lundi 29 juin 2026

1814 | Pamphlet assassin contre Chateaubriand : Du sacerdoce, ou fragment d'un ouvrage publié à Londres par M. de Chateaubriand | Chateaubriand « se dépouille de ses opinions et de ses principes aussi aisément que le valet d'Harpagon quitte ses habits. Esprit fort un jour, il se place le lendemain parmi les plus croyans ... »



Henri LASALLE | [CHATEAUBRIAND (François-René de)]

Du sacerdoce, ou fragment d'un ouvrage publié à Londres par M. de Chateaubriand.

Paris, Laurent-Beaupré, libraire, au Palais-Royal, Galerie de bois, n°218, 1814

Brochure in-8 (20,7 x 12,4 cm) de 30 pages y compris le faux titre et le titre. Dérelié (anciennement relié). Feuillets solidaires, rognés. Très bon état.

Edition originale rarissime de cet opuscule.



Nous donnons l'Avis de l'éditeur (Henri Lasalle) dans son intégralité :

"Maître Jacques, comme on sait, demande à l’avare à qui il veut parler ; si c’est à son cuisinier ou à son cocher. Sur la réponse que c’est au premier, voilà Maître Jacques qui jette à terre et son large feutre et sa souquenille rembrunie, et tout à coup il paraît devant son maître en veste blanche, le bonnet de coton sur la tête, et le large couteau à son côté. Que de Maîtres Jacques toujours prêts à jouer deux rôles ! Ce qui se passe sur la scène n’est que l’emblème de ce qu’on voit dans le monde. Il est bien vrai que ces métamorphoses, ou plutôt ces travestissements scandalisent parfois les faibles : mais ils ont tort ; nous voulons les convertir, et l’autorité d’un grand exemple va confondre leurs scrupules. Disons-le donc : un écrivain à qui les femmes trouvent beaucoup de raison, et les hommes de sensibilité, par lequel on jure dans ces salons où l’on parle du même ton, et avec le même intérêt, du système politique de l’Europe et d’un vaudeville ; M. de Chateaubriand enfin, s’il est besoin de le nommer, se dépouille de ses opinions et de ses principes aussi aisément que le valet d’Harpagon quitte ses habits. Esprit fort un jour, il se place le lendemain parmi les plus humbles croyans. A Londres, le christianisme n’est pour lui qu’une institution politique : son origine, ses progrès, sa décadence, tiennent aux circonstances où l’Europe s’est trouvée, sont uniquement l’ouvrage des hommes ; nos mystères ont été puisés dans d’autres religions plus anciennes ; la haine ou le mépris des peuples doivent être le partage des prêtres ; enfin le christianisme touche à sa fin, et M. de Chateaubriand en est si persuadé, qu’il se demande quelle est la croyance qui le remplacera.​ M. de Chateaubriand au contraire est-il à Paris ; tout change alors. La religion n’a pas seulement pour objet notre félicité dans l’autre vie, elle fait encore notre bonheur ici bas. Rien de grand ne peut exister sur la terre sans la foi : ainsi, si les tragédies de nos poètes actuels ne valent pas celles de Corneille, c’est que l’incrédulité commence à devenir commune. Le tintement de la cloche qui sonne l’Angelus procure un bien autre plaisir que les symphonies d’Haydn ; et ce qui vaut mieux encore, il empêche nos femmes de faillir. Les pontifes de Rome