Encore un mot sur la liberté de la presse, par M. de B***** [de Bonald].
A Paris, à la Société Typographique, Place Saint-Sulpice, n°6, 1814 [août]
(2)-25 pages.
Suivi de :
De la royauté en France. [Par M. de Bonald].
Sans lieu ni date [avril 1814]
24 pages.
Ensemble de deux brochures rares, déreliées (anciennement reliées dans un volume). La deuxième "De la royauté en France" étant très rare car jamais publiée officiellement (voir ci-dessous).
Les deux brochures sont rognées et sont encore solidement tenues ensemble, les cahiers solidement maintenus (il faut simplement envisager un cartonnage à la bradel).
A propos de la première brochure "Encore un mot sur la liberté de la presse" : La Bnf en conserve un exemplaire mais elle semble fort rare et n'a été diffusée qu'à très petit nombre ou les exemplaires ont été perdus compte tenu du très petit nombre d'occurrences retrouvées pour ce titre.
Publié durant l'été 1814, au moment de la Restauration monarchique, Encore un mot sur la liberté de la presse de Louis de Bonald constitue une violente critique de la liberté illimitée d’écrire et une défense de la censure préalable. Fidèle à sa pensée contre-révolutionnaire, Bonald considère que les livres ne sont jamais de simples productions intellectuelles mais des forces capables de façonner ou de détruire une société : « l’opinion est la reine du monde » et c’est par les écrits qu’elle se forme ou se corrompt. Selon lui, les crises financières, les désordres moraux ou même la tyrannie ne suffisent pas à renverser durablement un État ; seule la corruption des esprits par de fausses doctrines peut dissoudre les fondements religieux, politiques et sociaux d’une civilisation. Il voit dans la philosophie des Lumières, Voltaire, Rousseau et surtout l’Encyclopédie, la préparation intellectuelle de la Révolution française, par la diffusion organisée d’idées destructrices jusque dans les classes populaires. Refusant l’idée libérale selon laquelle la vérité sortirait naturellement du débat des opinions, il affirme que l’État doit protéger les peuples contre les erreurs comme il les protège contre les violences physiques. La censure n’est donc pas présentée comme une oppression, mais comme une garantie d’ordre public et moral. Texte emblématique de la pensée traditionaliste du début du XIXᵉ siècle, cet opuscule témoigne aussi, paradoxalement, d’une intuition très moderne : celle de l’immense pouvoir politique des livres, de la presse et de la formation de l’opinion publique.
Le texte répond directement aux débats provoqués par la Charte constitutionnelle de Louis XVIII (4 juin 1814), dont l’article 8 promettait aux Français le droit de publier leurs opinions « en se conformant aux lois qui doivent réprimer les abus de cette liberté ». Cette publication intervient dans la polémique précédant et accompagnant la loi du 21 octobre 1814 sur la presse, qui rétablit notamment une forme de contrôle préalable pour les ouvrages de moins de vingt feuilles.
"[...] Nous ne sommes pas réduits sans doute à prouver l’influence des productions de l’esprit sur l’état de la société. S’il est vrai que l’opinion soit la Reine du monde, c’est par les livres qu’elle se forme, s’égare ou se redresse.
Le désordre des finances ne détruit pas un État, parce qu’après tout un État ne paie que ce qu’il peut payer, et que les créanciers n’ont pas contre leur débiteur la ressource de l’expropriation forcée.
Le désordre des mœurs ne détruit pas un État, parce qu’il y a toujours, même dans le pays le plus corrompu, plus d’hommes réglés que d’hommes dissolus.
La tyrannie même ne détruit pas un État, parce que la tyrannie passe avec le tyran, et que la société lui survit.
Une peuplade sauvage, ou dans l’état purement physique, périt par des accidents physiques : la guerre, la famine, ou les maladies.
Un peuple civilisé, ou dans l’état moral, ne peut périr que par des causes morales, par la corruption de l’esprit et la propagation de fausses doctrines qui mettent en problème toutes les vérités et toutes les vertus, attaquent, l’un après l’autre, tous les principes de la société, en relâchent tous les liens, et font, en un mot, douter les gouvernements de leur pouvoir, et les peuples de leurs devoirs.
