vendredi 23 octobre 2026

Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone] | Le Palais-Royal. Première partie. Les Filles de l'Allée-des-Soupirs. Seconde partie. Les Sunamites. Troisième partie. Les Converseuses. | A Londres, 1792 [Suisse ? Belgique ?] | Bel exemplaire d'une édition ancienne rare



Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone]

Le Palais-Royal. Première partie. Les Filles de l'Allée-des-Soupirs. Seconde partie. Les Sunamites. Troisième partie. Les Converseuses.

A Londres, 1792 [Suisse ? Belgique ?]

3 parties reliées en 3 volumes in-12 (17,8 x 10,6 cm) de  208, 192 et 215 pages. Le faux titre de la première partie manque.

Reliure demi maroquin lavallière à larges coins, dos à nerfs ornés aux petites fers et filets dorés, doublures et gardes de papier peigne, tranches dorées (reliure signée C. HARDY, vers 1870). Quelques marques aux reliures conservées en bel état (dos légèrement assombris). Intérieur frais avec de rares rousseurs. Témoins en marge basse (relié à grandes marges sur brochure).



"Le tome premier a 208 pages ; le tome second, 192 ; le tome troisième, 215. Les faux-titres sont compris dans la pagination. En tête de chaque volume est une table des matières, contenant les noms des Filles de l'Allée des Soupirs, des Sunamites et des Exsunamites ou Converseuses. Ces dernières comprennent les Femmes des gentilshommes populaires, les Femmes du Curé patriote et les Héroïnes du Divorce nécessaire. Cette édition se trouve bien rarement avec les figures. 300 fr. demi-rel. non rogné, Charles Brunet, 1872. — 50 fr. très rogné, sans figures, Cat. Lefilleul, 1874. — 43 fr. sang figures, demi-rel. non rogné, Lebert, 1874." (Lacroix)

Rétif publie son Palais-Royal pour la première fois en 1790. Il n'y eut que trois éditions anciennes (1790, 1791 et 1792). Elles sont toutes devenues rares.

Celle-ci, portant la date de 1792, est une probable contrefaçon belge ou suisse (d'après Pierre Testud).









Du Palais-Royal, Restif disait : "Ce genre d'héroïnes n'était que légèrement historié passim dans les cinq suites [des Contemporaines] précédentes. Par celle-ci, en tois volumes, j'approfondis la matière, en dévoilant une multitude de choses que je tenais de mon ami le docteur Guillebert, et que je n'aurais jamais connues sans lui : les différentes manières de se divertir à Paris, avec les femmes, ou de les faire servir au plaisir des hommes [...] "Les différents détails de cette production singulière la rendent, pour les Français, ce que fut la Satire de Pétrone pour les Romains : les Sunamites, les Berceuses, les Ressemblantes, etc., sont autant de phénomènes moraux, réservés sans doute à notre siècle. Cette VIe Suite des Contemporaines ne pouvait entrer dans les premières, à cause des censeurs ; mais elle était nécessaire à leur intégrité." (Mes Ouvrages, p. 162)

Restif ajoutait, dans une notice qu'on trouve à la fin du tome VIII de l'Année des dames nationales : "Cet ouvrage [le Palais-Royal] présente le Tableau philosophique de l'ancienne corruption. Ce ne sont pas les histoires des filles en elles-mêmes, qui sont intéressantes. C'est la peinture des moeurs qu'elles amènent, et le mérite de cette peinture ne consiste que dans la vérité. Mais ce n'est pas tout : on trouve, dans ce nouveau Pétrone, des genres de prostitution raffinés ; différentes espèces, non de débauche, mais d'usage des femmes, inventées par des Matrulles sagaces, qui tirent un parti inconnu des charmes qu'un sexe offre à l'autre. C'est donc un livre très instructif et même philosophique, que le Palais-Royal, en trois volumes, que vend le citoyen Louis, libraire, rue Saint-Séverin."

« L'Avis qui précède le Palais-Royal commence ainsi : « Tandis que des journalistes mensongers répandent le venin et la terreur, tandis​ que des âmes atroces cherchent à détruire la confiance, et, par un air de tristesse, aggravent nos malheurs , ne serait-il pas à propos de montrer que la Nation a conservé le goût du plaisir, qu'elle n'est point accablée et qu'elle veut rire encore ? Nous donc, célibataires jadis célèbres, un peu singuliers, peut-être bizarres, avons entrepris de ramener la Nation à des idées plus douces, et, tout en attaquant des abus, de présenter quelquefois l'attrait du plaisir. Nous allons former une galerie de tableaux, gaiement tristes... » (Lacroix)

