jeudi 17 avril 2025

Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretonne]. | L'Année des Dames Nationales ; ou Histoire, jour-par-jour, d'une Femme de France. Par N.-E. RESTIF-DE-LA-BRETONE. [à partir du mois d'Octobre le titre devient : L'Année des Dames Nationales ; ou le Kalendrier des Citoyénes. Etc.] JANVIER-DECEMBRE. A Genève, et se trouve à Paris, Chés les libraires indiqués à la tête de mon catalogue - au Frontispice du Mois de Décembre [Chés les Citoyens Duchêne, Mérigot et Louis, 1794], 1791-1794 [de l'imprimerie de Rétif de la Bretonne et de Cordier - imprimé en grande partie par lui]. 12 volumes in-12 (17 x 10,5 cm) avec 31 figures reliés plein veau raciné de l'époque. Bel exemplaire de cet ouvrage rare de Rétif de la Bretonne, d'autant plus rare dans une très jolie reliure d'époque.


Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretonne].

L'Année des Dames Nationales ; ou Histoire, jour-par-jour, d'une Femme de France. Par N.-E. RESTIF-DE-LA-BRETONE. [à partir du mois d'Octobre le titre devient : L'Année des Dames Nationales ; ou le Kalendrier des Citoyénes. Etc.] JANVIER-DECEMBRE.

A Genève, et se trouve à Paris, Chés les libraires indiqués à la tête de mon catalogue - au Frontispice du Mois de Décembre [Chés les Citoyens Duchêne, Mérigot et Louis, 1794], 1791-1794 [de l'imprimerie de Rétif de la Bretonne et de Cordier - imprimé en grande partie par lui]

12 volumes in-12 (17 x 10,5 cm) de 3825-(3) pages (pagination continue sur l'ensemble des volumes). La pagination compliquée est conforme aux exemplaires complets. Nombreuses erreurs de pagination sans manque (feuillets intervertis dans quelques volumes). Collationné complet.

Reliure de l'époque plein veau raciné, dos lisses ornés de vases et fleurons dorés, roulettes dorées, pièces de titre de maroquin rouge, pièces de tomaison de maroquin noir, roulette dorée sur les coupes, filets à froid en encadrement des plats (reliure exécutée vers 1795-1800). Excellent état de conservation de l'ensemble. A noter quelques petites galeries de vers sur quelques plats, une piqure de vers et une petite galerie rebouchées sur les dos (très peu visible). Reliures très fraîches. Intérieur frais. Jaunissement (ancienne mouillure des feuilles avant la reliure) sur une grande partie du deuxième volume (mais sans aucune gravité). A noter comme toujours pour cet ouvrage l'utilisation d'un papier de circonstance (papier de bonne qualité dans l'ensemble mais parfois des cahiers entiers sont imprimés sur du papier bleuté ou du papier gris). Quelques pages avec des débuts de lignes mal imprimés (défaut d'impression par Rétif ...) et quelques minimes défauts d'impression ou petites déchirures avec pertes de quelques lettres. Caractères typographiques de petite taille (voire de très petite taille) et souvent usés (les fameuses têtes de clous de la période révolutionnaire utilisés par Rétif dans son imprimerie privée). C'est ici le plus bel exemplaire en reliure d'époque décorée que nous avons pu voir.


Première mise en vente avec les titres originaux. Cet ouvrage sera remis en vente en 1796 par le libraire Garnery sous le titre Les Provinciales.

Les tomes I et II sont datés 1791. Le tome III est daté 1792. Les tomes IV à XII sont datés 1794.

Exemplaire bien complet des 31 gravures requises, certaines à double sujet et les autres simples (Il y a 43 sujets en tout). Toutes les gravures sont d'un excellent tirage. Le frontispice pour le mois d'août a été placé dans le texte.

Exemplaire censuré aux pages 942-950, 13e Parisienne, du tome IV. Dans notre exemplaire "La Dame du Palais de la Reine" (récit trop royaliste pour cette époque troublée) a été remplacé par "Forgête, etc., indignement trompée par un aristocrate".

Les 11 frontispices sont des gravures doubles (le frontispice du premier volume est une gravure simple). Les autres gravures sont des "sujets" simples. Les premiers sujets ont été regravés d'après les figures des Contemporaines. Les gravures seraient d'après Binet.