Un livre a civilisé le monde ; les livres, s’il était possible, le replongeraient dans la barbarie, et nous en avons fait l’essai :
« Les livres ont tout fait… » dit quelque part Voltaire, et ils le savaient bien, ceux qui élevaient à grands frais le monstrueux édifice de l’Encyclopédie pour endoctriner les habiles ou plutôt les lettrés, en même temps qu’ils recommandaient à leurs adeptes, dans leurs lettres confidentielles, les brochures à dix sous pour les cuisinières. [...]" (extrait)
A propos de la deuxième brochure "De la royauté en France" : Cette brochure de 24 pages, sans page de titre, est introuvable et pour cause, elle n'a pas été officiellement publiée par Louis de Bonald. Seuls 20 exemplaires ont été imprimés et distribués à l'auteur. Parmi les études consacrées à Bonald, une seule à notre connaissance fait mention d’un opuscule de 1814 ayant pour titre De la Royauté en France : il s’agit de la monographie de David Klinck, qui signale brièvement son existence (77 et 265 n) en évoquant deux sources, à savoir une lettre de Lamennais adressée à son frère Jean le 3 juillet de la même année, et une autre par laquelle, le 7 octobre suivant, Bonald lui-même y fait allusion au détour de quelques lignes adressées à Joseph de Maistre (Lettres 83 sq.).
Les deux passages, du reste, sont assez lapidaires. Le premier présente ainsi la brochure : M. de Bonald avait fait un petit écrit intitulé De la Royauté en France ; ne voulant pas le publier sans autorisation, il l’a communiqué aux ministres, qui n’ont fait que des réponses vagues. M. de Bonald s’est alors décidé à supprimer ses réflexions. On en a tiré seulement vingt exemplaires, qui tous ont été remis à l’auteur. J’ai vu l’exemplaire d’épreuve, et l’ai lu avec intérêt. Je ne suis pas surpris que les idées qui y sont développées n’aient pas fait fortune à la Cour. (Lamennais 160). Cité et repris par Flavien Bertran de Balanda qui est le spécialiste de l'œuvre de Louis de Bonald, il écrit : voici ce que Bonald lui écrit, après avoir déploré l’état de la France depuis l’été : J’avais écrit quelque chose sur ce sujet, à l’instant que le Sénat fit paraître son projet ; j’y annonçais, pour la Révolution française, une issue semblable à celle de la révolution d’Angleterre en 1688, si l’on s’obstinait à vouloir nous constituer. Des considérations puissantes, des autorités respectables, me firent supprimer cet écrit […] (Lettres 84). Flavien Bertran de Balanda poursuit : "Nul ne sait avec précision quelles furent ces “autorités” qui auraient découragé
la publication du texte ; toujours est-il qu’il ne fut en effet jamais édité ni repris
ultérieurement — contrairement à d’autres ayant connu un destin voisin — y
compris dans ses Œuvres complètes. L’exemplaire d’épreuve cité par Lamennais
a cependant survécu, et dormait jusqu’à présent dans un carton au contenu non
classé des archives familiales du Monna. Il se présente sous la forme de vingt-
quatre pages in-8 reliées par un point de couture, sans couverture, et annotées
de la main de Bonald pour quelques corrections typographiques. On remarque
l’absence de signature, renouant avec une habitude ancienne de semi-clandestinité
ponctuelle dont il use particulièrement en 1814–15. Le texte avait donc vocation
à paraître anonymement, ce qui laisse penser que les “réponses vagues” des
“ministres” ont plutôt été des conseils avisés et discrets venant de connaissances
haut placées et en qui Bonald avait toute confiance, qu’une dissuasion officielle."
Restons en là pour le contenu de ce pamphlet avéré rarissime donc, connu à seulement l'exemplaire d'épreuves cité plus haut et vraisemblablement notre exemplaire.
D'où provient notre exemplaire ?
Notre exemplaire comme vous pouvez le constater a été relié. Il a donc été rogné et ne possède plus ses belles marges d'origine. Il possède bien ses 24 pages avec en tête de la première page un simple titre courant : De la royauté en France. Le tout imprimé en lettres capitales entre deux filets (un double filet mince en haut et un court et simple filet en dessous). Une main a écrit à la plume à l'époque : Par M. de Bonald.
