Le tyran, les alliés, et le roi, par M. le Marquis de Coriolis d'Espinouse. Nouvelle édition corrigée et augmentée.
Paris, Le Normant, imprimeur-libraire, 1814
64 pages
Brochure in-8 (20,7 x 12,5 cm) dérelié (feuillets parfaitement reliés ensemble - sans reliure). Excellent état mis à part trois grosses rousseurs claires diffuses sur la page de titre.
Nouvelle édition parue quelques semaines après la première qui était en 43 pages seulement. Il existe par ailleurs un autre tirage à la même date en 63 pages qui n'est pas le nôtre.
Cette brochure est signalée dans la Bibliographie de la France du samedi 28 mai 1814 sous le n° 734, sans qu’il soit possible de déterminer avec certitude si cet enregistrement correspond à la première édition ou à la présente « nouvelle édition, corrigée et augmentée ». Aucun autre enregistrement de ce titre n’apparaît dans la Bibliographie de la France pour l’année 1814, et rien n’y est relevé au nom de Coriolis d’Espinouse en 1815. Il est toutefois vraisemblable que la présente édition ait paru peu après, sans doute dans le courant du mois de juin 1814 : dans sa courte préface, l’auteur indique en effet que le succès rencontré par la première publication l’a conduit à reprendre et à développer son texte. Cette nouvelle version s’inscrit ainsi dans les toutes premières semaines de la Restauration, immédiatement après le traité de Paris du 30 mai et la promulgation de la Charte constitutionnelle du 4 juin 1814.
"Il y a des personnes qui, plus vivement frappées de la puissance extraordinaire de Buonaparte, semblent douter encore de sa chute. Cet homme est tombé de si haut, qu’elles demandent s’il est réellement tombé. On diroit qu’elles n’ont pas assez fait pour la tyrannie qu’elles supportoient, si elles ne croient à son fantôme comme on croyoit autrefois, à Rome, aux fantômes de Néron. Il n’y a rien là qui doive étonner. Les hommes, en général, sont vivement émus des causes immédiates. Les causes médiates les touchent peu. Ainsi, sans l’aveuglement inconcevable de Buonaparte à Moscou, suivi d’un aveuglement non moins étrange devant Dresde, plusieurs pensent que c’en étoit fait de nos Rois, et que l’usurpateur laissoit le sceptre à sa race. [...]" (début du texte)
Charles-Louis-Alexandre de Coriolis d’Espinouse (vers 1770-1841), marquis d’Espinouse, fut un homme de lettres, poète et publiciste issu d’une ancienne famille de la noblesse provençale. Auteur notamment d’À l’ombre de Jacques Delille et de La Messe de minuit (1813), il prit également part aux débats politiques de son temps et collabora à plusieurs journaux, parmi lesquels le Mercure, Le Conservateur, les Débats et La Quotidienne. Royaliste et violemment anti-bonapartiste au moment de la chute de l’Empire, comme en témoigne Le Tyran, les Alliés, et le Roi en 1814, il fut par la suite un proche correspondant de Félicité de Lamennais. Leur importante correspondance, échangée entre 1825 et 1837, fut publiée par Camille Latreille en 1912 sous le titre Un témoin de la Restauration et de la Monarchie de Juillet. Sa personnalité politique apparaît toutefois plus complexe qu’un simple classement parmi les ultras : profondément attaché à la monarchie et au catholicisme, il n’hésite pas dans ses lettres à critiquer sévèrement les gouvernements et les souverains de son propre camp, tandis que des travaux récents soulignent également sa proximité avec certaines tendances du catholicisme libéral.
Provenance : de la bibliothèque d'Anne Henri Cabot, vicomte de Dampmartin (1755-1825). Né à Uzès en 1755, Anne Henri Cabot, vicomte de Dampmartin, eut une vie aussi mouvementée qu’érudite, marquée par les armes, les lettres et l’exil. Destiné à l’Église, il s’en détourne pour la carrière militaire, gravissant les échelons jusqu’au grade de capitaine dans la cavalerie royale, tout en s’illustrant par des essais littéraires qui lui valent une place à l’Académie de Nîmes. Témoin et acteur de la tourmente révolutionnaire, il s’exile après avoir tenté en vain de faire protester ses troupes contre les violences du 20 juin 1792, et rejoint l’armée des émigrés. Réfugié en Hollande puis à Berlin, il enseigne le français, publie un Précis de littérature à l’usage des dames (1795), rédige la Gazette française et devient précepteur des fils illégitimes de Frédéric-Guillaume II, jusqu’à sa disgrâce à la mort de ce dernier. De retour en France sous le Consulat, il compose son grand œuvre historique La France sous ses rois (1810), qui attire l’attention de Napoléon : celui-ci le nomme censeur impérial, puis conseiller au Conseil des prises. Député du Gard en 1813, Dampmartin s’illustre par des prises de parole en faveur de réformes sociales et militaires. Fidèle à la monarchie restaurée, il devient bibliothécaire au dépôt de la guerre sous Louis XVIII. Officier de la Légion d’honneur et chevalier de Saint-Louis, il meurt à Paris en 1825. Son œuvre, composée notamment de Mémoires sur divers événements de la révolution et de l’émigration (1825), offre un témoignage précieux sur les bouleversements de son temps, mêlant regard historique, engagement politique et goût des lettres. L'exemplaire qui nous est parvenu était relié à l'époque en plein cuir au milieu d'autres pièces de circonstance de l'année 1814. Le volume était malheureusement dans un état de conservation déplorable, la reliure ayant beaucoup souffert, presque entièrement détruite et non restaurable en l'état. L'ex libris de Dampmartin était présent dans le volume.
Bibliographie : BnF, Catalogue général, autorité « Coriolis d’Espinouse, Charles Louis Alexandre (1770?-1841) » ; Camille Latreille, Un témoin de la Restauration et de la Monarchie de Juillet. Le marquis de Coriolis. Lettres à Lamennais, 1825-1837, Paris, Honoré Champion, 1912, 233 p. ; Léon Lévy-Schneider, compte rendu dans la Revue d’histoire moderne et contemporaine, t. XVII, 1912, p. 447-448 ; Philippe Zawieja, « Hypothèses pour une onomastique du Coriolis de Manette Salomon », Cahiers Edmond et Jules de Goncourt, n° 26, 2021, p. 185-199 ; CCFr/Bibliothèque municipale de Lyon, Ms 2444, correspondance Coriolis-Lamennais.
Bon exemplaire de ce violent pamphlet anti-bonapartiste, publié dans les toutes premières heures de la Restauration de la monarchie.
Prix : 200 euros
