lundi 20 juillet 2026

1776 | Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone] | La Fille naturelle | Rare contrefaçon d'un des premiers ouvrages de Rétif de la Bretonne | ‘La Fille naturelle’ est la plus attendrissante de toutes mes productions (Rétif)



Rétif de la Bretonne | Restif de la Bretone (Nicolas-Edme)

La Fille naturelle. Première et Seconde partie.

A La Haye, et se trouve à Lausanne, chez Franç. Grasset et Comp., 1776

2 parties reliées en 2 volumes in-12 (16,5 x 10,8 cm) de VIII-155-(3) et (4)-181-(3) pages. Complet.

Reliure bradel demi toile beige, pièce de titre et tomaison de maroquin rouge, fleuron doré au milieu des dos, millésime doré en pied (erreur de la part du relieur qui a doré 1777 à la place de 1776 en pied du premier volume), plats de papier marbré, doublures et gardes de papier blanc ordinaire, relié sur brochure (non rogné). Reliure fraîches malgré de petites brunissures sur la toile. Intérieur frais. A noter 2 cahiers un peu brunis au tome 2 (L et M). Papier épais assez fort. Un feuillet fissuré sans manque et un autre feuillet avec manque de papier, sans atteinte au texte. Marges irrégulières propres aux exemplaires non rognés (condition la plus recherchée pour les ouvrages de Rétif de la Bretonne).




Rare contrefaçon de l'un des premiers ouvrages de Rétif de la Bretonne.

Restif considérait lui-même "La Fille naturelle" comme « la plus attendrissante de toutes ses [mes] productions ».

Le texte est identique à celui de la première édition de 1769, les fautes n’ayant pas été corrigées.

« L’auteur a composé cette historiette intéressante d’après le récit d’Edme-Rapenot, libraire, qui avait connu l’héroïne et sa fille ». (Rives Childs)

« Je mis aussitôt la plume à la main, dans une chambre isolée de l’imprimerie de Quillau, où j’étais alors occupé à caser moi-même ‘la Confidence nécessaire’. Ce fut l’ouvrage de huit jours… Nous étions en 1768 et c’était le quatrième ouvrage que je composais, depuis mon retour de Sacy au 1er octobre 1767. ‘La Fille naturelle’ est la plus attendrissante de toutes mes productions, l’histoire de ‘Zéphire’ exceptée, et même une des plus utiles. Je n’en ferai pas l’analyse, parce qu’elle est conservée dans ‘les Contemporaines’, en deux Nouvelles, l’une intitulée ‘la Sympathie paternelle’, l’autre ‘la Fille reconnue’, outre que j’en ai fait une comédie également intéressante, intitulée ‘la Mère impérieuse ou la Fille naturelle’, dont je rendrai compte. La vente de ce roman me fut avantageuse, et me fit subsister » (Mes ouvrages, p. 12-14)







Cette édition est faite avec soin, quoique ce ne soit qu’une contrefaçon de la première édition de Paris ; la justification appartient au format in-18 plutôt qu’à l'in-12. En août 1778, dans sa réponse à Jean- André Engelbrecht, traducteur allemand d’ouvrages français, Restif exprime très-naïvement ses préférences pour ce roman : « La Fille naturelle est un ouvrage attendrissant, dit-il (voy. la 27e lettre, à la fin du tome XIX des Contemporaines, seconde édition), et qui a un mérite, mais qui ne lui sert de rien auprès du lecteur : l’histoire est vraie, et j’en ai été le témoin oculaire. J’en prépare une troisième édition, outre les contrefaçons de province, et comme c’est mon ouvrage favori, je le retravaillerai pour le style et les situations, au point d’en faire un livre digne d’une nation. Malheureusement, les traductions auront toujours toutes mes fautes. » La Fille naturelle a fourni deux nouvelles aux Contemporaines, sous les titres de la Sympathie paternelle et de la Fille reconnue (voy. Monsieur Nicolas, tome X, p. 2723). Restif en a tiré, en outre, un drame intitulé : la Mère impérieuse, ou la Fille naturelle. (Paul Lacroix, Bibliographie raisonnée des ouvrages de Restif de la Bretonne).

