mardi 9 juin 2026

Janvier 1815 | Réflexions sur l'intérêt général de l'Europe, suivies de quelques considérations sur la noblesse. Par M. de Bonald. Edition originale. Bon exemplaire à relier à la bradel d'un des premiers ouvrages à traiter de la construction européenne moderne.


DE BONALD (Louis)

Réflexions sur l'intérêt général de l'Europe, suivies de quelques considérations sur la noblesse. Par M. de Bonald.

Paris, Le Normant, imprimeur-libraire, 1815 (imprimerie de Le Normant, rue de Seine)

Brochure in-8 (20,8 x 12,4 cm) de 79 pages. Dérelié (anciennement relié dans un volume). Rogné avec cahiers solidement tenus ensemble (il faut simplement envisager un cartonnage à la bradel). Quelques rousseurs mais bon papier de qualité. Complet.

Edition originale.

Brochure parue en janvier 1815.

Cette brochure n'était qu'une application particulière des doctrines générales de l'auteur. Considérant l'ensemble des États de l'Europe comme une république chrétienne, il voulait qu'au congrès de Vienne ils recommençassent l'œuvre des congrès de Munster et d'Osnabrück. Le but, à Vienne comme à Munster, disait-il en substance, est d'organiser le corps germanique : on voulait, en 1648, opposer la ligue protestante à la maison d'Autriche ; on veut à Vienne opposer, en Allemagne, des puissances plus fortes et plus indépendantes à l'ambition présumée de la France. En un mot, de Bonald voit ici plus de variété dans la forme que de changement dans le fond ; mais il espère que les résultats du congrès de Vienne auront plus de durée et de solidité que ceux du congrès de Munster. Ce n'est pas seulement, continue-t-il, la paix qu'on attend aujourd'hui, c'est l'ordre, c'est une constitution définitive de l'Europe. Les deux bases sur lesquelles cet ordre peut reposer sont la religion et la monarchie. L'esprit populaire régnait au temps du traité de Westphalie, l'esprit monarchique domine aujourd'hui. De Bonald remarque toutefois que ce n'est pas sans quelques modifications. Les religions nouvelles, qui d'abord n'ont demandé que la tolérance, obtiendront à présent l'égalité. Cette égalité peut conduire à la réunion, à l'unité, à cette concorde parfaite que Bossuet et Leibnitz jugeaient possible. Ce qu'on appelait l'équilibre de l'Europe fut le principal fruit du traité de Westphalie ; l'ordre est tout autre chose. L'équilibre ne fut imaginé que lorsqu'il y eut partage et scission dans les doctrines politiques et religieuses ; dans le système de l'équilibre, toutes les puissances restent armées. Ce système est donc essentiellement illusoire ; il aurait aujourd'hui plus d'inconvénients que jamais. C'est sur un appui moins chancelant qu'un grand roi et un grand philosophe avaient projeté d'établir l'ordre et le repos de l'Europe. Henri IV et Leibnitz pensèrent que la prééminence politique du chef de l'Église pouvait seule assurer ces biens.... Que d'illusions dans cette utopie ! D'abord n'est-il pas permis au philosophe de regarder ce qu'on appelait autrefois la république chrétienne, comme un fantôme respectable, comme une illusion poétique plus capable d'inspirer de nobles sentiments aux belles âmes, que de fournir des idées précises et des notions bien réelles et bien positives aux esprits justes ? En second lieu, la suprématie pontificale est-elle possible, surtout aujourd'hui ? L'auteur lui-même semble ne pas le croire, quoique la chrétienté lui paraisse une famille et un État qui doivent, comme tous les autres, se gouverner par des autorités, et non par des équilibres. Que faire donc ? Que mettre à la place de l'équilibre, dont le vice est si évident, et de la prééminence pontificale, qui ne serait absolument possible que dans le cas qui, suivant notre philosophe, n'est pas impossible, du retour à l'unité religieuse ? Il y substitue la prépondérance de la France, qu'il appelle une nécessité politique. Mais comment obtenir l'usage actif de cette prépondérance, que réclament pour elle le repos et l'ordre de l'Europe ? En obtenant tout son développement territorial, en devenant une nation complète, une société forte, une société finie ; en un mot, il veut que la France s'étende jusqu'au Rhin. Mais en même temps, selon lui, la haute politique demande plus impérieusement que jamais l'affermissement de la puissance du saint-siège.

