mercredi 23 septembre 2026

1692 | Les Caractères de La Bruyère | Septième édition originale | « Le philosophe consume sa vie à observer les hommes » (La Bruyère)

[La Bruyère, Jean de]

Les caractères de Théophraste traduits du grec avec les caractères ou les mœurs de ce siècle. Septième édition. Revue et corrigée.

A Paris, chez Estienne Michallet, 1692

1 volume in-12 (16 x 9,5 cm | hauteur des marges : 157 mm) de 16 feuillets non chiffrés (titre et discours préliminaire) suivis de 679 pages chiffrées et 9 pages pour la table des caractères et l'extrait du privilège. A la fin sur le feuillet blanc et sur le feuillet de garde est écrite la clef manuscrite (en 61 entrées). On trouve également deux ajouts manuscrits dans les marges aux pages 114 et 282 (toutes les deux concernent la mention de M. Charles d'Aubigné frère de Madame de Maintenon - ces 2 notes ne se retrouvent pas dans la clef à la fin).

Reliure du milieu du XVIIIe siècle pleine basane marbrée, dos à nerfs orné aux petits fers dorés, tranches rouges, gardes de papier marbré. Reliure solide et encore décorative avec quelques accidents d'usage (coiffes arrasées, petite fente en pied du mors du second plat et en tête du premier, petit accroc peu visible, épidermures légères). Intérieur en bon état malgré quelques mouillures marquées à certaines pages (voir photos). Exemplaire qui a malgré tout réussi a passé le temps sans être lavé et bien complet de la clef manuscrite (avec variantes par rapport à d'autres) qui est intacte.


Septième édition originale. Premier état.

Cette septième édition revue et corrigée par l'auteur présente des différences et des augmentations notables sur l'édition précédente (la sixième édition a paru en 1691). On y trouve 77 caractères nouveaux décrits précisément par Rochebilière (n°629).

Notre exemplaire comporte les signes distinctifs de premier tirage (page 265 - Sannions imprimé en italique et les pages 265 à 268 en premier état non remaniées). Par ailleurs la page 272 (dernier mot resté sans suite cohérente à la page suivante) indique un premier état.

La Bruyère a fait publié neuf éditions originales entre 1688 et 1696 par le libraire Estienne Michallet. La neuvième et dernière édition originale a été revue et corrigée par La Bruyère lui-même. Les huitième et neuvième édition font le plus du double de la première. La première édition contenait 420 caractères quand la huitième en contenait 1120 en 1694. Pendant 17 ans La Bruyère ajoutera et polira ses maximes et caractères de l'homme de son siècle. C'est d'ailleurs la seule œuvre de l'auteur, celle de toute une vie. Les Caractères de La Bruyère sont précédés des Caractères du grec Théophraste.















« Ce ne sont point au reste des maximes que j'aie voulu écrire, […] l'usage veut qu'à la manière des oracles elles soient courtes et concises ; quelques-unes de ces remarques le sont, quelques autres sont plus étendues : on pense les choses d'une manière différente, et on les explique par un tour aussi tout différent. » (extrait de la Préface).

L'observation fine et satirique des différents types de caractères et de comportements humains embrassent tous les thèmes à savoir : la nature humaine, la société et ses mœurs, la critique sociale, la morale, la psychologie, la satire, la condition humaine, la vertu et le vice, etc. La Bruyère consacre un long chapitre aux femmes et aux affaires du cœur. La Cour et les Grands ne sont pas épargnés.

