samedi 17 janvier 2026

Charles DUCLOS [Charles Pinot Duclos] | Maurice POUZET (illustrateur) | Les Confessions du Comte de *** par Charles Duclos. Gravures originales de Maurice Pouzet. | La Panorama des Moeurs, Editions Vialetay, 1956 | Un des 30 exemplaires de collaborateurs.


Charles DUCLOS [Charles Pinot Duclos] | Maurice POUZET (illustrateur)

Les Confessions du Comte de *** par Charles Duclos. Gravures originales de Maurice Pouzet.

La Panorama des Moeurs, Editions Vialetay, 1956

1 volume in-8 (22,5 x 15 cm), en feuilles, de 184 pages. Avec 12 pointes sèches hors-texte coloriées au pochoir à l'aquarelle. Sans emboîtage.

Tirage à 451 exemplaires.

Celui-ci, un des 30 exemplaires hors commerce destinés aux collaborateurs (sur papier vélin teinté des manufactures de Lana).











La présente édition, réalisée par Jacques Vialetay, éditeur à Paris, 22 rue Serpente, a été achevée d’imprimer le 10 avril 1956 par Pierre Gaudin. Les cuivres ont été tirés par André Moret sur la presse à bras, et la mise en couleurs réalisée en l’atelier de François Wils. Henri Jonquières en a établi la maquette.

"Comme chaque vice et chaque ridicule sont communs à plusieurs personnes, il est impossible de peindre des caractères, sans qu’il s’y trouve quelques traits de ressemblance avec ceux mêmes qui n’en ont pas été les objets. Ainsi l’on ne doute point que ces mémoires n’occasionnent des applications où l’auteur n’a jamais songé. Ces interprétations partent de gens de peu d’esprit et de beaucoup de malignité. D’autres, trop méprisables pour mériter un éloge, trop obscurs pour exciter la satire, n’en ont pas moins la fatuité de croire qu’un auteur les a eus en vue. Ils s’élèvent contre un ouvrage, il semble qu’il n’y ait que l’intérêt d’autrui qui les touche ; mais il est aisé de remarquer que les endroits qu’ils blâment avec le plus d’aigreur, ne sont pas toujours ceux dont ils ont été le plus choqués." (Avertissement)