« C'est de là, dit-il, qu'est venue la lumière, c'est de là encore que viendront l'ordre et la paix des esprits et des cœurs. »

Cette conclusion énoncée comme un fait prouvé que la politique de l'auteur s'appuie sur les grands souvenirs du passé, plutôt que sur l'observation des convenances et des besoins actuels ; elle fait retentir les noms de Charlemagne, de Henri IV, de Leibnitz, de Bossuet, et semble vouloir assurer aux plans conçus par ces grands hommes une immortalité qui n'appartient qu'à leurs noms. De Bonald pense avec ces héros de la politique, de la philosophie et de la religion, mais il ne paraît pas songer assez que l'avenir n'était pas à leur disposition, et que cet avenir est le présent d'aujourd'hui ; il se replace dans leur siècle, à leur époque, à côté d'eux, mais il oublie trop ses contemporains, il confond trop ce qui n'est plus avec ce qui est. Ces mots de retour à l'unité religieuse, de prééminence pontificale, sont-ils faits pour notre temps, et cette tendance à l'égalité qu'il remarque dans les diverses religions, au lieu de nous promettre l'unité, ne serait-elle pas une tendance vers la nullité, triste fruit de l'indifférence ?

Les Considérations sur la noblesse, qui viennent ensuite, sembleraient au premier aperçu faire un ouvrage séparé ; mais si l'on parvient à entrer dans les pensées de l'auteur, on aperçoit les rapports qui réunissent les deux branches de son sujet. Ce n'est pas en effet seulement une noblesse particulière, la noblesse française par exemple, qu'il envisage dans cette brochure, c'est sur toute la noblesse européenne que s'étendent et que reposent les observations de sa philosophie politique ; et de même qu'à ses yeux il n'est en Europe qu'un seul État, il n'est aussi qu'une seule noblesse.

Qu'est-ce que la noblesse suivant lui ? C'est une institution naturelle et nécessaire de la société. La nécessité du pouvoir entraîne celle de la noblesse. Ici l'auteur se jette dans une suite d'abstractions, on peut dire insaisissables ; puis voici sa conclusion, d'ailleurs entourée de nuages comme le reste de ses déductions.










« La première et peut-être la seule institution qui manque à nos sociétés d'Europe est l'institution ou la constitution du corps chargé du ministère public. La noblesse, longtemps gouvernée par les mœurs, devrait l'être aujourd'hui par les lois ; car lorsque les mœurs sont perdues, il faut les écrire pour les retrouver. Il faut donc instituer la noblesse dans son état politique et même dans son état domestique, en faire réellement un ordre, c'est-à-dire un corps de familles dévouées au service public, et tout régler enfin dans des hommes qui doivent être la règle vivante de tous. Elle est aujourd'hui un objet de jalousie par de vaines décorations et de frivoles distinctions ; elle serait alors, pour les âmes faibles, un objet de terreur et d'épouvante par la sévérité de ses maximes, l'étendue de ses engagements et l'austérité de ses devoirs. »

Ces vues sont grandes sans doute, mais combien ne sont-elles pas idéales et vagues ! Au surplus, l'auteur lui-même convient en finissant qu'il n'a fait qu'une utopie, et il s'en aperçoit, dit-il, un peu tard.