« Le philosophe consume sa vie à observer les hommes » (La Bruyère)

"Les hommes & les femmes conviennent rarement sur le mérite d’une femme ; leurs intérêts sont trop différents : Les femmes ne se plaisent point les unes aux autres par les mêmes agréments qu’elles plaisent aux hommes ; mille manières qui allument dans ceux-ci les grandes passions, forment entre elles l’aversion & l’antipathie. Il y a dans quelques femmes une grandeur artificielle, attachée au mouvement des yeux, à un air d’être, aux façons de marcher, & qui ne va pas plus loin ; un esprit éblouissant qui impose, & que l’on estime parce qu’il n’est pas approfondi. Il y a dans quelques autres une grandeur simple, naturelle, indépendante du geste & de la démarche ; qui a sa source dans le cœur, & qui est comme une suite de leur haute naissance ; un mérite paisible, mais solide ; accompagné de mille vertus qu’elles ne peuvent couvrir de toute leur modestie, qui échappent, et qui se montrent à ceux qui ont des yeux. [...]" (extrait des Caractères de La Bruyère, chapitre intitulé "Des Femmes")

Provenance : ex libris répété sur la première garde blanche et sur la page de titre : Johannis Le Lasseur. La famille Le Lasseur ou Lelasseur serait originaire de Nantes. C'est une famille haute bourgeoisie nantaise versée dans le commerce maritime puis la de noblesse attachée au pouvoir judiciaire (Jean-René Lelasseur : Doyen du présidial de Nantes (institution judiciaire de l'Ancien Régime​ et René-François Le Lasseur (1754–1838) : Avocat général et philanthrope, grand bourgeois dont le nom a été attribué à une voie nantaise).

Bon exemplaire de premier état avec la clef manuscrite en parfait état écrite à l'époque sur deux feuillets à la fin du volume.

Prix : 500 euros

vendredi 18 septembre 2026

1814 | Le tyran, les alliés, et le roi, par M. le Marquis de Coriolis d'Espinouse | Violent pamphlet anti-bonapartiste, publié dans les toutes premières heures de la Restauration de la monarchie | Exemplaire du vicomte de Dampmartin



Marquis de Coriolis d'Espinouse (Charles-Louis-Alexandre)

Le tyran, les alliés, et le roi, par M. le Marquis de Coriolis d'Espinouse. Nouvelle édition corrigée et augmentée.

Paris, Le Normant, imprimeur-libraire, 1814

64 pages

Brochure in-8 (20,7 x 12,5 cm) dérelié (feuillets parfaitement reliés ensemble - sans reliure). Excellent état mis à part trois grosses rousseurs claires diffuses sur la page de titre.

Nouvelle édition parue quelques semaines après la première qui était en 43 pages seulement. Il existe par ailleurs un autre tirage à la même date en 63 pages qui n'est pas le nôtre.

Cette brochure est signalée dans la Bibliographie de la France du samedi 28 mai 1814 sous le n° 734, sans qu’il soit possible de déterminer avec certitude si cet enregistrement correspond à la première édition ou à la présente « nouvelle édition, corrigée et augmentée ». Aucun autre enregistrement de ce titre n’apparaît dans la Bibliographie de la France pour l’année 1814, et rien n’y est relevé au nom de Coriolis d’Espinouse en 1815. Il est toutefois vraisemblable que la présente édition ait paru peu après, sans doute dans le courant du mois de juin 1814 : dans sa courte préface, l’auteur indique en effet que le succès rencontré par la première publication l’a conduit à reprendre et à développer son texte. Cette nouvelle version s’inscrit ainsi dans les toutes premières semaines de la Restauration, immédiatement après le traité de Paris du 30 mai et la promulgation de la Charte constitutionnelle du 4 juin 1814.

"Il y a des personnes qui, plus vivement frappées de la puissance extraordinaire de Buonaparte, semblent douter encore de sa chute. Cet homme est tombé de si haut, qu’elles demandent s’il est réellement tombé. On diroit qu’elles n’ont pas assez fait pour la tyrannie qu’elles supportoient, si elles ne croient à son fantôme comme on croyoit autrefois, à Rome, aux fantômes de Néron. Il n’y a rien là qui doive étonner. Les hommes, en général, sont vivement émus des causes immédiates. Les causes médiates les touchent peu. Ainsi, sans l’aveuglement inconcevable de Buonaparte à Moscou, suivi d’un aveuglement non moins étrange devant Dresde, plusieurs pensent que c’en étoit fait de nos Rois, et que l’usurpateur laissoit le sceptre à sa race. [...]" (début du texte)

