mercredi 1 avril 2026

1895 | Paul Verlaine | Femmes | Un des 20 exemplaires sur Japon | Superbe exemplaire relié à l'époque en maroquin aux armes et au chiffre d'un mystérieux bibliophile | Rarissime et précieux exemplaire


Paul VERLAINE

FEMMES

Imprimé sous le manteau et ne se vend nulle part. [Londres, Ch. Hirsch, 1893]

1 volume in-12 (19 x 12,5 cm), 71 pages.

Reliure strictement de l'époque plein maroquin vert sombre, dos à nerfs janséniste, dentele dorée en encadrement intérieur des plats, double filet doré sur les coupes, armoiries dorées au centre du premier plat, chiffre couronné aux initiales CM au centre du deuxième plat, tête dorée, non rogné, les deux plats de couverture imprimés en or sur papier vert chiné ont été reliés à la fin du volume. La reliure n'est pas signée. Quelques ombres au maroquin sur le pourtour des plats et dos uniformément assombri. Amorce de fente en pied du premier plat, sans gravité.


Seconde édition rare tu tirage "A" (Dutel).

Tirage à 500 exemplaires (480 ex. sur Hollande Van Gelder ET 20 ex. sur Japon).

Édition non mise dans le commerce.

Celui-ci, un des 20 exemplaires de tête sur papier du Japon, numéroté à la plume.








Ce petit volume contient XVIII poèmes libres entièrement dédiés à la femme objet d'amour et de jouissances.

De cette édition, Dutel, dans sa Bibliographie des ouvrages érotiques publiés clandestinement en français entre 1880 et 1920, distingue 2 tirages A et B pour cette édition. Deuxième édition qui fut publiée vers 1895 par C. Hirsch, alors installé à Londres ; mais l'ouvrage fut imprimé à Paris, probablement par C. Renaudie. L'ornement page 19 (Hir. 18) indique qu'il s'agit du tirage A. Il est impossible de savoir quel tirage est le plus ancien.

Dutel indique que cette édition figurait dans les catalogues (1900 et 1902) de la Maison Richard sous le n°188 au prix de 20 francs (ex. sur Hollande). Elle figure aussi curieusement dans la liste des ouvrages que Hirsch a publié dans la collection Fleurette, avec cette note de l'éditeur : Réimpression exacte et correcte de la rarissime édition originale que Paul Verlaine avait fait tirer à quelques exemplaires pour ses amis. Les admirateurs du chef incontesté de l'Ecole décadente paient au poids de l'or les copies existantes de ce curieux opuscule ; ils seront donc heureux de le trouver sur ce catalogue, édité avec soin et publié à un prix abordable. Verlaine par l'intermédiaire d'Arthur Symons a rencontré Hirsch à Londres en 1893. Le poète aurait touché pour cette réimpression douze livres sterling. (Dutel)

Références : Dutel, Bibliographie des ouvrages érotiques publiés clandestinement en français entre 1880 et 1920, n°292 (tirage A) ; Pia, Les Livres de l'Enfer, 464.











Pour le plaisir voici in extenso le poème Ouverture qui "ouvre" le volume de ces poèmes tirés de l'enfer Verlainien :

Ouverture

Je veux m’abstraire vers vos cuisses et vos fesses,
Putains, du seul vrai Dieu seules prêtresses vraies,
Beautés mûres ou non, novices et professes,
Ô ne vivre plus qu’en vos fentes et vos raies !

Vos pieds sont merveilleux, qui ne sont qu’à l’amant,
Ne reviennent qu’avec l’amant, n’ont de répit
Qu’au lit pendant l’amour, puis flattent gentiment
Ceux de l’amant qui las et soufflant se tapit.

Pressés, fleurés, baisés, léchés depuis les plantes
Jusqu’aux orteils sucés les uns après les autres,
Jusqu’aux chevilles, jusqu’aux lacs des veines lentes,
Pieds plus beaux que des pieds de héros et d’apôtres !

J’aime fort votre bouche et ses jeux gracieux,
Ceux de la langue et des lèvres et ceux des dents
Mordillant notre langue et parfois même mieux,
Truc presque aussi gentil que de mettre dedans ;

Et vos seins, double mont d’orgueil et de luxure
Entre quels mon orgueil viril parfois se guinde
Pour s’y gonfler à l’aise et s’y frotter la hure :
Tel un sanglier ès vaux du Parnasse et du Pinde.

