- Nana devant son miroir en tenue légère contemplant son image (dessin original signé André Gill) aquarelle, encre brune et rehauts de blanc, sur papier teinté brun (feuille 31,5 x 23,5 cm - dessin 17,5 cm x 12,5 cm) - pour l'édition ce dessin sera gravé sur bois)
- Fontan (promenant son chien) (dessin original signé André Gill) aquarelle, encre brune et rehauts de blanc, sur papier teinté brun (feuille 31,5 x 23,5 cm - dessin 17,5 cm x 12,5 cm) - pour l'édition ce dessin sera gravé sur bois)
- Steiner frappant à la loge de Mademoiselle Nana (dessin original signé Bertall) aquarelle, encre brune et rehauts de blanc, sur papier teinté brun (feuille 30,5 x 24,5 cm - dessin 18 cm x 11,5 cm) - pour l'édition ce dessin sera gravé sur bois)
+ On joint à part la suite complète des illustrations tirées sur papier de Chine avant la lettre. Bien complet de la composition supplémentaire qui n'est pas dans le livre.
Librairie L'amour qui bouquine - Beaux livres anciens et modernes - Bibliophilie
Beaux livres anciens et modernes - Bibliophilie - Reliures - Editions originales - Livres illustrés - Estampes - Dessins - Photographies - Bertrand Hugonnard-Roche, Bibliophile - libraire.
lundi 20 avril 2026
1882 | Emile Zola | Nana | Première édition illustrée par André Gill, Bertall, G. Bellenger, Bigot, Clairin, etc | Un des 100 exemplaires imprimés sur papier de Hollande | Avec 3 dessins originaux pour cette édition d'André Gill (2) et Bertall (1) et la suite complète sur Chine | Bel exemplaire relié à l'époque par Bretault
Nana, par Emile Zola. Edition illustrée par André Gill, Bertall, G. Bellenger, Bigot, Clairin, etc.
Paris, C. Marpon et E. Flammarion, 1882
1 fort volume in-4 (30,3 x 21,3 cm) de (4)-456 pages. Illustrations hors-texte et bandeaux.
Reliure de l'époque demi chagrin lie de vin à larges coins, dos à nerfs, plats de papier marbré, doublures et gardes de papier marbré, relié sur brochure, non rogné, tranches ébarbées, tête dorée, les deux plats de couverture jaune imprimée on été conservés (en très bon état). Reliure signée BRETAULT. Intérieur frais. Papier de Hollande teinté de bonne qualité malgré quelques feuillets avec des rousseurs. Légères marques. Une légère éraflure sur le plat supérieur (peu visible).
Première édition illustrée.
Un des 100 exemplaires numérotés sur papier de Hollande (numéroté à la plume, il porte le numéro 32).
+ On joint à part 3 dessins originaux pour cette édition par André Gill (2) et Bertall (1) comme suit :
Edition populaire parue en 57 livraisons et ornée de 66 compositions gravées sur bois, dont 14 en tête de chapitre et 52 à pleine page, d’après les compostions d’André Gill, Bertall, Georges Bellenger, Bigot, Georges Clairin, J. Audy et G. Nielsen.
Nana, neuvième roman des Rougon-Macquart, a été publié sous forme de feuilleton dans Le Voltaire du 16 octobre 1879 au 5 février 1880, puis en volume chez Georges Charpentier, le 14 février 1880.