ont toujours eu des entrailles de père pour la chrétienté, et, sans doute, l’on a eu tort de se plaindre de l’ambition de Grégoire VII, du despotisme d’Innocent III, et des empoisonnemens d’Alexandre VI. Tout chrétien doit se prosterner devant un frère lai ; et le moyen certain de gagner le paradis, c’est de chanter les litanies et de dire le rosaire. Les écrits où M. de Chateaubriand expose ses principes religieux sont devenus classiques en France. On a même pris soin de les abréger pour en former comme une espèce de catéchisme destiné à l’adolescence. Mais l’ouvrage où M. de Chateaubriand donne des leçons de philosophie est peu connu à Paris ; il n’en existe même qu’un assez petit nombre d’exemplaires dans la capitale. L’un d’eux nous étant tombé entre les mains, nous nous sommes empressés d’en extraire deux chapitres qui contiennent un traité complet du sacerdoce, rempli de vues profondes. Notre intention étoit d’abord d’offrir au public l’histoire du christianisme, dont ce Traité du sacerdoce n’est qu’une partie : celle de Gibbon eût été bientôt oubliée ; et comment l’auteur anglais pourroit-il soutenir le parallèle ? Après l’avoir lu, on n’a encore que des doutes ; mais après avoir lu M. de Chateaubriand, il est besoin, si l’on veut croire, de demander à Dieu le don de la foi. Avec quel art en effet celui qui devoit nous donner un jour le Génie du Christianisme, rassemble-t-il tout ce qui a été dit et imaginé de plus pressant contre le christianisme ? Objections philosophiques, objections historiques et critiques, objections contre le dogme, objections contre la discipline, rien n’est oublié. Il faut l’avouer, une considération puissante nous a détournnés de publier cette partie de l’ouvrage de M. de Chateaubriand. Les disciples de Fréret, de d’Holbach ne nous ont pas paru assez forts encore pour la lire avec fruit. Peut-être conviendroit-il que M. de Chateaubriand s’occupât d’un commentaire de l’Examen des apologistes de la religion chrétienne, ou de quelques chapitres du Système de la nature, où il feroit ressortir l’incrédulité raisonnée des deux grands apôtres de l’athéisme. Cet écrit serviroit d’introduction à son histoire du christianisme, et prépareroit le lecteur aux principes de cette irréligion transcendante qu’elle renferme. Notre projet d’opposer M. de Chateaubriand à lui-même ne peut que lui être avantageux : il sera entièrement connu. On jugera sans doute qu’il est maître dans l’art de soutenir le pour et le contre ; art difficile professé avec éclat dans la Grèce, par les philosophes que combattoit Socrate, qui s’est montré souvent en Sorbonne, au barreau, et est indispensable à tout homme qui recherche l’appui d’un parti. Nous avons ajouté quelques notes au Traité du Sacerdoce : elles renferment des opinions de M. de Chateaubriand, directement contraires à celles qu’il y a dans le Traité. Nous aurions pu multiplier ces notes ; mais à quoi bon ? Les Œuvres chrétiennes de M. de Chateaubriand sont sues par cœur, et ce que nous en rapportons suffira, et de reste, pour montrer toute la flexibilité de son talent." (Préface)








