jeudi 22 mai 2025

François Jean de Beauvoir, marquis DE CHASTELLUX | De la félicité publique ou Considérations sur le sort des hommes dans les différentes époques de l'histoire. A Amsterdam, chez Marc-Michel Rey, 1772. 2 tomes reliés en 1 volume in-8. Edition originale. Bel exemplaire de ce livre fondamental pour comprendre l’évolution de la pensée politique et morale à la fin du XVIIIe siècle.



François Jean de Beauvoir, marquis DE CHASTELLUX

De la félicité publique ou Considérations sur le sort des hommes dans les différentes époques de l'histoire.

A Amsterdam, chez Marc-Michel Rey, 1772

2 tomes reliés en 1 volume in-8 (21,5 x 13,5 cm) de VI-XVIII-238 et (2)-[VII] et VIII-216 pages.

Reliure strictement de l'époque plein veau fauve marbré, dos à nerfs orné aux petits dorés, pièce de titre de maroquin rouge, doublures et gardes de papier marbré, tranches rouges. Exemplaire en superbe état de conservation, très frais. Quelques anciennes taches d'encre brune sans gravité.



Edition originale.

De la Félicité publique est une vaste réflexion philosophique et historique dans laquelle le marquis de Chastellux s’interroge sur le bonheur des sociétés humaines à travers l’histoire. L’ouvrage adopte une perspective comparatiste : Chastellux examine successivement les mœurs, les institutions, les systèmes politiques, les religions et les philosophies de différentes civilisations (de l’Antiquité à l’Europe moderne) pour mesurer leur impact sur la félicité publique, autrement dit le bien-être collectif. Il s’inspire des Lumières, notamment de Montesquieu, Rousseau, Voltaire et Helvétius, mais il conserve une position modérée et nuancée : tout en critiquant certaines institutions (notamment le fanatisme religieux ou la tyrannie), il refuse l’idéalisme naïf ou les utopies irréalistes. Son objectif est pratique : comprendre les mécanismes du bonheur public pour favoriser le progrès humain.

L’ouvrage est divisé en plusieurs parties qui correspondent à des périodes historiques : L’Antiquité (Égypte, Grèce, Rome) – L’auteur y examine les régimes politiques, l’esclavage, les inégalités sociales, les religions polythéistes. Le Moyen Âge – Il déplore la féodalité, l’obscurantisme religieux et les guerres constantes. La Renaissance et les temps modernes – Il y observe un début d’amélioration avec le progrès des arts, des sciences et la montée de la raison. L’Europe des Lumières – Il célèbre les avancées philosophiques et politiques de son temps, tout en restant critique face aux injustices persistantes.










Chastellux entend par là un bonheur socialisé, non pas la simple somme des plaisirs individuels, mais un bien-être généralisé fondé sur la justice, la liberté, l’éducation et la modération des inégalités. C’est une notion politique autant que morale.​ L’auteur développe une vision progressiste de l’histoire humaine : malgré les reculs et les périodes sombres, les sociétés tendent globalement vers une amélioration du sort des hommes, grâce à la raison et aux institutions politiques. Ce progressisme tempéré s’oppose au pessimisme de Rousseau sur la civilisation. Chastellux s’oppose aux régimes despotiques, à l’intolérance religieuse, aux privilèges héréditaires, tout en défendant l’idée que des institutions bien réglées, même monarchiques, peuvent favoriser la félicité publique si elles sont éclairées. Il accorde un rôle central aux Lumières dans l’amélioration du sort humain. Il ne s’agit pas de nier les passions ou la sensibilité, mais de les encadrer par la raison et l’éducation. L’influence d’Helvétius et de l’utilitarisme français est perceptible : Chastellux valorise ce qui est utile à la société et à la majorité. Il refuse la vertu abstraite et préfère une éthique des effets concrets. À sa parution, De la Félicité publique est bien accueilli par les cercles éclairés. Il marque un tournant vers une pensée plus empirique de l’histoire sociale. Toutefois, son style érudit, parfois digressif, le rend moins accessible que celui de Voltaire ou Rousseau. Il influencera les débats pré-révolutionnaires sur le bonheur social, mais sera un peu éclipsé par les grands noms du siècle. Néanmoins, il mérite aujourd’hui d’être redécouvert comme une synthèse originale et humaniste des Lumières.

