gougis dans la gestion de la maison Dentu depuis 1887. Le chiffre couronné en pied du dos est celui du comte de Keller commanditaire de la reliure. Le volume porte par ailleurs son ex libris gravé par Stern à Paris avec la devise « Vaillant et veillant ». L'exemplaire offert par l'auteur à Monsieur Curel est passé ensuite dans la bibliothèque du comte de Keller qui l'aura fait relié à son chiffre.





Bon exemplaire du rare tirage sur grand papier de Hollande et dédicacé par l'auteur à Monsieur Curel et passé ensuite dans la bibliothèque du comte de Keller.

Prix : 450 euros

mercredi 23 septembre 2026

1692 | Les Caractères de La Bruyère | Septième édition originale | « Le philosophe consume sa vie à observer les hommes » (La Bruyère)

[La Bruyère, Jean de]

Les caractères de Théophraste traduits du grec avec les caractères ou les mœurs de ce siècle. Septième édition. Revue et corrigée.

A Paris, chez Estienne Michallet, 1692

1 volume in-12 (16 x 9,5 cm | hauteur des marges : 157 mm) de 16 feuillets non chiffrés (titre et discours préliminaire) suivis de 679 pages chiffrées et 9 pages pour la table des caractères et l'extrait du privilège. A la fin sur le feuillet blanc et sur le feuillet de garde est écrite la clef manuscrite (en 61 entrées). On trouve également deux ajouts manuscrits dans les marges aux pages 114 et 282 (toutes les deux concernent la mention de M. Charles d'Aubigné frère de Madame de Maintenon - ces 2 notes ne se retrouvent pas dans la clef à la fin).

Reliure du milieu du XVIIIe siècle pleine basane marbrée, dos à nerfs orné aux petits fers dorés, tranches rouges, gardes de papier marbré. Reliure solide et encore décorative avec quelques accidents d'usage (coiffes arrasées, petite fente en pied du mors du second plat et en tête du premier, petit accroc peu visible, épidermures légères). Intérieur en bon état malgré quelques mouillures marquées à certaines pages (voir photos). Exemplaire qui a malgré tout réussi a passé le temps sans être lavé et bien complet de la clef manuscrite (avec variantes par rapport à d'autres) qui est intacte.


Septième édition originale. Premier état.

Cette septième édition revue et corrigée par l'auteur présente des différences et des augmentations notables sur l'édition précédente (la sixième édition a paru en 1691). On y trouve 77 caractères nouveaux décrits précisément par Rochebilière (n°629).

Notre exemplaire comporte les signes distinctifs de premier tirage (page 265 - Sannions imprimé en italique et les pages 265 à 268 en premier état non remaniées). Par ailleurs la page 272 (dernier mot resté sans suite cohérente à la page suivante) indique un premier état.

La Bruyère a fait publié neuf éditions originales entre 1688 et 1696 par le libraire Estienne Michallet. La neuvième et dernière édition originale a été revue et corrigée par La Bruyère lui-même. Les huitième et neuvième édition font le plus du double de la première. La première édition contenait 420 caractères quand la huitième en contenait 1120 en 1694. Pendant 17 ans La Bruyère ajoutera et polira ses maximes et caractères de l'homme de son siècle. C'est d'ailleurs la seule œuvre de l'auteur, celle de toute une vie. Les Caractères de La Bruyère sont précédés des Caractères du grec Théophraste.















« Ce ne sont point au reste des maximes que j'aie voulu écrire, […] l'usage veut qu'à la manière des oracles elles soient courtes et concises ; quelques-unes de ces remarques le sont, quelques autres sont plus étendues : on pense les choses d'une manière différente, et on les explique par un tour aussi tout différent. » (extrait de la Préface).

L'observation fine et satirique des différents types de caractères et de comportements humains embrassent tous les thèmes à savoir : la nature humaine, la société et ses mœurs, la critique sociale, la morale, la psychologie, la satire, la condition humaine, la vertu et le vice, etc. La Bruyère consacre un long chapitre aux femmes et aux affaires du cœur. La Cour et les Grands ne sont pas épargnés.