Cette préface, attribuée à Henri Lasalle (1765-1833) constitue un document révélateur des violentes controverses intellectuelles qui entourèrent Chateaubriand après le succès du Génie du Christianisme. Elle exploite la découverte — réelle ou supposée — d'écrits de jeunesse plus proches des Lumières pour mettre en cause la sincérité de sa conversion religieuse. Le texte témoigne ainsi de la difficulté, dans la France postrévolutionnaire, à accepter qu'un écrivain puisse faire évoluer profondément sa pensée. Plus qu'une simple critique littéraire, il participe à une véritable bataille idéologique entre héritiers des Lumières et défenseurs du renouveau catholique. Sa force réside moins dans la démonstration historique que dans l'habileté de son écriture polémique, fondée sur l'ironie, la caricature et le contraste systématique entre deux images opposées de Chateaubriand.

"C'est un fragment de l'Essai sur les révolutions de 1797, publié à Paris sans l'aveu de l'auteur, et avec un avis de l'éditeur assez mordant contre lui. On y dit qu'il « se dépouille de ses opinions et de ses principes aussi aisément que le valet d'Harpagon quitte ses habits. Esprit fort un jour, il se place le lendemain parmi les plus croyans... »" (n°18 de l'Essai d'une Bio-bibliographie de Chateaubriand, par René Kerviler, 1896)

LASALLE (Henri), publiciste français, né à. Versailles en 1765, mort en 1833. Au début de la Révolution, il se fit recevoir avocat, adopta les idées nouvelles, mais avec modération, devint, après le 18 fructidor (1795) l’un des trois membres du bureau central chargé de diriger la police de Paris, et se signala par sa bienveillance excessive dans un poste où l’on est habitué à trouver de la rigueur ; aussi fut-il remplacé peu après. Après le 18 brumaire, Bonaparte le nomma commissaire général de police à Brest ; mais, là encore, son zèle ne parut point suffisant aux autorités locales, qui obtinrent son rappel. Se trouvant sans emploi, Lasalle demanda alors des ressources à sa plume, fit paraître quelques brochures politiques et collabora à divers journaux, notamment au Journal des Débats, - où il signa ses articles d’un S. Pendant les Cent-Jours, il remplit les fonctions de commissaire de police dans les départements de l’Est. À la seconde Restauration, Lasalle rentra dans la vie privée. Nous citerons parmi ses écrits : De l'arrêté des consuls du 24 thermidor, relatif aux lois des prévenus d’émigration (Paris, 1801, in-8o), où il demande la restitution des biens des émigrés ; Sur le commerce de l’Inde (1802, in-4o) ; Des finances de l’Angleterre (1803, in-8o) ; Sur le concordat de 1817 (1818, in-8o) ; George III, sa cour et sa famille (1822, in-8o) ; Essai sur l’histoire du gouvernement et de la constitution d’Angleterre (1822, in-8o) ; Maison hospitalière ou Projet d’un établissement destiné à recevoir les femmes domestiques (1827, in-8o), etc. (in Pierre Larousse, Grand Dictionnaire Universel).

Provenance : de la bibliothèque d'Anne Henri Cabot, vicomte de Dampmartin (1755-1825). Né à Uzès en 1755, Anne Henri Cabot, vicomte de Dampmartin, eut une vie aussi mouvementée qu’érudite, marquée par les armes, les lettres et l’exil. Destiné à l’Église, il s’en détourne pour la carrière militaire, gravissant les échelons jusqu’au grade de capitaine dans la cavalerie royale, tout en s’illustrant par des essais littéraires qui lui valent une place à l’Académie de Nîmes. Témoin et acteur de la tourmente révolutionnaire, il s’exile après avoir tenté en vain de faire protester ses troupes contre les violences du 20 juin 1792, et rejoint l’armée des émigrés. Réfugié en Hollande puis à Berlin, il enseigne le français, publie un Précis de littérature à l’usage des dames (1795), rédige la Gazette française et devient précepteur des fils illégitimes de Frédéric-Guillaume II, jusqu’à sa disgrâce à la mort de ce dernier. De retour en France sous le Consulat, il compose son grand œuvre historique La France sous ses rois (1810), qui attire l’attention de Napoléon : celui-ci le nomme censeur impérial, puis conseiller au Conseil des prises. Député du Gard en 1813, Dampmartin s’illustre par des prises de parole en faveur de réformes sociales et militaires. Fidèle à la monarchie restaurée, il devient bibliothécaire au dépôt de la guerre sous Louis XVIII. Officier de la Légion d’honneur et chevalier de Saint-Louis, il meurt à Paris en 1825. Son œuvre, composée notamment de Mémoires sur divers événements de la révolution et de l’émigration (1825), offre un témoignage précieux sur les bouleversements de son temps, mêlant regard historique, engagement politique et goût des lettres. L'exemplaire qui nous est parvenu était relié à l'époque en plein cuir au milieu d'autres pièces de circonstance de l'année 1814. Le volume était malheureusement dans un état de conservation déplorable, la reliure ayant beaucoup souffert, presque entièrement détruite et non restaurable en l'état. L'ex libris de Dampmartin était présent dans le volume.

Petit opuscule assassin, dirigé contre M. de Chateaubriand, de la plus grande rareté.

A relier ou à conserver sous couverture de papier.