"On a souvent cité la manière de composer de Restif de la Bretonne, qui exécutait lui-même, sans manuscrit et sans préparation écrite, l’impression d’un roman. Celui de la Fille naturelle serait un exemple remarquable de cette étonnante facilité d’improvisation. Pendant qu’il imprimait, avec l’aide de son apprenti Théodore, La Confidence nécessaire, qu’il avait préparée et composée à loisir, pour le compte d’un libraire ; un autre libraire, nommé Edme Rapenot, lui raconta l’histoire d’un père riche, qui avait fait l’aumône à sa fille naturelle, sans la connaître. « Ce beau trait, dit-il, dans Monsieur Nicolas, tom. X (p. 2723), alluma mon imagination et me fit composer, à l’imprimerie même et sur une casse, La Fille naturelle, en deux parties, qui ne me prirent que six jours, tant la composition que la mise au net : chef-d’œuvre de célérité, peut-être chef-d’œuvre de pathétique... C’est la première fois que je me suis attendri, en composant. » Ce roman, publié sans annonces, eut pourtant du succès, ou du moins se vendit, puisqu’on en fit quatre éditions. Il n’en est pas moins rare. Restif dit pourtant, ailleurs (dans Monsieur Nicolas, tome XVI, p. 4554), qu’il écrivit ou esquissa son livre, avant de le composer typographiquement ; l’idée du roman ne lui fut pas moins inspirée par un récit d’Edme Rapenot : « Je mis aussitôt la plume à la main, dans une chambre isolée de l’imprimerie, où j’étais alors occupé à câser moi-même la Confidence nécessaire. » Il n’y a que quelques parties des tomes XI et XII de Monsieur Nicolas, que l’auteur ait improvisées à la casse, c’est-à-dire en les composant pour l’impression." (Paul Lacroix, ibid.)










« On jugera, par la nature des faits qu’on va lire, qu’ils n’ont pas leur source dans l’imagination de l’auteur. La vérité est au-dessus de la fiction. Montrer le prix de l’homme ; donner une idée de cette volupté si pure et si douce que procure la bienfaisance ; prouver qu’une bonne éducation porte des fruits tôt ou tard ; voilà le but principal que je me suis proposé en publiant cette histoire. Amuser et plaire ne doivent être que le second motif de cet écrivain honnête homme ; c’est à l’amour de la vertu et de l’humanité de conduire sa plume... » (Préface).

Nicolas-Edme Rétif, dit Rétif de la Bretonne (1734-1806), est l’un des écrivains les plus étonnants et les plus prolifiques du XVIIIᵉ siècle. Né dans une famille paysanne de Sacy, en Bourgogne, il se forma d’abord comme ouvrier imprimeur avant de s’établir à Paris où il mena une carrière littéraire hors du commun, laissant une production colossale de plus de deux cents volumes. Tour à tour romancier, moraliste, observateur des mœurs, utopiste social et auteur libertin, il est demeuré une figure marginale mais essentielle de la littérature des Lumières. On le surnomma le « Rousseau du ruisseau » ou le « Voltaire du faubourg », tant son œuvre allie l’élan réformateur aux notations les plus crues de la vie populaire. Ses grands romans – Le Paysan perverti (1775), La Paysanne pervertie (1784) – illustrent cette tension constante entre vertu proclamée et sensualité assumée. Dans l’immense recueil des Contemporaines (1780-1785), il brosse en plus de quatre cents nouvelles une chronique vivante des sociétés parisiennes et provinciales. Sa monumentale autobiographie, Monsieur Nicolas (1794-1797), en seize volumes, constitue une entreprise unique d’introspection, l’une des premières confessions modernes, où il livre sans détour ses passions, ses obsessions et ses contradictions. Rétif fut aussi un réformateur visionnaire : dans Le Pornographe ou La Découverte Australe, il propose des systèmes sociaux et politiques audacieux, annonçant parfois des préoccupations modernes. Écrivain dérangeant, souvent décrié pour ses obsessions érotiques et son style prolixe, il n’en demeure pas moins un témoin irremplaçable de la fin de l’Ancien Régime et des bouleversements révolutionnaires. Redécouvert au XIXᵉ siècle par les romantiques, célébré par les bibliophiles et les historiens de la vie privée, Rétif apparaît aujourd’hui comme l’un des chroniqueurs les plus sincères et les plus féconds de son siècle.