Vos bras, j’adore aussi vos bras si beaux, si blancs,
Tendres et durs, dodus, nerveux quand faut et beaux
Et blancs comme vos culs et presque aussi troublants,
Chauds dans l’amour, après frais comme des tombeaux.

Et les mains au bout de ces bras, que je les gobe !
La caresse et la paresse les ont bénies,
Rameneuses du gland transi qui se dérobe,
Branleuses aux sollicitudes infinies !

Mais quoi ? Tout ce n’est rien, Putains, aux pris de vos
Culs et cons dont la vue et le goût et l’odeur
Et le toucher font des élus de vos dévots,
Tabernacles et Saints des Saints de l’impudeur.

C’est pourquoi, mes soeurs, vers vos cuisses et vos fesses
Je veux m’abstraire tout, seules compagnes vraies,
Beautés mûres ou non, novices ou professes,
Et ne vivre plus qu’en vos fentes et vos raies.

P. Verlaine (1890)



Précieux volume relié en maroquin à l'époque aux armes et au chiffre d'un mystérieux bibliophile qui reste à découvrir.

Très rare tirage de tête sur Japon.

Prix : 3 500 euros

lundi 30 mars 2026

1925 | La Toison d'Or de Jean de Gourmont imagée par Frans de Geetere | Un des 220 exemplaires sur vélin d'Arches, avec une eau-forte "spécimen" en plus (21 eaux-fortes au total) | Superbe livre illustré érotique par le maître expressionniste Frans de Geetere.



Jean de GOURMONT | Frans de GEETERE (illustrateur)

La Toison d'Or. Roman illustré de vingt eaux-fortes en hors-texte par Frans de Geetere.

Editions Pellet, Paris, s.d. (1925)

1 volume in-4 (28,5 x 23,2 cm) broché de (4)-119-(1) pages. Avec 1 eau-forte en frontispice et 20 eaux-fortes hors-texte. Avec une épreuve supplémentaire estampillée SPECIMEN. Soit 21 eaux-fortes au total. Couverture fraîche, dos légèrement marqué, partiellement fendu en pied, brochage fragile. Quelques légères décharges en regard des eaux-fortes malgré la présence des serpentes. Ecriture biffée sur le premier feuillet blanc (illisible).

Tirage unique à 250 exemplaires.

Celui-ci, un des 220 exemplaires sur vélin d'Arches (papier de cuve épais de qualité).

Il a été tiré 30 exemplaires sur Japon.











Jean de Gourmont (23 janvier 1877, Le Mesnil-Villeman – 19 février 1928, Paris) est un écrivain et critique littéraire français, issu d’une famille aristocratique et frère jumeau d’Henry Marie Auguste, ainsi que frère de l’écrivain Rémy de Gourmont, auquel il demeura profondément attaché. Collaborateur régulier du Mercure de France à partir de 1903, il y exerça pendant plus de vingt ans une activité critique soutenue, tenant notamment la rubrique « Littérature », où il rendait compte de l’actualité littéraire. Son œuvre personnelle, bien que moins reconnue que celle de son frère, se compose d’essais et de romans marqués par un intérêt pour l’analyse esthétique et morale : il publie notamment Jean Moréas (1905), Henri de Régnier et son œuvre (1908), Muses d’aujourd’hui. Essai de physiologie poétique (1910), étude audacieuse consacrée aux poétesses contemporaines, ainsi que L’Art et la morale (1912). Romancier, il se fait remarquer avec La Toison d’Or (1908), puis plus tard avec L’Art d’aimer (1925). Après la mort de Rémy de Gourmont en 1915, il se consacre largement à la promotion et à l’édition de ses œuvres, reprenant notamment le pseudonyme « R. de Bury » et publiant des travaux tels que la Bibliographie des Œuvres de Remy de Gourmont (1922) et Souvenirs sur Remy (1924). Sa carrière, dominée par la critique et le dévouement à la mémoire de son frère, s’achève brutalement par sa mort prématurée à l'âge de 51 ans en 1928. "C'était un homme de petite taille et de santé très délicate. Il ne s'était pas entièrement rétabli d'une grippe à forme pulmonaire dont il avait été atteint l'année dernière. Toutefois, rien ne faisait prévoir la soudaineté de sa fin. Mme Jean de Gourmont s'entretenait avec lui quelques instants avant sa mort ; elle le laissa seul dans son cabinet de travail une dizaine de minutes ; lorsqu'elle revint, elle le trouva sans vie." (Les Nouvelles Littéraires, 25 février 1928). "Il avait un véritable culte pour la mémoire de son frère et avait créé avec les admirateurs de celui-ci un bulletin intitulé Imprimerie gourmontienne, qui donna de nombreux textes inédits et commentaires de l'auteur de Sixtine. L'art de Jean de Gourmont était très personnel ; l'heureuse influence de son aîné y apparaissait seulement dans le goût très vif pour la « dissociation des idées » et une extrême liberté d'esprit pour la critique des mœurs." (Les Nouvelles Littéraires, 25 février 1928).