« Cet ouvrage, infiniment varié, très-extraordinaire, très-intéressant, contient 610 Nouvelles, toutes extraordinaires. L'Année des Dames nationales est intéressante pour toutes les villes de la République, puisqu'il n'en est aucune qui n'ait fourni un trait historique et dont on n'ait peint les mœurs particulières. J'eus pourtant une peine infinie à trouver un libraire... » (Rétif de la Bretonne)

« Il n'y a pas de livre pour lequel une Clé serait aussi nécessaire que pour L'Année des Dames nationales, car tous les faits qui s'y trouvent mis en scène sont plus ou moins véritables : « Je ne rapporte rien que je ne croie certain, dit Restif à la fin du volume de juin. Je ne ressemble guère à tant d'autres, qui non-seulement ne recherchent pas la vérité, mais la repoussent quand elle cadre mal avec leurs préjugés. » Mais cette Clé, dont nous regrettons l'absence, à chaque page d'un recueil formé par tant de mains différentes, cette Clé-là ne pouvait être faite que par Restif, qui, en recevant de tous côtés les Nouvelles qu'il a utilisées dans son ouvrage, recevait aussi de ses correspondants les notes destinées à l'éclairer sur l'authenticité des événements bizarres, monstrueux, extraordinaires, qui faisaient le sujet de ces Nouvelles. Faute d'une Clé complète et détaillée, nous en avons fait une très-sommaire et très-imparfaite, où l'on aura surtout les explications qui se rapportent à la vie personnelle de Restif, et que la lecture de ses ouvrages nous a fournies, en cherchant à nous restreindre plutôt qu'à nous étendre. On comprendra, du moins, que les écrits de Restif s'expliquent et se complètent l'un par l'autre, car c'est toujours LUI qu'il a pour objectif et qu'il offre sans cesse à ses lecteurs, comme le modèle accompli du Coeur humain. » (Lacroix)


"Le voila donc terminé, cet Ouvrage, que je ne croyais pas terminer ! Je suis parvenu à le mener à sa fin, à-travers mille-obstacles, mille dangers ! La banqueroute que m'a faite Maradan, l'interrompit dès le 2d Volumes. Je fus ensuite la Victime de 2 Associations ruineuses, ét d'achats de caractères. Pressé de commencer les RESSORTS DU CŒUR-HUMAIN DÉVOILÉS, je mis au Ires Epoques de cet Ouvrage, des fonds, qui auraient avancé l'ANNÉE-DES-DAMES NATIONALES, que je ne voudrais nommer que le KALENDRIÉR DES CITOYÉNNES, le nom de DAMES ne convenant plus. Mais l'Ouvrage était entièrement composé avant la Revoluçion, puisque la dernière NOUVELLE, inscrite sous le porche de la rüe BRETONVILLIÉRS, ILE DE LA FRATERNITÉ, est du 7 juillet 1789. L'impression a duré 6 années entières, fin de 89, 90, 91, 92, 93 et commencement de 1794 ; et les frais l'en montent à près de 30-mille livres, par la grande cherté du papier, etca. Je n'ai pas fait cette dernière SUITE des CONTEMPORAINES comme je l'aurais voulu : Brûlant d'un pur patriotisme, il fut un temps de cette impression, où il fallait le deguiser : Depuis, j'ai souvent été malade, ét la Case a été abandonnée à d'Autres : Que mes Lecteurs m'excusent : J'ai toujours été un Citoyén aimant le but de tout gouvernement sage : Je n'ai jamais cherché à troubler, même en desirant plus vivement que d'Autres la reformacion des abus. Adieu, mon Lecteur Republiquain : Ne vois dans ces NOUVELLES, que des faits vrais, que je ne pouvais corriger, sans leur oter leur utilité. Tu y trouveras des mœurs qui ont été ; aulieu que les Romanciérs ne te donnent que des mœurs factices, enfans de leur imaginacion, ét par conesquent (sic) sans utilité pour les mœurs. L'infâme Robespierre fut executé le 10 Termidore." (p. (3827) du XIIe et dernier volume - orthographe rétivienne conservée).


