lundi 25 novembre 2024

J.-H. ROSNY aîné de l'Académie Goncourt. Carillons et Sirènes du Nord. Paris, Les Editions De France, 1928. Edition originale. Un des 10 exemplaires de tête sur Japon (n°2). Superbe exemplaire du tirage de tête à 10 exemplaires seulement sur Japon, magnifiquement habillé d'une fine reliure Art Déco dans le goût des Legrain.

J.-H. ROSNY aîné de l'Académie Goncourt

Carillons et Sirènes du Nord, par J.-H. Rosny Ainé de l'Académie Goncourt.

Paris, Les Editions De France, 1928 (achevé d'imprimer par l'Imprimerie Nouvelle à Paris le 30 avril 1928)

1 volume grand in-12 (20,3 x 14 cm) de (6)-IX-(1)-326-(2) pages.

Reliure strictement de l'époque plein maroquin noir charbon, premier plat décoré de 7 filets dorés verticaux de longueurs variables encadrés de filets à froid sur toute la hauteur du plat, les filets dorés sont suivis d'incrustation de box noir courant jusqu'au bas du plat, dos lisse avec auteur et titre dorés et filets à froid verticaux sous le titre, encadrement intérieur des plats d'un jeu de trois filets dorés avec en doublure un papier pailleté d'argent et de taches d'encre de Chine, tête dorée, non rogné (relié sur témoins). Etui bordé et doublé de box beige. Couverture imprimée conservée en excellent état (les deux plats et le dos). Reliure de très belle qualité parfaitement conservée. Elle n'est pas signée mais est tout à fait dans le goût des reliures de Pierre Legrain (mort en 1929) ou de son beau-fils Jacques Anthoine Legrain (1907-1970).


Edition originale.

Un des 10 exemplaires de tête sur Japon (n°2).

Il a été tiré en outre 100 ex. sur papier Alfa et 35 ex. hors commerce sur le même papier.

Originaire de Bruxelles, le romancier Joseph-Henri Rosny aîné (1856-1940) publie à la fin des années vingt ce livre sur le Nord de la France, présenté sous la forme d’un récit de voyage. Dans Carillons et Sirènes du Nord (1928), J.-H. Rosny aîné explore les paysages et les sons de la région du Nord de la France, marquée par les ravages de la Première Guerre mondiale. Le récit met en contraste les carillons des beffrois, symboles de mémoire et de tradition, et les sirènes des usines, signes d'une industrialisation accélérée par la reconstruction après-guerre. À travers une prose poétique, Rosny témoigne des transformations sociales et culturelles de cette région où cohabitent la nostalgie d’un passé blessé et les réalités du progrès. Rosny met en lumière la tension entre tradition et modernité, mêlant admiration pour le progrès et nostalgie d’un passé en harmonie avec la nature. Les carillons, porteurs de mémoire et de spiritualité, s’opposent aux sirènes, marqueurs du travail ardu et de l'industrialisation. Ce texte dépeint un monde en mutation, où l’esthétique des contrastes révèle à la fois la beauté et la fragilité de cet équilibre perdu. Par son style évocateur et sa réflexion sur le temps, l’auteur transcende le simple témoignage pour offrir une méditation sur le devenir de la société.




L'auteur passe par les villes de Lille, Roubaix, Tourcoing, Valenciennes, Douai et Arras, et livre à chaque fois ses impressions.

"Le Nord ! Est-ce d'avoir touché la terre natale, est-ce l'énergie contagieuse de l'ambiance, j'ai des jambes de vingt ans ! [...] Le Nord, l'homme du Nord, la vie intime ... Les Carillons du Nord - voilà ce qui sonnait à ma mémoire. Ils se sont tus presque partout et ce sont des Cheminées qui sollicitent mes regards, les sirènes impérieuses de l'usine qui tympanisent nos oreilles. "Quel paysage neuf - et partout, de la beauté neuve... "Ah ! que ce livre, par endroit, incite le voyageur a déchiffrer la beauté du Nord, derrière ces fumées, voilà ce que je désire ! " Quand le Nord réclamera sa place au soleil de l'Art, quand il montrera ses lettres de noblesse, nul ne pourra lui refuser la belle renommée qu'il mérite !" (extrait).














Superbe exemplaire du tirage de tête à 10 exemplaires seulement sur Japon, magnifiquement habillé d'une fine reliure Art Déco dans le goût des Legrain.