"Charles Pinot Duclos dut à ses travaux historiques et à l’esprit brillant qu’il manifesta dans les salons son admission successivement à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, puis à l’Académie française dont il devint le secrétaire perpétuel. Né à Dinan en 1704, orphelin très tôt de son père, sa mère l’éleva avec fermeté. Il répondit avec la plus grande déférence aux désirs maternels et fut un excellent élève. De Rennes à Paris, au collège d’Harcourt, puis après des études de droit, jusqu’aux cafés et aux salons littéraires, le chemin n’est pas très long pour un jeune homme bien doué. Doué, il l’était notamment pour les conversations galantes que les mœurs libertines de la Régence rendaient faciles aux sujets pourvus d’un esprit leste et d’une main experte. Il fallait à Duclos un fond solide d’honnêteté, de lucidité, pour ne pas se laisser entamer profondément par les excès auxquels il se livrait. Ses fréquentations d’hommes de lettres, ses dispositions pour la littérature, son esprit, dont la réputation ne tarda pas à se répandre, le gardèrent de choir définitivement dans la perversité extrême de la société. Les dons d’observation aiguë qu’il possédait s’exercèrent dans les divers milieux qu’il fut amené à pénétrer depuis celui de la petite galanterie, jusqu’à, et plus spécialement, celui du « monde ». C’est ainsi qu’il entra dans la carrière des lettres par la petite porte : scènes satiriques, poésies fantaisistes furent ses premiers exercices. Mais à fréquenter constamment des écrivains ou des groupes littéraires : Voisenon, Crébillon fils, Caylus, le salon de Mlle Quinault, la cadette, celui de Mme Geoffrin, il prit goût à des travaux plus sérieux et n’attaquant pas immédiatement la littérature d’imagination, il se délivra tout d’abord en des œuvres historiques savantes. Celles-ci furent assez nombreuses et remarquées pour qu’elles favorisent son accession à un siège de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres en 1739. Cette distinction lui donne un nouvel élan et il aborde enfin une œuvre plus originale et personnelle. De cette époque datent l’Histoire de Madame de Luz, anecdote du règne de Henri IV (1741), puis les Confessions du Comte de… (1742) ; qui obtinrent un succès considérable et l’imposèrent comme un des écrivains les plus valables de sa génération. Mémoires pour l’Académie, essai de théâtre sans succès, puis, pour se distraire, Acajou et Zirphile, conte merveilleux de deux adolescents, entrecoupent ses travaux pour l’Histoire de Louis XI, que lui avait commandée le roi et qui, parue en 1745, lui valut la chaleureuse approbation de Voltaire. Sa carrière est alors à l’apogée et la faveur de ses pairs se manifeste par son admission à l’Académie française. Bien vu à la Cour, il est nommé en outre historiographe de France. Essayiste dans l’âme, porté à une certaine vision philosophique de la société, sa loyauté foncière éclate dans la peinture qu’il en fait. Succédant à des Considérations sur les Mœurs, les Mémoires pour servir à l’histoire des mœurs du XVIIIe siècle, sont un ouvrage important pour la connaissance des sentiments et des actes de ce XVIIIe siècle qui intéresse toujours, et parfois intrigue le public. À 51 ans, il est nommé Secrétaire perpétuel de l’Académie, à laquelle il se consacre de plus en plus. Sa production s’en ralentit. Il travaille encore aux Mémoires secrets sur le règne de Louis XIV, la Régence et le règne de Louis XV, et meurt à 68 ans, en 1772, honoré de l’estime sincère de ses contemporains. Duclos laisse l’image d’un aimable sceptique à l’égard du règne et de la domination féminine. S’il s’est livré sans contrainte au charme de la femme, il semble qu’il y ait eu en lui un témoin clairvoyant pour le guider, le freiner et le mettre en garde. Jamais cette emprise du sexe aimable n’est intervenue dans le domaine de sa vie intellectuelle et morale. Elle ne lui a apporté qu’une sorte d’excitation cérébrale, éteints les effets d’un entraînement physique. Le héros des Confessions qu’on va lire exprime, à bien des égards, la position personnelle et la conduite de Duclos dans sa vie, disons sentimentale. LES ÉDITEURS." (Avant-Propos)

Maurice Pouzet (né à Laval en 1921 et mort à Angers en 1997) est un sculpteur et illustrateur français. Formé à l'école des beaux-arts d'Angers où il suit alors des cours de décoration et de sculpture; il bifurque cependant vers le commerce en passant en 1939 le diplôme de l'école supérieure de commerce d'Angers. En 1941, il est dessinateur auprès du cabinet d'architecte Bricard. En 1942, il entame une carrière d'illustrateur au sein de l'équipe des éditions Jacques Petit, entre autres. Il participe aussi à des concours d'affichistes qui le font connaître dans cette discipline. C'est d'ailleurs une publicité pour une société ardoisière qui lui fait découvrir ses propres talents de sculpteur sur ardoise. Cette matière l'emmène à son tour vers la gravure sur métal et notamment vers des commandes de médailles pour la "Monnaie de Paris". Son œuvre se définit donc surtout par cette variété de supports voisins : il continue cette recherche vers la fin de sa vie dans le travail des cartons, des "patrons" de tapisseries. En 1980, il est fait chevalier des "Arts et Lettres".

Bel exemplaire pour ce joli livre illustré par Maurice Pouzet.

Prix : 200 euros

vendredi 16 janvier 2026

Paul-Louis GARNIER | [PROSTITUTION] [MARSEILLE] Amanda, belle de nuit. Roman | Paris, Librairie Paul Ollendorff, 1911 | Edition originale | Un des 10 exemplaires sur papier de Hollande | Exemplaire de dédicace offert à Monsieur Humblot "avec l'expression de ma vive gratitude, et l'hommage de ma reconnaissance pour les encouragements précieux et les espérances que je dois à sa sympathie" | Bel exemplaire joliment relié par Flammarion

Paul-Louis GARNIER

[PROSTITUTION] [MARSEILLE] Amanda, belle de nuit. Roman.

Paris, Librairie Paul Ollendorff, 1911

1 volume in-12 (19,5 x 13,5 cm) de (8)-265-(3) pages. Couverture illustrée en couleurs (premier plat).