"Jean de Gourmont se manifestait habile à découvrir la pensée, du côté des sens comme du côté de l'esprit, qui anime l'œuvre poétique des femmes. Les mystères d'Eve et de l'amour rentraient dans sa sphère d'observation, d'analyse. Il l'a montré lorsque, le critique le cédant au romancier, il a donné ces livres : la Toison d'or, l'Art d'aimer, qui demeurent de hardies contributions aux problèmes de l'éveil et du désir." (L'Ami du lettré. Année littéraire & artistique pour 1929, Les Editions de France, 1928, pp. 144-146).

La Toison d'Or rentre dans la catégorie des romans à clé. Les personnages du roman sont des écrivains de l'entourage de Jean de Gourmont, et lui-même (sous le prénom de Raymon). On y retrouve ainsi Moréas, Léautaud, Van Bever, etc. 

« C'est une œuvre de littérature osée qui n'aura pas, pour la plupart de ses lecteurs, un charme littéraire ; une œuvre qu'on ne peut résumer, et dont on ose parler à peine quand on n'a pas les libertés ou les audaces des esthètes du Mercure ». (un libraire, Romans-Revue, 1908, p. 482).













Sur la couverture et le titre on trouve en exergue ce vers de Stéphane Mallarmé : "A la place du vêtement vain, elle a un corps ..."

« Une autre réalité demeurait dans l’existence de Raymond : Madeleine, qu’il aimait davantage en ami qu’en amant. Il avait cru longtemps que sa chair s’acclimaterait à la sienne, mais Madeleine n’existait presque pas, sensuellement. Pourtant, ils s’étaient assez mêlés pour garder l’un de l’autre un parfum inoubliable. Un parfum, un souvenir, c’est tout ce que Raymond retrouvait en lui, de cet amour qui se survivait à lui-même. Il lui aurait fallu réellement faire un grand effort de mémoire pour se rappeler l’historique de cette liaison. Insensiblement, Madeleine était devenue une habitude presque quotidienne, une amie nécessaire, avait-il cru jusqu’à ce jour. Elle l’aimait avec une telle constance ; aussi ne voulait-il pas la faire souffrir. Il lui cacherait donc généreusement sa liaison avec Marguerite, et trouverait dans ce secret une raison de l’aimer encore ». (extrait).

La puissance des illustrations de Frans de Geetere contraste terriblement avec la douceur sensuelle du texte de Jean de Gourmont. Hormis le frontispice, les 19 autres eaux-fortes disséminées entre les pages de ce très beau volume sont toutes d'un érotisme puissant voire violent. « Ces dessins, d'une rare intuition érotique, fixaient miraculeusement, sans cette injure des vaines précisions, l'atmosphère de mysticité sensuelle où j'avais voulu moi-même baigner mes idées et mes rêves. » (Jean de Gourmont, à propos des eaux-fortes de Frans de Geetere pour La Toison d'or). Graveur et écrivain flamand, Frans de Geetere (1895-1968) a été formé à l’École des Beaux-Arts de Bruxelles. Après un séjour à Utrecht, il s’établit à Paris avec sa compagne, May den Engelsen. Le couple vécut sur une péniche amarrée à proximité du quai Conti. Ensemble, ils se consacrèrent principalement à la gravure érotique, qui constitua leur champ d’expression privilégié.

La taille des cuivres de cet ouvrage (24 x 19 cm au coup de planche) ainsi que leur nombre (19 cuivres érotiques si l'on excepte le frontispice), font de cette suite l'une des plus impressionnantes de l'artiste.

