JAN LUIKENS KUNSTTAFEREELEN DER EERSTE CHRISTENEN, in Dichtmaat verklaard door PIETER LANGENDYK Verrykt met Byschriften onder de Prentverbeeldingen door CLAAS BRUIN.
[TABLEAUX ARTISTIQUES DES PREMIERS CHRÉTIENS, expliqués en vers par PIETER LANGENDYK. Enrichis de légendes sous les illustrations par CLAAS BRUIN.]
Te Amsterdam, By Jacobus Verheyde, op de hoek van de Molsteeg. En by Nicolaas Verheyde, in de Rozemrynsteeg, by de Blommarkt. 1736. [à Amsterdam,
chez Jacobus Verheyde, au coin du Mosselsteeg,
et chez Nicolas Verheyde, dans le Rozemarijnsteeg, près du marché aux fleurs.
1736.]
1 volume in-4 (24,7 x 19.3 cm) de 1 feuillet de titre imprimé en rouge et noir, 1 feuillet de dédicace par Evert en Jan Visscher, 3 pages de préface par E. en J. Visscher, et 92 feuillets non chiffrés comprenant chacun une eau-forte 15,3 x 12,2 cm (2/3 de page recto) avec des vers en néérlandais dessous et au verso du feuillet (sauf pour le dernier feuillet qui est vierge). Collationné complet.
Reliure strictement d'époque plein vélin ivoire hollandais à coutures apparentes. Titre et date à l'encre au dos (époque). Reliure empoussiérée mais solide et décorative. Intérieur frais malgré quelques infimes marques et de petites déchirures marginales sans gravité. Cahiers déréglés. Bon tirage des estampes.
Très bel ouvrage illustré de 92 eaux-fortes par Jan Luyken (ou Luiken).
Très bon tirage des estampes.
Ces très belles eaux fortes montrent pour bon nombre d'entre elles des supplices subits par les premiers chrétiens (crucifixion, cirque, tortures diverses et variées).
Cette suite a paru sous le même titre à la date de 1722. Il sera encore réédité en 1740 en petit format avec les estampes tirées à part. Le premier tirage de ces estampes date de 1700 mais il n'était alors pas encore accompagné de ce texte.
Voici la préface traduite en français :
"Que les bons exemples puissent éveiller l’esprit à la vertu, ce ne sont pas seulement les histoires sacrées et profanes qui nous l’enseignent, mais aussi l’expérience quotidienne. Et s’il est quelque chose qui donne ici un motif supplémentaire, c’est la considération des peintures et des représentations gravées ; de ces dernières, comme servant à notre propos, nous dirons brièvement quelque chose. On ne peut d’abord nier que les images des grands hommes, dont la vertu et la sagesse ont brillé comme de claires étoiles pour le bien de l’État et de l’Église, excitent dans les âmes nobles un certain désir de haute estime, voire d’imitation : leur apparence inspire une inclination qui pousse à contempler le visage de ces héros, à parcourir tout le cours de leur vie dans les récits qui en sont faits, et à s’approprier en quelque manière leurs qualités. On peut dire à juste titre la même chose des représentations d’histoires édifiantes, qui ne manquent pas de faire impression sur le cœur, surtout lorsqu’elles sont exécutées par la main d’un artiste éminent. D’un autre côté, on ne peut ignorer combien de lumière elles ont apportée aux amateurs de l’Antiquité, lorsqu’elles ont été conçues par l’esprit des savants, ou expliquées en prose ou en vers par une plume exercée. Au contraire, les images indécentes ne peuvent que conduire à la corruption de toutes les bonnes mœurs ; mais ne remuons pas ce bourbier : passons plutôt à un jardin odorant plein de fleurs parfumées. Qui ignore quelle impression les représentations édifiantes du célèbre maître en art de la gravure, Jan Luiken, ont produite sur tant de personnes ? Quel connaisseur ne s’arrête pas, émerveillé, devant ses œuvres, qu’il contemple avec attention et jugement, où, par de petites figures, dessinées d’une main libre et sûre, mille merveilles se présentent aux yeux ? Tout y abonde en ce qui est requis pour l’art : invention ingénieuse, composition spirituelle, harmonie des figures, mouvements naturels, passions vigoureuses, costumes propres, mœurs des peuples, édifices remarquables, animaux, paysages agréables, avec en outre une belle ordonnance de la lumière et de l’ombre, sans affectation recherchée. Que nul ne pense que nous lui accordions cet éloge de nous-mêmes : nullement ; nous parlons ici par la bouche des artistes et des amateurs, qui depuis longtemps lui ont donné plus de gloire que notre faible plume ne saurait lui en ajouter ; et les nombreux ouvrages de cet homme toujours laborieux, conservés comme des joyaux dans les bibliothèques et cabinets des connaisseurs, suffisent à perpétuer sa mémoire. Ces Tableaux des premiers chrétiens, que nous présentons au lecteur, doivent, au jugement des connaisseurs, être rangés parmi