Reliure strictement de l'époque plein chagrin écrasé poli bleu nuit, décor de filets dorés formant un rectangle sur les plats avec fleurons dorés au centre et motifs floraux mosaïqués en cuir vert et rouge, dos lisse orné, filets dorés et fleurons mosaïqués de cuir rouge cernés d'or, encadrement intérieur du même chagrin bleu nuit avec filets et palettes dorés, doublures et gardes de tabis bleu moiré, gardes de papier marbré, tête dorée, non rogné (relié sur brochure). Reliure signée FLAMMARION dans la doublure en lettres dorées. Très bon état. Minimes frottements et dos légèrement insolé. Intérieur très frais.

Edition originale.

Un des 10 exemplaires sur papier de Hollande (seul papier de luxe avec 2 ex. sur Japon).

Exemplaire de dédicace offert à Monsieur Humblot "avec l'expression de ma vive gratitude, et l'hommage de ma reconnaissance pour les encouragements précieux et les espérances que je dois à sa sympathie" (signé Paul-Louis Garnier).

Véritable roman naturaliste, Amanda belle de nuit est comme un livre ouvert sur une vie de misères sans fin. Thérèse devient Amanda à Marseille à l'âge de 30 ans où elle devient prostituée après avoir connu les affres des amours malheureux et d'une vie difficile. Elle vend son corps aux marins de toutes sortes, aux méchants, aux vilains, à ses hommes avides de chair à moitié morte. Le style de l'auteur est d'un naturel tout à fait saisissant. Les tableaux du vieux port de Marseille, de la prostitution sordide, des cafés louches, des rues sales, sont une véritable toile de maître qui sert de décor à cette vie d'Amanda, belle des nuits chaudes d'un Marseille bouillonnant. 



« Peu à peu, le chemin s'ouvre. Et ce fut ainsi qu'un peu après trente ans, sans luttes ni grandes misères,, et seulement parce qu'il faut bien se laisser vivre, Amanda, égoïste et rêveuse, devint fille galante à Marseille. » (p. 124)

« C’est tout qui me dégoûte… ah ! j’en ai assez de tout… de tout… pourquoi est-ce que je suis venue ?… Je veux m’en aller… je serai bonne, ce qu’on voudra… j’en ai assez »… Elle dégorgeait tout l’amour de sa vie comme une ordure empestée. Assez du Matéi qui lui mettait le cœur en lambeaux parce qu’il ne l’a jamais aimée, assez du Cervera, cette brute à face d’étrangleur, assez de la rue et du quartier et de Marseille !… On ne peut donc pas être en repos, jamais… ? Si seulement elle connaissait un pays par là-bas, très loin, où on peut vivre ! Ce serait quelque part dans la Méditerranée, ou après… il n’en manque pas des endroits où c’est facile de s’établir, et pour pas grand’chose. Des inscrits qui en revenaient lui ont raconté. On dit qu’il y a des îles, sous la brise… et c’est pour rien, il paraît… On a tout, des fruits, de l’ombre et des jardins, de la chaleur, et du ciel pour mourir, du ciel… Elle lâcherait tout ; elle prendrait une place sur le bateau… et elle partirait seule. On verrait bien… Elle avait l’argent pour s’en aller. Et là-bas, là-bas, elle trouverait bien à vivre, à s’employer, à gagner pour manger. Quelqu’un l’aiderait aussi peut-être. Quelqu’un qui ne la connaîtrait pas, qui ne la tutoierait pas… Elle ne reviendrait plus en France. Elle aurait repris son nom de jeune fille, Thérèse Gardanne… Et pendant plusieurs soirs, elle rêva ainsi de pays et d’îles et d’oiseaux de paradis. Mais plus elle rêvait, plus elle se sentait lourde. — « Partir, pensait-elle… m’en aller sans personne… je n’oserai jamais… » Et puis, dans la glace, elle voyait sur sa figure de fille en détresse quelque chose d’incompréhensible et d’ineffaçable, et qui était le signe mystérieux de sa destinée. Elle ne s’évaderait pas. Quand elle reparut au café, au bout de quelques jours, on la trouva fatiguée et meurtrie. [...]. » (pp. 196-197)











