La Toison d'Or. Roman illustré de vingt eaux-fortes en hors-texte par Frans de Geetere.
Editions Pellet, Paris, s.d. (1925)
1 volume in-4 (28,5 x 23,2 cm) broché de (4)-119-(1) pages. Avec 1 eau-forte en frontispice et 20 eaux-fortes hors-texte. Avec une épreuve supplémentaire estampillée SPECIMEN. Soit 21 eaux-fortes au total. Couverture fraîche, dos légèrement marqué, partiellement fendu en pied, brochage fragile. Quelques légères décharges en regard des eaux-fortes malgré la présence des serpentes. Ecriture biffée sur le premier feuillet blanc (illisible).
Tirage unique à 250 exemplaires.
Celui-ci, un des 220 exemplaires sur vélin d'Arches (papier de cuve épais de qualité).
Il a été tiré 30 exemplaires sur Japon.
Jean de Gourmont (23 janvier 1877, Le Mesnil-Villeman – 19 février 1928, Paris) est un écrivain et critique littéraire français, issu d’une famille aristocratique et frère jumeau d’Henry Marie Auguste, ainsi que frère de l’écrivain Rémy de Gourmont, auquel il demeura profondément attaché. Collaborateur régulier du Mercure de France à partir de 1903, il y exerça pendant plus de vingt ans une activité critique soutenue, tenant notamment la rubrique « Littérature », où il rendait compte de l’actualité littéraire. Son œuvre personnelle, bien que moins reconnue que celle de son frère, se compose d’essais et de romans marqués par un intérêt pour l’analyse esthétique et morale : il publie notamment Jean Moréas (1905), Henri de Régnier et son œuvre (1908), Muses d’aujourd’hui. Essai de physiologie poétique (1910), étude audacieuse consacrée aux poétesses contemporaines, ainsi que L’Art et la morale (1912). Romancier, il se fait remarquer avec La Toison d’Or (1908), puis plus tard avec L’Art d’aimer (1925). Après la mort de Rémy de Gourmont en 1915, il se consacre largement à la promotion et à l’édition de ses œuvres, reprenant notamment le pseudonyme « R. de Bury » et publiant des travaux tels que la Bibliographie des Œuvres de Remy de Gourmont (1922) et Souvenirs sur Remy (1924). Sa carrière, dominée par la critique et le dévouement à la mémoire de son frère, s’achève brutalement par sa mort prématurée à l'âge de 51 ans en 1928. "C'était un homme de petite taille et de santé très délicate. Il ne s'était pas entièrement rétabli d'une grippe à forme pulmonaire dont il avait été atteint l'année dernière. Toutefois, rien ne faisait prévoir la soudaineté de sa fin. Mme Jean de Gourmont s'entretenait avec lui quelques instants avant sa mort ; elle le laissa seul dans son cabinet de travail une dizaine de minutes ; lorsqu'elle revint, elle le trouva sans vie." (Les Nouvelles Littéraires, 25 février 1928). "Il avait un véritable culte pour la mémoire de son frère et avait créé avec les admirateurs de celui-ci un bulletin intitulé Imprimerie gourmontienne, qui donna de nombreux textes inédits et commentaires de l'auteur de Sixtine. L'art de Jean de Gourmont était très personnel ; l'heureuse influence de son aîné y apparaissait seulement dans le goût très vif pour la « dissociation des idées » et une extrême liberté d'esprit pour la critique des mœurs." (Les Nouvelles Littéraires, 25 février 1928).
"Jean de Gourmont se manifestait habile à découvrir la pensée, du côté des sens comme du côté de l'esprit, qui anime l'œuvre poétique des femmes. Les mystères d'Eve et de l'amour rentraient dans sa sphère d'observation, d'analyse. Il l'a montré lorsque, le critique le cédant au romancier, il a donné ces livres : la Toison d'or, l'Art d'aimer, qui demeurent de hardies contributions aux problèmes de l'éveil et du désir." (L'Ami du lettré. Année littéraire & artistique pour 1929, Les Editions de France, 1928, pp. 144-146).
La Toison d'Or rentre dans la catégorie des romans à clé. Les personnages du roman sont des écrivains de l'entourage de Jean de Gourmont, et lui-même (sous le prénom de Raymon). On y retrouve ainsi Moréas, Léautaud, Van Bever, etc.
« C'est une œuvre de littérature osée qui n'aura pas, pour la plupart de ses lecteurs, un charme littéraire ; une œuvre qu'on ne peut résumer, et dont on ose parler à peine quand on n'a pas les libertés ou les audaces des esthètes du Mercure ». (un libraire, Romans-Revue, 1908, p. 482).
Sur la couverture et le titre on trouve en exergue ce vers de Stéphane Mallarmé : "A la place du vêtement vain, elle a un corps ..."
« Une autre réalité demeurait dans l’existence de Raymond : Madeleine, qu’il aimait davantage en ami qu’en amant. Il avait cru longtemps que sa chair s’acclimaterait à la sienne, mais Madeleine n’existait presque pas, sensuellement. Pourtant, ils s’étaient assez mêlés pour garder l’un de l’autre un parfum inoubliable. Un parfum, un souvenir, c’est tout ce que Raymond retrouvait en lui, de cet amour qui se survivait à lui-même. Il lui aurait fallu réellement faire un grand effort de mémoire pour se rappeler l’historique de cette liaison. Insensiblement, Madeleine était devenue une habitude presque quotidienne, une amie nécessaire, avait-il cru jusqu’à ce jour. Elle l’aimait avec une telle constance ; aussi ne voulait-il pas la faire souffrir. Il lui cacherait donc généreusement sa liaison avec Marguerite, et trouverait dans ce secret une raison de l’aimer encore ». (extrait).
La puissance des illustrations de Frans de Geetere contraste terriblement avec la douceur sensuelle du texte de Jean de Gourmont. Hormis le frontispice, les 19 autres eaux-fortes disséminées entre les pages de ce très beau volume sont toutes d'un érotisme puissant voire violent. « Ces dessins, d'une rare intuition érotique, fixaient miraculeusement, sans cette injure des vaines précisions, l'atmosphère de mysticité sensuelle où j'avais voulu moi-même baigner mes idées et mes rêves. » (Jean de Gourmont, à propos des eaux-fortes de Frans de Geetere pour La Toison d'or). Graveur et écrivain flamand, Frans de Geetere (1895-1968) a été formé à l’École des Beaux-Arts de Bruxelles. Après un séjour à Utrecht, il s’établit à Paris avec sa compagne, May den Engelsen. Le couple vécut sur une péniche amarrée à proximité du quai Conti. Ensemble, ils se consacrèrent principalement à la gravure érotique, qui constitua leur champ d’expression privilégié.
La taille des cuivres de cet ouvrage (24 x 19 cm au coup de planche) ainsi que leur nombre (19 cuivres érotiques si l'on excepte le frontispice), font de cette suite l'une des plus impressionnantes de l'artiste.
Bon exemplaire de ce superbe livre illustré érotique par le maître expressionniste Frans de Geetere.
Prix : 950 euros




