Née en 1852 dans la misère du monde ouvrier, Anna Coupeau, dite Nana, est la fille de Gervaise Macquart et de Coupeau dont l’histoire est narrée dans L'Assommoir. Le début du roman la montre dans la gêne, manquant d’argent pour élever son fils Louis qu’elle a eu à l’âge de seize ans d'un père inconnu ; elle se prostitue, faisant des passes pour arrondir ses fins de mois. Ceci ne l’empêche pas d’habiter un riche appartement où l’un de ses amants, un riche marchand de Moscou, l’a installée. Son ascension commence avec un rôle de Vénus qu’elle interprète dans un théâtre parisien : elle ne sait ni parler ni chanter, mais l'habit impudique qui cache si peu de son corps de déesse affole tous les hommes. Elle se met un moment en ménage avec un homme qu’elle aime, le comédien Fontan. Mais celui-ci est violent et finit par la battre, la tromper et la mettre à la porte. Elle se met alors à côtoyer la prostituée Satin, avec qui elle entretiendra une liaison (Satin s'installera chez Nana, dans l'hôtel que lui a acheté le comte Muffat). Après avoir épuisé toutes ses économies, elle acceptera la manne financière proposée par Muffat qui désire par-dessus tout en faire sa maîtresse exclusive. Celui-ci met sa fortune à ses pieds, lui sacrifie son honneur et demande en retour la fidélité. Mais cette liaison le mènera au bouleversement total de son être, de ses convictions dévotes, de son comportement probe et de ses principes intègres. Il s’abaissera à une humiliation inhumaine et une complaisance révoltante, contraint d’accepter les moindres caprices de Nana qui lui fait subir les pires infamies, jusqu’à lui faire accepter la foule d’amants qu’elle fréquente, y compris Satin (même si Nana se borne à dire que « cela ne compte pas »), alors que cela représente l'humiliation suprême pour Muffat. Nana atteint le sommet de sa gloire lors d’un grand prix hippique auquel assistent Napoléon III et le tout-Paris. Une jument, nommée Nana en son honneur par son amant le comte Xavier de Vandeuvres, remporte la course. Tout l’hippodrome scande alors « Na-na », dans un délire tournant à la frénésie. Puis le déclin s'amorce. Le comte de Vandeuvres, accusé de tricherie devant la victoire suspecte car trop improbable de sa pouliche, se suicide en mettant le feu à ses écuries. Philipe Hugon est emprisonné après que ses vols dans la caisse de sa caserne ont été découverts. Son frère Georges tente de se suicider chez Nana, après avoir compris qu'elle couchait aussi avec Philippe depuis plusieurs mois. Le comte Muffat se retrouve ruiné et endetté. Accablée de dettes contractées malgré la ruine de ses amants, comprenant qu'elle ne peut pas continuer une telle fuite en avant, elle quitte Paris après avoir vendu aux enchères tous ses biens. Plus personne ne sait rien d’elle pendant plusieurs mois, jusqu’au moment où elle regagne la capitale pour aller au chevet de son fils atteint de la petite vérole. Son fils la contamine et elle tombe à son tour très malade. La nouvelle de son retour se propage comme une traînée de poudre et ses anciens courtisans accourent dans son antichambre. Et c'est son ancienne rivale, Rose Mignon, qui finalement l'assiste dans son trépas, à ses propres risques et périls. Elle qui quelques mois avant affolait encore tous les hommes de Paris meurt défigurée par la maladie, au moment où s'achève brutalement le Second Empire avec la déclaration de guerre à la Prusse.
La publication de Nana fit scandale. L'édition populaire illustrée qui paraît deux ans après la première édition en librairie permet une diffusion massive de ce texte qui devint rapidement l'un des textes phares du chef de file de l'école naturaliste.