« Le philosophe consume sa vie à observer les hommes » (La Bruyère)

"Les hommes & les femmes conviennent rarement sur le mérite d’une femme ; leurs intérêts sont trop différents : Les femmes ne se plaisent point les unes aux autres par les mêmes agréments qu’elles plaisent aux hommes ; mille manières qui allument dans ceux-ci les grandes passions, forment entre elles l’aversion & l’antipathie. Il y a dans quelques femmes une grandeur artificielle, attachée au mouvement des yeux, à un air d’être, aux façons de marcher, & qui ne va pas plus loin ; un esprit éblouissant qui impose, & que l’on estime parce qu’il n’est pas approfondi. Il y a dans quelques autres une grandeur simple, naturelle, indépendante du geste & de la démarche ; qui a sa source dans le cœur, & qui est comme une suite de leur haute naissance ; un mérite paisible, mais solide ; accompagné de mille vertus qu’elles ne peuvent couvrir de toute leur modestie, qui échappent, et qui se montrent à ceux qui ont des yeux. [...]" (extrait des Caractères de La Bruyère, chapitre intitulé "Des Femmes")

Provenance : ex libris répété sur la première garde blanche et sur la page de titre : Johannis Le Lasseur. La famille Le Lasseur ou Lelasseur serait originaire de Nantes. C'est une famille haute bourgeoisie nantaise versée dans le commerce maritime puis la de noblesse attachée au pouvoir judiciaire (Jean-René Lelasseur : Doyen du présidial de Nantes (institution judiciaire de l'Ancien Régime​ et René-François Le Lasseur (1754–1838) : Avocat général et philanthrope, grand bourgeois dont le nom a été attribué à une voie nantaise).

Bon exemplaire de premier état avec la clef manuscrite en parfait état écrite à l'époque sur deux feuillets à la fin du volume.

Prix : 500 euros

vendredi 18 septembre 2026

1814 | Le tyran, les alliés, et le roi, par M. le Marquis de Coriolis d'Espinouse | Violent pamphlet anti-bonapartiste, publié dans les toutes premières heures de la Restauration de la monarchie | Exemplaire du vicomte de Dampmartin



Marquis de Coriolis d'Espinouse (Charles-Louis-Alexandre)

Le tyran, les alliés, et le roi, par M. le Marquis de Coriolis d'Espinouse. Nouvelle édition corrigée et augmentée.

Paris, Le Normant, imprimeur-libraire, 1814

64 pages

Brochure in-8 (20,7 x 12,5 cm) dérelié (feuillets parfaitement reliés ensemble - sans reliure). Excellent état mis à part trois grosses rousseurs claires diffuses sur la page de titre.

Nouvelle édition parue quelques semaines après la première qui était en 43 pages seulement. Il existe par ailleurs un autre tirage à la même date en 63 pages qui n'est pas le nôtre.

Cette brochure est signalée dans la Bibliographie de la France du samedi 28 mai 1814 sous le n° 734, sans qu’il soit possible de déterminer avec certitude si cet enregistrement correspond à la première édition ou à la présente « nouvelle édition, corrigée et augmentée ». Aucun autre enregistrement de ce titre n’apparaît dans la Bibliographie de la France pour l’année 1814, et rien n’y est relevé au nom de Coriolis d’Espinouse en 1815. Il est toutefois vraisemblable que la présente édition ait paru peu après, sans doute dans le courant du mois de juin 1814 : dans sa courte préface, l’auteur indique en effet que le succès rencontré par la première publication l’a conduit à reprendre et à développer son texte. Cette nouvelle version s’inscrit ainsi dans les toutes premières semaines de la Restauration, immédiatement après le traité de Paris du 30 mai et la promulgation de la Charte constitutionnelle du 4 juin 1814.