Prix : 2.500 euros

samedi 23 novembre 2024

ANONYME [Claude JOLY] | Recueil de Maximes véritables et importantes pour l'institution du Roy. Contre la fausse et pernicieuse politique du Cardinal Mazarin, prétendu Sur-Intendant de l'éducation de sa Majesté. Avec deux Lettres Apologétiques pour ledit Recueil contre l'Extrait du S. N. Avocat du Roy au Chastelet. A Paris, M. DC. LXIII. (1663) [Hollande, i.e. 1653]. Bel exemplaire luxueusement relié en maroquin à l'époque, très bien conservé, condition rare pour cet ouvrage de polémique politique.


ANONYME [Claude JOLY]

Recueil de Maximes véritables et importantes pour l'institution du Roy. Contre la fausse et pernicieuse politique du Cardinal Mazarin, prétendu Sur-Intendant de l'éducation de sa Majesté. Avec deux Lettres Apologétiques pour ledit Recueil contre l'Extrait du S. N. Avocat du Roy au Chastelet.

A Paris, M. DC. LXIII. (1663) [Elzéviers d'Amsterdam, Hollande, i.e. 1653]

1 fort volume in-12 (141 x 85 mm | hauteur des marges : 133 mm) de 12 feuillets non chiffrés y compris le titre, et 584-(2), 1 feuillet blanc, 65 pp. Collationné complet.

Reliure strictement de l'époque plein maroquin olive, dos à nerfs richement orné aux petits fers dorés, pièce de titre de maroquin havane, double-filetd doré en encadrement extérieur des plats, roulette dorée sur les coupes, roulette dorée en encadrement intérieur des plats, doublures et gardes de papier marbré, tranches dorées. Belle et fine reliure en maroquin de l'époque très bien conservée. Quelques ombres au maroquin. Intérieur très frais. Petite tache sans gravité en marge extérieur des cinquante derniers feuillets.


Nouvelle édition.

La première édition de ce pamphlet date de 1652 et a été aussitôt détruite. Une deuxième édition a été aussitôt imprimée en Hollande en 1653 puis enfin en 1663 (notre édition) avec l'adjonction des deux lettres apologétiques.

Ce volume sortirait des presses des Elzéviers d'Amsterdam selon Brunet.

On lit à la fin du volume que le texte a été rédigé en décembre 1642 et revu en octobre 1652.

Cependant, après exament minutieux d'un exemplaire de 1653 et de notre exemplaire de 1663, il s'avère qu'il s'agit, à la virgule près, du même tirage (lettrines, justifications des pages, et même jusqu'aux erreurs typographiques). Il ne s'agit donc pour nous que d'une remise en vente des exemplaires invendus de 1653 avec ajout des deux lettres apologétiques qui s'y trouvent d'ailleurs en pagination séparée. Il n'y a donc à priori que deux éditions de cet ouvrage, la première de 1652 qui a été saisie et supprimée (on en dénombre cependant quelques exemplaires qui ont échappé à la destruction) et celle de 1653 que l'on trouve soit sous cette date, soit sous la date de 1663 avec les deux lettres ajoutées à la fin (notre exemplaire).