Le marquis de Chastellux (1734–1788), issu d'une ancienne et illustre famille de Bourgogne (les Beauvoir-Chastellux), écrivain, philosophe et officier éclairé, fut l’un des représentants les plus modérés et humanistes des Lumières françaises. Membre de l’Académie française, il s’illustra autant par ses écrits — notamment De la Félicité publique — que par son engagement militaire. Il participa activement à la guerre d’indépendance américaine comme maréchal de camp et chef d’état-major de Rochambeau, jouant un rôle décisif dans la campagne de Yorktown aux côtés de George Washington, dont il devint l’ami. Voyageur attentif, il laissa un précieux témoignage sur la jeune république américaine (Voyages de M. le Marquis de Chastellux dans l'Amérique septentrionale dans les années 1780, 1781 et 1782), publié en 1786). Il mourut prématurément en 1788, à la veille de la Révolution, d’une fièvre soudaine, laissant l’image d’un penseur réformateur attaché à la raison, à la justice et au bonheur des peuples.







Bel exemplaire de ce livre fondamental pour comprendre l’évolution de la pensée politique et morale à la fin du XVIIIe siècle.

Prix : 1 250 euros

mercredi 21 mai 2025

Aloys-E. BLONDEL | Carlos SCHWABE (illustrateur) | Hans Asper (relieur d'art) POESIES. Notice biographique d'Edouard Rod. Portrait et illustrations de Carlos Schwab. Paris, Plon-Nourrit et Cie, Lausanne, Payot et Cie, 1909 [imprimé à Genève par le Société Générale d'Imprimerie, achevé le 31 mars 1909]. Un des 200 ex. sur Hollande. 1 volume in-4 (25 x 18,5 cm). Reliure d'art signée Hans Asper de Genève. Exemplaire remarquable.



Aloys-E. BLONDEL | Carlos SCHWABE (illustrateur) | Hans Asper (relieur d'art)

POESIES. Notice biographique d'Edouard Rod. Portrait et illustrations de Carlos Schwab

Paris, Plon-Nourrit et Cie, Lausanne, Payot et Cie, 1909 [imprimé à Genève par le Société Générale d'Imprimerie, achevé le 31 mars 1909]

1 volume in-4 (25 x 18,5 cm) de 194-(1) pages, avec un portrait de l'auteur en frontispice (sur Japon mince tiré en bistre, 1 vignette et 2 hors-texte par Carlos Schwabe (tiré en verdâtre, et plus de 90 décors floraux en marge des pages ou culs-de-lampe ou encadrement (tiré en verdâtre).

Reliure strictement de l'époque plein veau brun glacé modelé à froid sur le premier plat (bord gauche et bord supérieur orné de vagues et frises grecques) avec nom de l'auteur et titre calligraphiés et modelés en relief (premier plat), grande fleur de lys mosaïquée en nacre véritable (contours modelés à froid). Le dos de la reliure porte le nom  de l'auteur et le titre poussé à froid, dos à quatre faux nerfs, encadrement intérieur des plats d'une frise à froid, doublures de moire irisée, montage sur charnière, non rogné, couverture conservée (reliure signée HANS ASPER). Reliure d'art habillement exécutée par le relieur genevois Hans Asper (1855-1911). Le dos et les mors sont frottés. Petite marque de choc en haut du premier plat (proche de la coupe). La reliure reste solide. Intérieur frais. Rousseur sur la tranche.



Edition originale.

Tirage de luxe à 200 exemplaires sur papier de Hollande (notre exemplaire porte le n°123 au composteur).

Première édition collective des œuvres de ce poète suisse mort de maladie à l'âge de 25 ans à peine.