Élu député de l'Aveyron, au mois d'août 1815, il fit partie de la majorité de la chambre introuvable. Ses discours portent tous l'empreinte de ses opinions invariables et de son caractère inflexible. Il les improvisait rarement : c'étaient presque toujours de véritables dissertations politiques, qui ne tendaient point aux effets oratoires, mais qui étincelaient de traits mordants aussi forts que justes, et dont ses adversaires se ressentaient longtemps. (extrait de la Biographie Universelle Michaud)

Louis-Gabriel-Ambroise de Bonald, vicomte de Bonald (1754-1840), fut l’un des principaux théoriciens de la pensée contre-révolutionnaire française et du traditionalisme catholique. Issu d’une ancienne famille noble du Rouergue, il accueille d’abord avec prudence les débuts de la Révolution française avant de s’y opposer radicalement après la remise en cause de l’ordre monarchique et religieux. Émigré en 1791, il compose en exil sa grande œuvre, Théorie du pouvoir politique et religieux (1796), où il affirme que la société ne résulte pas d’un contrat entre individus mais d’un ordre naturel voulu par Dieu, reposant sur la religion, la famille et l’autorité politique. Adversaire des idées de Jean-Jacques Rousseau et de la philosophie des Lumières, il défend une vision organique de la société dans laquelle les institutions précèdent et façonnent l’individu. Sous la Restauration française, il devient l’un des penseurs majeurs du courant ultra-royaliste, est élu député puis pair de France, et participe notamment au combat qui conduit à l’abolition du divorce en 1816. Écrivain prolifique, auteur de Législation primitive et de Du divorce considéré au XIXᵉ siècle, il développe également une réflexion originale sur le langage, qu’il considère comme une transmission divine et sociale plutôt qu’une création humaine. Retiré de la vie politique après la révolution de 1830, il meurt à Millau en 1840. Longtemps réduit à l’image d’un penseur réactionnaire, Bonald apparaît aujourd’hui comme une figure essentielle de la philosophie politique du XIXᵉ siècle, dont l’œuvre interroge les rapports entre individu, société, tradition et pouvoir.

Bon exemplaire à relier à la bradel d'un des premiers ouvrages à traiter de la construction européenne moderne.

Prix : 200 euros

mercredi 3 juin 2026

1814 | Ensemble de deux brochures rares par Louis de Bonald | Encore un mot sur la liberté de la presse, par M. de B***** [de Bonald] | De la royauté en France. [Par M. de Bonald] | La deuxième n'a été imprimée qu'à 20 exemplaires distribués à l'auteur et non diffusée officiellement | Exemplaire Dampmartin


DE BONALD (Louis)

Encore un mot sur la liberté de la presse, par M. de B***** [de Bonald].

A Paris, à la Société Typographique, Place Saint-Sulpice, n°6, 1814 [août]

(2)-25 pages.

Suivi de :

De la royauté en France. [Par M. de Bonald].

Sans lieu ni date [avril 1814]

24 pages.



Ensemble de deux brochures rares, déreliées (anciennement reliées dans un volume). La deuxième "De la royauté en France" étant très rare car jamais publiée officiellement (voir ci-dessous).

Les deux brochures sont rognées et sont encore solidement tenues ensemble, les cahiers solidement maintenus (il faut simplement envisager un cartonnage à la bradel).

A propos de la première brochure "Encore un mot sur la liberté de la presse" : La Bnf en conserve un exemplaire mais elle semble fort rare et n'a été diffusée qu'à très petit nombre ou les exemplaires ont été perdus compte tenu du très petit nombre d'occurrences retrouvées pour ce titre.

Publié durant l'été 1814, au moment de la Restauration monarchique, Encore un mot sur la liberté de la presse de Louis de Bonald constitue une violente critique de la liberté illimitée d’écrire et une défense de la censure préalable. Fidèle à sa pensée contre-révolutionnaire, Bonald considère que les livres ne sont jamais de simples productions intellectuelles mais des forces capables de façonner ou de détruire une société : « l’opinion est la reine du monde » et c’est par les écrits qu’elle se forme ou se corrompt. Selon lui, les crises financières, les désordres moraux ou même la tyrannie ne suffisent pas à renverser durablement un État ; seule la corruption des esprits par de fausses doctrines peut dissoudre les fondements religieux, politiques et sociaux d’une civilisation. Il voit dans la philosophie des Lumières, Voltaire, Rousseau et surtout l’Encyclopédie, la préparation intellectuelle de la Révolution française, par la diffusion organisée d’idées destructrices jusque dans les classes populaires. Refusant l’idée libérale selon laquelle la vérité sortirait naturellement du débat des opinions, il affirme que l’État doit protéger les peuples contre les erreurs comme il les protège contre les violences physiques. La censure n’est donc pas présentée comme une oppression, mais comme une garantie d’ordre public et moral. Texte emblématique de la pensée traditionaliste du début du XIXᵉ siècle, cet opuscule témoigne aussi, paradoxalement, d’une intuition très moderne : celle de l’immense pouvoir politique des livres, de la presse et de la formation de l’opinion publique.

