lundi 6 octobre 2025

Gabriel Bonnot de Mably. Entretiens de Phocion sur le rapport de la morale avec la politique. Traité utopiste sur l'égalité et la justice sociale (1783). On y trouve les prémisses des héories pré-communistes. Bel exemplaire finement relié à l'époque.


MABLY (Abbé Gabriel Bonnot de)

ENTRETIENS DE PHOCION, SUR LE RAPPORT DE LA MORALE AVEC LA POLITIQUE. Traduits du grec de Nicoclès, par M. l'abbé Mably.

Se trouve à Paris, chez Bailly et Lamy, 1783. De l'imprimerie de Benoît Morin, rue St-Jacques.

3 volumes in-18 (128 x 80 mm) de LVIII-(2 bl.)-132 pages ; (4)-(2 bl.)-128 pages et (6)-paginé 129 à 260.

Reliure strictement de l'époque plein veau blond granité glacé, dos lisses ornés aux petits fers dorés, pièces de titre et tomaison de maroquin noir, tranches jaunes, roulette dorée en encadrement des plats, doublures et gardes de papier marré. Reliures très bien conservées restées très fraîches. A noter quelques légers frottements et marques, le tout sans gravité. Intérieur très frais, imprimé sur beau papier fort.












Nouvelle édition.

La première édition de ce traité utopiste sur l'égalité et la justice sociale a paru en 1763 (1 vol. in-12). C'est un des plus importants ouvrages de l'abbé Gabriel Bonnot de Mably (1709-1785). Historien, philosophe moral et politique, Mably, qui était le frère de Condillac, donne ici sous la forme fictive d'un dialogue entre Phocion (Mably lui-même) et Aristias (le marquis de Chastellux - cette hypothèse est parfois remise en question), développe l'idée suivant laquelle le bonheur des nations est fondé sur le progrès des mœurs et non sur le progrès technique. Mably prône le mépris des richesses et une société égalitaire que le politique doit s'attacher à rendre vertueuse. On y trouve les prémisses des théories pré-communistes développées plus tard dans De la législation (1776).

Dans cette nouvelles édition, de belle facture, il est curieux de noter que le titre du premier volume ne porte aucune tomaison alors qu'il se termine bien par les mots "Fin du tome premier". Les deuxième et troisième tomes sont en pagination continue (on trouve ainsi souvent cet ouvrage relié en 2 volumes seulement, mais c'est bien trois pages de titre qu'il faut). Par ailleurs, autre curiosité, nous avons trouvé trace d'un exemplaire relié en 2 volumes par Derome avec l'adresse de Bailly sur les titres mais sortant de l'imprimerie de Didot (exemplaire sur vélin), voir Bulletin de la librairie Morgand et Fatout, n°11.490 (maroquin vert de Derome, 2 vol., 200 francs). Il en existait au moins six exemplaires imprimés sur peau de vélin et référencés par Van Praet (n°29 du catalogue Van Praet - ex. de la bibliothèque privée de Louis XVI - Mc-Carthy - Bibliothèque de M. R. Paris - un autre d'une bibliothèque vendue en 1809 - etc).