ses œuvres les plus remarquables, et, par conséquent, l’impression en est estimée doublement digne : d’autant plus que les planches ont peu ou point souffert, comme il apparaît, de sorte que l’ouvrage se présente généralement avec plus de pureté et d’éclat que celui que les amateurs peuvent voir dans l’édition d’Arnolds, intitulée Représentation des premiers chrétiens. La fécondité d’esprit de ces tableaux a inspiré au poète plein de sens Claas Bruin le désir d’orner cet ouvrage, sous chaque estampe, d’une inscription de six vers ; tandis que le poète Pieter Langendyk, ayant déjà entrepris de les traiter de manière plus étendue en vers, fut encouragé à achever plus promptement son dessein, comme cela est arrivé, toutes les pièces qui accompagnent les gravures étant sorties de sa plume. Dans l’espérance que cet ouvrage d’art plaira, nous souhaitons au lecteur toute prospérité et tout bonheur. E. et J. Visscher."
"Que les bons exemples puissent éveiller l’esprit à la vertu, ce ne sont pas seulement les histoires sacrées et profanes qui nous l’enseignent, mais aussi l’expérience quotidienne. Et s’il est quelque chose qui donne ici un motif supplémentaire, c’est la considération des peintures et des représentations gravées ; de ces dernières, comme servant à notre propos, nous dirons brièvement quelque chose. On ne peut d’abord nier que les images des grands hommes, dont la vertu et la sagesse ont brillé comme de claires étoiles pour le bien de l’État et de l’Église, excitent dans les âmes nobles un certain désir de haute estime, voire d’imitation : leur apparence inspire une inclination qui pousse à contempler le visage de ces héros, à parcourir tout le cours de leur vie dans les récits qui en sont faits, et à s’approprier en quelque manière leurs qualités. On peut dire à juste titre la même chose des représentations d’histoires édifiantes, qui ne manquent pas de faire impression sur le cœur, surtout lorsqu’elles sont exécutées par la main d’un artiste éminent. D’un autre côté, on ne peut ignorer combien de lumière elles ont apportée aux amateurs de l’Antiquité, lorsqu’elles ont été conçues par l’esprit des savants, ou expliquées en prose ou en vers par une plume exercée. Au contraire, les images indécentes ne peuvent que conduire à la corruption de toutes les bonnes mœurs ; mais ne remuons pas ce bourbier : passons plutôt à un jardin odorant plein de fleurs parfumées. Qui ignore quelle impression les représentations édifiantes du célèbre maître en art de la gravure, Jan Luiken, ont produite sur tant de personnes ? Quel connaisseur ne s’arrête pas, émerveillé, devant ses œuvres, qu’il contemple avec attention et jugement, où, par de petites figures, dessinées d’une main libre et sûre, mille merveilles se présentent aux yeux ? Tout y abonde en ce qui est requis pour l’art : invention ingénieuse, composition spirituelle, harmonie des figures, mouvements naturels, passions vigoureuses, costumes propres, mœurs des peuples, édifices remarquables, animaux, paysages agréables, avec en outre une belle ordonnance de la lumière et de l’ombre, sans affectation recherchée. Que nul ne pense que nous lui accordions cet éloge de nous-mêmes : nullement ; nous parlons ici par la bouche des artistes et des amateurs, qui depuis longtemps lui ont donné plus de gloire que notre faible plume ne saurait lui en ajouter ; et les nombreux ouvrages de cet homme toujours laborieux, conservés comme des joyaux dans les bibliothèques et cabinets des connaisseurs, suffisent à perpétuer sa mémoire. Ces Tableaux des premiers chrétiens, que nous présentons au lecteur, doivent, au jugement des connaisseurs, être rangés parmi ses œuvres les plus remarquables, et, par conséquent, l’impression en est estimée doublement digne : d’autant plus que les planches ont peu ou point souffert, comme il apparaît, de sorte que l’ouvrage se présente généralement avec plus de pureté et d’éclat que celui que les amateurs peuvent voir dans l’édition d’Arnolds, intitulée Représentation des premiers chrétiens. La fécondité d’esprit de ces tableaux a inspiré au poète plein de sens Claas Bruin le désir d’orner cet ouvrage, sous chaque estampe, d’une inscription de six vers ; tandis que le poète Pieter Langendyk, ayant déjà entrepris de les traiter de manière plus étendue en vers, fut encouragé à achever plus promptement son dessein, comme cela est arrivé, toutes les pièces qui accompagnent les gravures étant sorties de sa plume. Dans l’espérance que cet ouvrage d’art plaira, nous souhaitons au lecteur toute prospérité et tout bonheur. E. et J. Visscher."