"[... ] La femme le possédait avec le despotisme jaloux d’un Dieu de colère, le terrifiant, lui donnant des secondes de joie aiguës comme des spasmes, pour des heures d’affreux tourments, des visions d’enfer et d’éternels supplices. C’étaient les mêmes balbutiements, les mêmes prières et les mêmes désespoirs, surtout les mêmes humilités d’une créature maudite, écrasée sous la boue de son origine. Ses désirs d’homme, ses besoins d’une âme, se confondaient, semblaient monter, du fond obscur de son être, ainsi qu’un seul épanouissement du tronc de la vie. Il s’abandonnait à la force de l’amour et de la foi, dont le double levier soulève le monde. Et toujours, malgré les luttes de sa raison, cette chambre de Nana le frappait de folie, il disparaissait en grelottant dans la toute-puissance du sexe, comme il s’évanouissait devant l’inconnu du vaste ciel. [...] Mais ces petits jeux se gâtèrent bientôt. Ce ne fut pas cruauté chez elle, car elle demeurait bonne fille ; ce fut comme un vent de démence qui passa et grandit peu à peu dans la chambre close. Une luxure les détraquait, les jetait aux imaginations délirantes de la chair. Les anciennes épouvantes dévotes de leur nuit d’insomnie tournaient maintenant en une soif de bestialité, une fureur de se mettre à quatre pattes, de grogner et de mordre. Puis, un jour, comme il faisait l’ours, elle le poussa si rudement, qu’il tomba contre un meuble ; et elle éclata d’un rire involontaire, en lui voyant une bosse au front. Dès lors, mise en goût par son essai sur la Faloise, elle le traita en animal, le fouailla, le poursuivit à coups de pied. — Hue donc ! hue donc !… Tu es le cheval… Dia, hue ! sale rosse, veux-tu marcher ! D’autres fois, il était un chien. Elle lui jetait son mouchoir parfumé au bout de la pièce, et il devait courir le ramasser avec les dents, en se traînant sur les mains et les genoux. — Rapporte, César !… Attends, je vais te régaler, si tu flânes !… Très bien, César ! obéissant ! gentil ! … Fais le beau ! Et lui aimait sa bassesse, goûtait la jouissance d’être une brute. Il aspirait encore à descendre, il criait : — Tape plus fort… Hou ! hou ! je suis enragé, tape donc ! [...]" (extrait de Nana, chapitre XIII).
Référence : Reverzy, Éléonore. « Littérature publique. x L'exemple de Nana », Revue d'histoire littéraire de la France, vol. vol. 109, no. 3, 2009, pp. 587-603.
Bel exemplaire en reliure d'époque de cette première édition illustrée recherchée en grand papier, ici accompagnée de trois des dessins originaux pour cette édition et de la suite sur Chine.
Prix : 3 900 euros
1883 | Emile Zola | Pot-Bouille | Première édition illustrée par Georges Bellenger et Kauffmann | Un des 100 exemplaires sur papier de Hollande | Bel exemplaire relié à l'époque
Pot-Bouille. Edition illustrée par Georges Bellenger et Kauffmann.
Paris, C. Marpon et E. Flammarion, s.d. (1883)
1 volume in-4 (30 x 21 cm) de (4)-452 pages. Avec 58 compositions hors texte par Georges Bellenger et Kauffmann gravées sur bois par Perrichon et Clément.
Reliure de l'époque demi chagrin lie de vin à larges coins, dos à faux nerfs, auteur et titre dorés au dos, tête dorée, relié sur brochure (non rogné, ébarbé). Couvertures jaunes (les deux plats et le dos) conservés en excellent état. Bien complet de la suite des hors texte sur papier de Chine. Reliure fraîche. Intérieur frais. Quelques rousseurs habituelles sur le papier de Chine de la suite. Texte imprimé sur beau papier de Hollande teinté (quelques rousseurs selon les feuillets).
Première édition illustrée.
Exemplaire imprimé sur grand papier.
Un des 100 exemplaires sur papier de Hollande avec suite sur papier de Chine.
Cette édition a paru en 57 livraisons entre avril et décembre 1883 (selon la Bibliographie de la France).
Pot-Bouille est le dixième volume de la série des Rougon-Macquart. Il paraît d'abord sous forme de feuilleton dans Le Gaulois entre le 23 janvier 18823 et le 14 avril 1882.
