jeudi 9 avril 2026

1875 | Victor Hugo | Napoléon le petit | Paris, Michel Lévy Frères | Un des 40 exemplaires sur papier de Hollande


Victor HUGO | [Napoléon III]

Napoléon le petit.

Paris, Michel Lévy Frères, 1875 [imprimé par J. Claye, avril 1875]

1 volume in-8 (25,5 x 18,3 cm) broché de (4)-355-(1) pages. Couvertures imprimées orange. Exemplaire à toutes marges, non rogné, imprimé sur papier vergé de Hollande. Quelques usures, fentes, et marques aux plats de couverture, dos du brochage solide. Intérieur très frais. Quelques petites déchirures aux bords des grandes marges. Un ancien bon de commande resté là a acidifié la première garde blanche (partiellement brunie).

Nouvelle édition.

Première édition sous ce format avec le texte remanié par l'auteur.

Edition dont il a été tiré 70 exemplaires sur grands papiers dont 50 exemplaires sur Hollande et 20 exemplaires sur Chine.

Celui-ci, un des 50 exemplaires sur Hollande (n°40).


Publié en 1852 à Bruxelles, Napoléon le Petit est un pamphlet de Victor Hugo rédigé à la suite du coup d’État du 2 décembre 1851 par lequel Louis-Napoléon Bonaparte se maintient au pouvoir en violation de la Constitution de la Deuxième République, dont il était le président élu. Dans cet ouvrage, Hugo livre une attaque virulente contre celui qui deviendra Napoléon III, le qualifiant notamment de « dernier des hommes », « voleur » ou « criminel », d’autant plus sévèrement qu’il lui avait initialement accordé sa confiance lors de l’élection présidentielle de 1848 afin d’écarter le général Eugène Cavaignac. Revenant sur cette désillusion, Hugo dénonce l’ambition personnelle de Bonaparte et la préméditation du coup d’État. Toutefois, le philosophe Karl Marx reprochera à Hugo de réduire cet événement à l’action d’un seul homme, lui conférant ainsi une importance excessive. L’ouvrage paraît presque simultanément à Bruxelles et à Londres le 8 août 1852, sous deux formats distincts, dont l’un est spécialement conçu pour être diffusé clandestinement en France. Cette diffusion provoque l’expulsion de Hugo de Belgique, à la suite de la loi Faider, promulguée sous la pression du gouvernement français pour réprimer les offenses envers les chefs d’État étrangers. Napoléon le Petit ne sera finalement publié en France qu’en 1870 (à la date symbolique du 2 décembre), au retour d’exil de l’auteur, dans une édition de Hetzel et Cie, à une date symbolique marquant la chute du Second Empire.

« Je la serre avec orgueil, cette main qui a écrit Notre-Dame et Napoléon le Petit » (Gustave Flaubert à Victor Hugo, lettre de 1853)

Karl Marx, dans la préface de 1869 au XVIII Brumaire de Louis Bonaparte, reconnaît l’importance de l’ouvrage, mais le critique sévèrement sur le fond : « Victor Hugo se borne à lancer une invective amère et spirituelle contre l’éditeur responsable du coup d’État. » Il lui reproche ensuite de réduire l’événement à l’action d’un seul homme, au lieu d’en analyser les causes historiques et sociales.

George Sand prend ses distances avec l’outrance du pamphlet : « Napoléon ne mérita jamais ni cet excès d’honneur ni cette indignité d’être traité comme un monstre. Il ne mérite pas davantage d’être rabaissé jusqu’à l’idiotisme. »












Parue à Paris en 1875 chez Michel Lévy Frères, cette édition in-8 de Napoléon le Petit de Victor Hugo correspond à une réimpression destinée au public français après la chute du Second Empire. Présentée en un beau volume de format in-8 (comme les autres oeuvres de l'auteur qui paraissent et paraîtront chez le même éditeur), imprimé en beaux caractères par J. Claye, elle propose un texte désormais fixé. Cette édition marque le passage du pamphlet, d’abord publié et diffusé clandestinement en 1852, à une circulation normale en librairie. Elle contribue ainsi à installer durablement l’ouvrage dans l’ensemble des écrits politiques de Hugo, tout en conservant la force polémique de ses attaques contre Napoléon III.

« Mais nous pouvons le dire, nous hommes du dix-neuvième siècle, le dix-neuvième siècle n’est pas le fumier. Quelles que soient les hontes de l’instant présent, quels que soient les coups dont le va-et-vient des événements nous frappe, quelle que soit l’apparente désertion ou la léthargie momentanée des esprits, aucun de nous, démocrates, ne reniera cette magnifique époque où nous sommes, âge viril de l’humanité. Proclamons-le hautement, proclamons-le dans la chute et dans la défaite, ce siècle est le plus grand des siècles ; et savez-vous pourquoi ? parce qu’il est le plus doux. Ce siècle, immédiatement issu de la Révolution française et son premier-né, affranchit l’esclave en Amérique, relève le paria en Asie, éteint le suttee dans l’Inde, et écrase en Europe les derniers tisons du bûcher, civilise la Turquie, fait pénétrer de l’Évangile jusque dans le Koran, dignifie la femme, subordonne le droit du plus fort au droit du plus juste, supprime les pirates, amoindrit les pénalités, assainit les bagnes, jette le fer rouge à l’égout, condamne la peine de mort, ôte le boulet du pied des forçats, abolit les supplices, dégrade et flétrit la guerre, émousse les ducs d’Albe et les Charles IX, arrache les griffes aux tyrans. Ce siècle proclame la souveraineté du citoyen et l’inviolabilité de la vie ; il couronne le peuple et sacre l’homme.» (extrait de la conclusion)

Très bon exemplaire sur grand papier de ce livre emblématique.

Prix : 450 euros