vendredi 7 novembre 2025

GENÈSE | Texte biblique de la traduction de Le Maistre de Sacy | Raymonde AYNARD (illustratrice) | Editions du Raisin [imprimé par Maurice Darantière au printemps 1929] 1 volume in folio (29 x 23,5 cm) relié plein maroquin noir mosaïqué Art Déco | Exemplaire unique offert par l'illustratrice et enrichi d'une aquarelle originale pleine page (Adam et Eve). Superbe et rare dans cette condition unique.



[Texte biblique de la traduction de Le Maistre de Sacy | Genèse] Raymonde AYNARD (illustratrice)

GENÈSE

Editions du Raisin [imprimé par Maurice Darantière au printemps 1929]

1 volume in folio (29 x 23,5 cm) de 137 et 1 feuillet d'achevé d'imprimer. Avec 9 aquarelles reproduites à l'identique des originaux par la technique du pochoir par les ateliers Jacomet.

Reliure strictement de l'époque plein maroquin noir à deux fois 6 caissons bosselés prolongés sur les plats avec au centre du premier plats le titre en majuscules mosaïquées de maroquin rouge, doublure encadrée de même maroquin (2,5 cm) avec incrustation de tabis rouge au centre, doubles gardes de tabis rouge et de papier décoré fait main bistre et argent. Relié sur brochure. La couverture rouge du brochage n'a pas été conservée. Non rogné. Dans cet exemplaire se trouve sur le feuillet blanc qui précède le faux titre, une grande aquarelle originale pleine page représentant Adam et Eve avec le serpent et la pomme (péché originel). La reliure bien qu'originale, typiquement Art Déco et bien exécutée, n'est pas signée. Excellent état. Très frais.



Edition originale.

Tirage à 200 exemplaires seulement.

Celui-ci, un des 190 exemplaires sur vélin de Montgolfier (numéroté 45 au composteur).

Exemplaire de dédicace offert par l'illustratrice Raymonde Aynard à Madame Maurice Grôlée avec une grande aquarelle pleine page (Adam et Êve).

Superbe spécimen de reliure Art Déco plein maroquin avec titre mosaïqué.





Raymonde Aynard (Paris, 1910 – Lyon, 1965) fut une peintre, illustratrice et poète française issue d’une lignée illustre de banquiers, d’industriels et de mécènes lyonnais. Fille du diplomate Raymond Joseph Aynard (1866–1916), ministre plénipotentiaire mort pour la France (à Verdun), et de Gabrielle de Montgolfier, elle était la petite-fille du banquier Édouard Aynard (1837–1913), propriétaire de l’abbaye de Fontenay (famille encore actuellement propriétaire en 2025). Formée à Paris, elle exposa dès 1927, notamment aux Salons de la Nationale et des Tuileries, avant d’évoluer, après la Seconde Guerre mondiale, vers un art plus abstrait. Poète autant qu’artiste, elle publia cet ouvrage illustré Genèse (Éditions du Raisin, 1929) et Vers Luisants (1954). Elle laissa également des toiles et des dessins aujourd'hui dispersés. Engagée dans les cercles surréalistes et révolutionnaires de l’après-guerre, elle fréquenta également les milieux intellectuels de Saint-Germain-des-Prés. Elle s’éteignit à Paris en octobre 1965 à l'âge de 55 ans.

A la sortie de Genèse, une partie de la critique ne fut pas très tendre avec le travail d'illustration de Raymonde Aynard. Pour preuve ces quelques mots de Jean Bruller (à propos des Editions de Luxe qui venaient de paraître) : "La typographie : une composition en elzévir gras, dans laquelle les alinéas sont remplacés par des signes qui sont, à être répétés cinquante fois dans une page, quelque peu fatigants. Les illustrations, hors-texte dans lesquelles tout, même le trait, est reproduit au pochoir, ne sont parvenues à m’intéresser ni intellectuellement ni visuellement." Comme quoi on peut être critique d'art et ne pas avoir le sens de la mesure ni le sens du beau et de l'originalité. Les dessins donnés ici par Raymonde Aynard sont puissants et la technique de reproduction au pochoir donne à la perfection l'image des originaux. On décèle, dans ces dessins remplis de couleurs, des tristesses et des joies que le texte de la Genèse exprime par les mots.














