lundi 17 août 2026

1893 | Jean Grave | La Société Mourante et l'Anarchie | Edition originale | Exemplaire dérelié (à relier à la bradel). Bon exemplaire du "faux tirage à 10 exemplaires sur Hollande".


Jean Grave | Octave Mirbeau (préface)

La Société Mourante et l'Anarchie. Préface par Octave Mirbeau.

Paris, Tresse et Stock, 1893

1 volume in-18 (18,4 x 11,7 cm), volume dérelié (anciennement relié - à relier à la bradel) de X-298 pages. Couverture rouge imprimée en noir (très fraîches - les deux plats). Exemplaire en très état de conservation, comme toujours le papier est légèrement bruni sur le pourtour des feuillets (papier ordinaire). Exemplaire non rogné (il avait été relié sur brochure).

Édition originale

Curieux tirage marqué à la presse comme étant 1 des 10 exemplaires sur Hollande, alors qu'il n'en n'est rien. Il s'agit bel et bien d'un exemplaire sur papier ordinaire mais qui porte le n°10 à la presse (numéroté à l'époque). Or le mystère sur cette numérotation s'épaissit encore lorsque nous avons sous les yeux trois autres exemplaires de ce même ouvrage portant tous le même numéro 10 ... tous imprimés sur papier ordinaire. S'agit-il d'une erreur d'impression à l'époque ? S'agit-il d'une supercherie ? (voir photos). L'exemplaire de la Bibliothèque nationale de France (numérisé sur Gallica) ne comporte pas cette numérotation (sans "Exemplaire N°") ce qui indique donc qu'il existe de ce livre un tirage sans numéro. Ce volume a été imprimé à Lagny chez Émile Colin.



Jean Grave ( naît en Auvergne, dans une famille pauvre qui quitte cette région en 1860 pour s'installer à Paris, où il commence à étudier à l'école des frères. Il publie en 1892, La société mourante et l'anarchie, vulgarisation des thèses de Kropotkine qui lui vaut par la suite, après le vote des lois scélérates, 2 ans de prison et 1 000 francs d'amendes pour provocation au pillage, au meurtre, au vol, à l'incendie, etc. Jean Grave fut un des pionniers de l'anarchisme en France. Il fut toujours intimement lié à la pensée de Kropotkine. Fondateur de la revue anarchiste Les Temps Nouveaux (900 numéros à compter de 1895), il se lie alors avec les grands libertaires de l'époque : Élisée Reclus, Girard, Pierrot, Octave Mirbeau, Félix Fénéon, Camille Pissarro, Maximilien Luce, Charles Angrand. Farouche antimilitariste, il lutte pour imposer le pacifisme à la veille de la Grande Guerre. Partisan d'une éducation des peuples à la révolte pragmatique, en révolte permanente contre les abus d'autorité, il est ennemi du courant anarchiste individualiste, illégaliste. Il avoue ne pas avoir ni le courage ni l'envie de poser des bombes et tuer des innocents, fussent-ils vermines bourgeoises. "On grogne, mais on subit. Et nos maîtres le savent. Que l'on s'habitue à moins grogner, à résister davantage, on ne tardera pas à en éprouver les bons effets." écrit-il dans L'Anarchie, son but, et ses moyens (1899). Lire Jean Grave encore aujourd'hui c'est entendre un long cri en faveur de la liberté de peuples et dont l'écho se propage à l'infini. Pourquoi à la lecture de ce livre a-t-on l'impression de lire le monde tel qu'il devrait être et non tel qu'il est ? 










« Il n’y a pas grand-chose à dire sur cet homme. Comme les peuples heureux, Jean Grave n’a pas d’histoire — pas même de sales histoires qui puissent permettre à la malignité de s’exercer. [...] De plus Jean Grave est très fermé. C’est l’homme le moins loquace de la Création. Il ne dit rien. Il ne veut rien dire sur lui. Il se cantonne dans un mutisme sauvage. [...] Quoi qu’il en soit, il faut le prendre tel qu’il est ; malhabile à la parole, brusque et entêté — d’aucuns disent un peu étroit — mais simple, sans grands besoins, sans vanité et travailleur infatigable. » (Victor Méric).

Provenance : ex libris (tampon) PH. BULOZ (gratté mais encore lisible).

