mardi 28 novembre 2023

Poullain de Saint-Foix. Oeuvres complètes. Essais historiques sur Paris. Histoire de l'ordre du Saint-Esprit. Théâtre. 1778. Splendide exemplaire relié en maroquin par Bradel le Jeune (ca 1795-1800).



Saint-Foix (Germain-François Poullain de) [exceptionnalle reliure signée BRADEL LE JEUNE].

Oeuvres complètes de M. de Saint-Foix, historiographe des Ordres du Roi.

A Paris, chez la veuve Duchesne, 1778 [de l'imprimerie de Claude Simon] [de l'imprimerie de Clousier].

6 volumes in-8 (21,5 x 13,5 cm) de XVI-594, 600, 479, 462, 472 et 524-(3) pages. 1 portrait de l'auteur en frontispice et 2 figures d'après Marillier.

Reliure de l'époque plein maroquin rouge à grain long, dos lisses richements ornés aux petits fers typiques de l'époque Directoire (1795-1799), pièces de titres (auteur et titre de chaque volume) en maroquin vert, roulette dorée en encadrement des plats et sur les coupes, doublures et gardes de papier marbré, encadrement intérieur de roulettes dorées, tranches dorées (reliure signée Bradel le Jeune,  rue d'Ecosses, n°1, quartier Ste Geneviève, à Paris - avec son étiquette contrecollée au verso de la garde du premier volume). Impression sur papier fort à belles marges (grand papier). Excellent état de l'ensemble des volumes, reliures et intérieur. Très frais. Quelques infimes marques et ombres aux reliures qui sont néanmoins dans un splendide état de conservation.



Edition originale posthume des Œuvres complètes de l'auteur.

Les deux premiers volumes contiennent des pièces de théâtre (comédies, comédie-ballet et tragédie) ainsi que les Lettres turques. Les troisième, quatrième et cinquième volumes contiennent les Essais historiques sur Paris. Enfin le sixième et dernier volume contient l'Histoire de l'Ordre du Saint-Esprit.



Poullain servit jusqu’à trente-six ans dans les mousquetaires, se distinguant à Guastalla en 1734, puis il quitta l’armée et acheta une charge de maître des eaux et forêts à Rennes. Il avait publié en 1721 une première comédie, Pandore. En 1740, il décida de se consacrer aux lettres et vint s’installer à Paris où il devint un auteur à la mode. Il écrivit une vingtaine de comédies. D’un caractère querelleur, Poullain de Saint-Foix est aussi connu pour ses reparties et duels que pour ses productions littéraires. Ainsi un jour, au café Procope, un garde du roi entra et demanda une tasse de café au lait et un petit pain. Saint-Foix s’exclama : « Voilà un fichu dîner ! », et le répéta à plusieurs reprises, si bien que le garde finit par se fâcher et le provoquer en duel. Ils se battirent, Saint-Foix fut blessé et fit ce commentaire : « M’eussiez-vous tué, vous n’en auriez pas moins fait un mauvais dîner. » Il lui survint une autre aventure où, cette fois les rieurs ne furent pas du côté du spadassin : un jour qu’il s’était pris de querelle avec un provincial qu’il ne connaissait pas, au foyer de l’Opéra, Saint-Foix lui assigna un rendez-vous. « Quand on a affaire à moi, dit le provincial, on vient me trouver : c’est ma coutume. » Le lendemain, Saint-Foix se présente chez l’inconnu, qui l’invite à déjeuner. « — Il bien question de cela. Sortons ! — Je ne sors jamais sans avoir déjeuné : c’est ma coutume. » L’inconnu, toujours accompagné de Saint-Foix, entre dans un café, joue une partie d’échecs et va faire un tour de promenade aux Tuileries, en répétant à chaque chose : c’est ma coutume. Enfin, à bout de patience, Saint-Foix lui propose de passer aux Champs-Élysées. « — Pour quoi faire ? — Belle demande ! pour nous battre. — Nous battre ! s’écria l’autre. Y pensez-vous, Monsieur ? Convient-il à un trésorier de France, à un magistrat, de mettre l’épée à la main ? On nous prendrait pour des fous ! » L’aventure courut la ville. Dans une des répétitions de l’Oracle, l’actrice mademoiselle de Lamotte jouant la fée sur le ton d’une harengère, l’auteur lui arracha la baguette qu’elle tenait dans la main, et lui dit : « J’ai besoin d’une fée et non d’une sorcière. » L’actrice voulut insister et crier, mais Saint-Foix lui répondit : « Vous n’avez pas de voix ici : nous sommes au théâtre et non au sabbat. »