Heureusement une autre critique contemporaine vient contrebalancer les mots lapidaires de Jean Bruller. "Mlle Raymonde Aynard avait un aïeul profondément regretté dans cette maison, et pour père un diplomate de carrière glorieusement tué sous Verdun après s’être engagé à près de cinquante ans : abnégation émouvante qui mérite beaucoup plus qu’un souvenir. De ses quatre filles, celle-ci s’adonne à l’illustration et vient d’affirmer sa verve créatrice en neuf hors-texte très librement conçus à l’aquarelle et fidèlement réalisés par Daniel Jacomet pour une édition de la Genèse, d’après la version de Le Maistre de Sacy. Le volume, petit in-4° (in-folio en réalité), est pittoresquement imprimé, mais tiré seulement à deux cents exemplaires, sur les presses de Maurice Darantière, émigré de Dijon à Épinay-sur-Seine, et qui se montre un imprimeur visiblement épris de structure typographique. La jeune artiste aime à coup sûr l’effort, puisqu’elle s’est primitivement révélée en s’attaquant à la pensée hautaine et profonde de Maeterlinck. On sent chez elle une personnalité avide de stimuler les idées en des reflets multiples, pliant par les attitudes non moins que par les physionomies. Dans sa facture visant à la force, la couleur s’étale en larges taches claires, parfois crues, dont la mâle vigueur risque parfois un audacieux contraste avec les interlignes de la justification toute proche. Des frontispices isolés, qui n’ont pas à s’ajuster au noble appareil de la page imprimée, s’accommoderont à souhait de cette belle indépendance juvénile, caractéristique d’une vie intense, d’un enthousiasme fécond et de vertus peu communes, puisqu’elles sont innées et ne sauraient guère s’acquérir. — P. V. B."

Néanmoins la peinture (les illustrations) de Raymonde Aynard n'ont jamais manqué d'interpeller le critique par leur étrangeté et leur puissance d'imagination. Elle se tourna presque entièrement vers l'abstraction et le surréalisme après guerre, et on peut lire une intéressante analyse de son œuvre parue à l'époque : "Certes l’Ariane (tableau) de Mme Raymonde Aynard ne nous rappelle-t-elle que d’une manière bien superficielle les traits émouvants dont le Tintoret ou le Titien avaient usé pour évoquer la fille de Minos. L’artiste paraît du moins avoir justement renoncé à ces tendances qu’exprimaient ces étranges tableaux qu’elle avait exposés au dernier Salon des Tuileries. Elle paraît avoir compris que la liberté sacro-sainte de l’art, le souci de la peinture pure, n’excusent qu’incomplètement certaines invraisemblances et certaines audaces. Je suis enchanté pour moi des progrès que l’expérience valut à son talent. Ainsi dégagé de ces témérités exagérées, il permet de discerner plus justement des qualités de trait, de composition, dignes d’un meilleur sort que celui qui leur avait été réservé. Pour ce qui est de la couleur, elle s’est cantonnée cette fois dans des tonalités particulièrement sobres ; je les accepte parfaitement puisqu’il s’agit d’évoquer l’héroïne d’une légende atroce, de l’épouse abandonnée qui mit fin à ses jours en se jetant dans les flots. J’ai eu plaisir à constater cette évolution heureuse, quoique encore incomplète, vers une conception plus conforme aux traditions de notre art.".

Nous serions curieux de savoir comment la jeune Raymonde Aynard — elle n’avait que dix-neuf ans lorsque parut Genèse en 1929 — était perçue au sein de sa famille. Il semble qu’elle ait choisi de suivre un chemin résolument artistique, sans la moindre préoccupation pour les aspects matériels de l’existence auxquels sa lignée semblait pourtant l’avoir prédestinée.


Rare par son tirage et demeuré méconnu, cet ouvrage — dans cet exemplaire unique offert par l’illustratrice, enrichi d’une grande aquarelle originale et magnifiquement relié dans le plus pur esprit Art déco — s’impose comme une authentique perle bibliophilique.