"L'Année des Dames Nationales illustre la combinaison d'une impression qui commence et se termine à la maison, mais qui a lieu en partie dans une autre imprimerie. Après avoir débuté l'impression sur sa propre presse et suite à un accord conclu avec l'imprimeur Cordier, Rétif compose les formes dans son local rue de la Bûcherie et les apporte chez Cordier pour les faire imprimer. [...] L'entente a cependant fonctionné pendant plus de trois ans et permis à Rétif d'imprimer près de huit volumes sur les douze de L'Année des Dames Nationales. Cette collaboration semble durer de 1790, date à laquelle Cordier acquiert son imprimerie autogérée, jusqu'en 1793, période après laquelle les mentions de Cordier diminuent sensiblement dans le Journal, avant que Cordier ne vende son imprimerie en 1795. L'impression de L'Année des Dames Nationales se poursuit jusqu'en novembre 1794 sur la presse de Rétif. Ce n'est qu'en 1796 que Rétif parvient à vendre une partie de ses exemplaires au libraire Garnery qui les accepte à condition de changer le titre. L'Année des Dames nationales devient alors Les Provinciales, titre jugé plus accrocheur par Garnery. (Fanny Blanchard, Nicolas-Edme Rétif de La Bretonne imprimeur, juin 2014).





























Références : Lacroix n°XLII, pp. 344 et suiv. ; Rives-Childs n° XLI, pp.

Provenance : exemplaire de la bibliothèque Bertrand Hugonnard-Roche avec son ex libris dans chaque volume.


Bel exemplaire de cet ouvrage rare de Rétif de la Bretonne, d'autant plus rare dans une très jolie reliure d'époque.

Prix : 13 500 euros

mercredi 16 avril 2025

Andréa de Nerciat | Félicia ou mes fredaines. [La faute en est aux Dieux qui me firent si folle]. Sans lieu, sans nom, 1784. 4 volumes in-16 brochés (époque). Nouvelle édition peu commune. Tout comme Les Liaisons dangereuses (1782), Félicia peut être lu comme un bréviaire — ou mieux, une bible — du libertinage. Bon exemplaire conservé dans sa brochure d’origine, de cette édition peu commune.


Andréa de Nerciat (André Robert)

Félicia ou mes fredaines. [La faute en est aux Dieux qui me firent si folle].

Sans lieu, sans nom, 1784.

4 volumes in-16 (132 x 93 mm), brochés de (4)-107-(1), 121-(3), 137-(3) et (4)-119-(3) pages. Collationné complet. Couvertures de papier rose de l’époque, exemplaire non rogné avec témoins de coupe. Manques de papier aux dos, quelques salissures et défauts de fabrication (notamment dans le premier volume où une imperfection du papier a entraîné la perte de quelques lettres).

Nouvelle édition peu commune.


Ce roman libertin d’Andréa de Nerciat — un Bourguignon salé dès la naissance — a connu de nombreuses réimpressions dans les dernières décennies du XVIIIe siècle et au début du XIXe, malgré une condamnation à la destruction. Dutel, dans sa Bibliographie des ouvrages érotiques publiés clandestinement en français entre 1650 et 1880, en recense pas moins de 17 éditions entre 1775 et 1869.

Il attribue la première édition à une impression sans date ni lieu (Amsterdam ?), en deux volumes de 221 et 256 pages, probablement en raison des erreurs de pagination relevées dans les exemplaires connus.








Félicia ou Mes Fredaines concentre l’essence du romanesque libertin : un subtil dosage d’humour, de sensualité et d’élan romanesque. Le tour de force de Nerciat est de livrer une parodie jubilatoire tout en construisant un véritable roman d’aventures, avec ses mystères, ses coïncidences improbables, ses révélations théâtrales… Aux côtés de Margot, Thérèse ou Juliette, Félicia s’impose comme l’une des plus grandes courtisanes de la littérature du XVIIIe siècle.