Références : Paul Lacroix, Bibliographie raisonnée des ouvrages de Restif de la Bretonne, n°2 (pour l'EO) et n°4 (notre contrefaçon) (pp. 95-98) ; Rives Childs, Restif de la Bretonne. Temoignages et jugements. Bibliographie, p. 209.

Très bon exemplaire, non rogné et bien conservé.

Prix : 1 250 euros

mercredi 15 juillet 2026

Gatien Courtilz de Sandras | Mémoires de Mr. d'Artagnan, Capitaine Lieutenant de la première Compagnie des Mousquetaires du Rois contenant quantité de choses particulières et secrettes qui se sont passées sous le Règne de Louis le Grand. A Cologne, chez Pierre Marteau, M. DCC. [1700]. 3 volumes in-12 | Reliure d'époque | Intéressant et rare exemplaire avec les trois volumes portant la date de 1700 | Bon exemplaire



COURTILZ DE SANDRAS (Gatien)

Mémoires de Mr. d'Artagnan, Capitaine Lieutenant de la première Compagnie des Mousquetaires du Roi contenant quantité de choses particulières et secrettes qui se sont passées sous le Règne de Louis le Grand.

A Cologne, chez Pierre Marteau, M. DCC. [1700] [Hollande]

3 volumes in-12 (175 x 100 mm | hauteur des marges : 168 mm) de (6)-440, (2)-497 et (2)-492 pages. Pages de titre à la sphère armillaire.

Reliure strictement de l'époque plein veau brun, dos à nerfs orné aux petits fers dorés. Réparations sommaires aux reliures (coiffes) néanmoins solides et décoratives. Cahiers légèrement déréglés. Deux gardes blanches refaites. Papier légèrement roussi comme toujours pour cette édition. Quelques légères taches, salissures et petites déchirures. Collationné complet. Signature ex libris sur les pages de titre et sur les feuillets de garde "De Manceaux" (?).



Intéressant et rare exemplaire avec les trois volumes portant la date de 1700.

On sait que le premier volume seul a été publié sous la date de 1700 à Cologne chez Pierre Marteau. Ce premier volume a 564 pages et une table des matières. Il est imprimé "FIN" à la fin de ce premier volume. Nous avons pu comparer le premier tome de notre exemplaire daté 1701 avec ce premier volume daté 1700. Il s'avère que le tirage des deux volumes est identique en tous points à la coquille près. Seul la page de titre a été changée. On peut donc en conclure qu'il n'y a eu qu'un seul tirage de ce premier volume en 564 pages plus la table et que ce sont les volumes imprimés en 1700 dont seul le titre a été changé. Ce changement s'est opéré pour venir compléter les deux volumes qui ont suivi et portant eux aussi la date de 1701, eux aussi avec table et imprimés avec les mêmes caractères et employant les mêmes ornements. On peut considérer à juste titre cette série en 3 volumes portant la date de 1700 pour les 3 volumes comme étant une contrefaçon de la véritable première édition de ce texte (le premier volume ayant été en réalité imprimé en 1700, certainement à seulement quelques semaines d'intervalle avec les deux suivants).









Un exemplaire que nous avons eu en mains du premier volume en 564 pages et portant la date de 1700 était relié à l'époque avec les Mémoires de Chavagnac dans l'édition de 1700 également. Ce volume particulièrement intéressant, car il rassemble sous une élégante reliure hollandaise de l'époque le premier tome des Mémoires de d'Artagnan, daté de 1700 et comprenant 564 pages avec table des matières, et les Mémoires de Chavagnac, prouvait que ce premier volume des Mémoires de d'Artagnan publié en 1700 avait tout d'abord paru seul (sans les deux volumes qui suivront de près).

La complexité de cette chronologie éditoriale, dont tout est loin d'avoir été démêlé, laisse apparaître d'autres éditions parues sous la date de 1700 et 1701. Il existe ainsi également une édition en trois volumes tous datés de 1700, mais sans table des matières (le présent exemplaire), ainsi qu'une autre où seul le premier volume, sans indication de tomaison, est daté de 1700 avec table, tandis que les deux suivants, datés de 1701, comportent aussi une table. L'édition en trois volumes datés de 1700 mais sans table aurait été réalisée ultérieurement, probablement en antidatant les tomes 2 et 3. Un autre tirage de 1700, avec un titre imprimé en noir, est également connu.