Paul-Louis Garnier, né à Paris le 3 juin 1879 et mort le 21 octobre 1916 à 37 ans, était un homme de lettres, rédacteur à La République et professeur de philosophie. Il résidait boulevard Haussmann, dans un quartier bourgeois. Son décès a été déclaré au 130 rue de la Glacière, qui correspondait alors à une maison de santé (clinique privée), ce qui indique une mort survenue en établissement médical. Les sources écartent l’hypothèse d’une mort liée à la guerre ; il est donc très probable qu’il soit décédé des suites d’une maladie, possiblement dans le contexte des épidémies touchant Paris en 1916. Outre Amanda, belle de nuit, on lui doit plusieurs autres ouvrages remarqués à l'époque : L’été : La splendeur de la ferme et des campagnes, la saison illuminée, la salutation de l’été, la demeure, la ville, Mercure de France (1898) ; Lydia, de Tunis : roman, Librairie des lettres (1919) ; Le sceptre de gloire, Les illusoires cantilènes, La forêt claire, Ed. du Thyrse (1897). Comme on le décrivait à l'époque, Paul-Louis Garnier portait en lui de grands espoirs littéraires hélas fauchés par une mort prématurée : "Romancier de race, critique d'art avisé, auteur dramatique original, conférencier élégant."

"Paul-Louis Garnier meurt à 37 ans, après une longue et cruelle maladie qui, depuis plus de deux ans le tenait éloigné de sa famille, de ses amis. Ce grand garçon fin, élégant, par son caractère et son talent avait la sympathie de tous ceux qui le connaissaient et les écrivains de sa génération fondaient sur lui le plus grand espoir. Il avait à la fois une âme de poète pleine de lyrisme, qui lui permit d’écrire en 1896 ces vers délicats, simplement intitulés : Poèmes, — puis, plus tard : Le sceptre de gloire, — et l’esprit net d’un notateur des mœurs de notre temps, qu’on trouve dans : P’tit Fi, l’Enfant sans mère, Le voyageur solitaire, Amanda, Belle de nuit, Visages voilés — et j’en passe — et dans cette pièce un peu amère mais si justement observée, qu’il écrivit en collaboration avec Léon Frapié : Sévérité. Ce bagage littéraire déjà important permettait d’entrevoir pour le jeune écrivain un avenir glorieux, qu’il aurait peut-être atteint avant de disparaître prématurément, si les nécessités de la vie ne l’avaient obligé à s’éparpiller dans des besognes journalistiques, où se gâchent et se perdent tant de beaux cerveaux de penseur. Paul-Louis Garnier était entré à la Société des Gens de Lettres en 1913, sous les auspices des grands écrivains de notre époque. Ils le recommandèrent en termes si flatteurs à leurs collègues du comité que je me permets de vous dévoiler trois de ces apostilles, qui demeurent, en général, secrètes en nos archives : « Il est l’auteur de remarquables romans et ceux qui le connaissent lui portent autant d’estime littéraire que de cordiale sympathie, a dit de lui l’immortel auteur de La Course aux Flambeaux, Paul Hervieu. » « J’ai pour le caractère et pour le talent de Paul-Louis Garnier une grande estime, écrivait Octave Mirbeau. » Et Paul Adam ajoutait : « Mon admiration pour l’œuvre de Paul-Louis Garnier est grande et je suis glorieux de le recommander à la Société des Gens de Lettres. »" (extrait du Discours prononcé par M. Daniel Riche, aux obsèques de M. Paul-Louis Garnier).


Bel et émouvant exemplaire de dédicace du rare tirage sur hollande et joliment relié par Flammarion.

Prix : 950 euros

jeudi 15 janvier 2026

René BOYLESVE | Pierre HEPP | Armand RASSENFOSSE | Nymphes dansant avec des satyres. Ornements de Pierre Hepp. Paris, Les Bibliophiles Fantaisistes, Dorbon Aîné, 1913 | Un des 25 exemplaires de tête sur Japon à la forme.



René BOYLESVE | Pierre HEPP | Armand RASSENFOSSE

Nymphes dansant avec des satyres. Ornements de Pierre Hepp.