Il fut nommé, en 1764, historiographe de l’ordre du Saint-Esprit. Il est le frère du juriste Auguste-Marie Poullain-Duparc. 

Les traits de Poullain de Saint-Foix nous restent fixés par le portrait gravé par Noël Le Mire (avec ornements de Clément-Pierre Marillier) d'après Claude Pougin de Saint-Aubin, en frontispice des Œuvres complètes de M. de Saint-Foix, historiographe des Ordres du Roi (6 volumes, Veuve Duchesne, Paris, 1778).












Son ouvrage Essais historiques sur Paris a pour objet « de faire connaître par des faits et des anecdotes le caractère, les mœurs et les coutumes » de la France. C’est une succession d’observations et d’anecdotes qui visent à montrer, par-delà les différences des usages, l’unité de l’espèce humaine. Pour autant, l’auteur se tient à bonne distance de l’esprit philosophique de son temps, n’hésitant pas à défendre, par exemple, l’immortalité de l’âme.

Reliure : A propos de la reliure d'une très grande qualité qui habille cet ouvrage, signalons que Bradel le Jeune était le frère de Bradel l'Aîné qui était lui-même successeur de son oncle, Derome le Jeune. On dit que c'est Bradel l'Aîné qui mit au point le cartonnage à gorge (et à dos non collés aux fonds de cahiers) connu de nos jours sous le nom de cartonnage à la Bradel. Pierre-Jean, dit Bradel le Jeune, notre relieur, établi également au XVIIIe siècle, exerçait au 1 rue d'Ecosses en 1799 (signalé par Fléty dans son Dictionnaire des relieurs), mais ne figure plus dans l'almanach du commerce de 1804. (Cf. Julien Fléty, Dictionnaire des relieurs, p. 33).




Notre exemplaire est relié avec un système à dos mobiles (les fonds de cahiers ne sont pas collés au cuir des dos. De même la gorge bien que peu prononcée est bien présente et l'on ne distingue pas de ficelles pour la jonction avec les plats au niveau de la doublure. Nous sommes dons bien en présence d'un des premiers types de reliures dites "à la Bradel", ici dans une luxueuse version en maroquin aux dos richement décorés aux petits fers dorés.

Cet exemplaire d'exception aurait toute sa place dans un musée d'histoire de la reliure française.

Splendide exemplaire parfaitement établi à l'époque par Bradel le Jeune.

Prix : 8.500 euros

jeudi 23 novembre 2023

Lourdes par Emile Zola (1884). Un des 340 exemplaires sur papier de Hollande. Suivi de : A propos de Lourdes par Emile Zola (Société des Amis des Livres de Lyon, Alphone Lemerre, Paris, 1894) tiré à 41 exemplaires. Superbe exemplaire relié à l'époque par Charles Meunier en maroquin mosaïqué. Rare dans cette condition.


Emile ZOLA

Les trois villes. LOURDES, par Emile Zola.

Paris, Bibliothèque-Charpentier, 1894 [Imprimeries réunies, rue Mignon, 2, Paris]

(4)-598 pages. Portrait de l'auteur ajuté en frontispice (pointe sèche par Albert Duvivier).

Un des 340 exemplaires sur papier de Hollande.

Edition originale.

Relié à la suite : 

A propos de Lourdes par Emile Zola.

Lyon, Société des Amis des Lives, 1894 [achevé d'imprimer le 2 octobre 1894 par Alphonse Lemerre à Paris]

(4)-25-(3) pages.

Un des 41 exemplaires numérotés (celui-ci sur papier vélin teinté il porte le n°6).

Edition originale.