Très beau recueil de poésies élégiaques et intérieures de cet auteur prometteur enlevé trop tôt à ce monde. La présentation faite par Edouard Rod donne sa biographie sensible. Aloys Blondel (1883-1908) étudia à Londres et à Paris et fut un auteur précoce et un érudit. Il recevait dans sa demeure du Grand-Lancy des notoriétés de France et de Suisse. Sur le petit Aloys, François Coppée écrivit un sonnet émouvant. Les poésies recueillies ici sont autant de gémissements de son âme sensible.

L'illustration du volume a été confiée à Carlos Schwabe (1866-1926) et a été exécutée en 1908. L'artiste était probablement proche de l'auteur et d'Edouard Rod son compatriote.

"C'est un monument de beauté qu'ont élevé au jeune poète les mains pieuses de ceux qu'il aima tant. Les nobles figures voilées de deuil qu'a dessinées Carlos Schwab, le fin et mélancolique portrait qu'il a tracé du poète, les simples fleurs des champs en grisailles délicates, dont il a voulu escorter chacun de ces poèmes [...]" (Semaine littéraire, 1909)

Il faut voir dans ce livre hommage un émouvant album amicorum (éditeur, artiste, relieur).







Notre exemplaire est remarquable par la reliure symboliste qui le recouvre. Venus de Zurich, les frères Hans et Jacques Asper s’installent à Genève vers 1883 ; à partir de 1897, Hans Asper est seul à tenir l’atelier, jusqu’à son décès en 1912. Cette maison fut rapidement la maison de reliure d'art la plus réputée de Genève. Les reliures signées de ce nom et présentant un riche décor artistique, comme c'est le cas ici, sont aujourd'hui très recherchées.

Bel exemplaire du tirage de luxe sur Hollande et artistiquement relié par Hans Asper.

Prix : 2 000 euros

lundi 19 mai 2025

M. de la Salle de l'Etang | M. Jethro Thull (réfutation de). Manuel d'Agriculture pour le Laboureur, pour le Propriétaire et pour le Gouvernement : contenant les vrais et seuls moyens de faire prospérer l'Agriculture, tant en France que dans les autres états où l'on cultive ; avec la Réfutation de la Nouvelle Méthode de M. Thull. Par M. de la Salle de l'Etang, seigneur de Muyr, Tinqueux, et ancien Député de la Ville de Rheims à Paris. A Paris, chez Lottin l'aîné, libraire et imprimeur, Desain junior, libraire, 1764. 1 volume in-8 relié aux armes de Jean-Gilles du Coëtlosquet, homme d'Église, évêque de Limoges puis précepteur des petits-fils de Louis XV (Louis XVI, Louis XVIII et Charles X). Bel exemplaire.



M. de la Salle de l'Etang (ca 1700 à Reims - Paris 1765) | M. Jethro Thull (1674-1741) (réfutation de)

Manuel d'Agriculture pour le Laboureur, pour le Propriétaire et pour le Gouvernement : contenant les vrais et seuls moyens de faire prospérer l'Agriculture, tant en France que dans les autres états où l'on cultive ; avec la Réfutation de la Nouvelle Méthode de M. Thull. Par M. de la Salle de l'Etang, seigneur de Muyr, Tinqueux, et ancien Député de la Ville de Rheims (Reims) à Paris.

A Paris, chez Lottin l'aîné, libraire et imprimeur, Desain junior, libraire, 1764 [de l'imprimerie de Lottin l'Aîné, libraire et imprimeur de Monseigneur le Duc de Berry].

1 fort volume in-8 (20,5 x 13,5 cm) de (6)-XVIII-(2)-608 (i. e. 584) pages. Frontispice gravé à l'eau-forte par Prevost d'après le dessin de C. N. Cochin fils (1764).