"Quelque puissant que soit un État, cette idée des écueils dont il est entouré, ne doit-elle pas l’ef­frayer, & lui apprendre qu’il ne peut jouir d’une prospérité cons­tante, ni même se soutenir long­temps, s’il ne travaille par la justice, sa modération & sa bienfaisance, à se faire des alliés fidèles & zélés ? Vous voudriez, Ariftias, acqué­rir à votre ami l’amitié du monde entier. S’il lui manque quelque ver­tu, vous voudriez pouvoir la lui donner. Comment croiriez-vous donc qu’un Citoyen aime sa Patrie, quand il flatte & caresse ses vices, & ne cherche qu’à la rendre incommode, suspecte & odieuse à ses voi­sins ? Si votre ami vous consultoit sur les moyens de mériter de la consi­dération dans Athènes, & de ga­gner les suffrages du peuple dans les élections ; lui conseilleriez-vous de paroître un homme sans foi, d’ou­blier ses engagemens, d’user en toute occasion de son droit avec rigueur, d’être insolent & dédaig­neux, & de tendre des piéges à tou­tes les personnes avec lesquelles il traite ? Pourquoi donc nos sublimes Politiques conseillent-ils à la Répu­blique d’avoir, à l’égard des Étran­gers la même conduite que vous blâmeriez dans votre ami ? Se fait-on des amis par des injustices & des in­jures ? [...] Si on se rappelle la vie de Solon par Plutarque, on ne fera pas étonné du peu de cas que Phocion sembloit faire du législateur de sa patrie. Plutarque nous a conservé quelques morceaux des poésies de Solon, où les plaisirs et la volupté sont célébrés d’une manière peu convenable à un sage. Il avoit fait, à ce qu’on croit, le commerce dans la jeunesse, et dans la vieillesse il fut adonné à l’oisiveté et aux plaisirs de la table et de la musique. Gagné par les caresses de Pysistrate, il abandonna les intérêts de sa patrie, et finit par être le flatteur, l’ami et le conseil de l’oppresseur de la liberté publique. Comme législateur, Solon ne fit que pallier les maux d’Athènes. Sous prétexte que les Athéniens n’étoient pas capables d’avoir de meilleures lois que celles qu’il portoit, il ne leur en donna que de médiocres. Il faut que des lois soient bien peu sages, quand leur auteur leur survit. Solon ne contenta ni les riches ni les pauvres, en voulant contenter tout le monde. Il donna trop peu d’autorité aux lois et aux magistrats, ce qui laissa subsister les anciens préjugés et les anciennes divisions, et empêcha que le gouvernement ne s’affermît." (extrait)

La philosophie politique morale et républicaine de Mably peut se réumer ainsi : un bon gouvernement repose sur la vertu, la justice et la modération, non sur la ruse ni la complaisance. La sagesse politique, selon lui, ne consiste pas à ménager les passions humaines, mais à les discipliner pour le bien commun.

Références : Tchemerzine-Scheler IV, 249b ; INED, 2992 ; Cioranescu, 41171. (Première édition).







Provenance : ex libris armorié du XIXe siècle. A identifier.

Bel exemplaire très bien conservé dans de jolies reliures de l'époque.

Prix : 850 euros

mardi 30 septembre 2025

LOUVET DE COUVRAY (Jean-Baptiste) | Les Amours du Chevalier de Faublas. Illustrés de quatre-vingt-dix eaux-fortes en couleurs de Timar. Paris, Francis Guillot, Éditeur, 7 rue Perronet, 1932 | 4 volumes in-4 brochés. Tirage unique à 345 exemplaires. Celui-ci, un des 30 exemplaires sur Japon impérial comprenant les 90 eaux-fortes en couleurs, bien complet des trois aquarelles originales accompagnées des trois cuivres originaux correspondants, 3 croquis originaux, une suite complète des 90 estampes en noir sur japon avec remarque. Le tout conservé sous chemise en demi cuir à bande et à rabats refermés. Superbe exemplaire de ce rare tirage de tête.


Aquarelle originale


LOUVET DE COUVRAY (Jean-Baptiste)

Les Amours du Chevalier de Faublas. Illustrés de quatre-vingt-dix eaux-fortes en couleurs de Timar.

Paris, Francis Guillot, Éditeur, 7 rue Perronet, 1932

4 volumes in-4 (24,5 x 19,5 cm) brochés de 293, 304, 258 et 258 pages. Avec 90 eaux-fortes en couleurs la plupart hors-texte (quelques in-texte en deux tons). Couvertures imprimées rempliées. Chemises demi cuir à bande avec rabats repliés (sans étuis). Parfait état de l'ensemble. Les cuivres sont oxydés et assombris et méritent un nettoyage.

Tirage unique à 345 exemplaires.