Bon exemplaire de ce superbe livre illustré érotique par le maître expressionniste Frans de Geetere.

Prix : 950 euros

vendredi 27 mars 2026

1777 | A Code of Gentoo Laws, or Ordinations of the Pundits, from a Persian Translation made from the Original written in the Shanscrit Language (Code de Gentoux | Hindouisme) par Halhed. Première édition anglais. First edition. Très bon exemplaire en reliure d'époque décorative.


HALHED (Nathaniel Brassey)

A Code of Gentoo Laws, or Ordinations of the Pundits, from a Persian Translation made from the Original written in the Shanscrit Language.

Londres, 1777

1 volume in-8 (21,7 x 14 cm) de CXX et 285 pages. Avec 8 planches gravées hors-texte représentant des caractères sanscrits, dont plusieurs dépliantes.

Reliure de l’époque plein veau, dos à nerfs orné aux petites fers dorés typiques de la période 1790-1800 (dos décoratif assez bien conservé - pièce de titre épidermée). Reliure en bon état, présentant de minimes usures d’usage (frottements et légères usures aux coins et coiffes), légères marques et éraflures sur les plats. Intérieur complet et en bon état. Quelques marques anciennes d’appartenance sur le titre et une signature ancienne dans le texte (Le Marchand, ancien propriétaire fin XVIIIe s.). Petites galeries de vers en marge aux derniers feuillets, sans gravité.


Édition originale anglaise.














Texte fondamental pour l’histoire du droit hindou et de l’administration coloniale britannique en Inde.

Publié sous l’impulsion de la Compagnie britannique des Indes orientales et sous le gouvernement de Warren Hastings, cet ouvrage constitue la première tentative de codification des lois hindoues à destination des tribunaux coloniaux.

Le texte est issu d’un processus de traduction en plusieurs étapes : compilé en sanskrit par des pandits indiens, traduit en persan, puis rendu en anglais par Nathaniel Brassey Halhed. Ce dispositif visait à permettre aux administrateurs britanniques de juger les populations locales selon leurs propres lois, dans une logique d’administration indirecte.

Le Code des Gentoux rassemble un ensemble de prescriptions civiles, religieuses et pénales : lois relatives à la propriété, aux castes, aux mariages, aux dettes, aux crimes, aux peines et aux amendes. Il constitue à la fois un code civil et criminel, reflétant l’organisation hiérarchisée de la société indienne telle qu’elle fut perçue par les Britanniques au XVIIIe siècle.

Le terme « Gentoo », aujourd’hui obsolète, désigne les Hindous ; il était employé par les Européens pour qualifier les populations indigènes non musulmanes du sous-continent indien. L’ouvrage s’inscrit ainsi dans les débuts de l’orientalisme juridique et de la constitution d’un savoir colonial sur les institutions indiennes.

Bien complet des 8 planches gravées en caractères sanscrits, dont certaines dépliantes.

Très bon exemplaire d’un ouvrage important pour l’histoire du droit, de l’Inde et de l’orientalisme au XVIIIe siècle.

First English edition. A fundamental text for the history of Hindu law and British colonial administration in India. Published under the auspices of the British East India Company and during the governorship of Warren Hastings, this work represents the first attempt to codify Hindu laws for use in colonial courts. The text results from a multi-stage translation process: originally compiled in Sanskrit by Indian pandits, then translated into Persian, and finally rendered into English by Nathaniel Brassey Halhed. This undertaking aimed to enable British administrators to adjudicate local populations according to their own laws, within a framework of indirect rule. The Code of Gentoo Laws brings together a body of civil, religious, and penal prescriptions, including laws relating to property, castes, marriage, debts, crimes, punishments, and fines. It thus constitutes both a civil and criminal code, reflecting the hierarchical organization of Indian society as understood by the British in the eighteenth century. The term “Gentoo,” now obsolete, was used by Europeans to designate Hindus, referring broadly to the non-Muslim indigenous populations of the Indian subcontinent. The work therefore belongs to the early development of legal Orientalism and to the formation of colonial knowledge concerning Indian institutions. Complete with the 8 engraved plates depicting Sanskrit characters, some of which are folding. A good copy of an important work for the history of law, India, and eighteenth-century Orientalism.

Prix : 1.150 euros