Cette main nous la connaissons. Et ce n'est pas n'importe laquelle.
Il s'agit de l'écriture autographe d'Anne Henri Cabot, vicomte de Dampmartin (1755-1825).
Arrêtons-nous un instant sur Dampmartin.
Né à Uzès en 1755, Anne Henri Cabot, vicomte de Dampmartin, eut une vie aussi mouvementée qu’érudite, marquée par les armes, les lettres et l’exil. Destiné à l’Église, il s’en détourne pour la carrière militaire, gravissant les échelons jusqu’au grade de capitaine dans la cavalerie royale, tout en s’illustrant par des essais littéraires qui lui valent une place à l’Académie de Nîmes. Témoin et acteur de la tourmente révolutionnaire, il s’exile après avoir tenté en vain de faire protester ses troupes contre les violences du 20 juin 1792, et rejoint l’armée des émigrés. Réfugié en Hollande puis à Berlin, il enseigne le français, publie un Précis de littérature à l’usage des dames (1795), rédige la Gazette française et devient précepteur des fils illégitimes de Frédéric-Guillaume II, jusqu’à sa disgrâce à la mort de ce dernier. De retour en France sous le Consulat, il compose son grand œuvre historique La France sous ses rois (1810), qui attire l’attention de Napoléon : celui-ci le nomme censeur impérial, puis conseiller au Conseil des prises. Député du Gard en 1813, Dampmartin s’illustre par des prises de parole en faveur de réformes sociales et militaires. Fidèle à la monarchie restaurée, il devient bibliothécaire au dépôt de la guerre sous Louis XVIII. Officier de la Légion d’honneur et chevalier de Saint-Louis, il meurt à Paris en 1825. Son œuvre, composée notamment de Mémoires sur divers événements de la révolution et de l’émigration (1825), offre un témoignage précieux sur les bouleversements de son temps, mêlant regard historique, engagement politique et goût des lettres.
Alors comment savons-nous que cette écriture est celle de Dampmartin ? L'exemplaire qui nous est parvenu était relié à l'époque en plein cuir au milieu d'autres pièces de circonstance de l'année 1814. Le volume était malheureusement dans un état de conservation déplorable, la reliure ayant beaucoup souffert, presque entièrement détruite et non restaurable en l'état. L'ex libris de Dampmartin était présent dans le volume. La brochure "De la royauté en France" était reliée à la suite d'un autre écrit de Bonald intitulé : "Encore un mot sur la liberté de la presse. Par M. de B***** [Dampmartin a ajouté le nom de Bonald à la plume], à Paris, à la Société Typographique, Place Saint-Sulpice, n°6, 1814, en 25 pages sans compter cette fois une page de titre officielle avec fleuron de titre "aux armes de France".
Le volume en question contenait en outre plusieurs autres brochures toutes sur le même sujet à savoir la monarchie. On y trouvait notamment l'édition originale rare (premier tirage) du De Buonaparte et des Bourbons de Chateaubriand (1814), ainsi qu'une autre petite brochure très rare intitulée : Du Sacerdoce, ou Fragment d'un ouvrage publié à Londres par M. de Chateaubriand. Nous passerons les autres sous silence pour le moment.
Pour résumer, la brochure de Bonald intitulée "De la royauté en France", imprimée à seulement 20 exemplaires, sans titre, dont les exemplaires ont été remis à Bonald, s'est retrouvée reliée dans un exemplaire de la bibliothèque de Dampmartin. On peut donc supposer que Bonald en aura fait don à quelques amis proches, dont était Dampmartin. On ne connait pas de lien avéré (correspondance ou document) entre Bonald et Dampmartin.
Evidemment cette brochure n'ayant été déposée nulle part de manière légale, elle est absente des catalogues de bibliothèques (Bnf, CCfr).
Ensemble de la plus grande rareté donc. A cartonner à la bradel pour obtenir un très désirable exemplaire.
Prix : 900 euros





















