Charles-Louis-Alexandre de Coriolis d’Espinouse (vers 1770-1841), marquis d’Espinouse, fut un homme de lettres, poète et publiciste issu d’une ancienne famille de la noblesse provençale. Auteur notamment d’À l’ombre de Jacques Delille et de La Messe de minuit (1813), il prit également part aux débats politiques de son temps et collabora à plusieurs journaux, parmi lesquels le Mercure, Le Conservateur, les Débats et La Quotidienne. Royaliste et violemment anti-bonapartiste au moment de la chute de l’Empire, comme en témoigne Le Tyran, les Alliés, et le Roi en 1814, il fut par la suite un proche correspondant de Félicité de Lamennais. Leur importante correspondance, échangée entre 1825 et 1837, fut publiée par Camille Latreille en 1912 sous le titre Un témoin de la Restauration et de la Monarchie de Juillet. Sa personnalité politique apparaît toutefois plus complexe qu’un simple classement parmi les ultras : profondément attaché à la monarchie et au catholicisme, il n’hésite pas dans ses lettres à critiquer sévèrement les gouvernements et les souverains de son propre camp, tandis que des travaux récents soulignent également sa proximité avec certaines tendances du catholicisme libéral.

Provenance : de la bibliothèque d'Anne Henri Cabot, vicomte de Dampmartin (1755-1825). Né à Uzès en 1755, Anne Henri Cabot, vicomte de Dampmartin, eut une vie aussi mouvementée qu’érudite, marquée par les armes, les lettres et l’exil. Destiné à l’Église, il s’en détourne pour la carrière militaire, gravissant les échelons jusqu’au grade de capitaine dans la cavalerie royale, tout en s’illustrant par des essais littéraires qui lui valent une place à l’Académie de Nîmes. Témoin et acteur de la tourmente révolutionnaire, il s’exile après avoir tenté en vain de faire protester ses troupes contre les violences du 20 juin 1792, et rejoint l’armée des émigrés. Réfugié en Hollande puis à Berlin, il enseigne le français, publie un Précis de littérature à l’usage des dames (1795), rédige la Gazette française et devient précepteur des fils illégitimes de Frédéric-Guillaume II, jusqu’à sa disgrâce à la mort de ce dernier. De retour en France sous le Consulat, il compose son grand œuvre historique La France sous ses rois (1810), qui attire l’attention de Napoléon : celui-ci le nomme censeur impérial, puis conseiller au Conseil des prises. Député du Gard en 1813, Dampmartin s’illustre par des prises de parole en faveur de réformes sociales et militaires. Fidèle à la monarchie restaurée, il devient bibliothécaire au dépôt de la guerre sous Louis XVIII. Officier de la Légion d’honneur et chevalier de Saint-Louis, il meurt à Paris en 1825. Son œuvre, composée notamment de Mémoires sur divers événements de la révolution et de l’émigration (1825), offre un témoignage précieux sur les bouleversements de son temps, mêlant regard historique, engagement politique et goût des lettres. L'exemplaire qui nous est parvenu était relié à l'époque en plein cuir au milieu d'autres pièces de circonstance de l'année 1814. Le volume était malheureusement dans un état de conservation déplorable, la reliure ayant beaucoup souffert, presque entièrement détruite et non restaurable en l'état. L'ex libris de Dampmartin était présent dans le volume.