"Il y a des personnes qui, plus vivement frappées de la puissance extraordinaire de Buonaparte, semblent douter encore de sa chute. Cet homme est tombé de si haut, qu’elles demandent s’il est réellement tombé. On diroit qu’elles n’ont pas assez fait pour la tyrannie qu’elles supportoient, si elles ne croient à son fantôme comme on croyoit autrefois, à Rome, aux fantômes de Néron. Il n’y a rien là qui doive étonner. Les hommes, en général, sont vivement émus des causes immédiates. Les causes médiates les touchent peu. Ainsi, sans l’aveuglement inconcevable de Buonaparte à Moscou, suivi d’un aveuglement non moins étrange devant Dresde, plusieurs pensent que c’en étoit fait de nos Rois, et que l’usurpateur laissoit le sceptre à sa race. [...]" (début du texte)

Charles-Louis-Alexandre de Coriolis d’Espinouse (vers 1770-1841), marquis d’Espinouse, fut un homme de lettres, poète et publiciste issu d’une ancienne famille de la noblesse provençale. Auteur notamment d’À l’ombre de Jacques Delille et de La Messe de minuit (1813), il prit également part aux débats politiques de son temps et collabora à plusieurs journaux, parmi lesquels le Mercure, Le Conservateur, les Débats et La Quotidienne. Royaliste et violemment anti-bonapartiste au moment de la chute de l’Empire, comme en témoigne Le Tyran, les Alliés, et le Roi en 1814, il fut par la suite un proche correspondant de Félicité de Lamennais. Leur importante correspondance, échangée entre 1825 et 1837, fut publiée par Camille Latreille en 1912 sous le titre Un témoin de la Restauration et de la Monarchie de Juillet. Sa personnalité politique apparaît toutefois plus complexe qu’un simple classement parmi les ultras : profondément attaché à la monarchie et au catholicisme, il n’hésite pas dans ses lettres à critiquer sévèrement les gouvernements et les souverains de son propre camp, tandis que des travaux récents soulignent également sa proximité avec certaines tendances du catholicisme libéral.

Provenance : de la bibliothèque d'Anne Henri Cabot, vicomte de Dampmartin (1755-1825). Né à Uzès en 1755, Anne Henri Cabot, vicomte de Dampmartin, eut une vie aussi mouvementée qu’érudite, marquée par les armes, les lettres et l’exil. Destiné à l’Église, il s’en détourne pour la carrière militaire, gravissant les échelons jusqu’au grade de capitaine dans la cavalerie royale, tout en s’illustrant par des essais littéraires qui lui valent une place à l’Académie de Nîmes. Témoin et acteur de la tourmente révolutionnaire, il s’exile après avoir tenté en vain de faire protester ses troupes contre les violences du 20 juin 1792, et rejoint l’armée des émigrés. Réfugié en Hollande puis à Berlin, il enseigne le français, publie un Précis de littérature à l’usage des dames (1795), rédige la Gazette française et devient précepteur des fils illégitimes de Frédéric-Guillaume II, jusqu’à sa disgrâce à la mort de ce dernier. De retour en France sous le Consulat, il compose son grand œuvre historique La France sous ses rois (1810), qui attire l’attention de Napoléon : celui-ci le nomme censeur impérial, puis conseiller au Conseil des prises. Député du Gard en 1813, Dampmartin s’illustre par des prises de parole en faveur de réformes sociales et militaires. Fidèle à la monarchie restaurée, il devient bibliothécaire au dépôt de la guerre sous Louis XVIII. Officier de la Légion d’honneur et chevalier de Saint-Louis, il meurt à Paris en 1825. Son œuvre, composée notamment de Mémoires sur divers événements de la révolution et de l’émigration (1825), offre un témoignage précieux sur les bouleversements de son temps, mêlant regard historique, engagement politique et goût des lettres. L'exemplaire qui nous est parvenu était relié à l'époque en plein cuir au milieu d'autres pièces de circonstance de l'année 1814. Le volume était malheureusement dans un état de conservation déplorable, la reliure ayant beaucoup souffert, presque entièrement détruite et non restaurable en l'état. L'ex libris de Dampmartin était présent dans le volume.