Rétif écrit en finissant son ouvrage : « La Révolution est opérée, citoyens ! Tous les abus vont disparaître, et l'égalité va ramener les bonnes-mœurs. Hé ! ne dites pas que le riche fait vivre le pauvre ! Il le corrompt plus sûrement qu'il ne le fait vivre ! Cependant nous observerons les mœurs, nous les guetterons, pour ainsi dire, et nous crierons sus au Vice, comme vos sentinelles-nationales crient sus aux ennemis du Peuple ! »

« Ce curieux et bizarre ouvrage a été composé sur le vif, comme on disait autrefois ; on peut dire que l'auteur a travaillé in anima vili, comme l'anatomiste sur le cadavre. » (Lacroix)

« On sait que le nouveau Palais-Royal, écrivait-il en 1796 (Monsieur Nicolas, p. 1789), est devenu le rendez-vous universel des motions, des affaires, des plaisirs, de la volupté, de la débauche, du jeu, de l'agiotage, de la vente d'argent, d'assignats, de mandats, et par conséquent le temple ou le prostituteur de l'observation. Ce célèbre bazar m'attirait donc par lui-même et par les agréments que je rencontrais sur la route. » L'auteur du Pornographe n'eut qu'à se souvenir, pour faire, ex professo, un traité sur les Filles du Palais-Royal. (Lacroix)







Fils de paysans de l'Yonne, devenu ouvrier typographe à Auxerre et Dijon, Nicolas Restif de La Bretonne s'installe à Paris en 1761 : c'est alors qu'il commence à écrire. Il a une vie personnelle compliquée et est sans doute indicateur de police. Polygraphe, il fait paraître de très nombreux ouvrages touchant à tous les genres, du roman érotique (L'Anti-Justine, ou les Délices de l'amour) au témoignage sur Paris et la Révolution (Les Nuits de Paris ou le Spectateur nocturne, 1788-1794, 8 volumes) en passant par la biographie avec La Vie de mon père (1779) où il brosse un tableau idyllique du monde paysan avant la Révolution avec la figure positive de son père. Il a également touché au théâtre sans grand succès. Cherchant constamment des ressources financières - il mourra d'ailleurs dans la misère -, il écrit aussi de nombreux textes pour réformer la marche du monde. Cependant l'œuvre majeure de Restif de la Bretonne est sa vaste autobiographie, Monsieur Nicolas, en huit volumes échelonnés entre 1794 et 1797. Ce livre fleuve se présente comme la reconstruction d'une existence et expose les tourments de l'auteur/narrateur comme à propos de la paternité - le titre complet est Monsieur Nicolas, ou le Cœur humain dévoilé -, mais témoigne aussi de son temps et constitue une source très abondante de renseignements sur la vie rurale et sur le monde des imprimeurs au XVIIIe siècle. C'est aussi un philosophe réformateur pénétré de rousseauisme qui publie des projets de réforme sur la prostitution, le théâtre, la situation des femmes, les mœurs, et un auteur dramatique.

Personne ne dit rien de cette rare édition de Londres datée de 1792. Londres est évidemment une fausse adresse sans que l'on sache si cette édition a été faite en France (Paris ?) par Rétif ou s'il s'agit d'une contrefaçon faite pour nuire à son commerce. 

Références : Lacroix, p. 342 notice XL, n°3 "édition sans figures" ; Rives-Childs, n° XXXVIII, p. 314, n°3 "une édition qui se trouve bien rarement avec les figures" (qui de toutes les façons seraient celles de la première édition de 1790 alors qu'elles n'ont rien à y faire) ; Pierre Testud indique à propos de cette édition : — 1792, autre contrefaçon en 3 vol. in-12, de 208, 192 et 215, ne donnant pas le texte complet. J.R.C. la signale au British Museum et à Troyes ; elle est présente aussi à Auxerre. Il s’agit d’une contrefaçon belge, ou suisse (soixante-douze devient septante-deux, par exemple), dans laquelle l’éditeur a introduit quelques corrections malheureuses (indicateur est substitué à indagateur, par exemple). Pierre Testud indique par ailleurs : — on a retrouvé 2 pages manuscrites du Palais-royal où figure une version différente des XXIXe et XXXe histoires de « Filles de l’Allée des soupirs », Gertrude et Isabelle, postérieure au texte imprimé (sans doute de 1799-1800), Il est probable que cette rédaction était destinée à une édition actualisée du Palais-royal de 1790, édition dont le projet fut abandonné. Sur ces 2 pages, voir Pierre Bourguet, « Rétif de la Bretonne et la censure: un fragment inédit du Palais-royal », dans Le Génie de la forme, Mélanges offerts à Jean Mourot, Presses Universitaires de Nancy, 1982, p. 341-358.

Bel exemplaire de cette édition ancienne rare.

Prix : 3 000 euros