Reliure à la bradel demi-maroquin anthracite à larges coins, tête dorée, dos mosaïqué d'une gerbe de lys ouverts et fermés poussant au pied d'une croix. Exemplaire non rogné, les deux plats de couverture imprimée jaune ont été conservés en bon état (le dos du brochage n'a pas été conservé). Concernant l'opuscule "A propos de Lourdes" qui est relié à la suite, les deux plats de couverture imprimées ont été conservés en bon état (le dos du brochage n'a pas été conservée). Reliure strictement de l'époque signée CH. MEUNIER. Les plats du volumes sont légèrement frottés. Légère décharge sur la page de titre et feuillets faisant face aux couvertures jaunes brunis (modérément) comme à l'habitude (acidité des couvertures). Etui bordé parfaitement conservé.



Le 19 juin 1893 paraît le dernier titre de la série des 20 volumes des Rougon-Macquart : Le Docteur Pascal. Zola en a fini avec cet immense saga sociale et morale qui tient lieu désormais de pierre angulaire de l'école naturaliste. Mais Zola avait déjà en tête une autre suite de romans. Ce sera "Les Trois Villes : Lourdes - Rome - Paris". Lourdes paraît le 25 juillet 1894 après avoir été publié en feuilleton dans le Gil Blas. Un voyage dans les Pyrénées avait conduit Zola à Lourdes en 1891, où il avait observé effaré « un monde de croyants hallucinés ». Il annonce son projet sur la ville miraculeuse en juillet 1892, dans le journal le Gil Blas, « sans intention malveillante ». Sous la conduite du baron Malet et sous celle de M. de Lacvivier, le 25 août 1892, Zola visita la Grotte, le magasin des cierges, le bureau des envois de l’eau de Lourdes, puis le rosaire, la Crypte et la Basilique. Ces deux notables inspirèrent le personnage du baron Suire dans Lourdes. Zola livre au lecteur une vision laîque du pélerinage de Lourdes. Sous la forme du roman c'est un véritable documentaire que nous livre l'auteur de l'Assommoir et de Germinal sur un monde religieux, mystique, à la limite de la frénésie extatique. Les réactions à la publication de Lourdes sont immédiates, la polémique lancée par Mgr Ricard est reprise et alimentée par la droite catholique. Elle aboutit à la mise à l'Index du roman et de toute l'œuvre d'Émile Zola. Léon Bloy publie, comme à son habitude, contre celui qu'il dénommera ouvertement "Le crétin des Pyrénées".

Léon Bloy écrit : "Lourdes, sujet religieux, est le grand estuaire et les autres bras n’ont plus l’air de rien. Il ne fallait pas moins que les Pyrénées pour lancer sur nous ce torrent de rinçures philosophiques et humanitaires : « La foi aveugle, — l’obéissance sans examen, — le total abandon de la raison, — la foi qui étouffe le torturant besoin de la vérité, — les phénomènes prouvés qui démolissent les dogmes, — la dévotion étroite, — le miracle par suggestion, — la volonté de croire, — la tristesse de ne plus croire, — la divine ignorance, — la dévorante illusion de l’amour divin, — les exagérations !!! — le bonheur par la foi qui est dans l’ignorance et le mensonge, — les prêtres qui ne sont plus des hommes, — les prêtres châtrés, — le suicide volontaire, la vie libre et virile du dehors » ; etc., etc., etc. Je vous dis qu’il n’en a pas raté un seul. Tout ce qui se débagoule de plus médiocre, de plus bête, de plus ignare, de plus malpropre chez les commis-voyageurs ou dans les bas feuilletons anticléricaux rédigés pour des cordonniers impies ; tous les résidus des vieilles opinions fétides, vomies autrefois par les renégats eux-mêmes, goulûment réavalées par des cuistres abominables et revomies à longs flots dans la gueule des derniers chiens du Matérialisme ; — M. Zola les a recueillis comme de très-précieux condiments et les a jetés à brassées dans son chaudron." (in Je m'accuse)

Mais Lourdes est un succès de librairie. Les mille s'enchaînent aux milles et sur le catalogue de l'éditeur Fasquelle (successeur de Charpentier) en 1902, à la mort de Zola, on peut lire que Lourdes en est à son 154e mille (202e mille en 1928). 