BON EXEMPLAIRE "dérelié" (à relier de nouveau à la bradel) DU "FAUX TIRAGE A 10 EXEMPLAIRES SUR HOLLANDE".

Prix : 250 euros

samedi 15 août 2026

1776 | CODE DES NATIONS, ou examen philosophique et politique de l'homme considéré dans l'état de nature, d'avec l'homme en société. [par un membre de l'entourage de l'école physiocratique - Lemercier de la Rivière ?]


[ANONYME - Dans l'entourage de LEMERCIER DE LA RIVIERE et des physiocrates]

CODE DES NATIONS, ou examen philosophique et politique de l'homme considéré dans l'état de nature, d'avec l'homme en société.

Sans lieu ni date [A Londres, Aux dépens de la Société Typographique dans Pall-mall, 1776]

1 volume in-8 (21,7 x 13,8 cm) broché de VI pages (titre et Préliminaire) suivi des pages (7) à 157-(1). Complet. Couverture de l'époque en papier gris recouvert de papier marbré arraché (vestiges). Couverture usagée mais ayant bien protégé l'intérieur du volume qui est resté très frais. Non rogné.



Edition originale.

Curieux ouvrage et non moins curieux exemplaire. En effet, ce texte fait normalement partie d'un ouvrage composé de trois parties paginées séparément et titrées comme suit : Ouvrages politiques et philosophiques d'un anonyme. A Londres, Aux dépens de la Société Typographique dans Pall-mall. M DCCLXXVI. (1776) contenant à la suite du titre un faux-titre indiquant les trois ouvrages de ce recueil : I. L'Ordre essentiel et politique des puissances. II. Code des Nations, ou Examen philosophique et politique de l'homme considéré dans l'état de nature, d'avec l'homme en société. III. Essai politique sur le Commerce des différentes Nations avec la France, et sur celui de la France avec quelques Nations de l'Europe et des autres parties du Monde.

Nous sommes donc ici en présence de la seconde partie seule de ce recueil MAIS brochée seule à l'époque comme un tout complet. C'est le seul exemplaire de la sorte que nous avons pu examiner. Les deux autres parties étaient-elles également proposées à la vente séparément ? Nous ne savons pas.

Outre un court texte Préliminaire, très intéressant et rattachant cet écrit à l'école physiocratique (l'auteur était probablement un proche de Lemercier de La Rivière ou un membre de cette mouvance d'esprit), on trouve plusieurs chapitres tels que : la religion, le gouvernement, la population, le commerce, l'agriculture, la guerre, la marie et la navigation, l'impôt, les finances, les beaux-arts et les belles-lettres, les arts et métiers, la philosophie, la morale, la politique. L'auteur donne a son écrit une conclusion ou "Rapport de la sensibilité avec les qualités les plus essentielles à l'homme ; elle les renferme toutes."












Voici le court discours Préliminaire qui donne assez le ton de cet ouvrage :

