samedi 15 août 2026

1776 | CODE DES NATIONS, ou examen philosophique et politique de l'homme considéré dans l'état de nature, d'avec l'homme en société. [par un membre de l'entourage de l'école physiocratique - Lemercier de la Rivière ?]


[ANONYME - Dans l'entourage de LEMERCIER DE LA RIVIERE et des physiocrates]

CODE DES NATIONS, ou examen philosophique et politique de l'homme considéré dans l'état de nature, d'avec l'homme en société.

Sans lieu ni date [A Londres, Aux dépens de la Société Typographique dans Pall-mall, 1776]

1 volume in-8 (21,7 x 13,8 cm) broché de VI pages (titre et Préliminaire) suivi des pages (7) à 157-(1). Complet. Couverture de l'époque en papier gris recouvert de papier marbré arraché (vestiges). Couverture usagée mais ayant bien protégé l'intérieur du volume qui est resté très frais. Non rogné.



Edition originale.

Curieux ouvrage et non moins curieux exemplaire. En effet, ce texte fait normalement partie d'un ouvrage composé de trois parties paginées séparément et titrées comme suit : Ouvrages politiques et philosophiques d'un anonyme. A Londres, Aux dépens de la Société Typographique dans Pall-mall. M DCCLXXVI. (1776) contenant à la suite du titre un faux-titre indiquant les trois ouvrages de ce recueil : I. L'Ordre essentiel et politique des puissances. II. Code des Nations, ou Examen philosophique et politique de l'homme considéré dans l'état de nature, d'avec l'homme en société. III. Essai politique sur le Commerce des différentes Nations avec la France, et sur celui de la France avec quelques Nations de l'Europe et des autres parties du Monde.

Nous sommes donc ici en présence de la seconde partie seule de ce recueil MAIS brochée seule à l'époque comme un tout complet. C'est le seul exemplaire de la sorte que nous avons pu examiner. Les deux autres parties étaient-elles également proposées à la vente séparément ? Nous ne savons pas.

Outre un court texte Préliminaire, très intéressant et rattachant cet écrit à l'école physiocratique (l'auteur était probablement un proche de Lemercier de La Rivière ou un membre de cette mouvance d'esprit), on trouve plusieurs chapitres tels que : la religion, le gouvernement, la population, le commerce, l'agriculture, la guerre, la marie et la navigation, l'impôt, les finances, les beaux-arts et les belles-lettres, les arts et métiers, la philosophie, la morale, la politique. L'auteur donne a son écrit une conclusion ou "Rapport de la sensibilité avec les qualités les plus essentielles à l'homme ; elle les renferme toutes."












Voici le court discours Préliminaire qui donne assez le ton de cet ouvrage :