L'action se déroule pendant les années 1862-1863. Ce roman dépeint la vie bourgeoise à travers un microcosme parisien : un immeuble cossu de la rue de Choiseul. Zola y critique avec virulence l’hypocrisie, l’égoïsme et la corruption morale des classes moyennes et supérieures. L’histoire se déroule principalement dans cet immeuble, où chaque étage est occupé par une famille ou un individu représentant un type social. Derrière des façades respectables se cachent des drames, des intrigues et des travers bien moins reluisants : adultères, avarice, hypocrisie religieuse, ambition démesurée et exploitation des domestiques. Octave Mouret, jeune homme ambitieux venu de province, est le fil conducteur du récit. Il loue une chambre dans l’immeuble et cherche à s’élever socialement. Séducteur opportuniste, il s’immisce dans la vie de ses voisins, naviguant habilement entre les couples et les ambitions. Son parcours amorce la transition vers le personnage qu’il deviendra dans Au Bonheur des Dames (1883). L'immeuble est habité par Les Josserand : Une famille en quête désespérée de marier leurs filles pour améliorer leur statut social. Madame Josserand est une femme calculatrice, prête à tout pour ses ambitions, tandis que Monsieur Josserand est écrasé par son épouse ; Les Duveyrier : Une famille bourgeoise dysfonctionnelle. Monsieur Duveyrier, magistrat, trompe son ennui dans des relations extraconjugales, tandis que sa femme est dévote et froide ; Les Pichon : Un jeune couple mal assorti, symbolisant la vie conjugale dénuée de passion ; Les autres voisins montrent une facette différente de la société bourgeoise, notamment par leurs ambitions ou leurs vices. Les employés domestiques jouent quant à eux un rôle crucial : exploités et maltraités, ils représentent le revers sombre du confort bourgeois. Leur vie contraste avec celle de leurs maîtres et révèle les injustices sociales de l’époque.
Pot-Bouille est un portrait acerbe de la société bourgeoise du XIXᵉ siècle. En exposant les travers et contradictions de cette classe, Zola poursuit son projet naturaliste d’explorer les déterminismes sociaux et biologiques. Le titre même, qui signifie "marmite où mijotent des restes", illustre l’idée d’un mélange trouble de secrets et de compromissions derrière une façade apparemment ordonnée.
Pot-Bouille fut diversement apprécié par la critique. Citons parmi ses détracteurs, Octave Uzanne, qui, à l'époque, n'était pas tendre avec l'école naturaliste. Dans sa revue bibliographique "Le Livre", il écrit : "En admettant que je veuille, avec un grand sérieux de critique, rendre compte du nouvel ouvrage de M. Zola, je me verrai bien embarrassé, car, de bonne foi, la lecture de Pot-Bouille ne laisse rien autre chose dans la cervelle que le nauséabond limon des immondices complaisamment balayées en tas par ce sinistre ramasseur de bouts de documents humains. Si ce livre, pour tout vrai Parisien, n'était imbécilement ridicule, il serait odieusement ignoble. La presse entière n'a soufflé mot d'une pareille production vomie au coin de la borne par un homme de talent qui n'a plus ni décence, ni bon sens, ni estomac. Ce spectacle est attristant ; on ne peut quêter en faveur de M. Zola que la pitié, puisque les gros sous lui arrivent et achèvent de l'aveugler sur sa pitoyable situation actuelle. Lise Pot-Bouille qui voudra, et qui voudra nous dise s'il est permis de résumer une telle chose, - mal conçue, mal bâtie, mal écrite, avec tout le sans-façon d'un gros entrepreneur qui ne fait plus que des affaires hâtives et lucratives. - Saluons à l'américaine Zola : Money making author !" (Octave Uzanne, Le Livre, Bibliographie moderne, livraison du 10 juin 1882, p. 364).
Cette première édition illustrée s'inscrit dans le projet que Zola avait de rendre ses œuvres accessibles au plus grand nombre et à moindre frais. Ce volume, ainsi que huit autres, parus en livraisons à quelques centimes (6 fr. l'ensemble du volume) fait partie des "Premières illustrées" des Rougon Macquart avec aussi Thérèse Raquin qui s'y trouve également. Elles parurent entre 1878 (L'Assommoir) et 1893 (La Débâcle).