"L’HOMME a en partage, l’existence & ses différentes perceptions, pour les employer à des connoissances dont les bornes lui sont prescrites : mais si, trop prompt à s’élever, il veut pénétrer les abîmes du vuide & voir au-delà de son entendement, ses facultés cèdent à son inexpérience, il devient inconséquent. En effet, quels grands intérêts peuvent résulter pour l’homme en voulant remonter à son origine, & découvrir les causes premières de son existence ? Qu’il soit venu d’un œuf, qu’il ait été confondu parmi les merveilles de la nature, en paroissant & disparoissant gradativement avec elles, qu’il ait été de toute éternité, ou qu’une puissance invisible l’ait créé, il n’a sur toutes ces variétés que des principes précaires d’existence, & ses convictions ne sont que des doutes. Si l’homme cherche à s’élever, c’est qu’il veut connoître ; il est donc ignorant. D’un autre côté, si on lui fait envisager l’existence comme un bienfait, son jugement se désarme, il insulte à la puissance qui le lie, il cherche à sapper son pouvoir, il devient fanatique d’une fatalité qu’il a autant de peine à concevoir. Aussi l’ignorance naquit-elle dans le berceau des recherches. Mais tant que l’homme étendra ses facultés jusqu’au possible, en devenant conséquent, la dialectique sera son partage ; il rejettera toutes superfluités ; son pouvoir, en prenant différentes formes, s’accroîtra avec la certitude. S’il veut se connoître lui-même, il peut, en remontant aux premiers hommes, établir une balance juste de son premier état avec son état actuel : dans le premier, il se verra errant, fugitif, suivant les loix de son propre instinct, y rapportant tous ses desirs, guidé par l’habitude, exempt de passions : dans le second, il se verra esclave de ses préjugés, soumis à des loix qu’il craint de suivre, guidé par diverses influences, en but aux passions les plus fortes, libre, & en société. D’après cette connoissance, il peut balancer les motifs, les circonstances, les différentes révolutions qu’il a éprouvés, & élever des systêmes qu’il peut contrebalancer par les objets : il peut voir qu’il est redevable envers les arts & les sciences de l’avoir rendu à la société ; mais aussi qu’ils ont pu lui avoir été nuisibles ; que, quoiqu’en société, il n’est pas moins isolé, & que, quoique libre en apparence, il porte toujours avec lui des chaînes invisibles, qui contrebalançant ses projets, lui préparent un avenir qu’il cherche à appercevoir, pour en diviser au moins les funestes effets. Après avoir ainsi parcouru le systême physique, il peut, en considérant le moral, le fonder sur diverses influences, & se soumettre à la nécessité, ou l’attribuer à des puissances invisibles & s’aveugler sur leurs loix. Mais l’homme peut-il être heureux, s’il ne s’élève ; & le simple desir, en lui prouvant son impuissance, lui ferme la carrière du bonheur. Il faut avouer que l’esprit humain est trop borné, & que la raison seule du peu de durée de son existence oppose les entraves les plus fortes à ses projets ; il a marché sur les épines, croyant y trouver des fleurs ; il reconnoît tôt ou tard la fausseté de la glace qui lui réfléchissoit les objets, & le moment où il croit son triomphe plus certain, est celui où il n’a que des doutes. L’homme paroît toujours s’opposer aux vues de la nature, en la cherchant où elle n’est pas : on doit croire que par de pareils procédés, & en voulant en quelque façon desavouer cette identité nécessaire à la progression des êtres, il tend à la destruction de l’ordre ; mais il ne le peut, & quand la chose seroit possible, son grand intérêt seroit de les cacher à ses semblables, puisqu’ils leur seroient, ou funestes, ou inutiles. Nous dépendons de la nature, & elle nous constitue causes secondaires des effets moraux ; elle nous soumet à ses influences ; & l’expérience le justifie en admettant cette succession première & continuelle de l’espèce humaine, de l’état de nature dans celui de la société. Ces développemens, cette maturité, ce déclin, cette destruction, sont autant de résultats produits par des principes & sujets aux modifications des circonstances ; le tems fixe les différens ressorts des objets, mais les révolutions les altèrent & souvent les détruisent. Tout ce qui a un principe tend à une fin ; mais ce qui a été de toute éternité, peut être sujet à des influences, mais ne peut être détruit. Ainsi, par la raison que la reproduction est une suite nécessaire du mouvement, notre globe a éprouvé de siècles en siècles différentes révolutions & différens changemens ; une partie même pourra servir de substance élémentaire aux astres qui brillent & qui consument, sans cesse. Ces dispositions actuelles & futures font raisonner les hommes, elles peuvent même les éclairer sur les effets, s’ils veulent remonter aux causes ; mais l’erreur fuit le raisonnement, & l’évidence fuit le préjugé : il est donc essentiel à l’homme de rapporter le moral au physique, & de le considérer comme le point de réunion du sçavoir & de la conséquence ; car être conséquent, c’est avancer des preuves, & la preuve identifie le raisonnement. C’est d’après ce principe que nous allons établir les nôtres ; heureux si nos efforts tendent à rapprocher l’homme de lui-même, & à lui faire voir la vérité dans tout son éclat !"

Personne ne semble s'être intéressé à l'auteur de ce texte. Certains évoquent Lemercier de la Rivière, sans fondement réel. Ce texte a par ailleurs été complètement négligé alors qu'il contient de très intéressantes vues progressistes.

Bon exemplaire broché non rogné en condition d'époque de cet écrit très intéressant.

