La Débâcle. Par Emile Zola. Les Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second empire. Illustrations du peintre Jeanniot.
Paris, Librairie Marpon & Flammarion, E. Flammarion Successeur, sans date (1893)
1 volume grand in-8 (30 x 22 cm) de (4)-527 pages. Avec 66 compositions hors texte par le peintre Jeanniot et 48 bandeaux et culs de lampe pour les différents chapitres des trois parties.
Reliure de l'époque demi chagrin lie de vin à larges coins, dos à nerfs, plats de papier marbré, doublures et gardes de papier marbré, relié sur brochure, non rogné, tranches ébarbées, tête dorée, les deux plats de couverture jaune imprimée ainsi que le dos on été conservés (en très bon état). Reliure signée BRETAULT. Intérieur frais. Papier de Hollande de bonne qualité. Rares rousseurs.
Première édition illustrée.
Un des 30 exemplaires de luxe sur papier de Hollande (numéroté au composteur - il porte le n°90 - et signé à la plume par l'éditeur E. Flammarion).
Il a été tiré également 30 exemplaires sur Chine et 30 exemplaires sur Japon.
Les trois grands papiers se trouvent donc ainsi aussi rares les uns que les autres.
La Débâcle est le 19ème et avant dernier volume des Rougon-Macquart. Le feuilleton de La Débâcle parait dans La Vie populaire, du 21 février au 21 juillet 1892. Il est repris dans Le Radical, du 19 octobre 1892 au 25 mai 1893, et dans Le Petit Provençal, du 6 novembre 1892 au 24 mars 1893. Le roman sort chez Charpentier et Fasquelle, le 21 juin 1892. Les premières livraisons de cette édition populaire illustrée publiée par Marpon et Flammarion sont annoncées dans la Bibliographie de la France du 11 mars 1893 (séries 1 et 2, pages 1 à 80, enregistrées à la date du 28 février 1893). Les séries 3 à 14 (fin) sont annoncées dans la Bibliographie de la France du 28 octobre 1893. Le tirage ordinaire était vendu 50 centimes la série soit 6 francs avec le titre et les couvertures. Les exemplaires du tirage de luxe sur grand papier étaient vendus 30 francs.
Jean Macquart, déjà personnage principal de La Terre, a repris du service dans l’armée, après ses désillusions dans le monde paysan. Incorporé dans le 106e de ligne, il est caporal et ses hommes le respectent pour son bon sens, son dévouement et sa saine conception de l’autorité. Il assiste impuissant à l’effondrement de l’Empire et à la déroute de ses armées, que Zola attribue à l’incompétence de l’état-major, au manque de préparation des troupes et au rôle néfaste joué par l’impératrice Eugénie auprès de Napoléon III.
C’est aussi l’histoire d’une amitié qui finira en drame entre Jean Macquart et l’un de ses soldats, l’intellectuel Maurice Levasseur. Le premier veut une France où règnent l’ordre et la sagesse ; le second souhaite mettre fin aux injustices et rêve de révolution. Ces divergences idéologiques ne les empêchent pas de s’aimer et de se respecter, chacun sauvant la vie de l’autre. Une fois la guerre finie, tous deux participent à la Commune, mais dans des camps différents. Lors de la Semaine sanglante, le versaillais Macquart blesse mortellement d’un coup de baïonnette un communard ; il s’aperçoit par la suite que c’est Levasseur. Jean Macquart, qui était sur le point d’épouser Henriette, sœur de Levasseur, quittera Paris et l’armée. On le retrouve ensuite dans Le Docteur Pascal, vivant en Provence et marié à une paysanne du nom de Mélanie Vial.
Un peu comme dans Germinal, le roman se termine par une note d’espoir. Alors que Paris brûle et que Jean vient de perdre à la fois son meilleur ami et la jeune femme qu’il aimait, il a la sensation d’une aurore qui se lève, après la chute de la branche pourrie qui constituait l’Empire : « C’était le rajeunissement certain de l’éternelle nature, de l’éternelle humanité, le renouveau promis à qui espère et travaille, l’arbre qui jette une nouvelle tige puissante, quand on a coupé la branche pourrie, dont la sève empoisonnée jaunissait les feuilles… et Jean, le plus humble et le plus douloureux, s’en alla, marchant à l’avenir, à la grande et rude besogne de toute une France à refaire. »
La Débâcle est une dénonciation implacable de la guerre et de ses horreurs, qui court du début à la fin du roman, ce qui vaudra à son auteur des détracteurs qui ne lui pardonneront pas, même après sa mort, ses prises de positions. Lors d’un débat à la Chambre des députés sur le transfert des cendres de Zola au Panthéon, le 19 mars 1908, Louis Buyat répond à Barrès sur le prétendu antipatriotisme de l’auteur de La Débâcle par les mots mêmes de l’auteur : « D’abord, dire la vérité sur l’effroyable catastrophe dont la France a failli mourir. […] Tout en ne cachant rien, j’ai voulu expliquer nos désastres », puis conclut par : « Je tenais à apporter cette citation ; c’est vraiment un moyen facile de venir dénoncer ici Émile Zola comme antipatriote, alors qu’au contraire cette lettre indique sa constante préoccupation d’éviter à son pays les retours de l’histoire. »
À sa parution en 1892, La Débâcle suscite dans la presse une réception contrastée mais globalement intense : si des critiques comme Émile Faguet ou Anatole France saluent la puissance narrative, la vérité des scènes de guerre et la valeur quasi documentaire du roman — notamment dans l’épisode de Bazeilles —, d’autres, tels Ferdinand Brunetière, dénoncent une vision jugée excessivement sombre, voire « honteuse » pour la nation, ainsi qu’un naturalisme accusé de complaisance dans le détail brutal ; entre ces positions, Jules Lemaître reconnaît à Zola une forme d’impartialité sévère, qui épargne aucun camp, contribuant à faire de l’ouvrage à la fois un grand récit littéraire et un objet de débat politique et moral sur la mémoire de 1870.
Le peintre Pierre Georges Jeanniot fixe ici pour la première fois l'iconographie pour ce roman : scènes de bivouac, marches harassantes d’août 1870, combats de Bazeilles (31 août – 1er septembre 1870), effondrement de l’armée française et violences de la « Semaine sanglante » (21–28 mai 1871).
Bel exemplaire sur grand papier (Hollande) et bien relié à l'époque.
Prix : 1 800 euros