Le texte répond directement aux débats provoqués par la Charte constitutionnelle de Louis XVIII (4 juin 1814), dont l’article 8 promettait aux Français le droit de publier leurs opinions « en se conformant aux lois qui doivent réprimer les abus de cette liberté ». Cette publication intervient dans la polémique précédant et accompagnant la loi du 21 octobre 1814 sur la presse, qui rétablit notamment une forme de contrôle préalable pour les ouvrages de moins de vingt feuilles. 

"[...] Nous ne sommes pas réduits sans doute à prouver l’influence des productions de l’esprit sur l’état de la société. S’il est vrai que l’opinion soit la Reine du monde, c’est par les livres qu’elle se forme, s’égare ou se redresse. Le désordre des finances ne détruit pas un État, parce qu’après tout un État ne paie que ce qu’il peut payer, et que les créanciers n’ont pas contre leur débiteur la ressource de l’expropriation forcée. Le désordre des mœurs ne détruit pas un État, parce qu’il y a toujours, même dans le pays le plus corrompu, plus d’hommes réglés que d’hommes dissolus. La tyrannie même ne détruit pas un État, parce que la tyrannie passe avec le tyran, et que la société lui survit. Une peuplade sauvage, ou dans l’état purement physique, périt par des accidents physiques : la guerre, la famine, ou les maladies. Un peuple civilisé, ou dans l’état moral, ne peut périr que par des causes morales, par la corruption de l’esprit et la propagation de fausses doctrines qui mettent en problème toutes les vérités et toutes les vertus, attaquent, l’un après l’autre, tous les principes de la société, en relâchent tous les liens, et font, en un mot, douter les gouvernements de leur pouvoir, et les peuples de leurs devoirs. Un livre a civilisé le monde ; les livres, s’il était possible, le replongeraient dans la barbarie, et nous en avons fait l’essai : « Les livres ont tout fait… » dit quelque part Voltaire, et ils le savaient bien, ceux qui élevaient à grands frais le monstrueux édifice de l’Encyclopédie pour endoctriner les habiles ou plutôt les lettrés, en même temps qu’ils recommandaient à leurs adeptes, dans leurs lettres confidentielles, les brochures à dix sous pour les cuisinières. [...]" (extrait)