Reliure strictement de l'époque plein veau blond glacé, dos à nerfs richement orné avec pièce d'armes au centre des caissons, gardes armes dorées au centre des plats avec pièces d'armes dans les angles, plats encadrés d'un triple filet doré, roulette dorée en encadrement intérieur des plats, doublures et gardes de papier marbré, tranches dorées. Légères marques sans gravité sur le veau des plats (voir photos), un coin avec manque sur la coupe (très peu visible). Reliure fraîche et intérieur très frais imprimé sur grand papier vergé (papier fort) à grandes marges (le texte est imposé au format in-12). Papier très blanc et très belle typographie (caractères neufs ?).



Edition originale.

Exemplaire imprimé sur grand papier.



"La Salle considère que les principes traditionnels de la culture, labours et engrais, n'ont pas besoin de modifications. L'assolement et la structure agraire, cependant, devront évoluer de façon à permettre l'inclusion de prairies artificielles de sainfoin, sur l'établissement graduelles desquelles l'auteur fonde tout son système d'amélioration. Il dresse à cet effet un plan détaillé d'application théorique des prairies sur un domaine exploité selon les nouveaux principes. De La Salle de l'Étang est non seulement l'un des premiers à systématiser l'utilisation des prairies artificielles, mais il est également original quand il démontre comment cette transformation du cycle cultural s'accompagnera nécessairement de changements profonds dans les structures physiques et juridiques de la vie rurale. Ainsi ces prairies artificielles pour lesquelles Duhamel avait commencé à plaider timidement en 1750, apparaissent dès lors non plus comme un des aspects secondaires mais bien comme l'un des pivots essentiels de la culture" (André J. Bourde, Agronomie et agronomes en France au XVIIIe siècle, 1967, 1967)




[…] apprend à celui-ci tout ce qu’il convient qu’il fasse pour bien s’acquitter de ces sortes d’établissements ; comment il doit s’y prendre avec son fermier ; & on lui démontre que, sans se donner la peine de faire valoir par lui-même, ne s’agissant que de quelques déductions dont il tiendrait compte à son fermier dans un premier bail seulement, il peut parvenir à doubler & même tripler le revenu de son corps de ferme, suivant le plus ou le moins de besoin qu’il aura d’être réparé ; ce qui est mis tout en jour dans le troisième article des Préliminaires. Ces deux moyens bien exécutés, ne pouvant manquer d’augmenter aussi considérablement le revenu de nos terres, il s’ensuivra nécessairement que non seulement les gens de la campagne seront mis bien au-dessus de toutes leurs charges & impôts, mais encore que tous les propriétaires s’acquitteront avec bien plus de facilité de ceux dont ils sont aussi chargés de leur côté. Mais, comme ces deux moyens ne peuvent bien s’effectuer dans toute l’étendue du royaume qu’autant que le gouvernement voudra bien y concourir, on expose, dans la troisième partie intitulée : Manuel d’Agriculture […] Démontrant dans le cinquième Article des Préliminaires, que la véritable Méthode de l’Agriculture est contenue dans les Pratiques locales de chaque Canton, de chaque Terroir, &c. on s’en sert comme du premier moyen, le seul qu’on puisse proposer pour retirer nos Laboureurs de leurs routines, & pour leur apprendre à bien cultiver ; elle remplit la première partie de cet Ouvrage, intitulé : Manuel d’Agriculture pour le Laboureur : on y expose ses principes, ses opérations, comment cette Méthode apprend les différentes façons de les exécuter relativement à toutes les sortes de qualités de terrains qui se rencontrent, & comment on doit s’y prendre pour les bien connoître, à l’effet de parvenir à leur donner à chacune les cultures qui peuvent leur convenir, en se servant de l’expérience dont cette même Méthode indique si bien l’usage & les effets. (extrait du Sommaire).





Provenance : de la bibliothèque de Jean-Gilles du Coëtlosquet (1700-1784), évêque de Limoges (1739-1758), académicien, précepteur des rois Louis XVI, Louis XVIII et Charles X, relié à ses armes (fer inconnu à OHR, seul un autre fer y est répertorié, mais les armoiries et les attributs sont identiques à l'exception de la couronne). Nous n'avons pas réussi à localiser d'autres ouvrages de cette provenance semble-t-il fort rare. De la bibliothèque de Cournault (avec son ex libris du XVIIIe siècle).