Le d’Artagnan historique, celui campé par Courtilz de Sandras et celui de Dumas qui s’en est inspiré ont quelques points communs : tous trois cadets de Gascogne, montant à Paris pour « prendre du service », devenant des mousquetaires courageux et fidèles. Charles Ogier de Batz naît vers 1612 à Castelmore près de Lupiac en Gascogne. Il entre vers 1633 dans la compagnie des mousquetaires, prend le nom de sa mère, d'Artagnan, et le titre de comte. En 1646, les mousquetaires sont licenciés et d’Artagnan entre au service de Mazarin parmi ses « gentilshommes ordinaires ». Sa fidélité au ministre et au roi pendant les troubles de la Fronde lui valent quelques missions délicates, qui révèlent son tact et son humanité, ainsi que des rétributions, comme la charge de capitaine des petits chiens du Roi courant le chevreuil… Lorsque les mousquetaires sont reconstitués, il devient lieutenant puis capitaine-lieutenant de la première compagnie en 1667. Maréchal de camp en 1672, il meurt au siège de Maastricht l’année suivante. (notice Musée de l'Armée).

Gatien Courtilz de Sandras (1644 -1712) suit une carrière militaire entre 1660 et 1679, passant notamment par les mousquetaires gris. Puis il se fait écrivain, rédigeant des mémoires apocryphes, notamment sur d'Artagnan, Mr de Rochefort, mais aussi des chroniques scandaleuses et des ouvrages politiques. Son œuvre reflète les ambitions et les frustrations de l’aristocratie encore féodale tenue en bride par l’Absolutisme. Sa liberté de ton le mènera d’ailleurs à la Bastille où il séjournera de 1693 à 1699. Dumas s’est largement inspiré de ces pseudo–mémoires pour écrire les Trois mousquetaires, Courtils lui fournissant les personnages d’Athos, de Porthos, d’Aramis ou de Milady et de nombreuses anecdotes. (notice Musée de l'Armée).

A propos du véritable d'Artagnan nous avons le témoignage de Madame de Sévigné qui écrit dans une lettre datée du 27 novembre 1664 adressée à M. de Pomponne : "[...] Il faut que je vous conte ce que j’ai fait. Imaginez-vous que des dames m’ont proposé d’aller dans une maison qui regarde droit dans l’Arsenal, pour voir revenir notre pauvre ami [Nicolas Fouquet]. J’étois masquée, je l’ai vu venir d’assez loin. M. d’Artagnan étoit auprès de lui ; cinquante mousquetaires derrière, à trente ou quarante pas. Il paroissoit assez rêveur. Pour moi, quand je l’ai aperçu, les jambes m’ont tremblé, et le cœur m’a battu si fort, que je n’en pouvois plus. En s’approchant de nous pour rentrer dans son trou, M. d’Artagnan l’a poussé, et lui a fait remarquer que nous étions là. Il nous a donc saluées, et a pris cette mine riante que vous connoissez. Je ne crois pas qu’il m’ait reconnue ; mais je vous avoue que j’ai été étrangement saisie, quand je l’ai vu rentrer dans cette petite porte. Si vous saviez combien on est malheureuse quand on a le cœur fait comme je l’ai, je suis assurée que vous auriez pitié de moi ; mais je pense que vous n’en êtes pas quitte à meilleur marché, de la manière dont je vous connois. [...]" ; puis encore dans une lettre du 11 décembre de la même année 1664 : "[...] Cependant M. Fouquet est allé dans la chambre de M. d’Artagnan : pendant qu’il y était, il a vu par la fenêtre passer M. d’Ormesson, qui venait de reprendre quelques papiers qui étaient entre ies mains de M. d’Artagnan. M. Fouquet l’a aperçu ; il l’a salué avec un visage ouvert, et plein de joie et de reconnaissance ; il lui a même crié qu’il était son très-humble serviteur. [...] À onze heures, il y avait un carrosse prêt, où M. Fouquet est entré avec quatre hommes, M. d’Artagnan à cheval avec cinquante mousquetaires. Il le conduira jusqu’à Pignerol, où il le laissera en prison sous la conduite d’un nommé Saint-Mars, qui est fort honnête homme, et qui prendra cinquante soldats pour le garder. D'après la chronologie avérée de d'Artagnan on sait que celui-ci apporta une lettre de Louis XIV au comte de Bussy Rabutin, cousin de ladite Madame de Sévigné et gouverneur du Nivernais, à la Charité sur Loire, à la date du 29 mars 1652.