Prix : 3 500 euros

mercredi 5 novembre 2025

DUBOUT | Marcel Aymé (préface) Album de planches 31,5 x 23,5 cm. Editions Art et Technique, Monaco [imprimerie de l'Eclaireur à Nice], 1942. 40 planches + 3 illustrations. Véritable édition originale. Un des 27 exemplaires sur vergé Chesterfield. Très rare dans ce tirage.



DUBOUT | Marcel Aymé (préface)

[ALBUM] DUBOUT. Préface de Marcel Aymé.

Editions Art et Technique, Monaco [imprimerie de l'Eclaireur à Nice], 1942

Album en feuilles 31,5 x 23,5 cm (à relier ou à conserver sous chemise cartonné), comprend une couverture ajourée pour le premier plat en suédine marron avec le nom DUBOUT et PREFACE DE MARCEL AYME en doré. Une page de titre imprimée en couleurs et tirée sur papier couché avec une vignette en couleurs de Dubout. 1 feuillet de justification du tirage de luxe de l'édition originale (voir plus bas). 2 feuillets de Préface de Marcel Aymé avec 2 illustrations de Dubout en couleurs (imprimés sur papier couché). 40 planches dont 2 doubles en noir imprimées sur papier couché et 2 simples en couleurs imprimées sur papier couché également. 36 planches en noir imprimées sur papier vergé teinté Chesterfield (voir plus bas). Le quatrième plat de couverture est en suédine marron (vierge). Le tout est très bien conservé. A noter quelques traces de colle dans la marge intérieure des deux plats de couverture et de la page de titre. Petit grattage du doré dans le T de DUBOUT sur la couverture.



Edition originale.

Il s'agit ici de la véritable édition originale en tirage de luxe numéroté. 

Celui-ci, un de 27 exemplaires sur vergé Chesterfield.



Le tirage de luxe a été limité à 18 ex. hors commerce sur papier d'Ingres marqués A à R, 21 ex.  sur vergé Hollande, 27 ex. sur vergé Chesterfield, 68 ex.  sur vergé supérieur, soit un total de 116 exemplaires plus les 18 ex. hors commerce. 

Pour chacun de ces exemplaires la préface et les planches en couleurs ont été tirées sur couché blanc supérieur. Dans notre exemplaire les 2 planches doubles en noir sont également tirées sur couché blanc ce qui semble normal.















La plupart des exemplaires ordinaires de cet album possèdent un nombre d'illustrations entre 40 et 48 selon que l'on compte ou non les vignettes en couleurs. Notre exemplaire compte 40 planches + les 3 vignettes en couleurs du début du volume.

Quoi qu'il en soit, c'est la première fois que nous croisons un exemplaire du tirage de luxe de l'édition originale, seul tirage qui doit être désigné comme tel.

Les exemplaires ordinaires, en bon ou en mauvais état, avec un nombre de planches variable, se trouvent entre 50 et 60 euros sur le marché de l'occasion.

Très rare dans ce tirage.

Prix : 950 euros

mardi 4 novembre 2025

La Môme Picrate par Willy [avec Armory et Curnonsky ?] (1903). Un des 30 exemplaires sur papier de Hollande. Bel exemplaire relié. La vie amoureuse et fêtarde d'une petite danseuse sortie des Batignolles allant de cabarets en cabarets et aux prises sentimentales avec quelques hommes non moins fêtards ...



WILLY (Henry Gauthier-Villars) i.e. en collaboration avec ARMORY et CURNONSKY

La Môme Picrate. Roman.

Paris, Albin Michel, s.d. (1903) [imprimerie de Crété à Corbei]

1 volume in-12 (19,3 x 13 cm) de (4)-411-(1) pages. Couverture illustrée par J. Wely (premier plat).

Reliure moderne demi maroquin bleu nuit, relié sur brochure, tranches ébarbées, tête poncée. Parfait état. Le premier plat de la couverture illustrée est parfaitement conservé (et sans mention de mille).

Edition originale.

Un des 30 exemplaires imprimés sur papier de Hollande.

Il a été également tiré 10 exemplaires sur Japon.