A propos de la deuxième brochure "De la royauté en France" : Cette brochure de 24 pages, sans page de titre, est introuvable et pour cause, elle n'a pas été officiellement publiée par Louis de Bonald. Seuls 20 exemplaires ont été imprimés et distribués à l'auteur. Parmi les études consacrées à Bonald, une seule à notre connaissance fait mention d’un opuscule de 1814 ayant pour titre De la Royauté en France : il s’agit de la monographie de David Klinck, qui signale brièvement son existence (77 et 265 n) en évoquant deux sources, à savoir une lettre de Lamennais adressée à son frère Jean le 3 juillet de la même année, et une autre par laquelle, le 7 octobre suivant, Bonald lui-même y fait allusion au détour de quelques lignes adressées à Joseph de Maistre (Lettres 83 sq.). Les deux passages, du reste, sont assez lapidaires. Le premier présente ainsi la brochure : M. de Bonald avait fait un petit écrit intitulé De la Royauté en France ; ne voulant pas le publier sans autorisation, il l’a communiqué aux ministres, qui n’ont fait que des réponses vagues. M. de Bonald s’est alors décidé à supprimer ses réflexions. On en a tiré seulement vingt exemplaires, qui tous ont été remis à l’auteur. J’ai vu l’exemplaire d’épreuve, et l’ai lu avec intérêt. Je ne suis pas surpris que les idées qui y sont développées n’aient pas fait fortune à la Cour. (Lamennais 160). Cité et repris par Flavien Bertran de Balanda qui est le spécialiste de l'œuvre de Louis de Bonald, il écrit : voici ce que Bonald lui écrit, après avoir déploré l’état de la France depuis l’été : J’avais écrit quelque chose sur ce sujet, à l’instant que le Sénat fit paraître son projet ; j’y annonçais, pour la Révolution française, une issue semblable à celle de la révolution d’Angleterre en 1688, si l’on s’obstinait à vouloir nous constituer. Des considérations puissantes, des autorités respectables, me firent supprimer cet écrit […] (Lettres 84). Flavien Bertran de Balanda poursuit : "Nul ne sait avec précision quelles furent ces “autorités” qui auraient découragé la publication du texte ; toujours est-il qu’il ne fut en effet jamais édité ni repris ultérieurement — contrairement à d’autres ayant connu un destin voisin — y compris dans ses Œuvres complètes. L’exemplaire d’épreuve cité par Lamennais a cependant survécu, et dormait jusqu’à présent dans un carton au contenu non classé des archives familiales du Monna. Il se présente sous la forme de vingt- quatre pages in-8 reliées par un point de couture, sans couverture, et annotées de la main de Bonald pour quelques corrections typographiques. On remarque l’absence de signature, renouant avec une habitude ancienne de semi-clandestinité ponctuelle dont il use particulièrement en 1814–15. Le texte avait donc vocation à paraître anonymement, ce qui laisse penser que les “réponses vagues” des “ministres” ont plutôt été des conseils avisés et discrets venant de connaissances haut placées et en qui Bonald avait toute confiance, qu’une dissuasion officielle."

Restons en là pour le contenu de ce pamphlet avéré rarissime donc, connu à seulement l'exemplaire d'épreuves cité plus haut et vraisemblablement notre exemplaire.

D'où provient notre exemplaire ? 

Notre exemplaire comme vous pouvez le constater a été relié. Il a donc été rogné et ne possède plus ses belles marges d'origine. Il possède bien ses 24 pages avec en tête de la première page un simple titre courant : De la royauté en France. Le tout imprimé en lettres capitales entre deux filets (un double filet mince en haut et un court et simple filet en dessous). Une main a écrit à la plume à l'époque : Par M. de Bonald. Cette main nous la connaissons. Et ce n'est pas n'importe laquelle. Il s'agit de l'écriture autographe d'Anne Henri Cabot, vicomte de Dampmartin (1755-1825). Arrêtons-nous un instant sur Dampmartin. Né à Uzès en 1755, Anne Henri Cabot, vicomte de Dampmartin, eut une vie aussi mouvementée qu’érudite, marquée par les armes, les lettres et l’exil. Destiné à l’Église, il s’en détourne pour la carrière militaire, gravissant les échelons jusqu’au grade de capitaine dans la cavalerie royale, tout en s’illustrant par des essais littéraires qui lui valent une place à l’Académie de Nîmes. Témoin et acteur de la tourmente révolutionnaire, il s’exile après avoir tenté en vain de faire protester ses troupes contre les violences du 20 juin 1792, et rejoint l’armée des émigrés. Réfugié en Hollande puis à Berlin, il enseigne le français, publie un Précis de littérature à l’usage des dames (1795), rédige la Gazette française et devient précepteur des fils illégitimes de Frédéric-Guillaume II, jusqu’à sa disgrâce à la mort de ce dernier. De retour en France sous le Consulat, il compose son grand œuvre historique La France sous ses rois (1810), qui attire l’attention de Napoléon : celui-ci le nomme censeur impérial, puis conseiller au Conseil des prises. Député du Gard en 1813, Dampmartin s’illustre par des prises de parole en faveur de réformes sociales et militaires. Fidèle à la monarchie restaurée, il devient bibliothécaire au dépôt de la guerre sous Louis XVIII. Officier de la Légion d’honneur et chevalier de Saint-Louis, il meurt à Paris en 1825. Son œuvre, composée notamment de Mémoires sur divers événements de la révolution et de l’émigration (1825), offre un témoignage précieux sur les bouleversements de son temps, mêlant regard historique, engagement politique et goût des lettres. Alors comment savons-nous que cette écriture est celle de Dampmartin ? L'exemplaire qui nous est parvenu était relié à l'époque en plein cuir au milieu d'autres pièces de circonstance de l'année 1814. Le volume était malheureusement dans un état de conservation déplorable, la reliure ayant beaucoup souffert, presque entièrement détruite et non restaurable en l'état. L'ex libris de Dampmartin était présent dans le volume. La brochure "De la royauté en France" était reliée à la suite d'un autre écrit de Bonald intitulé : "Encore un mot sur la liberté de la presse. Par M. de B***** [Dampmartin a ajouté le nom de Bonald à la plume], à Paris, à la Société Typographique, Place Saint-Sulpice, n°6, 1814, en 25 pages sans compter cette fois une page de titre officielle avec fleuron de titre "aux armes de France". Le volume en question contenait en outre plusieurs autres brochures toutes sur le même sujet à savoir la monarchie. On y trouvait notamment l'édition originale rare (premier tirage) du De Buonaparte et des Bourbons de Chateaubriand (1814), ainsi qu'une autre petite brochure très rare intitulée : Du Sacerdoce, ou Fragment d'un ouvrage publié à Londres par M. de Chateaubriand. Nous passerons les autres sous silence pour le moment. Pour résumer, la brochure de Bonald intitulée "De la royauté en France", imprimée à seulement 20 exemplaires, sans titre, dont les exemplaires ont été remis à Bonald, s'est retrouvée reliée dans un exemplaire de la bibliothèque de Dampmartin. On peut donc supposer que Bonald en aura fait don à quelques amis proches, dont était Dampmartin. On ne connait pas de lien avéré (correspondance ou document) entre Bonald et Dampmartin. Evidemment cette brochure n'ayant été déposée nulle part de manière légale, elle est absente des catalogues de bibliothèques (Bnf, CCfr).