Toutes les idées, esquissées dans les Mazarinades, Claude Joly les a exposées à son tour, mais d'une façon plus synthétique, et, plus profondément que les auteurs de ces pièces fugitives, il a étudié les principes et le fonctionnement de l'organisation politique. Son livre le plus remarquable a paru en 1652, au moment même où la Fronde finissait, et le titre même indique déjà que Claude Joly n'a pas échappé au préoccupations du moment : Recueil de Maximes véritables et importantes pour l'institution du Roy contre la fausse et pernicieuse politique du Cardinal Mazarin, prétendu surintendant de l'éducation de Sa Majesté. L'ouvrage fut attaqué par le Châtelet ; un avocat du roi réussit à en extraire treize propositions, qu'il déclara subversives, et le tribunal condamna au feu le Recueil des maximes. Cependant, en 1663, parut une nouvelle édition, à laquelle on ajouta deux Lettres apologétiques, qui prétendaient répondre aux arguments de l'avocat du roi, et qui semblent aussi être l'oeuvre de Claude Joly. Dans la Préface de son Recueil de maximes, Claude Joly se défend d'avoir voulu faire oeuvre de factieux : « Je n'ai point eu en cecy d'autres intentions que de tascher, selon mon petit pouvoir, d'estre utile à mon prince et à son Estat ! Ceux qui me connoissent sçavent bien que je ne suis de mon naturel ny factieux ny républicain. » Il déclare qu'il appartient à une famille de zélés royalistes, qui ont toujours combattu la Ligue, et qui ont contribué, pour leur part, à l'avènement de Henri IV ; comme Français et comme chrétien, ajoute-t -il , « je fais profession solennelle de chérir et honorer mon Roy comme l'image vivante de Dieu sur la terre » . Il ne veut pas qu'on le prenne pour un révolutionnaire ; bien au contraire, ainsi que tous ceux qui, à cette époque, combattent la théorie absolutiste, il se donne comme le défenseur des traditions anciennes et t il demande que l'on revienne à ce qu'il croit être les institutions fondamentales de la monarchie. Il considère que ce sont les ministres qui ont faussé les lois primitives du royaume. Il est donc pour lui une question essentielle, c'est de savoir quelle est l'origine de l'autorité royale. Sa réponse est très nette : ce sont les peuples qui ont institué les rois : « Il semble à quelques uns mal informez de la condition des Souverains que les peuples ne sont faits que pour les Roys ; quoy qu'au contraire il soit véritable que les Roys n'ont esté faits que pour les peuples . Car, de tout temps, il y a eu des peuples sans Roys , mais jamais il n'y eut de Roys sans peuples . » Comme les peuples ne peuvent vivre sans justice, les rois n'ont été institués que pour remplir cet office : « C'est la nécessité et le besoin que les peuples ont reconnu avoir de la justice qui les a fait résoudre à constituer sur eux des roys pour la recevoir de leurs mains. » — Ainsi, c'est le peuple qui primitivement possédait la souveraineté ; il s'en est dessaisi au profit du roi ; le prince tient donc son autorité du peuple. Mais, que devient alors le principe du droit divin de la royauté ? Claude Joly prétend qu'il n'est pas en contradiction avec sa théorie : « Or encores que les Roys tiennent originairement leur puissance des peuples, ce n'est pas à dire pour cela qu'ils ne la tiennent aussi immédiatement de Dieu. » Dieu approuve ce transfert de la souveraineté, dès qu'il est accompli, et « le Prince tire toute son autorité de cette approbation et vertu divine ». Les officiers royaux eux-mêmes participent à l'autorité divine, et quiconque résiste à ces puissances temporelles s'insurge, par le fait, contre la volonté de Dieu. L'avocat du Châtelet, cependant, condamne cette doctrine, au nom du droit divin. Dans sa Lettre apologétique, Claude Joly s'applique donc à reprendre et à développer son idée. Dieu est certainement la cause générale, mais Dieu, pour produire les effets qu'il lui plaît dans l'ordre de la nature, se sert de causes secondes : « Ainsi les peuples sont les autheurs et les vrayes causes de toutes les formes de gouvernement qu'ils ont establis sur eux ; et les magistrats, soit rois, soit consuls, soit dictateurs, tiennent leur élection et leur autorité d'eux, selon les différentes conditions et stipulations sous lesquelles elle leur a esté donnée. [...] » (Henri Sée, Idées politiques à l'époque de la Fonde, in Revue d'Histoire moderne et contemporaine, Tome III, mai-juin 1901, pp. 715-738).

Références : Catalogue des livres imprimés par les elsevier ou pouvant s'annexer à leur collection (bibliothèue Lagondie), n°792 (notre exemplaire est plus grand de 3 mm que celui décrit au catalogue le libraire Labitte en 1879. V. Pieters, p. 322, n°24 (qui indique que l'édition de 1653 et celle de 1663 n'en sont en réalité qu'une seule). 

Bel exemplaire luxueusement relié en maroquin à l'époque, très bien conservé, condition rare pour cet ouvrage de polémique politique.

Prix : 2.000 euros

mercredi 20 novembre 2024

ZOLA (Emile) | POT-BOUILLE. Les Rougon-Macquart. Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second empire. Paris, G. Charpentier, 1882 (imprimerie d'Emile Martinet, Paris). Edition originale sur papier d'édition. Très bel exemplaire de l'édition originale sur papier courant de belle qualité, sans rousseurs et agréablement relié.