"Il faut un historien au monde des fêtards qui ne sont pas tout à fait les bohèmes et non plus absolument des gens du monde, de ces êtres qui passent leur vie à s’amuser, qui en sont fatigués, malades, et s’amusent comme on suivrait des enterrements. (Il n’y a que le premier enterrement qui coûte, car c’est généralement celui d’une personne chère, mais les autres… ça roule tout seul, n’est-ce pas ?) Willy a résolu de devenir cet historien du fêtard quand même. Il est le citoyen du Paris noctambule où l’on danse, où l’on boit, où l’on joue et où l’on aime. Il connaît ce sérail, vous en montre les détours et s’il ne permet guère aux imbéciles de reconnaître les endroits où ils se feront plumer, c’est qu’il y ajoute le jeu personnel de ses mots qui suffit à désorienter certain public. La Môme Picrate est une danseuse, une petite Goulue nouveau type dont les dessous multicolores font perdre la tête à un pauvre Breton. Il est à remarquer que cela se passe dans ce roman comme dans une Passade ; or, comme un auteur a une tendance marquée à refaire toujours le même roman ce qui pourrait être un défaut devient ici le contraire. Willy a la Passade dans le sang et dans les doigts. Cette Môme Picrate est la fille de Willy tout seul. Elle est donc bien la sœur de l’héroïne de la Passade. Maintenant la réclame à Maugis et à son bord plat écrase tout ; je sais bien que ça fait des lignes et que c’est très commode de dépouiller son courrier du matin au long d’un chapitre, mais c’est peut-être d’un sans-gêne plus que byzantin. En somme quand Napoléon désirait entraîner ses soldats vers l’impossible il disait : « Regardez-moi ! » Willy a choisi ce procédé si simple pour entraîner ses lecteurs. Ça me paraît le bon, bien qu’il faille tous les courages pour oser l’employer. N’est-pas le Napoléon de la fête qui veut !" (par Rachilde, in Mercure de France)

"Il y a quelques semaines, nous étions, en littérature aussi bien qu’en politique, plongés dans les délices de la « trêve des confiseurs ». Les livres à scandales ou à audaces s’étaient modestement éclipsés derrière la littérature aimable, reposante et inoffensive des étrennes ; c’est d’ailleurs une tradition, et il ne s’était jusqu’à présent jamais trouvé personne pour manquer de respect à cette trêve des confiseurs. Malheureusement, Willy était là, et chacun sait que ce diable d’homme a pour principe de ne respecter rien, — surtout des choses respectables — et il s’est imaginé qu’il serait drôle de venir jeter le désarroi dans cette paix universelle et mêler aux douces et bénignes friandises du nouvel an, un peu, beaucoup, passionnément de poivre ! que dis-je, du poivre, il a mis du picrate dans nos boîtes de bonbons, et tandis que les éditeurs s’évertuaient à moraliser les petits et les grands en les amusant, Willy paisiblement, lançait la Môme Picrate. La Môme Picrate ! quel titre seigneur ! et songez qu’il n’est rien auprès de ce qu’il abrite, et que derrière ce mur scandaleux, bariolé, imagé par la silhouette de Willy en galante compagnie, il se passe énormément de choses que je me garderais bien de vous raconter. Pour moi qui suis, par bonheur un homme plus respectueux que Willy, j’aurais eu scrupule à parler, il y a quinze jours, au milieu des étrennes, de cette terrible et fulminante « Môme Picrate », mais j’ai reculé pour mieux sauter, et il me faut bien aujourd’hui dire un mot de ce livre dont tout le monde parle et que trop de gens lisent. Eh bien ! il est joli ce livre, et c’était vraiment bien la peine d’anéantir Claudine d’indécente mémoire pour faire renaître la Môme Picrate ! Les gens vertueux n’ont pas gagné au change, et je vous prie de croire — sans y aller voir — que cette danseuse excentrique n’a rien à envier à celle qui l’a précédée dans la carrière : ses lettres manquent d’orthographe, et ses propos sont dénués d’élégance [...]" in La Dernière de Willy par Emmanuel Glaser.