Prix : 250 euros

samedi 27 juin 2026

1784 | Rétif de la Bretonne (Nicolas-Edme) [RESTIF DE LA BRETONE] | La prévention nationale, Action adaptée à la scène ; avec deux Variantes, et les Faits qui lui servent de base : Première partie : contenant La Prévention nationale action en cinq actes, son analyse, et la seconde variante. [...] Seconde partie : contenant la première variante, I. les lettres authentiques, II. les traits historiques, III. le fait original, IV, le prisonnier de guerre, par N. E. Rétif-de-la-Bretone [...].


Rétif de la Bretonne (Nicolas-Edme) [RESTIF DE LA BRETONE]

La prévention nationale, Action adaptée à la scène ; avec deux Variantes, et les Faits qui lui servent de base : Première partie : contenant La Prévention nationale action en cinq actes, son analyse, et la seconde variante. [...] Seconde partie : contenant la première variante, I. les lettres authentiques, II. les traits historiques, III. le fait original, IV, le prisonnier de guerre, par N. E. Rétif-de-la-Bretone [...].

A La Haie, et se trouve à Paris chés Regnault, 1784

2 parties reliées en 1 volume in-12 (17 x 11 cm) de 302 pages, 216 pages ; et 217 à 455-(1)-(8) pages. Les 8 pages de l'Analyse de la Dernière aventure d'un homme de quarante-cinq ans et réclame sur les ouvrages de Rétif sont bien présentes et reliées à la fin du volume. Avec 10 estampes hors-texte.

Reliure strictement de l'époque demi basane blonde à coins, dos lisse orné de filets dorés avec faux nerfs, pièce de titre, tranches rouges, papier de doublure peint (dominoté). Usures aux coins, légers frottements, intérieur frais avec quelques rares mouillures claires sans gravité à quelques pages seulement. Très beau tirage des gravures, toutes au format du volume. Complet des 10 estampes. La figure pour Jeanne d'Arc a été reliée en frontispice (mal placée) comme souvent. La reliure marquée "I. II. THEIL" au dos indique, ainsi que sa façon, une fabrication probablement suisse ou allemande.

Edition originale.






Ce "triple" drame en cinq actes que Rétif " devait être joué aux Italiens par le célèbre acteur dramatique Granger" (Rives Childs). Il est adapté du roman épistolaire "La Malédiction paternelle" publié en 1779. L’édition propose trois versions du drame avec une "Analise (sic) de la Pièce par l’Éditeur" et, sous un titre propre, d’une "seconde composition, ou Seconde Variante, Rendue à la manière de Shakespear, c’est-à-dire, sans unité-de-temps ni de lieu, afin-de pouvoir tout mettre en-tableaus vivans, sous les ïeus des Spectateurs". Le second volume débute par la "seconde partie" contenant la première variante de La Prévention Nationale qui est suivie des pièces justificatives et des "Fais qui servent de base" au drame, c’est-à-dire des Lettres authentiques, des Traits historiques (Jeanne d’Arc, Le Chevalier D’Assas, Charles Dulis et Les Deux anglais), du Fait original (Le fils obéissant) et du Prisonnier de guerre. L’édition se termine par divers textes sur l’œuvre, dont une lettre de Voltaire.

L’édition est illustrée de 10 figures hors texte non signées, dessinées et gravées par Louis Binet (attribuées à). Dans la cinquième figure du tome I, le père de famille est représenté sous les traits de Restif lui-même.