C'est sur l'édition de 1704 des Mémoires de d'Artagnan qu'Alexandre Dumas père s'est penché pour rédiger ses Trois Mousquetaires (1844) et sa suite Vingt ans après (1845). "Lors d’un voyage à Marseille où son ami poète Joseph Méry réside, Dumas cherche quelque lecture, ne pouvant rester oisif. À la bibliothèque, on lui prête « Mémoires de M. d’Artagnan », une édition de 1704. Quelle ne fut sa fascination pour l’ouvrage ! Sur la route de Paris, Dumas ne lâche pas le livre d’une page, si bien que la bibliothèque de Marseille attend toujours qu’il le rapporte !".

Références : Jean Lombard, Courtilz de Sandras et la crise du roman à la fin du grand siècle, 1980 (PUF) ; Woodbridge, Gatien de Courtilz : Etude sur un précurseur du Roman réaliste France (Puf, 1925)






Bon exemplaire de cette édition primitive rare où les trois volumes portent la date de 1700.

Prix : 1 800 euros

dimanche 12 juillet 2026

Edmond Rostand | LA SAMARITAINE | Evangile en trois tableaux, en vers. Représenté pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre de la Renaissance, le mercredi saint (14 avril 1897) | Edition originale | Splendide exemplaire relié plein maroquin décoré par Emile Carayon pour Madame Raoul Bompard et dédicacé par Edmond Rostand. Superbe couverture illustrée par Mucha.



ROSTAND, Edmond | MUCHA, Alfons | Emile CARAYON, relieur | Madame Raoul BOMPARD (Provenance)

LA SAMARITAINE. Evangile en trois tableaux, en vers. Représenté pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre de la Renaissance, le mercredi saint (14 avril 1897).

Paris, Librairie Charpentier et Fasquelle, 1897

1 volume in-4 (27,2 x 19 cm) de (6)-120 pages. Couverture illustrée d'une lithographie par Mucha (réduction de l'affiche originale de la pièce) tirée par l'imprimerie F. Champenois.

Reliure strictement de l'époque plein maroquin noir décoré de fers dorés spéciaux (couronne d'épines au centre des plats avec un encadrement de filets dorés et fers "Chrisme" stylisés Art Nouveau dans les angles, dos à nerfs soulignes de filets dorés, caissons encadrés de filets dorés, doublure encadrée de maroquin noir avec filets dorés et fers dorés dans les angles, gardes et doublures de papier peigne, tranches dorées. Les deux plats de couverture conservés à l'état de neuf. Quelques rousseurs ponctuelles sans gravité (reliure signée E. CARAYON dans la doublure). Parfait état.


Edition originale sur papier courant.

Il n'a été tiré que 25 exemplaires sur Japon (non annoncés).

Exemplaire avec dédicace de l'auteur : "à Madame Raoul Bompard qui fait merveilleusement relier les poètes. Hommage. Edmond Rostand"




Le premier plat de couverture illustré d'une lithographie originale de Mucha est parfaitement conservé.

C’est après le succès des Romanesques à la Comédie-Française que Sarah Bernhardt demande à Edmond Rostand de lui écrire une pièce. Cette pièce religieuse s’est jouée le Mercredi Saint, 14 avril 1897. Sarah Bernhardt, âgée de 53 ans, y crée le rôle-titre de la Samaritaine alias Photine. Sarah Bernhardt était la Directrice et la propriétaire du Théâtre de la Renaissance dans lequel la pièce fut jouée. La musique est de Gabriel Pierné.