A Lourdes Zola est saisi par le spectacle de cette "cité mystique" née de la vision d'une enfant de 14 ans (Bernadette Soubirou) en plein siècle positiviste. Il voit là un "admirable sujet" pour lequel il s'enthousiasme. De retour à Lourdes l'année suivante, il s'est documenté longuement, curieux de tout, reçu partout. Il en a rapporté un témoignage incomparable sur le pèlerinage, les malades, les foules ferventes, les intérêts affrontés autour de la Grotte, qu'il a transposé en un grand roman de la douleur et de l'espérance humaines. Il a fait aussi de Lourdes un symbole éternel, celui de l'humanité souffrante assoiffée de miracle, et le théâtre d'un grand drame idéologique moderne, la lutte de l'esprit de croyance et de l'esprit de raison.

Si Lourdes n'est plus un Rougon-Macquart et a é été de ce fait injustement délaissé depuis, malgré un immense succès à l'époque, il reste le témoignage de l'engagement permanent de Zola au service de l'observation de l'homme et de sa nature profonde au sein d'une société mouvante.



A propos de Lourdes, ce rare petit opuscule publié à très petit nombre, a été publié quelques mois après la sortie du roman. Zola y répond brièvement aux critiques les plus sévères qu'il a reçu.














Provenance : ex libris F. Van Antwerpen. Ce bibliophile d'origine flamande possédait une belle bibliothèque remplie des meilleurs ouvrages classiques de la littérature française contemporaine (Flaubert, Dumas, Zola, etc) dans des reliures de qualité. F. Van Antwerpen possédait au moins deux ex libris gravé. Celui présent dans notre exemplaire montre un homme fort au premier plan et une joueuse de lyre nue chevauchant un poisson géant au second plan.



Superbe exemplaire relié à l'époque par Charles Meunier de la plus jolie façon qui soit. Les éléments mosaïqués au dos (lys et croix jaillissant en queue du dos) en font une des plus intéressantes reliures parlantes pour ce titre.

Relié à l'époque avec le rare opuscule tiré à 41 exemplaires intitulé "A propos de Lourdes".

Condition la plus désirable pour ce titre.

mardi 21 novembre 2023

La Terre d'Emile Zola (1887). Edition originale. Un des 275 exemplaires tirés sur papier de Hollande. Bel exemplaire relié à l'époque par Lanscelin. "Des morts, des semences, le pain poussait de la terre." (dernière phrase du roman).



Émile ZOLA

LA TERRE. Les Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire. 

Paris, G. Charpentier et Cie, 1887. Imprimeries réunies de Bourloton, Paris.

1 volume in-12 (18,5 x 13 cm) de (4)-519 pages.

Reliure strictement de l'époque demi-maroquin mosaïqué chocolat à larges coins (reliure signée LANSCELIN). Dos à nerfs orné aux petits fers dorés, tête dorée, tranches ébarbées, les couvertures jaunes imprimées n'ont pas été conservées. Reliure très fraîche malgré deux ptits manques de papier marbré sur les plats (estompé et très peu visible). Intérieur très frais.

Edition originale.

Un des 275 exemplaires sur papier de Hollande.



La Terre d’Émile Zola est le quinzième volume de la série des Rougon-Macquart, c'est sans doute l’un des plus violents. Zola y dresse en effet un portrait féroce du monde paysan de la fin du XIXe siècle, âpre au gain, dévoré d’une passion pour la terre qui peut aller jusqu’au crime. Tout l’ouvrage est empreint d’une bestialité propre à choquer les lecteurs de l’époque, les accouplements d’animaux alternant avec ceux des humains, eux-mêmes marqués par une grande précocité et par une brutalité allant fréquemment jusqu’au viol.

Dès sa parution, la Terre a soulevé de violentes controverses, illustrées notamment par le Manifeste des cinq, article publié dans le Figaro par cinq jeunes romanciers qui conseillaient à Zola de consulter Charcot pour soigner ses obsessions morbides.