Chez Nerciat, nul besoin de crudité ou de vocabulaire brutal : les métaphores délicates, les allusions transparentes, les images galantes forment une prose sensuelle, allègre et raffinée. Grimm résumait bien l’esprit de l’ouvrage dans sa Correspondance littéraire : « Il est peu de catéchismes de libertinage et de corruption plus naïfs et plus effrontés que ce nouveau roman. On n’y trouve pas même l’apparence d’un sentiment moral. C’est l’histoire d’une jeune personne qui, depuis l’âge de quatorze ans, se livre sans scrupule à tous ses goûts, a longtemps, sans le savoir, le bonheur d’être la maîtresse entretenue de son père, de donner à son frère, sans le connaître, les premières leçons de plaisir, etc., et se voit récompensée enfin de tant de sagesse et de vertus par toutes les faveurs qu’on peut attendre d’une destinée heureuse. »

André-Robert Andréa de Nerciat (Dijon, 1739 – Naples, 1800 ou 1801 ?) — ancien capitaine des gendarmes du roi à Versailles — demeure l’un des plus grands romanciers érotiques européens, capable d’exprimer le libertinage le plus osé sans jamais tomber dans la vulgarité. En 1789 parurent ses Contes saugrenus, puis en 1792 Mon noviciat et Monrose, attribués à juste titre à Nerciat malgré les doutes de Wolff. Durant la Révolution, il mena une existence trouble d’agent double : fonctionnaire de la République qu’il méprisait, il aurait joué un rôle d’informateur douteux. Il restait cependant soucieux de son œuvre, publiant en 1793 Les Aphrodites et vendant le manuscrit du Diable au corps, publié à titre posthume à Mézières en 1803. Tandis que ses fils étaient boursiers de l’Égalité, le citoyen Nerciat, lui, exerçait la profession équivoque de policier.

Le roman se présente comme le récit à la première personne de Félicia, une jeune femme éprise de plaisirs, qui retrace sa vie pleine d’aventures sentimentales et galantes. Abandonnée dans sa petite enfance, elle est recueillie par Sylvina et Sylvino, un couple libertin qui l’élève dans une atmosphère d’audace et de liberté. Déflorée par le chevalier d’Aiglemont, elle devient la maîtresse, souvent entretenue, de figures en vue : un évêque, Sir Sidney, le jeune Monrose… Certaines séquences sont particulièrement soignées, comme une satire vive des mœurs provinciales ou un chassé-croisé amoureux complexe, menant à une série de révélations qui occupent le dernier tiers du roman et en relancent le rythme.








Roman emblématique du libertinage fin XVIIIe, Félicia aborde avec légèreté les grands thèmes du genre : critique des dévots, éloge du plaisir affranchi de toute morale, apologie d’un hédonisme sans entraves. L’inceste involontaire y est traité sans pathos, dans une atmosphère de licence joyeuse. Félicia expose son « système », fondé sur la quête continue des plaisirs de l’amour, libérée des contraintes de la fidélité. Sa sensualité guide chacun de ses actes dans un monde où rien ne doit limiter le désir. L’écriture, explicite sans jamais être crue, délaisse le vocabulaire anatomique au profit d’un érotisme fluide, sans violence ni domination : une véritable utopie du plaisir partagé, aux antipodes de Sade.