Paris, Les Bibliophiles Fantaisistes, Dorbon Aîné, 1913

1 volume in-4 (26,3 x 22 cm) broché de 122 pages. Vignette tirée en vert sur la couverture répétée sur la page de titre par Armand Rassenfosse, bandeaux imprimés en rouge en tête des chapîtres, vignette tirée en vert sur le quatrième plat (aussi par Armand Rassenfosse). Très bon état. Quelques légères ombres sur la couverture.

Edition de luxe tirée à 525 exemplaires.

Celui-ci, un des 25 exemplaires de tête sur Japon à la forme.





"Les contes que je réunis ici pour la première fois ont été écrits et publiés, pour la plupart, dans de petites revues, autour des années 1894 et 1895. Ce sont mes premiers essais dans le genre du récit, et, à cause de cela sans doute, j’avais négligé de les donner en librairie, car je ne me défends pas d’une indulgence pour certains d’entre eux. Le titre même du présent recueil est de ce temps-là ; il m’a plu toujours, non seulement parce qu’il évoque une harmonieuse image, mais parce que le balancement qu’il exprime entre la grâce de formes pures et le rictus de cette « malice divine » que je vois à la face du monde, me paraît caractériser une disposition d’esprit qui se retrouve dans tous mes livres. R. B. 30 septembre 1913." (avertissement placé en tête du volume).

Les contes portent les titres suivants : Le Miracle du Saint-Vaisseau - La Danseuse de Tanagre - Les Tablettes de Cythère - Tabubu - Botticelli peint l'aventure de Nastagio Degli Onesti dans la maison de Pucci, à Florence - Voyage de Candide avec Pangloss au vrai Eldorado.












Belle publication pour les Bibliophiles Fantaisistes, société de bibliophiles dont on retrouve la liste des titres déjà publiés en fin de volume, ainsi qu'un descriptif de la collection de luxe donnée par Dorbon et un catalogue des autres publications de cette illustre maison d'édition.

René Boylesve, de son vrai nom René Tardiveau (1867-1926), est un écrivain français profondément marqué par la Touraine, son enfance et ses souvenirs de voyage. Orphelin très jeune et confronté à de graves drames familiaux, il poursuit néanmoins des études de droit et de sciences politiques à Paris avant de se tourner résolument vers la littérature. Après des débuts en revues sous divers pseudonymes, il adopte en 1893 le nom de Boylesve et publie à partir de 1896 une œuvre romanesque reconnue, mêlant analyse psychologique, peinture des mœurs provinciales et sensibilité élégiaque (Mademoiselle Cloque, La Becquée, Le Parfum des îles Borromées). Proche de nombreux écrivains de son temps (Anatole France, Gide, Régnier), sensible au choc proustien, il connaît une vie mondaine après son mariage avec Alice Mors. Couronné par plusieurs prix littéraires, il est élu à l’Académie française en 1918. Miné par le sentiment d’inachèvement et la maladie, il meurt d’un cancer en 1926 et est inhumé au cimetière de Passy. 

Bel exemplaire du rare tirage sur Japon Edogawa au format in-4.

Prix : 350 euros

mardi 13 janvier 2026

ANONYME [Rétif de la Bretonne | Restif de la Bretone ?] [Prince de Ligne ?] [Boufflers ?] Tableaux de la bonne compagnie ou Traits caractéristiques, anecdotes secrètes, politiques, morales et littéraires, recueillies dans les sociétés du bon ton, pendant les années 1786 et 1787. Tome premier et second (complet). Très bon exemplaire en agréable condition d'époque.



ANONYME [Rétif de la Bretonne | Restif de la Bretone ?] [Prince de Ligne ?] [Boufflers ?]

Tableaux de la bonne compagnie ou Traits caractéristiques, anecdotes secrètes, politiques, morales et littéraires, recueillies dans les sociétés du bon ton, pendant les années 1786 et 1787. Tome premier et second (complet).

A Paris, M. DCC. LXXXVII. [1787] [Neuwied ?]

2 tomes reliés en 1 volume in-12 (14,6 x 9 cm) de 216 et 191 pages.

Reliure strictement de l'époque demi-parchemin, titre à l'encre au dos, plats de papier rose à la colle, tranches jaunes. Très bon état. Quelques légers frottements à la reliure et quelques rousseurs claires à l'intérieur.



Première édition ? Nouvelle édition ?