Bibliographie : BnF, Catalogue général, autorité « Coriolis d’Espinouse, Charles Louis Alexandre (1770?-1841) » ; Camille Latreille, Un témoin de la Restauration et de la Monarchie de Juillet. Le marquis de Coriolis. Lettres à Lamennais, 1825-1837, Paris, Honoré Champion, 1912, 233 p. ; Léon Lévy-Schneider, compte rendu dans la Revue d’histoire moderne et contemporaine, t. XVII, 1912, p. 447-448 ; Philippe Zawieja, « Hypothèses pour une onomastique du Coriolis de Manette Salomon », Cahiers Edmond et Jules de Goncourt, n° 26, 2021, p. 185-199 ; CCFr/Bibliothèque municipale de Lyon, Ms 2444, correspondance Coriolis-Lamennais.

Bon exemplaire de ce violent pamphlet anti-bonapartiste, publié dans les toutes premières heures de la Restauration de la monarchie.

Prix : 200 euros

mardi 25 août 2026

1770 | Le Pornographe ou Idées d'un honnête-homme sur un projet de règlement pour les prostituées, par Rétif de la Bretonne | Seconde édition | Exemplaire Gabriel Cognacq (ventes des 10 et 11 février 1953)


Nicolas-Edme RESTIF DE LA BRETONNE (RÉTIF DE LA BRETONE)

LE PORNOGRAPHE OU IDÉES D'UN HONNÊTE-HOMME SUR UN PROJET DE RÈGLEMENT POUR LES PROSTITUÉES, Propre à prévenir les Malheurs qu'occasionne le Publicisme des Femmes. Avec des Notes historiques et justificatives.

A Londres, chez Jean Nourse et à La Haye, chez Gosse junior et Pinet, 1770

2 parties reliées en 1 volume in-8 (20,8 x 13,3 cm) de 8 pages préliminaires et 215 pages. Sans le faux-titre "Idées singulières Première partie" qui manque presque toujours.

Reliure demi veau fauve granité, dos lisse orné de roulettes dorées marquant des caissons ornés en leur centre d'un petit soleil rayonnant, pièce de titre rouge (avec une erreur du doreur qui a doré PRONOGRA ou lieu de PORNOGRA (volontaire ou non ?), plats de papier à la colle bleu nuit moucheté de marron doré, tranches jaunes mouchetées de rouge, gardes et doublures de papier blanc (reliure fine et parfaitement conservée exécutée vers 1810-1820 au plus tard). Intérieur très frais. Seule la page de titre est légèrement défraichie sans gravité (voir photo). Belles marges.




CONTREFACON PROBABLE "en petits caractères" DE CE CÉLÈBRE TEXTE DE RÉTIF DE LA BRETONNE.

"Cette édition, moins bien imprimée que la première (avis très subjectif de Paul Lacroix - nous la trouvons bien imprimée), pourrait être une contrefaçon, car Restif ne la mentionne pas dans la Revue des ouvrages de l'Auteur (1784)." (Lacroix)

"Rétif nous disait que le Pornographe "a été contrefait trois fois" (le Pornographe, 2e éd., p. 388). Celle-ci peut bien être une des trois." (Rives-Childs, n°3, p. 212)

« La dépravation suit le progrès des lumières. Chose très naturelle que les hommes ne puissent s'éclairer sans se corrompre. » écrit Rétif dans son Pornographe, lui qui fréquentait assidûment les petites maisons de la capitale comme il le décrit lui-même dans divers ouvrages. Rétif se targuait de vouloir tout réformer : les mœurs, les arts (le théâtre), et bien d'autres choses encore. Les mots pornographie et pornographe ont déjà au XVIIIe siècle le sens d’aujourd’hui (peinture ou texte obscène, et celui qui produit ces œuvres), mais Rétif dans son titre l’emploie dans un sens plus technique, celui d’essai sur la prostitution et la manière de la réformer. « Je te vois sourire ; le nom demi barbare de PORNOGRAPHE erre sur tes lèvres. Va, mon cher, il ne m’effraie pas. Pourquoi serait-il honteux de parler des abus qu'on entreprend de réformer ? » (Le Pornographe).