ZOLA (Emile)

POT-BOUILLE. Les Rougon-Macquart. Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second empire.

Paris, G. Charpentier, 1882 (imprimerie d'Emile Martinet, Paris)

1 volume in-18 (19 x 12,5 cm) de (4)-495 pages.

Reliure bradel demi-percaline bleue ciel à larges coins, pièce de titre en cuir noir, fleuron doré au centre du dos, millésime doré en queue, les deux plats de couverture imprimée et le dos ont été conservés en très bon état (reliure non signée dans le goût des reliures de Victor Champs). Reliure très fraîche. Intérieur très frais imprimé sur bon papier sans rousseurs.

Edition originale sur papier d'édition.



Le tirage de tête a été de 250 exemplaires sur papier de Hollande et quelques exemplaires sur Chine.



Pot-Bouille (1882) est le dixième volume de la série des Rougon-Macquart. Il paraît d'abord sous forme de feuilleton dans Le Gaulois entre le 23 janvier 18823 et le 14 avril 1882. L'action se déroule pendant les années 1862-1863. Ce roman dépeint la vie bourgeoise à travers un microcosme parisien : un immeuble cossu de la rue de Choiseul. Zola y critique avec virulence l’hypocrisie, l’égoïsme et la corruption morale des classes moyennes et supérieures. L’histoire se déroule principalement dans cet immeuble, où chaque étage est occupé par une famille ou un individu représentant un type social. Derrière des façades respectables se cachent des drames, des intrigues et des travers bien moins reluisants : adultères, avarice, hypocrisie religieuse, ambition démesurée et exploitation des domestiques. Octave Mouret, jeune homme ambitieux venu de province, est le fil conducteur du récit. Il loue une chambre dans l’immeuble et cherche à s’élever socialement. Séducteur opportuniste, il s’immisce dans la vie de ses voisins, naviguant habilement entre les couples et les ambitions. Son parcours amorce la transition vers le personnage qu’il deviendra dans Au Bonheur des Dames (1883). L'immeuble est habité par Les Josserand : Une famille en quête désespérée de marier leurs filles pour améliorer leur statut social. Madame Josserand est une femme calculatrice, prête à tout pour ses ambitions, tandis que Monsieur Josserand est écrasé par son épouse ; Les Duveyrier : Une famille bourgeoise dysfonctionnelle. Monsieur Duveyrier, magistrat, trompe son ennui dans des relations extraconjugales, tandis que sa femme est dévote et froide ; Les Pichon : Un jeune couple mal assorti, symbolisant la vie conjugale dénuée de passion ; Les autres voisins montrent une facette différente de la société bourgeoise, notamment par leurs ambitions ou leurs vices. Les employés domestiques jouent quant à eux un rôle crucial : exploités et maltraités, ils représentent le revers sombre du confort bourgeois. Leur vie contraste avec celle de leurs maîtres et révèle les injustices sociales de l’époque.











Pot-Bouille est un portrait acerbe de la société bourgeoise du XIXᵉ siècle. En exposant les travers et contradictions de cette classe, Zola poursuit son projet naturaliste d’explorer les déterminismes sociaux et biologiques. Le titre même, qui signifie "marmite où mijotent des restes", illustre l’idée d’un mélange trouble de secrets et de compromissions derrière une façade apparemment ordonnée.



Pot-Bouille fut diversement apprécié par la critique. Citons parmi ses détracteurs, Octave Uzanne, qui, à l'époque, n'était pas tendre avec l'école naturaliste. Dans sa revue bibliographique "Le Livre", il écrit : "En admettant que je veuille, avec un grand sérieux de critique, rendre compte du nouvel ouvrage de M. Zola, je me verrai bien embarrassé, car, de bonne foi, la lecture de Pot-Bouille ne laisse rien autre chose dans la cervelle que le nauséabond limon des immondices complaisamment balayées en tas par ce sinistre ramasseur de bouts de documents humains. Si ce livre, pour tout vrai Parisien, n'était imbécilement ridicule, il serait odieusement ignoble. La presse entière n'a soufflé mot d'une pareille production vomie au coin de la borne par un homme de talent qui n'a plus ni décence, ni bon sens, ni estomac. Ce spectacle est attristant ; on ne peut quêter en faveur de M. Zola que la pitié, puisque les gros sous lui arrivent et achèvent de l'aveugler sur sa pitoyable situation actuelle. Lise Pot-Bouille qui voudra, et qui voudra nous dise s'il est permis de résumer une telle chose, - mal conçue, mal bâtie, mal écrite, avec tout le sans-façon d'un gros entrepreneur qui ne fait plus que des affaires hâtives et lucratives. - Saluons à l'américaine Zola : Money making author !" (Octave Uzanne, Le Livre, Bibliographie moderne, livraison du 10 juin 1882, p. 364).