"Les productions de M. Rétif de la Bretonne portent toutes un caractère d'originalité la plus singulière, jusques dans leurs titres ; ce qui en a fait le succès. Cet auteur fécond se livre à tout ce qu'une imagination bouillante fait naître sous la plume. Les sujets qu'il traite dans ces trois parties sont pris au hasard, de l'histoire, des romans, des drames, etc." (Journal Encyclopédique, juin 1784)












Fils de paysans de l'Yonne, devenu ouvrier typographe à Auxerre et Dijon, Nicolas Restif de La Bretonne s'installe à Paris en 1761 : c'est alors qu'il commence à écrire. Il a une vie personnelle compliquée et est sans doute indicateur de police. Polygraphe, il fait paraître de très nombreux ouvrages touchant à tous les genres, du roman érotique (L'Anti-Justine, ou les Délices de l'amour) au témoignage sur Paris et la Révolution (Les Nuits de Paris ou le Spectateur nocturne, 1788-1794, 8 volumes) en passant par la biographie avec La Vie de mon père (1779) où il brosse un tableau idyllique du monde paysan avant la Révolution avec la figure positive de son père. Il a également touché au théâtre sans grand succès. Cherchant constamment des ressources financières - il mourra d'ailleurs dans la misère -, il écrit aussi de nombreux textes pour réformer la marche du monde. Cependant l'œuvre majeure de Restif de la Bretonne est sa vaste autobiographie, Monsieur Nicolas, en huit volumes échelonnés entre 1794 et 1797. Ce livre fleuve se présente comme la reconstruction d'une existence et expose les tourments de l'auteur/narrateur comme à propos de la paternité - le titre complet est Monsieur Nicolas, ou le Cœur humain dévoilé -, mais témoigne aussi de son temps et constitue une source très abondante de renseignements sur la vie rurale et sur le monde des imprimeurs au XVIIIe siècle. C'est aussi un philosophe réformateur pénétré de rousseauisme qui publie des projets de réforme sur la prostitution, le théâtre, la situation des femmes, les mœurs, et un auteur dramatique.

Références : Rives Child, p. 284-285. Lacroix, XXVII, p. 215-224.

Très bon exemplaire en condition d'époque.

Prix : 2 500 euros

vendredi 26 juin 2026

1791 | Le Palais Royal. Par M. Rétif de la Bretonne, auteur des Nuits de Paris | Rarissime contrefaçon de l'édition originale parue un an auparavant en 1790 | Superbe exemplaire relié en maroquin pour le bibliophile et homme politique Elzéar Pin (1813-1883).



Nicolas Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone]

Le Palais Royal. Par M. Rétif de la Bretonne, auteur des Nuits de Paris.

Première partie. Les Filles de l'Allée-des-Soupirs. Seconde partie. Les Sunamites. Troisième partie. Les Converseuses.

A Paris, au Palais Royal d'abord ; puis, partout. Même chez Guillot, libraire rue des Bernardins. 1791.

3 parties en 1 volume petit in-8 (169 x 104 mm | hauteur des marges : 164 mm) de 183, 165 et 196 pages. Collationnée complet.

Reliure plein maroquin lavallière, dos à nerfs orné de fers dorés, pièce de titre de maroquin orange, pièce de millésime de maroquin noir, triple filet doré en encadrement des plats, double filet doré sur les coupes, tranches dorées sur marbrure, dentelle dorée en encadrement intérieur des plats, doublures et gardes de papier peigne. Exemplaire lavé et encollé au moment de la reliure qui date des années 1860-1870. La reliure n'est pas signée mais sort d'un grand atelier (probablement CUZIN, voir ci-dessous la provenance). Excellent état de l'ensemble. Minimes ombres et marques à la reliure qui est à l'état proche du neuf. Intérieur frais malgré un papier uniformément légèrement teinté (dû au lavage et encollage et à la qualité du papier). Il a été relié en tête une estampe (voir photo) de l'époque de l'ouvrage mais qui ne fait pas partie de l'édition qui n'est pas illustrée.



Rarissime contrefaçon de l'édition originale parue un an auparavant en 1790.

Paul Lacroix n'a pas pu trouver et examiner cette édition tant elle est rare. Il n'a donc pu donner sa pagination dans sa bibliographie des ouvrages de Rétif de la Bretonne publiée en 1875. Rive-Childs quant à lui donne la pagination (exacte) mais sans visiblement avoir pu l'examiner pour en disserter. Cette édition se trouve dans le fonds de la bibliothèque municipale d'Auxerre. Monselet n'avait pas pu l'examiner non plus.

