La Fille naturelle. Première et Seconde partie.
A La Haye, et se trouve à Lausanne, chez Franç. Grasset et Comp., 1776
2 parties reliées en 2 volumes in-12 (16,5 x 10,8 cm) de VIII-155-(3) et (4)-181-(3) pages. Complet.
Reliure bradel demi toile beige, pièce de titre et tomaison de maroquin rouge, fleuron doré au milieu des dos, millésime doré en pied (erreur de la part du relieur qui a doré 1777 à la place de 1776 en pied du premier volume), plats de papier marbré, doublures et gardes de papier blanc ordinaire, relié sur brochure (non rogné). Reliure fraîches malgré de petites brunissures sur la toile. Intérieur frais. A noter 2 cahiers un peu brunis au tome 2 (L et M). Papier épais assez fort. Un feuillet fissuré sans manque et un autre feuillet avec manque de papier, sans atteinte au texte. Marges irrégulières propres aux exemplaires non rognés (condition la plus recherchée pour les ouvrages de Rétif de la Bretonne).
Rare contrefaçon de l'un des premiers ouvrages de Rétif de la Bretonne.
Restif considérait lui-même "La Fille naturelle" comme « la plus attendrissante de toutes ses [mes] productions ».
Le texte est identique à celui de la première édition de 1769, les fautes n’ayant pas été corrigées.
« L’auteur a composé cette historiette intéressante d’après le récit d’Edme-Rapenot, libraire, qui avait connu l’héroïne et sa fille ». (Rives Childs)
« Je mis aussitôt la plume à la main, dans une chambre isolée de l’imprimerie de Quillau, où j’étais alors occupé à caser moi-même ‘la Confidence nécessaire’. Ce fut l’ouvrage de huit jours… Nous étions en 1768 et c’était le quatrième ouvrage que je composais, depuis mon retour de Sacy au 1er octobre 1767. ‘La Fille naturelle’ est la plus attendrissante de toutes mes productions, l’histoire de ‘Zéphire’ exceptée, et même une des plus utiles. Je n’en ferai pas l’analyse, parce qu’elle est conservée dans ‘les Contemporaines’, en deux Nouvelles, l’une intitulée ‘la Sympathie paternelle’, l’autre ‘la Fille reconnue’, outre que j’en ai fait une comédie également intéressante, intitulée ‘la Mère impérieuse ou la Fille naturelle’, dont je rendrai compte. La vente de ce roman me fut avantageuse, et me fit subsister » (Mes ouvrages, p. 12-14)
Cette édition est faite avec soin, quoique ce ne soit qu’une contrefaçon de la première édition de Paris ; la justification appartient au format in-18 plutôt qu’à l'in-12. En août 1778, dans sa réponse à Jean- André Engelbrecht, traducteur allemand d’ouvrages français, Restif exprime très-naïvement ses préférences pour ce roman : « La Fille naturelle est un ouvrage attendrissant, dit-il (voy. la 27e lettre, à la fin du tome XIX des Contemporaines, seconde édition), et qui a un mérite, mais qui ne lui sert de rien auprès du lecteur : l’histoire est vraie, et j’en ai été le témoin oculaire. J’en prépare une troisième édition, outre les contrefaçons de province, et comme c’est mon ouvrage favori, je le retravaillerai pour le style et les situations, au point d’en faire un livre digne d’une nation. Malheureusement, les traductions auront toujours toutes mes fautes. » La Fille naturelle a fourni deux nouvelles aux Contemporaines, sous les titres de la Sympathie paternelle et de la Fille reconnue (voy. Monsieur Nicolas, tome X, p. 2723). Restif en a tiré, en outre, un drame intitulé : la Mère impérieuse, ou la Fille naturelle. (Paul Lacroix, Bibliographie raisonnée des ouvrages de Restif de la Bretonne).