Ensemble de la plus grande rareté donc. A cartonner à la bradel pour obtenir un très désirable exemplaire.

Prix : 900 euros

mercredi 27 mai 2026

1944 | Corps et âmes par Maxence Van Der Meersch | Avec 95 eaux-fortes par Timar | Un des 156 exemplaires sur vélin de Lana | Bel exemplaire avec hommage autographe de l'auteur.


Van Der Meersch (Maxence) | Timar (illustrateur)

CORPS ET AMES. Illustré de gravures sur cuivre de Timar.

Paris, aux Editions Arc-en-ciel, Collection du Moulin de Pen-Mur, 1944

2 volumes in-folio (33 x 24 cm), en feuilles, sous couverture imprimée, étui et emboîtage de l'éditeur. 379 et 330 pages. Avec 95 eaux-fortes originales de Timar, dont 2 frontispices, 2 vignettes de titre, 16 hors-texte et 75 in-texte. Excellent état. Emboîtage légèrement insolés et frottés. Volumes en parfait état, sans rousseurs.

Tirage unique à 225 exemplaires seulement.

Celui-ci, un des 156 exemplaires sur vélin des papèteries de Lana.

Exemplaire portant un hommage autographe de l'auteur sur la faux-titre du premier volume.







Cet ouvrage a paru pour la première fois l'année précédente en 1943. Il s'agit ici de la première édition illustrée.

Corps et âmes connut un important succès auprès du public, mais provoqua également de vives polémiques dans les milieux médicaux dont il dressait le portrait. Cette représentation, jugée particulièrement sévère et sans indulgence, fut accueillie avec hostilité par une grande partie du corps médical. La presse spécialisée publia alors de nombreux articles critiques : certains demeuraient mesurés, tandis que d’autres prenaient la forme de véritables réquisitoires. Le soutien apporté par l’écrivain Maxence Van der Meersch aux théories du docteur Carton sur la tuberculose, notamment pulmonaire — maladie dont il souffrait lui-même — prit progressivement la dimension d’un engagement personnel et moral. Défendant les conceptions diététiques alors très contestées du docteur Carton, fondées sur l’idée d’une intoxication alimentaire liée à la suralimentation, l’écrivain en vint à développer une critique passionnée, parfois même passionnelle, de la médecine officielle. Convaincu de la justesse de ces théories, il refusa les traitements antibiotiques et mourut finalement de la tuberculose à l’âge de quarante-trois ans. Van der Meersch considérait d’ailleurs cette conviction comme une véritable mission : selon lui, son rôle d’écrivain tuberculeux était de révéler et de propager « corps et âme » ce qu’il tenait pour une vérité médicale.