Paul Lacroix écrivait ainsi : "Nous empruntons cette description au Catalogue d'une collection de livres curieux en divers genres (Paris, Alvarès, 1864, in-8°, n° 437), où le rédacteur du Catalogue (M. Alvarès lui-même) ajoute la note suivante : « Cette édition est absolument une contrefaçon de l'ouvrage de Restif ; elle ne diffère, du reste, de l'édition originale que par la justification et le nombre de pages ; elle est très-rare. » Nous avons cherché inutilement un exemplaire de cette contrefaçon, que M. Monselet n'a pas citée et qui paraît être sans figures."










Du Palais-Royal, Restif disait : "Ce genre d'héroïnes n'était que légèrement historié passim dans les cinq suites [des Contemporaines] précédentes. Par celle-ci, en tois volumes, j'approfondis la matière, en dévoilant une multitude de choses que je tenais de mon ami le docteur Guillebert, et que je n'aurais jamais connues sans lui : les différentes manières de se divertir à Paris, avec les femmes, ou de les faire servir au plaisir des hommes [...] "Les différents détails de cette production singulière la rendent, pour les Français, ce que fut la Satire de Pétrone pour les Romains : les Sunamites, les Berceuses, les Ressemblantes, etc., sont autant de phénomènes moraux, réservés sans doute à notre siècle. Cette VIe Suite des Contemporaines ne pouvait entrer dans les premières, à cause des censeurs ; mais elle était nécessaire à leur intégrité." (Mes Ouvrages, p. 162)

Restif ajoutait, dans une notice qu'on trouve à la fin du tome VIII de l'Année des dames nationales : "Cet ouvrage [le Palais-Royal] présente le Tableau philosophique de l'ancienne corruption. Ce ne sont pas les histoires des filles en elles-mêmes, qui sont intéressantes. C'est la peinture des moeurs qu'elles amènent, et le mérite de cette peinture ne consiste que dans la vérité. Mais ce n'est pas tout : on trouve, dans ce nouveau Pétrone, des genres de prostitution raffinés ; différentes espèces, non de débauche, mais d'usage des femmes, inventées par des Matrulles sagaces, qui tirent un parti inconnu des charmes qu'un sexe offre à l'autre. C'est donc un livre très instructif et même philosophique, que le Palais-Royal, en trois volumes, que vend le citoyen Louis, libraire, rue Saint-Séverin." « L'Avis qui précède le Palais-Royal commence ainsi : « Tandis que des journalistes mensongers répandent le venin et la terreur, tandis​ que des âmes atroces cherchent à détruire la confiance, et, par un air de tristesse, aggravent nos malheurs , ne serait-il pas à propos de montrer que la Nation a conservé le goût du plaisir, qu'elle n'est point accablée et qu'elle veut rire encore ? Nous donc, célibataires jadis célèbres, un peu singuliers, peut-être bizarres, avons entrepris de ramener la Nation à des idées plus douces, et, tout en attaquant des abus, de présenter quelquefois l'attrait du plaisir. Nous allons former une galerie de tableaux, gaiement tristes... » (Lacroix) Rétif écrit en finissant son ouvrage : « La Révolution est opérée, citoyens ! Tous les abus vont disparaître, et l'égalité va ramener les bonnes-moeurs. Hé ! ne dites pas que le riche fait vivre le pauvre ! Il le corrompt plus sûrement qu'il ne le fait vivre ! Cependant nous observerons les moeurs, nous les guetterons, pour ainsi dire, et nous crierons sus au Vice, comme vos sentinelles-nationales crient sus aux ennemis du Peuple ! » « Ce curieux et bizarre ouvrage a été composé sur le vif, comme on disait autrefois ; on peut dire que l'auteur a travaillé in anima vili, comme l'anatomiste sur le cadavre. » (Lacroix) « On sait que le nouveau Palais-Royal, écrivait-il en 1796 (Monsieur Nicolas, p. 1789), est devenu le rendez-vous universel des motions, des affaires, des plaisirs, de la volupté, de la débauche, du jeu, de l'agiotage, de la vente d'argent, d'assignats, de mandats, et par conséquent le temple ou le prostituteur de l'observation. Ce célèbre bazar m'attirait donc par lui-même et par les agréments que je rencontrais sur la route. » L'auteur du Pornographe n'eut qu'à se souvenir, pour faire, ex professo, un traité sur les Filles du Palais-Royal. (Lacroix)