"On a souvent cité la manière de composer de Restif de la Bretonne, qui exécutait lui-même, sans manuscrit et sans préparation écrite, l’impression d’un roman. Celui de la Fille naturelle serait un exemple remarquable de cette étonnante facilité d’improvisation. Pendant qu’il imprimait, avec l’aide de son apprenti Théodore, La Confidence nécessaire, qu’il avait préparée et composée à loisir, pour le compte d’un libraire ; un autre libraire, nommé Edme Rapenot, lui raconta l’histoire d’un père riche, qui avait fait l’aumône à sa fille naturelle, sans la connaître. « Ce beau trait, dit-il, dans Monsieur Nicolas, tom. X (p. 2723), alluma mon imagination et me fit composer, à l’imprimerie même et sur une casse, La Fille naturelle, en deux parties, qui ne me prirent que six jours, tant la composition que la mise au net : chef-d’œuvre de célérité, peut-être chef-d’œuvre de pathétique... C’est la première fois que je me suis attendri, en composant. » Ce roman, publié sans annonces, eut pourtant du succès, ou du moins se vendit, puisqu’on en fit quatre éditions. Il n’en est pas moins rare. Restif dit pourtant, ailleurs (dans Monsieur Nicolas, tome XVI, p. 4554), qu’il écrivit ou esquissa son livre, avant de le composer typographiquement ; l’idée du roman ne lui fut pas moins inspirée par un récit d’Edme Rapenot : « Je mis aussitôt la plume à la main, dans une chambre isolée de l’imprimerie, où j’étais alors occupé à câser moi-même la Confidence nécessaire. » Il n’y a que quelques parties des tomes XI et XII de Monsieur Nicolas, que l’auteur ait improvisées à la casse, c’est-à-dire en les composant pour l’impression." (Paul Lacroix, ibid.)
« On jugera, par la nature des faits qu’on va lire, qu’ils n’ont pas leur source dans l’imagination de l’auteur. La vérité est au-dessus de la fiction. Montrer le prix de l’homme ; donner une idée de cette volupté si pure et si douce que procure la bienfaisance ; prouver qu’une bonne éducation porte des fruits tôt ou tard ; voilà le but principal que je me suis proposé en publiant cette histoire. Amuser et plaire ne doivent être que le second motif de cet écrivain honnête homme ; c’est à l’amour de la vertu et de l’humanité de conduire sa plume... » (Préface).
Nicolas-Edme Rétif, dit Rétif de la Bretonne (1734-1806), est l’un des écrivains les plus étonnants et les plus prolifiques du XVIIIᵉ siècle. Né dans une famille paysanne de Sacy, en Bourgogne, il se forma d’abord comme ouvrier imprimeur avant de s’établir à Paris où il mena une carrière littéraire hors du commun, laissant une production colossale de plus de deux cents volumes. Tour à tour romancier, moraliste, observateur des mœurs, utopiste social et auteur libertin, il est demeuré une figure marginale mais essentielle de la littérature des Lumières. On le surnomma le « Rousseau du ruisseau » ou le « Voltaire du faubourg », tant son œuvre allie l’élan réformateur aux notations les plus crues de la vie populaire. Ses grands romans – Le Paysan perverti (1775), La Paysanne pervertie (1784) – illustrent cette tension constante entre vertu proclamée et sensualité assumée. Dans l’immense recueil des Contemporaines (1780-1785), il brosse en plus de quatre cents nouvelles une chronique vivante des sociétés parisiennes et provinciales. Sa monumentale autobiographie, Monsieur Nicolas (1794-1797), en seize volumes, constitue une entreprise unique d’introspection, l’une des premières confessions modernes, où il livre sans détour ses passions, ses obsessions et ses contradictions. Rétif fut aussi un réformateur visionnaire : dans Le Pornographe ou La Découverte Australe, il propose des systèmes sociaux et politiques audacieux, annonçant parfois des préoccupations modernes. Écrivain dérangeant, souvent décrié pour ses obsessions érotiques et son style prolixe, il n’en demeure pas moins un témoin irremplaçable de la fin de l’Ancien Régime et des bouleversements révolutionnaires. Redécouvert au XIXᵉ siècle par les romantiques, célébré par les bibliophiles et les historiens de la vie privée, Rétif apparaît aujourd’hui comme l’un des chroniqueurs les plus sincères et les plus féconds de son siècle.
Références : Paul Lacroix, Bibliographie raisonnée des ouvrages de Restif de la Bretonne, n°2 (pour l'EO) et n°4 (notre contrefaçon) (pp. 95-98) ; Rives Childs, Restif de la Bretonne. Temoignages et jugements. Bibliographie, p. 209.
Très bon exemplaire, non rogné et bien conservé.
Prix : 1 250 euros





























