L'ouvrage est divisé en deux parties. La première, sous forme de lettres adressées entre deux personnes de qualité. On trouve à la fin le Projet de Règlement pour les Filles publiques, sous la protection du gouvernement, établi en LXV articles. La seconde partie contient les notes historiques. C'est le même Rétif qui écrivait : « La pudeur des femmes n'est que leur politique ; tout ce qu'elles cachent ou déguisent n'est caché ou déguisé que pour en augmenter le prix quand elles le révèlent. » ou encore « La femme ne sent son pouvoir qu'autant qu'elle en abuse. » ; attaqué sournoisement par une première maladie vénérienne en 1757 (il a 23 ans), puis une seconde en 1770 même, puis encore en 1776 et 1785 ; Rétif avait de quoi en vouloir aux prostituées, sa passion dévorante pour le beau sexe et le libertinage lui aura prodigué mille délices et mille supplices. « Les belles du Palais Royal sont très jolies, surtout les jeunes ; quant aux vieilles, c’est comme partout ; une vieille bête n’est jamais belle. » in Le Palais Royal - Première partie: Les filles de l’Allée-des-soupirs, en 1790.

Provenance : de la bibliothèque Gabriel Cognacq (4ème vente des 10 et 11 février 1953 - note manuscrite). Gabriel Cognacq (1880-1951), neveu d’Ernest Cognacq, fondateur de La Samaritaine, prit la direction du grand magasin en 1927 et poursuivit l’œuvre commerciale et philanthropique de son oncle. Élevé par Ernest Cognacq et Louise Jay, il reçut une solide formation, notamment à HEC, avant d’entrer à La Samaritaine en 1902 après avoir débuté comme simple vendeur. Ancien combattant de 1914-1918, décoré de la Croix de guerre et de la Légion d’honneur, il occupa ensuite de nombreuses fonctions dans les milieux économiques et sociaux. Héritier d’une partie des collections Cognacq, il constitua surtout lui-même, avec passion et d’importants moyens, un remarquable ensemble de tableaux, dessins, estampes, livres rares et objets d’art. Sa collection, conservée dans son hôtel particulier du 44 avenue Bugeaud, accordait une place notable à l’art moderne et surtout aux œuvres graphiques. Grand mécène, il prêta largement ses œuvres aux expositions, contribua à la sauvegarde des trésors du Prado pendant la guerre civile espagnole et participa à la préservation de l’atelier Bourdelle. Élu membre libre de l’Académie des Beaux-Arts en 1938, il présida durant l’Occupation le Conseil des Musées nationaux et œuvra notamment à la protection des collections de Chantilly. Très engagé dans les œuvres sociales, il présida les Fondations Cognacq-Jay et soutint maternités, orphelinats, écoles, maisons de repos, musique sacrée et horticulture. Écarté des milieux officiels à la Libération en raison de malentendus sur son rôle pendant l’Occupation, il renonça à léguer ses collections à l’État et décida leur dispersion aux enchères. Après sa mort, quinze ventes organisées principalement en 1952-1953 dispersèrent ses collections pour 443 461 070 francs, sa marque de collection étant aujourd’hui identifiable mais parfois critiquée pour son estampillage trop appuyé (le présent volume ne porte pas son estampille).

Références : P. Lacroix, p. 100-101 ; Rives-Childs, n°3, p. 212

















Bel exemplaire finement relié au début du XIXe siècle provenant de la collection Gabriel Cognacq.

Prix : 950 euros

lundi 17 août 2026

1893 | Jean Grave | La Société Mourante et l'Anarchie | Edition originale | Exemplaire dérelié (à relier à la bradel). Bon exemplaire du "faux tirage à 10 exemplaires sur Hollande".


Jean Grave | Octave Mirbeau (préface)

La Société Mourante et l'Anarchie. Préface par Octave Mirbeau.