Maxence Van der Meersch (1907-1951) est né à Roubaix, dans le Nord. Issu d’un milieu industriel et profondément marqué par les réalités sociales de sa région, il s’imposa dès les années 1930 par des romans puissants et engagés décrivant le monde ouvrier, la misère sociale, les conflits moraux et spirituels ainsi que les tensions familiales. Son œuvre, nourrie d’un réalisme sombre et d’une forte dimension humaine, connut un grand succès populaire. Il obtint le prix Goncourt en 1936 pour L’Empreinte du dieu.











Émeric Timar (Imre Tímár, Budapest 1898 – Paris 1949), illustrateur hongrois de l’École de Paris, élève et collaborateur de Jacques Villon, se spécialisa dans l’eau-forte en couleurs, la lithographie et le pochoir. Installé à Paris dès 1925, exposant régulier aux Salons d’Automne et des Indépendants, il laissa une œuvre bibliophilique restreinte mais marquante : Félicia ou Mes Fredaines de Nerciat (vers 1930, suite de planches), Les Amours du chevalier de Faublas (Guillot, 1932, 90 eaux-fortes), Voyages de Gulliver (À l’Emblème du Secrétaire, 1940, plus de 80 illustrations), Notre-Dame de Paris (même éditeur, 1942, 3 vol., compositions en couleurs par le procédé Duval et pochoirs de Jon & Liétard), Faust (Moulin de Pen-Mur, 1943, gravures sur cuivre), Maria Chapdelaine (Houblon, 1943, dessins et 8 hors-texte), Monsieur de Bougrelon (Arc-en-Ciel, 1944, pochoirs), Corps et Âmes (Arc-en-Ciel, 1944, 2 vol. in-folio, 95 eaux-fortes), Tropique du Cancer d’Henry Miller (Deux-Rives, 1947, 24 lithographies en couleurs) et Le Capitaine Pamphile de Dumas (Rouge et Or, 1948).

Bel exemplaire de cette belle édition illustrée avec talent par Timar.

Prix : 650 euros

mardi 26 mai 2026

1957 | Albert Dubout | La Muse libertine | Un des très rares 29 exemplaires de tête avec suite au trait en noir et un dessin original signé | Bel exemplaire


DUBOUT (Albert). COLLECTIF (textes).

LA MUSE LIBERTINE. Florilège des poètes satyriques avec 40 aquarelles originales de Dubout.

Les éditions du Valois, 1957

1 volume in-4 (27 x 20,5 cm), en feuilles sous couverture illustrée en couleurs d’une vignette de Dubout. 225-(1) pages, avec 40 aquarelles reproduites en couleurs dans le texte et hors-texte. Emboîtage de l'éditeur. Volume, suite, dessin original en excellent état. Emboîtage insolé et frotté.

Tirage à 4.569 exemplaires.

Celui-ci, un des 29 exemplaires de tête avec une suite en noir du trait et un dessin original signé par Dubout (n°15).

Le détail du tirage est le suivant : 40 exemplaires avec une suite et une épreuve coloriée, 500 exemplaires avec suite et 4000 exemplaires sans suite.

Tous les exemplaires sont imprimés sur papier vélin des papeteries de Docelles.










Edition originale.

Ce recueil de poésies grivoises regroupe un ensemble de pièces bien connues de la poésie légère et paillarde des XVe, XVIe, XVIIe et XVIIIe siècle.