Prix : 450 euros

jeudi 13 août 2026

BERALDI (Henri) | Propos de Bibliophile. Gravure et lithographie. Reliure. Vignettes de Darbour gravées sur bois par Paillard | Paris, 1901 [de l'imprimerie de L. Danel à Lille, achevé d'imprimer le 31 décembre 1900] | Tirage unique à 60 exemplaires seulement | Rare


BERALDI (Henri)

Propos de Bibliophile. Gravure et lithographie. Reliure. Vignettes de Darbour gravées sur bois par Paillard.

Paris, 1901 [de l'imprimerie de L. Danel à Lille, achevé d'imprimer le 31 décembre 1900]

1 volume in-8 (20 x 13,5 cm) broché de (4)-202-(1) pages. Vignettes en noir. Couverture imprimée avec petits manques de papier au bas du dos et sur le pourtour des plats, dos fendillé, brochage solide. Intérieur parfaitement frais imprimé sur beau papier vélin.

Tirage unique à 60 exemplaires seulement.

Celui-ci est numéroté XX au crayon de bois. Le nom du dédicataire est resté vierge (chaque exemplaire était destiné à être nominatif).

Edition originale rare.






Cet ouvrage contient plusieurs textes parus initialement dans des revues spécialisées : La Lithographie (Exposition générale de la Lithographie à l'Ecole des Beaux-Arts, 1891. Préface du Catalogue - Les Lithographes (Exposition générale de la Lithographie à l'Ecole des Beaux-Arts, 1891. Gazette des Beaux-Arts) - Raffet (Exposition des oeuvres militaires de Raffet à la salle Petit, 1892. Gazette des Beaux-Arts - Charlet (Exposition des oeuvres de Charlet chez Durand-Ruel, 1893. Gazette des Beaux-Arts - Pour connaitre la Lithographie (Expositions du Centenaire de la Lithographie au Cercle de la Librairie, 1895. Revue des Arts graphiques - Meissonier vignettiste et graveur (Exposition des oeuvres de Meissonier, salle Petit, 1893. Gazette des Beaux-Arts - L'Eau-forte en France au XIXe siècle (Exposition nationale de l'Eay-Forte à l'Ecole des Beaux-Arts, 1896. Préface du Catalogue - L'Estampe du XIXe siècle (Exposition Universelle de 1900. Revue de l'Art - Nos Relieurs (Exposition de reliure au Cercle de la Librairie, 1892. L'art - La Reliure au début du XXe siècle (Exposition Universelle de 1900. Revue de l'Art).




Henri Béraldi (1849-1931) fut l’un des plus grands bibliophiles français de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Haut fonctionnaire au ministère de la Marine et des Colonies, il consacra l’essentiel de son activité intellectuelle aux livres, aux estampes, à la reliure et à l’histoire de l’art. Collectionneur exigeant, il réunit une bibliothèque remarquable par la qualité de ses exemplaires, de leurs provenances, de leurs illustrations et de leurs reliures. Il publia avec Roger Portalis Les Graveurs du XVIIIe siècle, puis les douze volumes des Graveurs du XIXe siècle, devenus une référence majeure. Son autre grande œuvre, La Reliure du XIXe siècle, demeure fondamentale pour l’histoire de la reliure française. Grand amateur des Pyrénées, il leur consacra également de nombreux ouvrages, notamment Cent ans aux Pyrénées. C’est dans ce contexte qu’il contribua à populariser le terme de « pyrénéisme ». Son œuvre reflète une conception très moderne de la bibliophilie, attentive au livre autant comme texte que comme objet d’art. Sa prestigieuse collection fut dispersée après sa mort lors de ventes publiques en 1934 et 1935. Béraldi demeure aujourd’hui une figure incontournable de l’histoire de la bibliophilie française.

Livre rare et très intéressant par un maître de la Bibliopolis fin de siècle.

Prix : 500 euros

lundi 20 juillet 2026

1776 | Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone] | La Fille naturelle | Rare contrefaçon d'un des premiers ouvrages de Rétif de la Bretonne | ‘La Fille naturelle’ est la plus attendrissante de toutes mes productions (Rétif)



Rétif de la Bretonne | Restif de la Bretone (Nicolas-Edme)

La Fille naturelle. Première et Seconde partie.