L’action se situe à Rognes (Romilly-sur-Aigre), grande ville de la Beauce. Le héros du roman est Jean Macquart, fils d’Antoine Macquart et de Joséphine Gévaudan, l’un des rares membres de la branche Macquart indemne de toute tare. Il apparaît déjà dans la Fortune des Rougon, où il apprend le métier de menuisier. Après avoir quitté Plassans, sa ville natale, il est tiré au sort en 1852 et participe aux campagnes militaires du Second Empire. Blessé en Italie, il reprend son métier de menuisier puis s’embauche comme ouvrier agricole à Rognes, où il reste pendant dix ans. Jean Macquart sera ensuite le héros de la Débâcle, on le retrouve encore dans le dernier roman du cycle, le Docteur Pascal.

"La fïgure magistrale du vieux Fouan ferait à elle seule le succès du livre par sa grandeur épique, par son envergure extraordinaire. Le romancier a symbolisé dans ce vieillard le paysan tel qu'il est, tel qu'il a été, tel qu'il sera toujours, tant qu'il aimera la terre, le paysan qui fait corps et âme avec elle ; il le fait revivre également sous une forme hardie, brutale, fanatique jusqu'au crime dans la figure de Buteau, cet autre paysan, ce jeune, plus épris encore ou tout au moins l'une manière plus féroce, plus jalouse, passionné pour la terre, au point de la flairer comme une grisante chair de femme, de la caresser de ses doigts ainsi qu'une maîtresse, la seule maîtresse, l'amoureuse éternelle. Il faudrait citer les unes après les autres les scènes merveilleuses où naît, se développe, se dramatise et s'achève cette tragédie gigantesque de la terre ; mais tout le monde les connaît, les a lues, en a eu le saisissement, ce coup au profond de l'être qui vous retourne et nous remue jusqu'au vif des entrailles. [...] De tout cela il ressort une chose, c'est que ce livre tant conspué est une œuvre hors ligne, faite dans la même manière que les précédentes œuvres de Zola, sans concessions au goût plus ou moins pudique de certains lecteurs, prouvant son énergie, sa volonté, sa haute conscience d'artiste, sa puissance de travail et d'intuition. Certaines parties peuvent être grossies, exagérées par une vision spéciale à l'écrivain ; mais l'œuvre n'en reste pas moins une peinture impitoyable de scènes que nous voyons constamment se reproduire dans nos campagnes. C'est l'épopée tragique du paysan, comme Germinal est l'épopée du mineur et l'Assommoir celle de l'ouvrier parisien." (in Le Livre, 10 décembre 1887)








L’histoire, particulièrement atroce, se déroule au sein de la famille Fouan. Le vieux Louis Fouan, dit le père Fouan, décide à l’âge de 70 ans de partager ses biens entre ses trois enfants : Hyacinthe, dit Jésus-Christ, Fanny, mariée, et Buteau. À charge pour eux de l’héberger, de le nourrir et de lui donner deux cents francs de rente chacun. Ils s’acquittent très mal de leur tâche, notamment Buteau, qui le dépossède peu à peu de sa maigre fortune. Buteau possède deux cousines, les sœurs Mouche. Il a fait un enfant à la première, Lise, qu’il a épousée trois ans plus tard lorsqu’elle est devenue une riche héritière. Quant à la seconde, Françoise, il la poursuit de ses avances avec tant d’insistance qu’elle se rapproche de Jean Macquart et finit par l’épouser. Ce mariage inquiète beaucoup Buteau et Lise, qui redoutent de voir une partie de l’héritage familial passer dans d’autres mains. Lorsqu’ils apprennent que Françoise est enceinte, ils décident de la faire avorter : Buteau viole Françoise avec l’aide de Lise, puis celle-ci pousse sa sœur sur une faux. Grièvement blessée, Françoise meurt. Le père Fouan, qui a assisté à la scène, est ensuite brûlé par les deux meurtriers. Quant à Jean Macquart, redevenu aussi pauvre qu’à son arrivée au village, il quitte Rognes et se rengage dans l’armée.

Bel exemplaire imprimé sur papier de Hollande et relié à l'époque par Lanscelin en maroquin à coins.