Paris, Tresse et Stock, 1893

1 volume in-18 (18,4 x 11,7 cm), volume dérelié (anciennement relié - à relier à la bradel) de X-298 pages. Couverture rouge imprimée en noir (très fraîches - les deux plats). Exemplaire en très état de conservation, comme toujours le papier est légèrement bruni sur le pourtour des feuillets (papier ordinaire). Exemplaire non rogné (il avait été relié sur brochure).

Édition originale

Curieux tirage marqué à la presse comme étant 1 des 10 exemplaires sur Hollande, alors qu'il n'en n'est rien. Il s'agit bel et bien d'un exemplaire sur papier ordinaire mais qui porte le n°10 à la presse (numéroté à l'époque). Or le mystère sur cette numérotation s'épaissit encore lorsque nous avons sous les yeux trois autres exemplaires de ce même ouvrage portant tous le même numéro 10 ... tous imprimés sur papier ordinaire. S'agit-il d'une erreur d'impression à l'époque ? S'agit-il d'une supercherie ? (voir photos). L'exemplaire de la Bibliothèque nationale de France (numérisé sur Gallica) ne comporte pas cette numérotation (sans "Exemplaire N°") ce qui indique donc qu'il existe de ce livre un tirage sans numéro. Ce volume a été imprimé à Lagny chez Émile Colin.



Jean Grave ( naît en Auvergne, dans une famille pauvre qui quitte cette région en 1860 pour s'installer à Paris, où il commence à étudier à l'école des frères. Il publie en 1892, La société mourante et l'anarchie, vulgarisation des thèses de Kropotkine qui lui vaut par la suite, après le vote des lois scélérates, 2 ans de prison et 1 000 francs d'amendes pour provocation au pillage, au meurtre, au vol, à l'incendie, etc. Jean Grave fut un des pionniers de l'anarchisme en France. Il fut toujours intimement lié à la pensée de Kropotkine. Fondateur de la revue anarchiste Les Temps Nouveaux (900 numéros à compter de 1895), il se lie alors avec les grands libertaires de l'époque : Élisée Reclus, Girard, Pierrot, Octave Mirbeau, Félix Fénéon, Camille Pissarro, Maximilien Luce, Charles Angrand. Farouche antimilitariste, il lutte pour imposer le pacifisme à la veille de la Grande Guerre. Partisan d'une éducation des peuples à la révolte pragmatique, en révolte permanente contre les abus d'autorité, il est ennemi du courant anarchiste individualiste, illégaliste. Il avoue ne pas avoir ni le courage ni l'envie de poser des bombes et tuer des innocents, fussent-ils vermines bourgeoises. "On grogne, mais on subit. Et nos maîtres le savent. Que l'on s'habitue à moins grogner, à résister davantage, on ne tardera pas à en éprouver les bons effets." écrit-il dans L'Anarchie, son but, et ses moyens (1899). Lire Jean Grave encore aujourd'hui c'est entendre un long cri en faveur de la liberté de peuples et dont l'écho se propage à l'infini. Pourquoi à la lecture de ce livre a-t-on l'impression de lire le monde tel qu'il devrait être et non tel qu'il est ? 










« Il n’y a pas grand-chose à dire sur cet homme. Comme les peuples heureux, Jean Grave n’a pas d’histoire — pas même de sales histoires qui puissent permettre à la malignité de s’exercer. [...] De plus Jean Grave est très fermé. C’est l’homme le moins loquace de la Création. Il ne dit rien. Il ne veut rien dire sur lui. Il se cantonne dans un mutisme sauvage. [...] Quoi qu’il en soit, il faut le prendre tel qu’il est ; malhabile à la parole, brusque et entêté — d’aucuns disent un peu étroit — mais simple, sans grands besoins, sans vanité et travailleur infatigable. » (Victor Méric).

Provenance : ex libris (tampon) PH. BULOZ (gratté mais encore lisible).

BON EXEMPLAIRE "dérelié" (à relier de nouveau à la bradel) DU "FAUX TIRAGE A 10 EXEMPLAIRES SUR HOLLANDE".

Prix : 250 euros