"L’HOMME a en partage, l’existence & ses différentes perceptions, pour les employer à des connoissances dont les bornes lui sont prescrites : mais si, trop prompt à s’élever, il veut pénétrer les abîmes du vuide & voir au-delà de son entendement, ses facultés cèdent à son inexpérience, il devient inconséquent. En effet, quels grands intérêts peuvent résulter pour l’homme en voulant remonter à son origine, & découvrir les causes premières de son existence ? Qu’il soit venu d’un œuf, qu’il ait été confondu parmi les merveilles de la nature, en paroissant & disparoissant gradativement avec elles, qu’il ait été de toute éternité, ou qu’une puissance invisible l’ait créé, il n’a sur toutes ces variétés que des principes précaires d’existence, & ses convictions ne sont que des doutes. Si l’homme cherche à s’élever, c’est qu’il veut connoître ; il est donc ignorant. D’un autre côté, si on lui fait envisager l’existence comme un bienfait, son jugement se désarme, il insulte à la puissance qui le lie, il cherche à sapper son pouvoir, il devient fanatique d’une fatalité qu’il a autant de peine à concevoir. Aussi l’ignorance naquit-elle dans le berceau des recherches. Mais tant que l’homme étendra ses facultés jusqu’au possible, en devenant conséquent, la dialectique sera son partage ; il rejettera toutes superfluités ; son pouvoir, en prenant différentes formes, s’accroîtra avec la certitude. S’il veut se connoître lui-même, il peut, en remontant aux premiers hommes, établir une balance juste de son premier état avec son état actuel : dans le premier, il se verra errant, fugitif, suivant les loix de son propre instinct, y rapportant tous ses desirs, guidé par l’habitude, exempt de passions : dans le second, il se verra esclave de ses préjugés, soumis à des loix qu’il craint de suivre, guidé par diverses influences, en but aux passions les plus fortes, libre, & en société. D’après cette connoissance, il peut balancer les motifs, les circonstances, les différentes révolutions qu’il a éprouvés, & élever des systêmes qu’il peut contrebalancer par les objets : il peut voir qu’il est redevable envers les arts & les sciences de l’avoir rendu à la société ; mais aussi qu’ils ont pu lui avoir été nuisibles ; que, quoiqu’en société, il n’est pas moins isolé, & que, quoique libre en apparence, il porte toujours avec lui des chaînes invisibles, qui contrebalançant ses projets, lui préparent un avenir qu’il cherche à appercevoir, pour en diviser au moins les funestes effets. Après avoir ainsi parcouru le systême physique, il peut, en considérant le moral, le fonder sur diverses influences, & se soumettre à la nécessité, ou l’attribuer à des puissances invisibles & s’aveugler sur leurs loix. Mais l’homme peut-il être heureux, s’il ne s’élève ; & le simple desir, en lui prouvant son impuissance, lui ferme la carrière du bonheur. Il faut avouer que l’esprit humain est trop borné, & que la raison seule du peu de durée de son existence oppose les entraves les plus fortes à ses projets ; il a marché sur les épines, croyant y trouver des fleurs ; il reconnoît tôt ou tard la fausseté de la glace qui lui réfléchissoit les objets, & le moment où il croit son triomphe plus certain, est celui où il n’a que des doutes. L’homme paroît toujours s’opposer aux vues de la nature, en la cherchant où elle n’est pas : on doit croire que par de pareils procédés, & en voulant en quelque façon desavouer cette identité nécessaire à la progression des êtres, il tend à la destruction de l’ordre ; mais il ne le peut, & quand la chose seroit possible, son grand intérêt seroit de les cacher à ses semblables, puisqu’ils leur seroient, ou funestes, ou inutiles. Nous dépendons de la nature, & elle nous constitue causes secondaires des effets moraux ; elle nous soumet à ses influences ; & l’expérience le justifie en admettant cette succession première & continuelle de l’espèce humaine, de l’état de nature dans celui de la société. Ces développemens, cette maturité, ce déclin, cette destruction, sont autant de résultats produits par des principes & sujets aux modifications des circonstances ; le tems fixe les différens ressorts des objets, mais les révolutions les altèrent & souvent les détruisent. Tout ce qui a un principe tend à une fin ; mais ce qui a été de toute éternité, peut être sujet à des influences, mais ne peut être détruit. Ainsi, par la raison que la reproduction est une suite nécessaire du mouvement, notre globe a éprouvé de siècles en siècles différentes révolutions & différens changemens ; une partie même pourra servir de substance élémentaire aux astres qui brillent & qui consument, sans cesse. Ces dispositions actuelles & futures font raisonner les hommes, elles peuvent même les éclairer sur les effets, s’ils veulent remonter aux causes ; mais l’erreur fuit le raisonnement, & l’évidence fuit le préjugé : il est donc essentiel à l’homme de rapporter le moral au physique, & de le considérer comme le point de réunion du sçavoir & de la conséquence ; car être conséquent, c’est avancer des preuves, & la preuve identifie le raisonnement. C’est d’après ce principe que nous allons établir les nôtres ; heureux si nos efforts tendent à rapprocher l’homme de lui-même, & à lui faire voir la vérité dans tout son éclat !"

Personne ne semble s'être intéressé à l'auteur de ce texte. Certains évoquent Lemercier de la Rivière, sans fondement réel. Ce texte a par ailleurs été complètement négligé alors qu'il contient de très intéressantes vues progressistes.

Bon exemplaire broché non rogné en condition d'époque de cet écrit très intéressant.

Prix : 450 euros