On y retrouve les meilleures pièces gaillardes de Ronsard, Voltaire, La Fontaine, Théophile de Viau, etc., le tout mis en images par le toujours truculent Albert Dubout.









Bel exemplaire du très rare tirage de tête bien complet de la suite et du dessin original signé.

Prix : 1 150 euros

jeudi 14 mai 2026

1879-1882 | Victor Hugo | Les Misérables | Nouvelle édition illustrée de 500 bois gravés par les meilleurs artistes de l'époque | Bel exemplaire bien relié à l'époque


Victor HUGO | illustrations de 
Emile Bayard, Alphonse de Neuville, Gustave Brion (seules compositions déjà parues dans l'édition Hetzel de 1867), Jean-Paul Laurens, E. Morin, Scott, Daniel Vierge, Adrien Marie, Eugène Delacroix, Edouard Zier, Henri Vogel, Léon Benett, Victor Hugo, Méaulle, Lanseval, etc.

Les Misérables [ Fantine | Cosette | Marius | L'Idylle rue Plumet et l'Epopée rue St Denis | Jean Valjean ]

[Eugène Hugues | Paris s.d. (1879-1882)]

5 volumes grands in-8 (27,3 x 18,5 cm) de 396, 348, 308, 431 et 360 pages, outre les feuillets de faux-titre et les titres illustrés. Cette édition ne porte aucune mention d'éditeur ou d'imprimeur. Les illustrations pleine page sont comprises dans la pagination.

Reliure strictement d'époque demi chagrin rouge, dos à nerfs richement ornés aux petits fers dorés, plats de toile rouge chagrinée, doublures et gardes de papier marbré. Reliures très fraîches à l'état proche du neuf. Quelques infimes marques et ombres. Intérieur très frais avec les habituelles rousseurs inégalement réparties selon les feuillets (globalement très acceptable).



Cette nouvelle édition donnée par l'éditeur Eugène Hugues entre 1879 et 1882 a été publiée en 233 livraisons à 10 centimes (24 francs l'ouvrage complet). La première livraison est enregistrée dans la Bibliographie de la France du 29 novembre 1879. Il a été tiré, en outre, 50 exemplaires sur papier de Chine (200 francs).

Elle est richement illustrée de 500 gravures sur bois dont 15 frontispices d'après Emile Bayard, Alphonse de Neuville, Gustave Brion (seules compositions déjà parues dans l'édition Hetzel de 1867), Jean-Paul Laurens, E. Morin, Scott, Daniel Vierge, Adrien Marie, Eugène Delacroix, Edouard Zier, Henri Vogel, Léon Benett, Victor Hugo, Méaulle, Lanseval, etc. Dans le premier volume on notera la gravue signée Emile Bayard représentant Cosette en train de balayer devant la maison des Thénardier (page 197 du premier volume). Le texte est encadré d'un filet mince noir. Les gravures, sauf celles de Brion, sont en premier tirage.

L'édition originale des Misérables date de 1862. Elle a paru simultanément à Paris et à Bruxelles.








Le premier volume des Misérables s'ouvre sur cette très courte et cinglante Préface : « Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d’une fatalité humaine la destinée qui est divine ; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans de certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible ; en d’autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles. » (Hauteville-House, 1862)

Bien plus qu’un simple roman, les Misérables sont une vaste fresque sociale, historique et philosophique du XIXe siècle. À travers le destin tragique et rédempteur de Jean Valjean, ancien forçat devenu homme de bien, Hugo interroge les notions de justice, de miséricorde, de pauvreté et d’engagement. L'œuvre explore les méandres de la société française après la Révolution, dénonçant l'inhumanité des lois, la misère des classes populaires et les inégalités criantes entre les puissants et les opprimés. Portée par une écriture lyrique et engagée, peuplée de personnages inoubliables comme Cosette, Javert, Gavroche ou Fantine, cette œuvre incarne la foi hugolienne dans le progrès moral et social, et demeure un appel vibrant à la compassion et à la réforme.











Référence : Vicaire, Manuel de l'amateur de livres, IV, col. 397-398

Bel exemplaire bien relié à l'époque et très bien conservé de ce monument de la littérature française.

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