Fils de paysans de l'Yonne, devenu ouvrier typographe à Auxerre et Dijon, Nicolas Restif de La Bretonne s'installe à Paris en 1761 : c'est alors qu'il commence à écrire. Il a une vie personnelle compliquée et est sans doute indicateur de police. Polygraphe, il fait paraître de très nombreux ouvrages touchant à tous les genres, du roman érotique (L'Anti-Justine, ou les Délices de l'amour) au témoignage sur Paris et la Révolution (Les Nuits de Paris ou le Spectateur nocturne, 1788-1794, 8 volumes) en passant par la biographie avec La Vie de mon père (1779) où il brosse un tableau idyllique du monde paysan avant la Révolution avec la figure positive de son père. Il a également touché au théâtre sans grand succès. Cherchant constamment des ressources financières - il mourra d'ailleurs dans la misère -, il écrit aussi de nombreux textes pour réformer la marche du monde. Cependant l'œuvre majeure de Restif de la Bretonne est sa vaste autobiographie, Monsieur Nicolas, en huit volumes échelonnés entre 1794 et 1797. Ce livre fleuve se présente comme la reconstruction d'une existence et expose les tourments de l'auteur/narrateur comme à propos de la paternité - le titre complet est Monsieur Nicolas, ou le Cœur humain dévoilé -, mais témoigne aussi de son temps et constitue une source très abondante de renseignements sur la vie rurale et sur le monde des imprimeurs au XVIIIe siècle. C'est aussi un philosophe réformateur pénétré de rousseauisme qui publie des projets de réforme sur la prostitution, le théâtre, la situation des femmes, les mœurs, et un auteur dramatique.

Références : Monselet, n°36, pp. 163-165 ; Rives Childs, n°XXXVIII-1, pp. 313-314 ; Lacroix, XL-1, pp. 338-341




Provenance : de la bibliothèque d'Elzéar Pin (1813-1883) avec son ex libris gravé par Stern. Homme politique, il fut élu député du Vaucluse puis sénateur. La vente de sa bibliothèque eut lieu le 14 janvier 1884. Elle contenait bon nombre de livres rares dont plusieurs reliés par des maîtres tels que Cuzin (qui pourrait bien être le relieur de cet exemplaire du Palais Royal de Rétif) ; de la bibliothèque Lucien Allienne (1950) avec ex libris ;  de la bibliothèque Philippe Paulati Mage (ex libris moderne) ; de la bibliothèque Bertrand Hugonnard-Roche (ex libris moderne).



Superbe exemplaire de cette rarissime édition du Palais Royal de Rétif de la Bretonne.

Prix : 5 000 euros

jeudi 25 juin 2026

1857 | GERMAINE. Deuxième série des MARIAGES DE PARIS. Par Edmond About. | Superbe exemplaire en maroquin doublé de Marius Michel



Edmond ABOUT | MARIUS MICHEL (relieur)

GERMAINE. Deuxième série des MARIAGES DE PARIS. Par Edmond About.

Paris, Librairie de L. Hachette et Cie, 1857 [Typographie de Ch. Lahure]

1 volume in-18 (17,8 x 12 cm) de (8)-318-(1)-(4) pages.