Cet ouvrage s'ouvre sur un texte adressé au beau sexe, qu'on aimerait savoir sorti de la plume ou plutôt de la casse de Rétif de la Bretonne : "O Vous, sexe charmant, qui savez tout embellir, malheureusement même jusqu’au vice, venez répandre quelques agrémens sur nos récits. C’est à vous, à la place que vous y occuperez, qu’ils devront tout leur intérêt. S’ils vous montrent avec des défauts, peut-être aussi avec ce que des gens sévères appellent des ridicules, on y verra que vous êtes le principe de la vie des sociétés, que sans vous tout languirait dans l’inertie, que les hommes vous doivent leurs vertus comme leurs foiblesses ; que vous êtes le foyer où s’allument le flambeau de la philosophie, celui de la politique, et le feu brûlant qui nous dévore pour la gloire et la célébrité dans tous les genres, comme celui de l’amour qui nous soutient et nous console dans les travaux d’une carrière toujours agitée. Les femmes sont chez nous les véritables précepteurs des hommes : elles aiment les sciences, les arts, les talens et les encouragent ; elles veulent les trouver dans le cercle qui les entoure. Elles électrisent ces conversations où le choc de la discussion fait éclore des idées neuves que l’on mûrit ensuite dans le silence du cabinet ; c’est dans ces conversations que l’homme d’esprit semble se monter au ton du génie par le degré d’énergie que lui donne ce feu électrique ; c’est-là que remontent les belles découvertes, les grands et utiles projets, que se rapportent peut-être les belles actions ; car les femmes même qui paroissent avoir renoncé à cet honneur de convention dont on leur fait une loi, aiment l’honneur, le patriotisme, la gloire ; leurs mépris punissent le chevalier qui a forfait à l’honneur ; et ne sont-elles pas elles-mêmes capables des actions les plus glorieuses ? On a vu dans ces derniers tems une femme avilie, prouver qu’au milieu des plus grands désordres, les plus nobles sentimens peuvent se conserver comme un diamant enfoui dans le fumier, où l’occasion qui le fait découvrir le montre dans toute sa pureté, dans tout son éclat."




Voici la liste de ces titres, dans l'ordre que Restif leur a donné : Tome I"'. La Leçon de musique. — Le caffé de Madame la marqiiise D*". — Les Tuileries. — L'Opéra. — Le Restaurateur. — Fontainebleau. — La Partie de chasse de Fontainebleau. — Le Bal. — Le calTé du Caveau. — Versailles. — La Talde d'hôte. — La Visite de médecin. —Le Souper de la marquise D"*. — Le Comité. Tome IL Les Précautions. — Le petit Couvert. — La Lingère. — Anecdotes. — C'est un fils! — L'Antichambre. — Les petits Parains. — La Nouvelle du jour. — Le Coin de la Cheminée. — L'Assemblée de Notables. — Les Confidences. — Les Rêves. — Le Printemps. — Les Frondeurs. — Les vrais Plaisirs. — La Vie de garçon.

"Ce texte ne ressemble en rien à celui des Tableaux de la Vie. Ce sont les plus agréables pages que Restif ait écrites, et tout ce que nous avons lu dans ce joli ouvrage est bien du Restif, de l'excellent Restif." (Lacroix).













Ce livre aurait été réimprimé plusieurs fois à Neuwied, avec ou sans les gravures, et la plupart des exemplaires seraient restés en Allemagne. Notre édition ne comporte pas de gravures ce qui semble normal.

Cette même édition a paru également sous la date de 1788. Notre édition semble donc la première, non illustrée.

Cet ouvrage a également été attribué au Prince de Ligne, sans conviction, ou encore au Chevalier de Boufflers. En 1949, J. Rives Childs conteste vivement l'attribution à Rétif de la Bretonne et désigne Charles-Joseph de Ligne comme l'auteur. Pierre Mouriau de Meulenacker a réfuté cette nouvelle attribution avec force arguments, démontrant que les affirmations de Rives Childs étaient dénuées de fondement, mais sans se prononcer pour autant sur l’identité de l’auteur. 

Références : Lacroix, p. 333, qui ne cite pas notre édition ; Rives-Childs, p. 312

Très bon exemplaire en agréable condition d'époque.

Prix : 350 euros