Bibliographie : BnF, Catalogue général, autorité « Coriolis d’Espinouse, Charles Louis Alexandre (1770?-1841) » ; Camille Latreille, Un témoin de la Restauration et de la Monarchie de Juillet. Le marquis de Coriolis. Lettres à Lamennais, 1825-1837, Paris, Honoré Champion, 1912, 233 p. ; Léon Lévy-Schneider, compte rendu dans la Revue d’histoire moderne et contemporaine, t. XVII, 1912, p. 447-448 ; Philippe Zawieja, « Hypothèses pour une onomastique du Coriolis de Manette Salomon », Cahiers Edmond et Jules de Goncourt, n° 26, 2021, p. 185-199 ; CCFr/Bibliothèque municipale de Lyon, Ms 2444, correspondance Coriolis-Lamennais.

Bon exemplaire de ce violent pamphlet anti-bonapartiste, publié dans les toutes premières heures de la Restauration de la monarchie.

Prix : 200 euros

mardi 25 août 2026

1770 | Le Pornographe ou Idées d'un honnête-homme sur un projet de règlement pour les prostituées, par Rétif de la Bretonne | Seconde édition | Exemplaire Gabriel Cognacq (ventes des 10 et 11 février 1953)


Nicolas-Edme RESTIF DE LA BRETONNE (RÉTIF DE LA BRETONE)

LE PORNOGRAPHE OU IDÉES D'UN HONNÊTE-HOMME SUR UN PROJET DE RÈGLEMENT POUR LES PROSTITUÉES, Propre à prévenir les Malheurs qu'occasionne le Publicisme des Femmes. Avec des Notes historiques et justificatives.

A Londres, chez Jean Nourse et à La Haye, chez Gosse junior et Pinet, 1770

2 parties reliées en 1 volume in-8 (20,8 x 13,3 cm) de 8 pages préliminaires et 215 pages. Sans le faux-titre "Idées singulières Première partie" qui manque presque toujours.

Reliure demi veau fauve granité, dos lisse orné de roulettes dorées marquant des caissons ornés en leur centre d'un petit soleil rayonnant, pièce de titre rouge (avec une erreur du doreur qui a doré PRONOGRA ou lieu de PORNOGRA (volontaire ou non ?), plats de papier à la colle bleu nuit moucheté de marron doré, tranches jaunes mouchetées de rouge, gardes et doublures de papier blanc (reliure fine et parfaitement conservée exécutée vers 1810-1820 au plus tard). Intérieur très frais. Seule la page de titre est légèrement défraichie sans gravité (voir photo). Belles marges.




CONTREFACON PROBABLE "en petits caractères" DE CE CÉLÈBRE TEXTE DE RÉTIF DE LA BRETONNE.

"Cette édition, moins bien imprimée que la première (avis très subjectif de Paul Lacroix - nous la trouvons bien imprimée), pourrait être une contrefaçon, car Restif ne la mentionne pas dans la Revue des ouvrages de l'Auteur (1784)." (Lacroix)

"Rétif nous disait que le Pornographe "a été contrefait trois fois" (le Pornographe, 2e éd., p. 388). Celle-ci peut bien être une des trois." (Rives-Childs, n°3, p. 212)

« La dépravation suit le progrès des lumières. Chose très naturelle que les hommes ne puissent s'éclairer sans se corrompre. » écrit Rétif dans son Pornographe, lui qui fréquentait assidûment les petites maisons de la capitale comme il le décrit lui-même dans divers ouvrages. Rétif se targuait de vouloir tout réformer : les mœurs, les arts (le théâtre), et bien d'autres choses encore. Les mots pornographie et pornographe ont déjà au XVIIIe siècle le sens d’aujourd’hui (peinture ou texte obscène, et celui qui produit ces œuvres), mais Rétif dans son titre l’emploie dans un sens plus technique, celui d’essai sur la prostitution et la manière de la réformer. « Je te vois sourire ; le nom demi barbare de PORNOGRAPHE erre sur tes lèvres. Va, mon cher, il ne m’effraie pas. Pourquoi serait-il honteux de parler des abus qu'on entreprend de réformer ? » (Le Pornographe).