Très bel exemplaire de l'édition originale sur papier courant de belle qualité, sans rousseurs et agréablement relié.

Prix : 1.200 euros

mardi 19 novembre 2024

Pietro ARETINO (Pierre l'Arétin ou le Divin Arétin) | Martin Van Maele (illustrateur) | Luc Lafnet (illustrateur). Les Dialogues de Pietro Aretino, illustrations de Martin Van Maele. Paris, Au Cabinet du Livre (Jean Fort), 1927-1928 [Achevé d'imprimer par Maurice Darantière à Dijon en avril-mai 1927] 2 forts volumes in-8 brochés. Un des 60 exemplaires sur Auvergne avec 2 états des eaux-fortes (24 épreuves au total). Avec environ 60 vignettes gravées sur bois par Martin Van Maele. Très bon exemplaire.



Pietro ARETINO (Pierre l'Arétin ou le Divin Arétin) | Martin Van Maele (illustrateur) | Luc Lafnet (illustrateur)

Les Dialogues de Pietro Aretino, illustrations de Martin Van Maele.

Paris, Au Cabinet du Livre (Jean Fort), 1927-1928 [Achevé d'imprimer par Maurice Darantière à Dijon en avril-mai 1927]

2 forts volumes in-8 (25,5 x 16,5 cm) brochés de (4)-240-(6) et (4)-356-(4) pages. Avec 12 eaux-fortes hors-texte signées VM (Van Maele) dont 2 frontispices signés VISET (Luc Lafnet) et 4 culs-de-lampe et environ 60 de bois gravés tirés dans le texte (scènes lestes pour la plupart). Couvertures imprimées en noir et rouge à la date de 1928. Très bon état. Les dos légèrement plissés. Intérieur frais malgré d'inévitables rousseurs à quelques marges et plus marquées à quelques bas de feuillets (estampes préservées et protégées par des papiers pelure).











Premier tirage.

Tirage à 480 exemplaires seulement.

Celui-ci, un des 60 exemplaires sur Auvergne avec 2 états des eaux-fortes (en bistre avec remarque, état définitif et état non terminé d'eau-forte pure).

Comme l'indique un feuillet imprimé encore présent (volant) à la fin du premier volume, les eaux-fortes et les dessins de Martin Van Maële sont les dernières oeuvres de l'artiste. Martin Van Maële est arrivé avec cet ouvrage à la pleine maturité de son talent. La mort est venue interrompre son effort. Martin Van Maële est mort le crayon à la main, pour ainsi dire, et il avait dû laisser inachevée l'illustration du present ouvrage.

Martin Van Maele meurt avant même d'avoir terminé l'illustration complète de ces 2 volumes. Les deux frontispices restaient à faire. L'éditeur (Jean Fort) a retenu le nom de Viset (Luc Lafnet) comme jeune dessinateur-graveur pour effectuer ce travail. Artiste dont il faut retenir le nom car il comptera très rapidement parmi les artistes dont les oeuvres seront recherchées des bibliophiles et des amateurs de beaux livres (note de l'éditeur imprimée sur feuillet volant).

C'est un des plus beaux livres illustrés publiés par Jean Fort de manière semi-clandestine (le nom de l'imprimeur est connu). 