La plupart du temps ces volumes ont été pauvrement reliés à l'époque et impitoyablement malmenés par des mains peu soigneuses. Les beaux exemplaires bien reliés à l'époque, tirés sur papier d'édition, sont déjà peu communs. Les beaux exemplaires très bien reliés à l'époque et sur grand papier sont rares et doivent être recherchés. Ces premières illustrées sur grand papiers sont aussi importantes à nos yeux que les éditions originales parues en libraire en volume chez G. Charpentier.
Bel exemplaire très désirable de ce volume rare dans cette condition.
Prix : 1 950 euros
lundi 13 avril 2026
1715 | Mémoires de Mr. d'Artagnan, Capitaine Lieutenant de la première Compagnie des Mousquetaires du Rois contenant quantité de choses particulières et secrettes qui se sont passées sous le Règne de Louis le Grand. Par Gatien Courtilz de Sandras | A Amsterdam chez Pierre de Coup, 1715 | 3 volumes in-12 | Reliure en maroquin rouge signée Trautz-Bauzonnet (vers 1860) | Superbe exemplaire de la bibliothèque de Jacques du Tillet.
Mémoires de Mr. d'Artagnan, Capitaine Lieutenant de la première Compagnie des Mousquetaires du Roi contenant quantité de choses particulières et secrettes qui se sont passées sous le Règne de Louis le Grand.
A Amsterdam, chez Pierre de Coup, 1715
3 volumes in-12 (161 x 105 mm | hauteur des marges : 156 mm) de (8)-564-(15), 636-(12) et 598-(16) pages. Pages de titre imprimées en rouge et noir.
Reliure plein maroquin rouge janséniste, titres et tomaisons dorés au dos, double filet doré sur les coupes, jeu de roulettes et filets dorés en encadrement intérieur des plats, doublures et gardes de papier peigne, tranches dorées sur marbrure (reliure signée TRAUTZ-BAUZONNET, exécutée vers 1860-1870). Superbe état de conservation.
Intéressante édition hollandaise ancienne.
L'édition des Mémoires de d'Artagnan est une affaire éditoriale singulière. On sait que le premier volume seul avait été publié sous la date de 1700 à Cologne chez Pierre Marteau. Ce premier volume a 564 pages et une table des matières (comme notre édition). Il est imprimé "FIN" à la fin de ce premier volume de 1700. Il semble évident qu'au moment de l'édition de ce premier volume, les deux volumes suivants n'étaient alors pas prévus. Nous avons pu comparer le premier tome de notre exemplaire daté 1701 avec ce premier volume daté 1700. Il s'avère que le tirage des deux volumes est identique en tous points à la coquille près. Seul la page de titre a été changée. On peut donc en conclure qu'il n'y a eu qu'un seul tirage de ce premier volume en 564 pages plus la table et que ce sont les volumes imprimés en 1700 dont seul le titre a été changé. Ce changement s'est opéré pour venir compléter les deux volumes qui ont suivi et portant eux aussi la date de 1701, eux aussi avec table et imprimés avec les mêmes caractères et employant les mêmes ornements. On peut considérer à juste titre cette série en 3 volumes portant la date de 1700 pour les 3 volumes comme étant une contrefaçon de la véritable première édition de ce texte (le premier volume ayant été en réalité imprimé en 1700, certainement à seulement quelques semaines d'intervalle avec les deux suivants). Un exemplaire que nous avons eu en mains du premier volume en 564 pages et portant la date de 1700 était relié à l'époque avec les Mémoires de Chavagnac dans l'édition de 1700 également. Ce volume particulièrement intéressant, car il rassemble sous une élégante reliure hollandaise de l'époque le premier tome des Mémoires de d'Artagnan, daté de 1700 et comprenant 564 pages avec table des matières, et les Mémoires de Chavagnac, prouvait que ce premier volume des Mémoires de d'Artagnan publié en 1700 avait tout d'abord paru seul (sans les deux volumes qui suivront de près). La complexité de cette chronologie éditoriale, dont tout est loin d'avoir été démêlé, laisse apparaître d'autres éditions parues sous la date de 1700 et 1701. Il existe ainsi également une édition en trois volumes tous datés de 1700, mais sans table des matières (cet exemplaire), ainsi qu'une autre où seul le premier volume, sans indication de tomaison, est daté de 1700 avec table, tandis que les deux suivants, datés de 1701, comportent aussi une table. L'édition en trois volumes datés de 1700 mais sans table aurait été réalisée ultérieurement, probablement en antidatant les tomes 2 et 3. Un autre tirage de 1700, avec un titre imprimé en noir, est également connu. Il existe encore des éditions portant la date de 1702, 1703 et une édition de 1704 en 4 volumes. Vient ensuite notre édition hollandaise de 1715 qui semble reprendre presque ligne pour ligne et mot pour mot la première édition de 1700 dont le premier volume est en 564 pages également.