L'ouvrage est divisé en deux parties. La première, sous forme de lettres adressées entre deux personnes de qualité. On trouve à la fin le Projet de Règlement pour les Filles publiques, sous la protection du gouvernement, établi en LXV articles. La seconde partie contient les notes historiques. C'est le même Rétif qui écrivait : « La pudeur des femmes n'est que leur politique ; tout ce qu'elles cachent ou déguisent n'est caché ou déguisé que pour en augmenter le prix quand elles le révèlent. » ou encore « La femme ne sent son pouvoir qu'autant qu'elle en abuse. » ; attaqué sournoisement par une première maladie vénérienne en 1757 (il a 23 ans), puis une seconde en 1770 même, puis encore en 1776 et 1785 ; Rétif avait de quoi en vouloir aux prostituées, sa passion dévorante pour le beau sexe et le libertinage lui aura prodigué mille délices et mille supplices. « Les belles du Palais Royal sont très jolies, surtout les jeunes ; quant aux vieilles, c’est comme partout ; une vieille bête n’est jamais belle. » in Le Palais Royal - Première partie: Les filles de l’Allée-des-soupirs, en 1790.

Provenance : de la bibliothèque Gabriel Cognacq (4ème vente des 10 et 11 février 1953 - note manuscrite). Gabriel Cognacq (1880-1951), neveu d’Ernest Cognacq, fondateur de La Samaritaine, prit la direction du grand magasin en 1927 et poursuivit l’œuvre commerciale et philanthropique de son oncle. Élevé par Ernest Cognacq et Louise Jay, il reçut une solide formation, notamment à HEC, avant d’entrer à La Samaritaine en 1902 après avoir débuté comme simple vendeur. Ancien combattant de 1914-1918, décoré de la Croix de guerre et de la Légion d’honneur, il occupa ensuite de nombreuses fonctions dans les milieux économiques et sociaux. Héritier d’une partie des collections Cognacq, il constitua surtout lui-même, avec passion et d’importants moyens, un remarquable ensemble de tableaux, dessins, estampes, livres rares et objets d’art. Sa collection, conservée dans son hôtel particulier du 44 avenue Bugeaud, accordait une place notable à l’art moderne et surtout aux œuvres graphiques. Grand mécène, il prêta largement ses œuvres aux expositions, contribua à la sauvegarde des trésors du Prado pendant la guerre civile espagnole et participa à la préservation de l’atelier Bourdelle. Élu membre libre de l’Académie des Beaux-Arts en 1938, il présida durant l’Occupation le Conseil des Musées nationaux et œuvra notamment à la protection des collections de Chantilly. Très engagé dans les œuvres sociales, il présida les Fondations Cognacq-Jay et soutint maternités, orphelinats, écoles, maisons de repos, musique sacrée et horticulture. Écarté des milieux officiels à la Libération en raison de malentendus sur son rôle pendant l’Occupation, il renonça à léguer ses collections à l’État et décida leur dispersion aux enchères. Après sa mort, quinze ventes organisées principalement en 1952-1953 dispersèrent ses collections pour 443 461 070 francs, sa marque de collection étant aujourd’hui identifiable mais parfois critiquée pour son estampillage trop appuyé (le présent volume ne porte pas son estampille).

Références : P. Lacroix, p. 100-101 ; Rives-Childs, n°3, p. 212

















Bel exemplaire finement relié au début du XIXe siècle provenant de la collection Gabriel Cognacq.

Prix : 950 euros