Celui-ci, un des 30 exemplaires sur Japon impérial comprenant les 90 eaux-fortes en couleurs, bien complet des trois aquarelles originales accompagnées des trois cuivres originaux correspondants, 3 croquis originaux, une suite complète des 90 estampes en noir sur japon avec remarque.


Aquarelle originale

Publié pour la première fois en 1787, alors que Jean-Baptiste Louvet de Couvray avait vingt-sept ans, Les Amours du chevalier de Faublas s’ouvrent avec un premier tome intitulé Une Année de la vie du chevalier de Faublas. On y suit un jeune gentilhomme de petite noblesse provinciale qui monte à Paris avec son père et sa sœur destinée au couvent. Doué d’esprit et d’attraits, Faublas découvre la capitale et s’initie aux intrigues galantes, débutant par une conquête singulière : travesti en jeune fille, il séduit une marquise. Le roman, emblématique de la veine libertine, déroule ensuite une succession d’aventures amoureuses et de situations vaudevillesques, où se multiplient travestissements, quiproquos et rencontres féminines. Le succès de l’ouvrage fut immédiat, assurant à son auteur une place de premier plan dans la littérature libertine de la fin du XVIIIe siècle.


Aquarelle originale


L'illustration profuse de Timar est très belle et libertine comme le ton du roman. Elle contient de nombreuses scènes légères et sensuelles très bien représentées.

Émeric Timar (Imre Tímár, Budapest 1898 – Paris 1949), illustrateur hongrois de l’École de Paris, élève et collaborateur de Jacques Villon, se spécialisa dans l’eau-forte en couleurs, la lithographie et le pochoir. Installé à Paris dès 1925, exposant régulier aux Salons d’Automne et des Indépendants, il laissa une œuvre bibliophilique restreinte mais marquante : Félicia ou Mes Fredaines de Nerciat (vers 1930, suite de planches), Les Amours du chevalier de Faublas (Guillot, 1932, 90 eaux-fortes), Voyages de Gulliver (À l’Emblème du Secrétaire, 1940, plus de 80 illustrations), Notre-Dame de Paris (même éditeur, 1942, 3 vol., compositions en couleurs par le procédé Duval et pochoirs de Jon & Liétard), Faust (Moulin de Pen-Mur, 1943, gravures sur cuivre), Maria Chapdelaine (Houblon, 1943, dessins et 8 hors-texte), Monsieur de Bougrelon (Arc-en-Ciel, 1944, pochoirs), Corps et Âmes (Arc-en-Ciel, 1944, 2 vol. in-folio, près de 95 eaux-fortes), Tropique du Cancer d’Henry Miller (Deux-Rives, 1947, 24 lithographies en couleurs) et Le Capitaine Pamphile de Dumas (Rouge et Or, 1948).

























Bel exemplaire du rare tirage de tête sur Japon avec 3 originaux, 3 cuivres, 3 croquis et suite en noir avec remarques.

VENDU

lundi 29 septembre 2025

ANTI-CONTRACT SOCIAL, dans lequel on réfute, d'une manière claire, utile et agréable, les principes posés dans le Contract-Social de J. J. Rousseau, citoyen de Genève, par P. L. Bauclair, citoyen du monde. A La Haye, chez Frédéric Staatman, libraire sur le Kalvermarkt, 1764 | 1 volume petit in-8 relié en veau à l'époque. Bon exemplaire de ce livre peu commun en condition d'époque.



P. L. DE BAUCLAIR  [Jean-Jacques ROUSSEAU]

ANTI-CONTRACT SOCIAL, dans lequel on réfute, d'une manière claire, utile et agréable, les principes posés dans le Contract-Social de J. J. Rousseau, citoyen de Genève, par P. L. Bauclair, citoyen du monde.

A La Haye, chez Frédéric Staatman, libraire sur le Kalvermarkt, 1764

1 volume petit in-8 (15,8 x 10,3 cm) de (2)-XII-IV-[paginé 5 à 271]. Complet. Vignette à l'eau-forte sur la page de titre.