Martin Van Maele, alias Maurice François Alfred Martin (1863-1926) est l'un des illustrateurs emblématiques du premier quart du XXe siècle. On lui doit de nombreuses illustrations originales pour la littérature classique comme pour la littérature érotique. Sa carrière jusqu'en 1901 est mal connue. À partir de cette date, il débute en illustrant Les Premiers Hommes dans la Lune d'Herbert George Wells édités par Félix Juven. L'année suivante, Van Maele illustre quelques couvertures d'aventures de Sherlock Holmes publiées par le même éditeur. En 1901 également, il commence à travailler pour l'éditeur érotique Charles Carrington, illustrant des ouvrages sadomasochistes, mais aussi Anatole France et Apulée. Van Maele y publie également, en 1905, un ouvrage plus personnel, La Grande Danse macabre des vifs, quatre séries de dix dessins satiriques et humoristiques, dans lesquels la sexualité s'offre comme premier aperçu de la mort. Après l'expulsion de France de Carrington, en 1907, il travaille pour Jules Chevrel et illustre Choderlos de Laclos, Jules Michelet et Denis Diderot. De 1909 à 1919, Van Maele ne publie que cinq livres. À partir de 1920, il travaille avec Jean Fort et continue à illustrer des classiques de l'érotisme littéraire (l'Arétin, Paul Verlaine, Charles Sorel, etc.), en parallèle à des ouvrages de Pierre Mac Orlan, principalement sadomasochistes, mais laissant aussi place à des pratiques plus rarement évoquées en littérature, comme la klysmaphilie. En 1903, Van Maele s'installe à Varennes-Jarcy avec sa femme, sa mère et sa grand-mère. De 1904 à 1926, ils habitent une maison de la rue de Mandres. Il y meurt en 1926 alors qu'il achevait d'illustrer les Dialogues de l'Arétin.











Pierre l’Arétin (Pietro Aretino) est né en 1492 à Arezzo (l’Arétin signifiant « venant d’Arezzo »). Banni de sa ville natale, il passe une décennie à Pérouse avant d’être envoyé à Rome, où le riche banquier Agostino Chigi, mécène de Raphaël le prend sous son aile. L’Arétin fait parler de lui à Rome à travers ses satires mordantes et les Sonetti lussuriosi (Sonnets luxurieux), pièces assez crues qui servirent d’accompagnement textuel à 16 illustrations pornographiques de Giulio Romano (Jules Romain). Cet écart lui vaut de perdre la protection du pape Léon X. Ses Ragionamenti, propos d’une prostituée à divers interlocuteurs composés comme des raisonnements en forme de dialogue platonicien, tournent en dérision la société de son temps et particulièrement les sacrements religieux (vœux monastiques, mariage). Un des personnages est la Nanna, une ancienne courtisane qui évoque son expérience. Après une tentative d’assassinat sur sa personne, l’Arétin part vivre à Mantoue, puis enfin à Venise (la ville italienne la plus opposée au pape) en 1527, où il demeure jusqu’à sa mort. L’Arétin est l’auteur de cinq comédies (dont La Cortigiana et La Talenta) et de la tragédie Les Horaces (1546). Lors de son séjour à Venise, il publie également sa correspondance, mettant ainsi sous pression tout ce que l’Italie comptait de notables. Il n’épargne pas dans ses écrits satiriques les princes et les grands, ce qui le fait surnommer « le fléau des Princes » : la plupart, pour éviter les traits de sa satire, lui font des présents considérables, quelques-uns, cependant, ne le payent qu’avec le bâton. C’est ainsi que François Ier et l’empereur Charles Quint le subventionnent en même temps, chacun espérant quelque dommage pour son rival. Par orgueil, il s’appelle lui-même le « divin Arétin ». Sur la fin de sa vie, l’Arétin publie par ailleurs diverses œuvres pieuses (une traduction italienne des Psaumes de David, trois livres « sur l’humanité de Jésus Christ » ainsi qu’un livre sur la passion du Christ). D’après la tradition, la mort de l’Arétin aurait été à son image : on raconte que, au cours d’un copieux repas, une plaisanterie particulièrement obscène provoqua chez l’Arétin une incroyable crise de rire, au point qu’il tomba à la renverse et se fendit le crâne. L’Arétin était un ami personnel du Titien, qui fit au moins trois portraits de lui. Après sa mort, le pape Paul IV mit ses livres à l’Index. Il fut un proche de Giuseppe Betussi.













Référence : Luc Binet, Martin Van Maële ou le diable se cache dans les détails, éditions Humus, 2017 ; à propos de Martin Van Maele lire l'excellente étude publiée par Jean-Marc Barféty, Van Maele, in Une histoire familiale de Jean Genet (en ligne).

Très bon exemplaire de ce très beau livre illustré, ici en tirage de luxe sur Auvergne avec suite.

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