"Déjà les mains avaient beaucoup trotté, déjà les bouches et les tétons avaient essuyé mains hoquets amoureux, quand on se leva de table. On y laissa les deux Italiens, qui ne voulurent point la quitter. Le peu de signes de vie qu’ils donnaient encore n’était que pour demander à boire et pour jurer qu’ils ne bougeraient point de là tant qu’il y aurait une goutte de vin dans la maison. La signora Camilla garda son ivrogne de père et fit demeurer un valet pour le secourir en cas d’accident. Tout le reste de la compagnie, à l’exception du chevalier qui venait de disparaître, passa de la salle à manger au salon, dont les deux battants demeurèrent ouverts… O pudeur ! que tu es faible quand Vénus et Bacchus se livrent à la fois la guerre ! Mais est-il absolument impossible que tu leur résistes ? Ou n’es-tu pas plutôt charmée de ce que la puissance connue de leurs forces justifie ton heureuse défaite ? J’y pense encore avec étonnement. À peine eûmes-nous mis le pied dans le salon que l’un de nos officiers, défié par les regards lascifs de Sylvina et perdant toute retenue, l’entraîna vers l’ottomane et se mit à fourrager ses appas les plus secrets. Elle ne fit qu’en rire. Bientôt, l’agresseur enhardi par l’heureux succès de son début, s’oublia jusqu’à manquer tout à fait de respect à l’assemblée. Sa partenaire, égarée, transportée, partageait ses plaisirs avec beaucoup de recueillement. Déjà l’Italienne mariée suivait son exemple à deux pas de là, dans les bras de l’autre officier, non moins effronté que son camarade. Argentine courait se cacher dans les rideaux des fenêtres pour ne pas voir ces groupes obscènes ; monseigneur l’y suivait pas décence et par tempérament. Tout le monde, occupé de la sorte, oubliait mon nouvel amant et moi, qui demeurions médusés au milieu du salon… Un regard expressif fut le signal de notre fuite. Ma main tomba tremblante dans celle du beau Fiorelli. Nous volâmes à mon appartement, où je m’enfermai, bien résolue à ne rejoindre la compagnie, quoi qu’il arrivât, qu’après avoir bien fait à mon aise, avec méditation, ce que je venais de voir faire aux autres dans le désir de la brutalité." (Extrait de Félicia ou mes fredaines).

Tout comme Les Liaisons dangereuses (1782), Félicia peut être lu comme un bréviaire — ou mieux, une bible — du libertinage.

Edition non citée par Dutel. Elle n'est pas illustrée.

Bon exemplaire conservé dans sa brochure d’origine, de cette édition peu commune.

Prix : 1.250 euros

Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone] | Le Pied de Fanchette ou l'Orfeline Française ; Histoire intéressante et morale. Première [seconde et troisième] partie. Imprimé à La Haie, et se trouve à Paris chez Humblot et Quillau, 1769. 3 parties reliées à l'époque en 1 volume in-12. Rare édition originale du premier véritable succès de l'auteur conservé dans sa reliure de l'époque.



Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone]

Le Pied de Fanchette ou l'Orfeline Française ; Histoire intéressante et morale. Première [seconde et troisième] partie.

Imprimé à La Haie, et se trouve à Paris chez Humblot et Quillau, 1769 [de l'imprimerie de Quillau, composé à la presse par Rétif de la Bretonne]

3 parties reliées en 1 volume in-12 (14,5 x 8 cm) de 158, 146-(2) et 192-(2) pages. Les trois pages de titres sont entièrement imprimées en rouge ainsi que le verso du premier titre, l'épître à Madame L***, les feuillets de Tables et les Notes qui se trouvent à la fin du volume. Les errata se trouvent au verso des titres également imprimés en rouge. Erreurs de pagination sans manque. Collationné complet.

Reliure de l'époque usagée demi basane fauve, plats de papier marbré (probablement une reliure allemande ou suisse). Dos fendu sur la longueur, coins usés, intérieur frais. Nous avons préféré laisser la reliure originale fût-elle usée. Petits manques de papiers au coin de quelques feuillets, sans atteinte au texte.





Edition originale rare.

Cette première édition fut tirée à 1000 exemplaires, suivant la Revue des ouvrages de l'Auteur (1784).

Notre exemplaire ne contient pas la nom de Madame Levêque dans la dédicace (à Madame L***, femme d'un marchand). De même dans notre exemplaire, l'épître est signée "Votre très-humble et très obéissant serviteur R. D. L. B. (et non de son nom entier Rétif de la Bretonne). Seuls quelques très rares exemplaires possèdent ces deux noms en entier. Tout le reste du volume est conforme à celui de la Bnf.

" ... J'imprimai, chez Quilau, mon Pied de Fanchette, au mois de septembre 1768 [...]" (Monsieur Nicolas).