Reliure strictement de l'époque plein veau fauve marbré, dos à nerfs orné aux petits fers dorés, tranches rouges, doublures et gardes de papier marbré. Reliure frottée avec quelques usures (mors supérieur partiellement fendu, coins et coupes frottés, coiffes usées aux extrémités). Rousseurs et quelques taches sans gravité.

Edition originale.






Publié en 1762 chez Marc-Michel Rey à Amsterdam, Du Contrat social constitue l’aboutissement d’un projet politique mûri depuis les années 1740, lorsque Rousseau observa à Venise le fonctionnement d’une république ancienne. Après les Discours et l’article Économie politique de l’Encyclopédie, Rousseau reprend son vaste projet d’« Institutions politiques » et en extrait un traité resserré. La première version, le Manuscrit de Genève (1760), fut remaniée pour donner l’ouvrage définitif. Affirmant la souveraineté du peuple, la volonté générale et l’indivisibilité du pouvoir, Rousseau y rejette le droit du plus fort et fonde la légitimité sur le pacte social. Condamné dès sa parution à Paris et à Genève, le livre circule néanmoins dans toute l’Europe, suscitant débats et réfutations — dont l’Anti-Contrat social de Bauclair (1764), la première à paraître. Œuvre phare des Lumières, le Contrat social demeure un des textes fondateurs de la modernité politique.

L’Anti-Contrat social de Bauclair épouse délibérément la charpente du Contrat social de Rousseau afin d’en proposer une réfutation point par point. L’ouvrage s’ouvre, comme chez Rousseau, sur le passage de l’homme de l’état de nature à l’état civil : les premiers chapitres du Livre I reprennent les thèmes fondateurs – les sociétés primitives, le droit du plus fort, l’esclavage, la première convention – jusqu’à l’énoncé du pacte social lui-même, du souverain et de l’état civil. Là où Rousseau entendait dégager les conditions d’une association libre et égalitaire, Bauclair oppose un contre-discours destiné à démontrer que ces hypothèses sont fragiles, abstraites ou dangereuses.









Le Livre II poursuit la symétrie : Rousseau y plaçait les principes de la législation et de la souveraineté, en affirmant son caractère inaliénable et indivisible, en définissant la loi et en introduisant la figure du législateur. Bauclair reprend la même série – indivisibilité, droit de vie et de mort, bornes du pouvoir souverain – mais pour en contester la validité. Sa critique insiste sur les excès de la souveraineté populaire et sur le caractère utopique de la volonté générale, que Rousseau érigeait en fondement absolu de l’ordre politique.

Le Livre III, qui chez Rousseau traite des formes de gouvernement (démocratie, aristocratie, monarchie, gouvernements mixtes), sert à Bauclair de terrain de réfutation pratique : chaque régime est passé en revue, avec l’idée que la théorie rousseauiste tend à gommer la diversité historique et les équilibres réels des constitutions. Les chapitres consacrés aux signes d’un bon gouvernement, à la dégénérescence des pouvoirs, à la mort du corps politique ou à l’institution du gouvernement sont, dans l’Anti-Contrat social, des contre-arguments qui visent à montrer la naïveté ou la dangerosité d’une souveraineté qui se veut absolue.

Enfin, le Livre IV reprend les institutions politiques étudiées par Rousseau : suffrages, élections, comices romains, tribunat, dictature, censure et religion civile. Chaque notion, que Rousseau traitait comme organe ou instrument de la volonté générale, est chez Bauclair examinée sous l’angle de ses risques et de ses dérives. La conclusion, qui correspond à celle du Contrat social, se présente donc comme une véritable contre-leçon : Rousseau prétendait fonder la liberté sur l’égalité et la souveraineté populaire ; Bauclair affirme au contraire que ces principes, appliqués à la lettre, menacent l’ordre civil et politique.




Bon exemplaire de ce livre peu commun en condition d'époque.

Prix : 1 150 euros