Référence sur l'auteur : Louis-Gabriel Michaud, Bibliographie universelle, ancienne et moderne, 1825, tome XL, p. 182













Très bel exemplaire en grand papier finement relié pour Jean-Gilles du Coëtlosquet, homme d'Église, évêque de Limoges puis précepteur des petits-fils de Louis XV (Louis XVI, Louis XVIII et Charles X).

Prix : 3.000 euros

vendredi 16 mai 2025

[Foucher d'Obsonville] [Maridas Pillai ou Poullé] Bagavadam ou Doctrine divine, ouvrage indien, canonique : sur l'Etre Suprême, les Dieux, les Géants, les Hommes, les diverses parties de l'Univers, etc. A Paris, chez la Veuve Tilliard et fils, Clousier, imprimeur du roi, 1788. 1 volume in-8. Edition originale. Bon exemplaire broché non rogné de cet ouvrage peu commun.



[Foucher d'Obsonville] [Maridas Pillai ou Poullé]

Bagavadam ou Doctrine divine, ouvrage indien, canonique : sur l'Etre Suprême, les Dieux, les Géants, les Hommes, les diverses parties de l'Univers, etc.

A Paris, chez la Veuve Tilliard et fils, Clousier, imprimeur du roi, 1788

1 volume in-8 (22 x 14 cm) de LXIV-336 pages (sur 348-(2). Dans notre exemplaire l'Appendice (pp. 337 à 348) et le feuillet d'Avertissement n'ont pas été brochés (d'origine). Couverture muette en papier bleu. Très bon état.



Edition originale.

Bagavadam, ou Doctrine divine : sous ce titre évocateur et ambitieux, Foucher d’Obsonville livre au lecteur européen du XVIIIe siècle une traduction pionnière d’un texte fondamental de la tradition hindoue, inspiré du Bhāgavata Purāṇa. Publié à l’aube du tournant orientaliste des Lumières, cet ouvrage s’inscrit dans un moment où l’Europe, avide de savoirs nouveaux, découvre avec fascination les cultures de l’Asie. Dans le sillage des premiers missionnaires, voyageurs et administrateurs coloniaux, une génération d’érudits commence à s’intéresser non seulement aux langues orientales, mais aussi aux textes religieux et philosophiques qui fondent les civilisations de l’Inde. Foucher d’Obsonville, officier au service de la Compagnie française des Indes orientales, incarne cette curiosité éclairée. Formé à la pensée classique, mais ouvert à l’altérité, il s’attache à comprendre les doctrines de l’Inde avec une volonté sincère d’exactitude et de respect. Son Bagavadam, publié en 1788, bien que largement incomplet et erroné en plusieurs endroits, se situe dans la lignée des grandes entreprises orientalistes, comme celles de Friedrich Schlegel, Anquetil-Duperron ou encore la Bhagavad-Gîtâ traduite par Charles Wilkins. Il figure ainsi parmi les toutes premières tentatives françaises de rendre accessible, dans une langue élégante et raisonnée, la richesse symbolique et métaphysique des textes sanskrits. Loin d’être une simple curiosité exotique, cette œuvre témoigne d’un désir profond de comparaison des systèmes de pensée, typique des Lumières tardives, où le dialogue entre les traditions religieuses sert une quête universelle de vérité. Dans un siècle encore marqué par l’eurocentrisme, mais ébranlé par les premières fissures critiques de la pensée coloniale, le Bagavadam se distingue par son ambition intellectuelle : faire connaître à l’Occident une théologie du multiple, une cosmogonie cyclique, une sagesse où l’homme, les dieux et l’univers s’inscrivent dans une interdépendance harmonieuse. Par là même, l’œuvre annonce les grandes synthèses spirituelles du romantisme et de l’orientalisme du XIXe siècle, tout en conservant la rigueur d’un travail philologique de premier plan.

Selon Barbier (I, 377), cet ouvrage a été traduit du sanskrit d'après une version tamoule, et mis en français par un Malabare chrétien, nommé Maridas Poullé (1721-1796). Il n'est pas cité par Foucher d'Obsonville qui semble n'avoir été que l'éditeur.