Le d’Artagnan historique, celui campé par Courtilz de Sandras et celui de Dumas qui s’en est inspiré ont quelques points communs : tous trois cadets de Gascogne, montant à Paris pour « prendre du service », devenant des mousquetaires courageux et fidèles. Charles Ogier de Batz naît vers 1612 à Castelmore près de Lupiac en Gascogne. Il entre vers 1633 dans la compagnie des mousquetaires, prend le nom de sa mère, d'Artagnan, et le titre de comte. En 1646, les mousquetaires sont licenciés et d’Artagnan entre au service de Mazarin parmi ses « gentilshommes ordinaires ». Sa fidélité au ministre et au roi pendant les troubles de la Fronde lui valent quelques missions délicates, qui révèlent son tact et son humanité, ainsi que des rétributions, comme la charge de capitaine des petits chiens du Roi courant le chevreuil… Lorsque les mousquetaires sont reconstitués, il devient lieutenant puis capitaine-lieutenant de la première compagnie en 1667. Maréchal de camp en 1672, il meurt au siège de Maastricht l’année suivante. (notice Musée de l'Armée).
Gatien Courtilz de Sandras (1644 -1712) suit une carrière militaire entre 1660 et 1679, passant notamment par les mousquetaires gris. Puis il se fait écrivain, rédigeant des mémoires apocryphes, notamment sur d'Artagnan, Mr de Rochefort, mais aussi des chroniques scandaleuses et des ouvrages politiques. Son œuvre reflète les ambitions et les frustrations de l’aristocratie encore féodale tenue en bride par l’Absolutisme. Sa liberté de ton le mènera d’ailleurs à la Bastille où il séjournera de 1693 à 1699. Dumas s’est largement inspiré de ces pseudo–mémoires pour écrire les Trois mousquetaires, Courtilz lui fournissant les personnages d’Athos, de Porthos, d’Aramis ou de Milady et de nombreuses anecdotes. (notice Musée de l'Armée).
C'est sur l'édition de 1704 des Mémoires de d'Artagnan qu'Alexandre Dumas père s'est penché pour rédiger ses Trois Mousquetaires (1844) et sa suite Vingt ans après (1845). "Lors d’un voyage à Marseille où son ami poète Joseph Méry réside, Dumas cherche quelque lecture, ne pouvant rester oisif. À la bibliothèque, on lui prête « Mémoires de M. d’Artagnan », une édition de 1704. Quelle ne fut sa fascination pour l’ouvrage ! Sur la route de Paris, Dumas ne lâche pas le livre d’une page, si bien que la bibliothèque de Marseille attend toujours qu’il le rapporte !".