"A paru à la fin de l'année 1768" (La Vie de mon père, 1788, p. 223)

"Le succès du roman le Pied de Fanchette fut immense, quoique les journaux aient dédaigné la plupart de s'occuper de cette nouveauté anonyme. Mais on s'en occupa beaucoup dans les salons et surtout dans les cercles littéraires : on lut ce roman, on en parla, on en chercha l'auteur, qui était encore absolument inconnu. On aurait voulu le produire dans le monde des beaux esprits." (Lacroix)









Dès cette première édition, Rétif n'était pas satisfait de son Pied de Fanchette : « [...] le Pied de Fanchette est un ouvrage manqué, depuis le quatorzième chapitre ; le succès qu'il a eu ici et quatre éditions ne m'en font pas accroire... J'ai fait une seconde édition du Pied de Fanchette, un peu meilleure que la première, en deux volumes, au lieu de trois, mais sans avoir rien retranché ; au contraire, elle commence par un Avertissement d'une page, qui n'est ni dans la première ni dans la seconde édition (sic), ni dans les contrefaçons. » (août 1778).

C'est dans cet ouvrage que, pour la première fois, il fait éclater sa passion fanatique par les jolis pieds de femme et pour les jolies chaussures. Le pied de Fanchette est réellement le héros du livre : « Son pied, le pied mignon, qui fera tourner tant de têtes, était chaussé d'un soulier rose, si bienfait, si digne d'enfermer un si joli pied, que mes yeux, une fois fixés sur ce pied charmant, ne purent s'en détourner ... Beau pied ! dis-je tout bas, tu ne foules pas les tapis de Perse et de Turquie ; un brillant équipage ne te garantit pas de la fatigue de porter un corps, chef-d'oeuvre des Grâces ; tu marches en personne, mais tu vas avoir un trône dans mon cœur. » (cité par Lacroix).

Cette passion pour les pieds des femmes et pour bien d'autres choses encore a été l'objet d'une thèse de doctorat intitulée : Le fétichisme : Restif de la Bretonne fut-il fétichiste ? Cette thèse fut présentée et publiquement soutenue devant la Faculté de médecine de Montpellier le 22 février 1913 par Louis Barras.









Dans quelques passages des ouvrages de Rétif de la Bretonne on prend notre auteur en flagrant délit de masturbation à l'intérieur d'une mule de femme ... "Substitut du corps et du sexe, objet fétiche, topos romanesque permettant à l'intrigue de progresser, point de départ et aboutissement du récit, foyer dé la représentation picturale, marque du symbolique et de l'imaginaire, le pied de Fanchette est le lieu de tous les possibles." (Didier Masseau, in Etudes Françaises, La chaussure ou le pied de Fanchette, Volume 32, numéro 2, automne 1996)



Fils de paysans de l'Yonne, devenu ouvrier typographe à Auxerre et Dijon, Nicolas Restif de La Bretonne s'installe à Paris en 1761 : c'est alors qu'il commence à écrire. Il a une vie personnelle compliquée et est sans doute indicateur de police. Polygraphe, il fait paraître de très nombreux ouvrages touchant à tous les genres, du roman érotique (L'Anti-Justine, ou les Délices de l'amour) au témoignage sur Paris et la Révolution (Les Nuits de Paris ou le Spectateur nocturne, 1788-1794, 8 volumes) en passant par la biographie avec La Vie de mon père (1779) où il brosse un tableau idyllique du monde paysan avant la Révolution avec la figure positive de son père. Il a également touché au théâtre sans grand succès. Cherchant constamment des ressources financières - il mourra d'ailleurs dans la misère -, il écrit aussi de nombreux textes pour réformer la marche du monde. Cependant l'œuvre majeure de Restif de la Bretonne est sa vaste autobiographie, Monsieur Nicolas, en huit volumes échelonnés entre 1794 et 1797. Ce livre fleuve se présente comme la reconstruction d'une existence et expose les tourments de l'auteur/narrateur comme à propos de la paternité - le titre complet est Monsieur Nicolas, ou le Cœur humain dévoilé -, mais témoigne aussi de son temps et constitue une source très abondante de renseignements sur la vie rurale et sur le monde des imprimeurs au XVIIIe siècle. C'est aussi un philosophe réformateur pénétré de rousseauisme qui publie des projets de réforme sur la prostitution, le théâtre, la situation des femmes, les mœurs, et un auteur dramatique.

Références : Rives-Childs, n°III, pp. 201-203 ; Lacroix, n°III, n°1 pp 85-87

Bon exemplaire en condition d'époque de cette édition originale rare et recherchée, entièrement composée à presse par Rétif de la Bretonne lui-même.

Prix : 2.500 euros