"Armory connaît Jean Lorrain certainement grâce à Rachilde et à sa fréquentation de tous les salons, particulièrement celui de Maggie Clark, peintre divorcée d'un Américain. Il hante les mêmes lieux, les mêmes fêtes « vécues comme des saturnales » que Willy ou Jean Lorrain, ce qui, au début, effarouchent un peu le jeune provincial. Mais très vite, il fait intimement partie de ce milieu : « Cette nuit, réunion parée et travestie chez la marquise de Morny rue George Ville. La belle Otéro, une exquise Germaine Dhéris, d'autres fort jolies. Le comte de Montesquiou – fête très gaie, très libre, très parisienne. Milieu dans lequel je me trouve le mieux. Danses lascives, pantomimes modernes. La vie de Paris. Le souper parmi les fleurs, la bataille de roses. Je vivais ! » Ce milieu lui inspire un roman, En débauches (avec des illustrations de l'auteur), qu'il dédie entre autres à Willy : ce texte qui décrit le Paris du « vice » sans citer de noms ne rencontre aucun succès, par contre celui que Willy fait paraître l'année suivante ne passe pas inaperçu ! Car Willy, après avoir publié fin 1903 La Môme Picrate en collaboration avec Armory (« Voulez-vous La Môme Picrate ? C'est massif. Et cul ! »), sort quelques mois plus tard En Bombe. Il n'a pas hésité à y mettre 100 photos de lui et de ses amis et à y parler de son entourage sous des pseudonymes transparents : si Willy est Maugis, Rodolphe de Kernadeck est bel et bien Armory. Celui-ci en est catastrophé : « Je figure dans un livre quasi pornographique de Willy aux côtés du maître (!). Et on me déclare perdu, foutu, avili (à Willy plutôt) taré définitivement. La gaffe est énorme c'est vrai ; je ne m'en console pas. Me relèverai-je de cela ? Oubliera-t-on ces images déshonorantes ??? » Mais le désir de notoriété de Willy a été le plus fort : « Rachilde, dans son compte-rendu de La Môme Picrate paru la même année qu'En Bombe, souligne ce besoin de publicité de Willy, elle y voit le bon moyen de réussir, mais cette mise en scène de Maugis/Willy lui paraît nécessiter bien du courage. Elle semble prévoir la dangerosité de cette course à la popularité, de cette surexposition médiatique. »" in Antisémitisme et homophobie. Clichés en scène et à l'écran, XIXe - XXe Siècles, par Chantal Meyer-Plantureux. De Chantal Meyer-Plantureux

Le libraire a lu La Môme Picrate, de A à Z, en passant par Q ! Tous les libraires ne lisent pas intégralement les livres qu’ils présentent à leur aimable clientèle ; mais celui-ci avait un air d’envie, un air de désir, un air 1900, qui m’a donné l’envie d’aller jusqu’au point final. Il faut bien l’avouer : beaucoup de romans de cette époque nous tombent aujourd’hui des mains par inanition intellectuelle trans-temporelle. Eh bien, La Môme Picrate se lit ! Dire qu’elle se lit bien serait une coquetterie de style ; mais elle se lit, et ce n’est déjà pas si mal. Willy — aidé de ses co-écrivains plus ou moins définis, Curnonsky et Armory — donne dans un argot parisien de faubourg, savoureux et piquant. Des bals populaires aux cabarets enfumés, des gargotes aux asiles d’aliénés, tout y passe à vive allure, pour que le lecteur ne s’ennuie pas. On bute parfois — souvent — sur des mots néologisés ou franchement propres (sales) à la langue verte chère à Willy ; mais cela passe, cela installe l’ambiance, cela plante l’époque et le ton. La Môme Picrate, danseuse au cœur d’artichaut, n’a pas eu la belle vie : un père alcoolique, une mère délaissante. Pourtant elle trace sa route entre froufrous et gargotes, entre deux (ou trois, ou quatre) amants. Elle tombe vive dans le panneau ! Willy ne la peint pas en victime, mais en jouisseuse fêtarde, une fille du pavé qui espère… espère quoi ? Les hommes autour d’elle bourdonnent, festoient, se grisent d’eux-mêmes. Et la fin du roman laisse la porte ouverte à un avenir qu’on n’imagine jamais vraiment comme on le rêverait. (NDLR — Ce roman publié en 1903 chez Albin Michel, signé Willy, garde encore un parfum de trottoir littéraire et de gouaille montmartroise. À lire pour le charme d’un temps révolu et pour son style typique.)



Bel exemplaire bien relié imprimé sur papier de Hollande.

Prix : 850 euros