A propos du véritable d'Artagnan nous avons le témoignage de Madame de Sévigné qui écrit dans une lettre datée du 27 novembre 1664 adressée à M. de Pomponne : "[...] Il faut que je vous conte ce que j’ai fait. Imaginez-vous que des dames m’ont proposé d’aller dans une maison qui regarde droit dans l’Arsenal, pour voir revenir notre pauvre ami [Nicolas Fouquet]. J’étois masquée, je l’ai vu venir d’assez loin. M. d’Artagnan étoit auprès de lui ; cinquante mousquetaires derrière, à trente ou quarante pas. Il paroissoit assez rêveur. Pour moi, quand je l’ai aperçu, les jambes m’ont tremblé, et le cœur m’a battu si fort, que je n’en pouvois plus. En s’approchant de nous pour rentrer dans son trou, M. d’Artagnan l’a poussé, et lui a fait remarquer que nous étions là. Il nous a donc saluées, et a pris cette mine riante que vous connoissez. Je ne crois pas qu’il m’ait reconnue ; mais je vous avoue que j’ai été étrangement saisie, quand je l’ai vu rentrer dans cette petite porte. Si vous saviez combien on est malheureuse quand on a le cœur fait comme je l’ai, je suis assurée que vous auriez pitié de moi ; mais je pense que vous n’en êtes pas quitte à meilleur marché, de la manière dont je vous connois. [...]" ; puis encore dans une lettre du 11 décembre de la même année 1664 : "[...] Cependant M. Fouquet est allé dans la chambre de M. d’Artagnan : pendant qu’il y était, il a vu par la fenêtre passer M. d’Ormesson, qui venait de reprendre quelques papiers qui étaient entre ies mains de M. d’Artagnan. M. Fouquet l’a aperçu ; il l’a salué avec un visage ouvert, et plein de joie et de reconnaissance ; il lui a même crié qu’il était son très-humble serviteur. [...] À onze heures, il y avait un carrosse prêt, où M. Fouquet est entré avec quatre hommes, M. d’Artagnan à cheval avec cinquante mousquetaires. Il le conduira jusqu’à Pignerol, où il le laissera en prison sous la conduite d’un nommé Saint-Mars, qui est fort honnête homme, et qui prendra cinquante soldats pour le garder. D'après la chronologie avérée de d'Artagnan on sait que celui-ci apporta une lettre de Louis XIV au comte de Bussy Rabutin, cousin de ladite Madame de Sévigné et gouverneur du Nivernais, à la Charité sur Loire, à la date du 29 mars 1652.
Références : Jean Lombard, Courtilz de Sandras et la crise du roman à la fin du grand siècle, 1980 (PUF) ; Woodbridge, Gatien de Courtilz : Etude sur un précurseur du Roman réaliste France (Puf, 1925) | un exemplaire de cette édition de 1715 relié en maroquin rouge par Hardy était coté 150 francs or au Bulletin Morgand (n°14910 - n°22 de janvier 1888 "Edition bien imprimée").
Provenance : exemplaire provenant de la bibliothèque Jacques Du Tillet, avec son ex-libris gravé sur cuir et doré (croix pattée). La famille Du Tillet, qui remonte au XVIe siècle, était composée de magistrats et de bibliophiles encore actifs au XIXe siècle (d’or à la croix pattée et alésée de gueule). A priori, d’après nos recherches, ce Du Tillet avait fait relier plusieurs ouvrages par Trautz-Bauzonnet vers 1860-1879, ce qui montre un goût certain pour cet excellent relieur de son époque. Il a également fait relier des ouvrages par Belz (successeur de Niédrée). Sa bibliothèque a été vendue en 1938-1939. Selon la généalogie de la famille, il pourrait s’agir de Charles-Maximilien Du Tillet (1816-1902), receveur général des finances. Le volume est sans doute passé ensuite dans la bibliothèque de son fils, Jacques du Tillet (1857-1942), journaliste, écrivain de littérature légère et critique connu sous le nom de Jean Malic, à moins que ce ne soit lui le premier acquéreur et le commanditaire de la reliure, exécutée alors qu’il n’avait qu’une vingtaine d’années — Georges Trautz meurt en 1879 et a donc pu relier jusqu’à peu avant cette date, soit jusqu’aux 22 ans de Jean Malic.
Superbe exemplaire, parfaitement établi par le maître relieur Trautz-Bauzonnet, de cette édition hollandaise ancienne rare.
Prix : 3.500 euros
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