Jan Luyken (ou Johannes Luiken), né le 16 avril 1649 à Amsterdam où il meurt le 5 avril 1712, est une figure majeure de la culture visuelle et spirituelle des Provinces-Unies, à la fois poète, graveur, illustrateur et peintre d’histoire, dont l’activité se déploie principalement dans le champ de l’illustration imprimée ; formé notamment par Martin Saeghmolen, fils d’un maître d’école mennonite d’origine allemande, il mène d’abord une jeunesse mondaine avant de connaître, vers l’âge de vingt-six ans, une conversion religieuse déterminante qui oriente durablement son œuvre vers la morale chrétienne et la mystique. Installé à Amsterdam, avec un séjour à Haarlem entre 1699 et 1705, il collabore avec de nombreux éditeurs et produit une œuvre gravé considérable — plus de 3 000 planches lui sont aujourd’hui attribuées — illustrant des sujets religieux, historiques et allégoriques, marqués par une grande force expressive et une invention graphique remarquable. Il demeure surtout célèbre pour les 104 eaux-fortes exécutées pour l’édition de 1685 du Miroir des martyrs, sommet de l’iconographie dévotionnelle protestante, ainsi que pour le Het Menselyk Bedryf (1694), vaste galerie des métiers du XVIIe siècle réalisée avec son fils Caspar Luyken (1672-1708), qu’il forma à la gravure et avec lequel il collabora à plusieurs reprises. Parallèlement, Luyken mène une intense activité littéraire : après un premier recueil, Duitse Lier (1671), encore empreint de poésie amoureuse, il se tourne vers des écrits mystiques influencés par le piétisme et certaines tendances panthéistes, intégrant notamment la communauté dissidente des Gichtéliens à Amsterdam ; ses poèmes, souvent accompagnés de ses propres illustrations, seront en partie repris dans les recueils de cantiques mennonites. Son œuvre, à la croisée de l’art et de la spiritualité, a exercé une influence durable et constitue aujourd’hui un témoignage capital de la culture religieuse, graphique et éditoriale de l’âge d’or néerlandais.
Dans À rebours, le personnage de Des Esseintes, anti-héros emblématique de Joris-Karl Huysmans, se révèle profondément fasciné par l’œuvre gravée de Jan Luyken, dont il conserve dans son salon plusieurs épreuves des Persécutions religieuses. Il les évoque comme des « gravures effroyables contenant toutes les tortures que la folie de la religion pouvait concevoir ». Au-delà de leur violence expressive, ce qui le retient est la puissance évocatrice de Luyken, capable de restituer avec une rare intensité les atmosphères, les époques et les lieux qu’il met en scène.
Provenance : exemplaire de la bibliothèque de A. Kühnholtz-Lordat avec son bel ex libris armorié et gravé à l'eau forte par Dupont. Achille KÜHNHOLTZ-LORDAT (4-3-1820 | 22-4-1893) fut journaliste et critique. Il est élu à l’Académie des sciences et lettres de Montpellier en 1891. Il meurt le 22 avril 1893e et est inhumé au cimetière Saint-Lazare de Montpellier.
Très bon exemplaire de cet ouvrage richement illustré par l'un des grands noms de la gravure à l'eau forte de la fin du XVIIe et du début du XVIIIe siècle.
Peu commun en reliure hollandaise de l'époque.
Prix : 950 euros






