Le Bhāgavata Purāṇa, ou Śrīmad Bhāgavatam, est l’un des textes sacrés les plus vénérés de l’hindouisme, véritable somme théologique et mythologique en douze livres célébrant la figure divine de Krishna comme manifestation suprême de l’Absolu. Structuré autour du dialogue entre le roi Parīkṣit, condamné à mourir en sept jours, et le sage Śuka, l’ouvrage expose une vision cyclique de l’univers, narre la création des mondes, les avatars de Vishnou, et notamment la vie de Krishna, à la fois espiègle enfant divin, séducteur céleste et guide spirituel. Par son lyrisme, sa richesse narrative et sa profondeur philosophique, le Bhāgavata Purāṇa constitue un pilier de la tradition bhakti (dévotion) et une invitation à la contemplation, à la piété et à la libération intérieure. Ce texte fondamental, transmis et commenté au fil des siècles, demeure une source inépuisable pour qui souhaite comprendre le cœur spirituel de l’Inde. Il faudra attendre les travaux érudits d’Eugène Burnouf au XIXe siècle pour qu’enfin s’esquisse une édition scientifique fondée sur les sources sanskrites authentiques (1840-1847 pour les trois premiers tomes publiés à l'imprimerie royale, 1884 pour le tome IV et 1898 pour le tome V et dernier, ensemble comprenant les 12 livres requis).

"[...] Au-delà de ces mondes & plus bas, l’enfer est placé. Des fleuves de feu, des bêtes féroces, toutes sortes d’armes tranchantes, les ordures les plus infectes, enfin tous les maux y sont avec profusion. Les hommes après leur mort sont conduits devant Yamin, Président de ce lieu d’horreur : Ce Juge juste & équitable ne fait acception de personne ; il est inexorable. Ceux qui dédaignent les règles & les préceptes de piété, seront punis autant d’années qu’il y a de poils sur leurs corps. Les Athées & ceux qui méprisent la Religion, seront jetés sur des monceaux d’armes pointues. Ceux qui outragèrent les personnes en dignité & les Brahmes, seront coupés par morceaux. Les adultères, seront contraints d’embrasser des statues de fer rougies au feu. Ceux qui ne remplissent pas les devoirs de leur état, ou qui abandonnent leurs familles pour courir le pays, seront déchiquetés par des corbeaux à becs de fer. Ceux qui font mal à leur prochain ; ceux qui tuent les animaux, seront jetés dans des cachots infects, pour y souffrir des tourments horribles ; les malheureux qui n’ont pas respecté leurs parents & les Brahmes, seront dans un feu dont les flammes s’élèveront à 10,000 yossiney. Ceux qui ont maltraité les vieillards & les enfants, seront rôtis dans des marmites de fer. Les débauchés qui, sans honte, vivent pendant le jour avec des courtisanes, seront obligés de marcher sur des épines. Les médisants & les calomniateurs seront couchés sur des lits de fer, où ils seront nourris d’ordures. Les avares serviront de pâture aux vers. Ceux qui ont pillé les Brahmes, seront sciés. Les cœurs durs qui par motif d’ostentation, ont tué en sacrifice des vaches & d’autres animaux, seront battus sur une enclume. Ceux qui n’ont pas eu pitié des misérables & des pauvres, seront brûlés avec des tisons de feu. Les faux témoins seront précipités du haut des montagnes. Enfin les corps damnés (formés d'une matière subtile), quoique morcelés par les tourments, se réuniront tout de suite comme du vif argent, & ces malheureux ne mourront point." (extrait pp. 150-152).

Nous ne savons pas pourquoi l'Appendice et le feuillet d'Avertissement n'ont pas été brochés dans notre exemplaire. Le brochage est intact et ne montre aucun signe de dégradation ou de manque à la fin (probablement un oubli du brocheur).

Bon exemplaire broché non rogné de cet ouvrage peu commun.

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