En Samarie, les ombres d’Abraham, Isaac et Jacob viennent annoncer la venue du Messie… Jésus demande alors aux habitants, persécutés à la fois par les Romains et les Juifs de Jérusalem, d’aimer ces gens et leur conte l’histoire du bon samaritain. La belle Photine, qui d’abord se moque de Jésus, tombe à genoux lorsque celui-ci se révèle et lui offre sa chanson d’amour, qu’il accepte. Tandis que Jésus explique à Photine comment se rendre digne du royaume de Dieu. Puis, Photine ameute la foule d’un marché, répétant des textes saints qu’elle n’a pourtant pas pu lire et supplie ses concitoyens de la suivre à la rencontre de Jésus. Buvant l’eau de la cruche oubliée par Photine, les disciples sont stupéfaits de la trouver délicieuse. La Jeune femme, conduisant toute la ville, dit comment, inspirée par Jésus, elle lui a conquis tous les cœurs.

La pièce se découpe en trois tableaux. Premier tableau : le puits de Jacob. Les apôtres quittent Jésus pour se rendre à Sichem, afin d’acheter des vivres. Le Christ reste assis sur la margelle du puits de Jacob. Photine vient puiser de l’eau, son amphore sur l’épaule. Jésus lui demande à boire. Elle refuse parce qu’il est juif. S’engage un long dialogue tiré des Evangiles. Deuxième tableau : la Porte de Sichem. Pierre et les disciples tentent d’acheter des vivres mais ils sont raillés par les marchands. Les apôtres s’éloignent sous les huées. Ariel est inquiet de ne pas voir revenir Photine. Elle arrive transformée et s’exprime en citation. Elle convainc petit à petit la foule. Troisième tableau : Salvator Mundi. Jésus est sur la margelle du puits. Les apôtres s’étonnent de la discussion avec Photine. On entend alors la foule des Samaritains qui approche menée par Photine.

Succédant à La Princesse lointaine (1895), La Samaritaine est le premier grand succès de Rostand, la même année que Cyrano de Bergerac (représenté pour la première fois le 28 décembre 1897 au théâtre parisien de la Porte Saint-Martin).

Référence : Edmond Rostand, La Samaritaine, édition postfacée, établie et annotée par Philippe Bulinge, L’Harmattan, 2004. Philippe Bulinge, « L’héritage de La Samaritaine dans Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand ». ; Lire également Une trilogie d'Edmond Rostand : La Princesse lointaine, La Samaritaine, Cyrano de Bergerac par Jean Bourgeois Les Belles lettres | « L'information littéraire » 2008/2 Vol. 60 | pages 27 à 38.

Provenance : de la bibliothèque de Madame Raoul Bompard avec dédicace autographe de l'auteur inscrite sur le premier feuillet blanc. La dédicace placée à cet endroit indique clairement que le volume a été confié au relieur Emile Carayon avant même qu'Edmond Rostand ne l'y appose. C'est donc le volume si délicatement relié qu'Edmond Rostand a eu en mains. Ceci expliquant la dédicace qui indique de Madame Raoul Bompard savait faire habiller les auteurs de très belles reliures d'art. Ce qui est le cas ici. Cette dédicace révèle une certaine intimité entre Edmond Rostand et Madame Raoul Bompard alors fraîchement mariée et âgée de seulement 21 ans. Anne Le Roux, épouse Raoul Bompard, est née en 1876. Issue de la haute bourgeoisie, elle épouse Raoul Henri Bertrand Bompard, né à Gênes le 17 décembre 1860 et mort à Senlis le 11 septembre 1939, fut avocat, conseiller municipal de Paris, député de la Seine, puis magistrat. Il termina sa carrière comme président de chambre à la cour d’appel de Paris. Il est notamment connu pour son engagement dreyfusard : après la condamnation définitive de Dreyfus, il quitta la magistrature ou protesta publiquement contre le jugement.

Nous n'avons retrouvé aucune vente de bibliothèque pour ce couple. Cette dédicace plus qu'amicale laisse supposer une proximité évidente entre les Bompard et Edmond Rostand.

Edmond Rostand fera jouer son Cyrano de Bergerac pour la première fois le 28 décembre 1897, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, à Paris. Cyrano de Bergerac deviendra rapidement la pièce parmi les plus populaires du théâtre français ! Edmond Rostand, né à Marseille en 1868 dans une famille de la bourgeoisie très aisée, meurt à Paris le 2 décembre 1918 à l'âge de 50 ans des suites de la grippe espagnole.





Splendide et parfait exemplaire relié plein maroquin décoré par Emile Carayon pour Madame Raoul Bompard et dédicacé par Edmond Rostand.

Prix : 3 000 euros