Reliure plein maroquin anthracite, dos à quatre nerfs sautés, double filet doré sur les coupes, tranches dorées sur témoins (non rognées, ébarbées), doublure de maroquin bleu profond sertie d'un filet large de maroquin anthracite, le tout encadré de filets dorés simples et doubles, gardes volantes de soie moirées tissée de motifs fleuris dans les tons de bleu-violet, deuxièmes gardes de papier peigne (reliure signée MARIUS MICHEL, vers 1890-1900). Excellent état. Dos de la reliure légèrement uniformément éclairci. Intérieur d'une parfaite fraîcheur (papier vélin lavé et encollé). Les plats de couverture du brochage ont été reliés à la fin du volume (parfait état).



Edition originale.

Il n'existe pas de grands papiers.

Volume de la Bibliothèque des Chemins de fer fondée par Louis Hachette en 1853. Volumes à prix modérés (2 francs) proposés pour un lectorat populaire en expansion, le tirage était assez élevé mais les volumes le plus souvent mal conservés puisque destinés à être lus dans les gares et autres lieux de passage des nouveaux voyageurs lecteurs.

Dans l’histoire de la Bibliothèque des chemins de fer de Louis Hachette, Germaine de Edmond About occupe une place particulièrement intéressante : c’est l’un des exemples les plus réussis de la transformation de cette collection, d’abord pratique et documentaire, en une véritable bibliothèque littéraire moderne. L’édition originale Hachette de 1857 paraît dans la Bibliothèque des chemins de fer, 3e série : Littérature française. Cette troisième série était destinée à concurrencer les collections littéraires de Michel Lévy frères, alors très dominante dans le roman contemporain. Sur la quatrième de couverture on trouve la locomotive symbole des débuts de cette collection.












Dans Germaine, Edmond About raconte l’histoire de Germaine de Villacourt, une jeune héritière intelligente et sensible que la maladie a privée de beauté et qui souffre de voir les hommes attirés davantage par sa fortune que par elle-même. Méfiante envers les sentiments qu’elle inspire, elle observe avec lucidité une société où le mariage est souvent une affaire d’argent et de position. Sa rencontre avec un homme capable de dépasser les apparences lui permet peu à peu de retrouver confiance et d’espérer un amour véritable. À travers cette intrigue sentimentale, About oppose les valeurs du cœur, sincérité, bonté, intelligence, aux préjugés mondains et aux séductions superficielles, composant une comédie morale où la véritable beauté réside dans l’âme plus que dans l’apparence.

Le 1er janvier 1853, à Paris, les domestiques de l’hôtel de Sanglié découvrent avec étonnement que la jeune duchesse Germaine, malade et dont la famille est ruinée, est contrainte d’aller engager sa bague au mont-de-piété. Profitant de sa situation, Mme de Chermidy arrange son mariage avec Don Diego, principalement pour des raisons financières. Le couple part ensuite en Italie, où Germaine retrouve peu à peu la santé. Ils recueillent et adoptent Gomez, le fils de Mme de Chermidy. Mais celle-ci, animée par l’ambition et désirant épouser Don Diego, tente de faire disparaître Germaine en l’empoisonnant. Germaine survit finalement à cette tentative de meurtre, tandis que Mme de Chermidy est tuée par un domestique fidèle de la duchesse. Après ces événements tragiques, Germaine et Don Diego reviennent en France.

Edmond About (1828-1885) est un écrivain, journaliste et académicien français. Ancien élève de l’École normale supérieure et membre de l’École française d’Athènes, il se fait connaître sous le Second Empire par son esprit satirique, son style vif et son regard ironique sur la société de son temps. Auteur très populaire, il publie des romans mêlant fantaisie, critique sociale et humour, notamment Le Roi des montagnes, L’Homme à l’oreille cassée et Germaine (1857). Journaliste engagé, proche des idées libérales et anticléricales, il collabore à de nombreux journaux avant de fonder Le XIXe Siècle. Élu à l’Académie française en 1884, il meurt avant d’y être officiellement reçu. Son œuvre illustre la transition entre le roman romantique et une littérature plus moderne, spirituelle et accessible au grand public.





Superbe exemplaire en maroquin doublé de Marius Michel.

Prix : 1 500 euros