mardi 21 avril 2026

1760 | L'oracle des nouveaux philosophes [Voltaire] [par l'abbé Guyon] | 2 volumes petits in-8 | Exemplaire en maroquin rouge de l'époque décoré d'un encadrement de dentelle dorée aux petits fers | Bien complet de la suite de l'Oracle des nouveaux philosophes | Rare dans cette reliure de luxe.



[Abbé GUYON, Claude Marie] [VOLTAIRE]

L'Oracle des Nouveaux Philosophes [i.e. VOLTAIRE]. Pour servir de suite et d'éclaircissement aux œuvres de M. de Voltaire.

et

Suite de L'Oracle des Nouveaux Philosophes [i.e. VOLTAIRE]. Pour servir de suite et d'éclaircissement aux œuvres de M. de Voltaire.

A Berne, 1760

2 volumes petits in-8 (17,3 x 11,3 cm) de XVI-374 et (4)-VIII-[387] à 888 pages.

Reliure strictement de l'époque plein maroquin rouge à décor de dentelle aux petits fers dorés en encadrement des plats, dos lisses ornés de feuillages dorés, tranches dorées, doublures et gardes de papier marbré. Reliures très fraîches. Intérieur frais. Collationné complet.



Il a paru une édition à la date de 1759 du premier volume et plusieurs éditions portent la date de 1760.

L'Oracle des nouveaux philosophes est Voltaire lui-même. Volumineux pamphlet anti-philosophique et plus particulièrement anti-voltairien, il est attribué à l'abbé Guyon (reconnu par Voltaire lui-même). Publié sous l'adresse fictive de Berne, écrit sous la forme de conversations philosophiques entre Voltaire fraîchement installé en son château de Ferney et son visiteur fictif (abbé Guyon). Ce sont au total XVIII conversations sur divers sujets qui se succèdent. L'abbé Guyon se sert de ces conversations pour démonter point par point la philosophie athéiste de Voltaire et plus largement celle des philosophes qui éliminent dieu du jeu de la création et du monde. Dans un premier temps l'abbé Guyon laisse Voltaire lui expliquer sa philosophie (loi naturelle) puis Voltaire se contredit et perd la force de ses arguments. Dans les entretiens suivants l'abbé Guyon examine et critique très sévèrement les ouvrages philosophiques de Voltaire : Son Essai sur l'Histoire générale, son Siècle de Louis XIV, son Candide ou l'optimisme,  son Précis de l'Ecclésiaste, son Précis du Cantique des Cantiques, etc. 





Voltaire répond à ce volumineux libelle dans une lettre adressée au marquis Albergati Capacelli depuis son château de Ferney (23 décembre 1760) : "[...] C’est une plaisante idée qui a passé par la tête de quelques barbouilleurs de notre siècle, de crier sans cesse que tous ceux qui ont quelque esprit ne sont pas chrétiens ! pensent-ils rendre en cela un grand service à notre religion ? Quoi ! la saine doctrine, c’est-à-dire la doctrine apostolique et romaine, ne serait-elle, selon eux, que le partage des sots ? Sans penser être quelque chose, je ne pense pas être un sot ; mais il me semble que si je me trouvais jamais avec l’abbé Guyon dans la rue (car je ne peux le rencontrer que là), je lui dirais : Mon ami, de quel droit prétends-tu être meilleur chrétien que moi ? est-ce parce que tu affirmes, dans un livre aussi plat que calomnieux, que je t’ai fait bonne chère, quoique tu n’aies jamais dîné chez moi ? est-ce parce que tu as révélé au public, c’est-à-dire à quinze ou seize lecteurs oisifs, tout ce que je t’ai dit du roi de Prusse, quoique je ne t’aie jamais parlé et que je ne t’aie jamais vu ? Ne sais-tu pas que ceux qui mentent sans esprit, ainsi que ceux qui mentent avec esprit, n’entreront jamais dans le royaume des cieux ? [...]".

En 1771, Sabatier de Castres donna un chapitre entier (XI) à l'abbé Guyon dans son Tableau philosophique de l'esprit de M. de Voltaire : "[...] M. l’abbé Guyon, justement alarmé du progrès des systèmes dangereux de ce célèbre écrivain, qui gardait alors quelque espèce de ménagement avec le public, entreprit de faire connaître ses erreurs et de réfuter ses sophismes. Dans ce dessein, il composa un livre intitulé L’Oracle des nouveaux philosophes, où il rapproche souvent M. de Voltaire de lui-même, le fait tomber en contradiction sur ses propres principes et renverse l’édifice du mensonge qu’il prétendait établir. [...]". 







Cet ouvrage a connu un succès certain quand on compte de nombre d'éditions parues en très peu de temps entre 1759 et 1760 et les même encore ultérieurement. De ce fait les exemplaires ne sont pas rares.

Provenance : petit ex libris moderne Edouard Le Rossignol collé sur les faux titres.



Les exemplaires reliés à l'époque en maroquin décorés à la dentelle tels que celui-ci sont rares, d'autant plus complet des deux volumes.

Bel exemplaire.

Prix : 1 500 euros