A La Haye, et se trouve à Lausanne, chez Franç. Grasset et Comp., 1776

2 parties reliées en 2 volumes in-12 (16,5 x 10,8 cm) de VIII-155-(3) et (4)-181-(3) pages. Complet.

Reliure bradel demi toile beige, pièce de titre et tomaison de maroquin rouge, fleuron doré au milieu des dos, millésime doré en pied (erreur de la part du relieur qui a doré 1777 à la place de 1776 en pied du premier volume), plats de papier marbré, doublures et gardes de papier blanc ordinaire, relié sur brochure (non rogné). Reliure fraîches malgré de petites brunissures sur la toile. Intérieur frais. A noter 2 cahiers un peu brunis au tome 2 (L et M). Papier épais assez fort. Un feuillet fissuré sans manque et un autre feuillet avec manque de papier, sans atteinte au texte. Marges irrégulières propres aux exemplaires non rognés (condition la plus recherchée pour les ouvrages de Rétif de la Bretonne).




Rare contrefaçon de l'un des premiers ouvrages de Rétif de la Bretonne.

Restif considérait lui-même "La Fille naturelle" comme « la plus attendrissante de toutes ses [mes] productions ».

Le texte est identique à celui de la première édition de 1769, les fautes n’ayant pas été corrigées.

« L’auteur a composé cette historiette intéressante d’après le récit d’Edme-Rapenot, libraire, qui avait connu l’héroïne et sa fille ». (Rives Childs)

« Je mis aussitôt la plume à la main, dans une chambre isolée de l’imprimerie de Quillau, où j’étais alors occupé à caser moi-même ‘la Confidence nécessaire’. Ce fut l’ouvrage de huit jours… Nous étions en 1768 et c’était le quatrième ouvrage que je composais, depuis mon retour de Sacy au 1er octobre 1767. ‘La Fille naturelle’ est la plus attendrissante de toutes mes productions, l’histoire de ‘Zéphire’ exceptée, et même une des plus utiles. Je n’en ferai pas l’analyse, parce qu’elle est conservée dans ‘les Contemporaines’, en deux Nouvelles, l’une intitulée ‘la Sympathie paternelle’, l’autre ‘la Fille reconnue’, outre que j’en ai fait une comédie également intéressante, intitulée ‘la Mère impérieuse ou la Fille naturelle’, dont je rendrai compte. La vente de ce roman me fut avantageuse, et me fit subsister » (Mes ouvrages, p. 12-14)







Cette édition est faite avec soin, quoique ce ne soit qu’une contrefaçon de la première édition de Paris ; la justification appartient au format in-18 plutôt qu’à l'in-12. En août 1778, dans sa réponse à Jean- André Engelbrecht, traducteur allemand d’ouvrages français, Restif exprime très-naïvement ses préférences pour ce roman : « La Fille naturelle est un ouvrage attendrissant, dit-il (voy. la 27e lettre, à la fin du tome XIX des Contemporaines, seconde édition), et qui a un mérite, mais qui ne lui sert de rien auprès du lecteur : l’histoire est vraie, et j’en ai été le témoin oculaire. J’en prépare une troisième édition, outre les contrefaçons de province, et comme c’est mon ouvrage favori, je le retravaillerai pour le style et les situations, au point d’en faire un livre digne d’une nation. Malheureusement, les traductions auront toujours toutes mes fautes. » La Fille naturelle a fourni deux nouvelles aux Contemporaines, sous les titres de la Sympathie paternelle et de la Fille reconnue (voy. Monsieur Nicolas, tome X, p. 2723). Restif en a tiré, en outre, un drame intitulé : la Mère impérieuse, ou la Fille naturelle. (Paul Lacroix, Bibliographie raisonnée des ouvrages de Restif de la Bretonne).

"On a souvent cité la manière de composer de Restif de la Bretonne, qui exécutait lui-même, sans manuscrit et sans préparation écrite, l’impression d’un roman. Celui de la Fille naturelle serait un exemple remarquable de cette étonnante facilité d’improvisation. Pendant qu’il imprimait, avec l’aide de son apprenti Théodore, La Confidence nécessaire, qu’il avait préparée et composée à loisir, pour le compte d’un libraire ; un autre libraire, nommé Edme Rapenot, lui raconta l’histoire d’un père riche, qui avait fait l’aumône à sa fille naturelle, sans la connaître. « Ce beau trait, dit-il, dans Monsieur Nicolas, tom. X (p. 2723), alluma mon imagination et me fit composer, à l’imprimerie même et sur une casse, La Fille naturelle, en deux parties, qui ne me prirent que six jours, tant la composition que la mise au net : chef-d’œuvre de célérité, peut-être chef-d’œuvre de pathétique... C’est la première fois que je me suis attendri, en composant. » Ce roman, publié sans annonces, eut pourtant du succès, ou du moins se vendit, puisqu’on en fit quatre éditions. Il n’en est pas moins rare. Restif dit pourtant, ailleurs (dans Monsieur Nicolas, tome XVI, p. 4554), qu’il écrivit ou esquissa son livre, avant de le composer typographiquement ; l’idée du roman ne lui fut pas moins inspirée par un récit d’Edme Rapenot : « Je mis aussitôt la plume à la main, dans une chambre isolée de l’imprimerie, où j’étais alors occupé à câser moi-même la Confidence nécessaire. » Il n’y a que quelques parties des tomes XI et XII de Monsieur Nicolas, que l’auteur ait improvisées à la casse, c’est-à-dire en les composant pour l’impression." (Paul Lacroix, ibid.)










« On jugera, par la nature des faits qu’on va lire, qu’ils n’ont pas leur source dans l’imagination de l’auteur. La vérité est au-dessus de la fiction. Montrer le prix de l’homme ; donner une idée de cette volupté si pure et si douce que procure la bienfaisance ; prouver qu’une bonne éducation porte des fruits tôt ou tard ; voilà le but principal que je me suis proposé en publiant cette histoire. Amuser et plaire ne doivent être que le second motif de cet écrivain honnête homme ; c’est à l’amour de la vertu et de l’humanité de conduire sa plume... » (Préface).

Nicolas-Edme Rétif, dit Rétif de la Bretonne (1734-1806), est l’un des écrivains les plus étonnants et les plus prolifiques du XVIIIᵉ siècle. Né dans une famille paysanne de Sacy, en Bourgogne, il se forma d’abord comme ouvrier imprimeur avant de s’établir à Paris où il mena une carrière littéraire hors du commun, laissant une production colossale de plus de deux cents volumes. Tour à tour romancier, moraliste, observateur des mœurs, utopiste social et auteur libertin, il est demeuré une figure marginale mais essentielle de la littérature des Lumières. On le surnomma le « Rousseau du ruisseau » ou le « Voltaire du faubourg », tant son œuvre allie l’élan réformateur aux notations les plus crues de la vie populaire. Ses grands romans – Le Paysan perverti (1775), La Paysanne pervertie (1784) – illustrent cette tension constante entre vertu proclamée et sensualité assumée. Dans l’immense recueil des Contemporaines (1780-1785), il brosse en plus de quatre cents nouvelles une chronique vivante des sociétés parisiennes et provinciales. Sa monumentale autobiographie, Monsieur Nicolas (1794-1797), en seize volumes, constitue une entreprise unique d’introspection, l’une des premières confessions modernes, où il livre sans détour ses passions, ses obsessions et ses contradictions. Rétif fut aussi un réformateur visionnaire : dans Le Pornographe ou La Découverte Australe, il propose des systèmes sociaux et politiques audacieux, annonçant parfois des préoccupations modernes. Écrivain dérangeant, souvent décrié pour ses obsessions érotiques et son style prolixe, il n’en demeure pas moins un témoin irremplaçable de la fin de l’Ancien Régime et des bouleversements révolutionnaires. Redécouvert au XIXᵉ siècle par les romantiques, célébré par les bibliophiles et les historiens de la vie privée, Rétif apparaît aujourd’hui comme l’un des chroniqueurs les plus sincères et les plus féconds de son siècle.

Références : Paul Lacroix, Bibliographie raisonnée des ouvrages de Restif de la Bretonne, n°2 (pour l'EO) et n°4 (notre contrefaçon) (pp. 95-98) ; Rives Childs, Restif de la Bretonne. Temoignages et jugements. Bibliographie, p. 209.

Très bon exemplaire, non rogné et bien conservé.

Prix : 1 250 euros