Prix : 1.800 euros

lundi 20 novembre 2023

Monsieur le Chevalier de Méré (Antoine Gombaud). Discours : Les Agréments - De la Justesse - De la Conversation - De L'Esprit. Rare contrefaçon à la date de 1678. Bel exemplaire conservé dans sa première reliure.


Chevalier de Méré [i.e. Antoine Gombaud, dit le « chevalier de Méré »]

Les Agrémens. Discours de Monsieur le Chevalier de Meré à Madame * * *.

A Paris, chez Denys Thierry et Claude Barbin, 1678 [Hollande ? Rouen ?]

(2)-92 pages

suivi de : 

De la Justesse. Discours de Monsieur le Chevalier de Meré à Madame * * *.

A Paris, chez Denys Thierry et Claude Barbin, 1678 [Hollande ? Rouen ?]

1 feuillet de titre puis paginé de 93 à 128.

suivi de : 

De la Conversation. Discours de Monsieur le Chevalier de Meré à Madame * * *.

A Paris, chez Denys Thierry et Claude Barbin, 1678 [Hollande ? Rouen ?]

1 feuillet de titre puis paginé de 129 à 196.

suivi de : 

De l'Esprit. Discours de Monsieur le Chevalier de Meré à Madame * * *.

A Paris, chez Denys Thierry et Claude Barbin, 1678 [Hollande ? Rouen ?]

1 feuillet de titre puis paginé de 197 à 276.









Soit 4 textes réunis en un seul volume avec pagination continue et page de titre distincte pour chacun. Collationné complet.

Reliure pleine basane brune granitée de l'époque, dos à nerfs orné aux petits fers dorés, tranches mouchetées de rouge. Infimes marques à la reliure qui est solide et déorative. Petite réparation à la coiffe supérieure (latéral droit). Intérieur frais.

Probable réémission avec le titre à la date de 1678 de la contrefaçon hollandaise (ou française) en petits caractères de 1677.








Issu de la petite noblesse peu fortunée de province (angoumois), Antoine Gombaud (1607 ? -1684 ou 1685) a été assez peu étudié des biographes du Grand Siècle pour que sa vie reste en grand partie mystérieuse et embrouillée. Méré, arrivé à Paris, devient une sorte d'arbitre du bon goût et du bon ton. Son style précieux, ses relations à la cour, l'amènent à devenir l'intime de plusieurs beaux esprits de son temps (Pascal, Balzac, Ménage, la maréchale de Clérambault, etc.). Il aurait participé à l'éducation de la jeune fille qui deviendra Mme de Maintenon. Devenu vieux et obligé de fuir devant les créanciers (selon Michaud dans sa Biographie Universelle) il va finir ses jours dans son domaine du Poitou où il meurt en janvier 1685 ?. "C'était un homme de beaucoup d'esprit, qui avait fait des livres qui ne lui faisaient pas beaucoup d'honneur" (Mémoires de Dangeau). Michaud, lui, cite Dreux du Radier qui indique qu'on lui attribue des Réflexions, Sentences et Réflexions morales et politiques (Paris, 1687, in-12). On confond parfois (même souvent) Antoine Gombaud, dit le « chevalier de Méré » avec un certain Georges Brossin Chevalier de Méré. Qu'en est-il vraiment ?

Ce même Chevalier de Méré est connu pour son « pari » avec Pascal. C’est son talent de joueur aux cartes qui l’amena à poser les probabilités de gains sous cette question : « Ai-je plus de chance d'obtenir au moins un six sur quatre lancers de un dé ou au moins un double six sur vingt quatre lancers d'une paire de dés ? ».

Ses ouvrages montrent un penchant constant vers la maxime précieuse. Toutes ses expressions, très étudiées, très fabriquées, dénotent un esprit brillant mais néanmoins souvent prétentieux. Il y a dans ses productions comme une envie de régler le monde, le goût, la conversation, les moeurs de tout le monde. Monsieur Ménage disait de lui : « M. de Méré est un des hommes de Paris le plus à la mode ; sa vertu, sa valeur, sa science, sa bonne mine, sa naissance, et encore plus que tout cela les qualités de son esprit et la douceur de sa conversation le font rechercher de tout le monde. » Sorbière en faisait grand cas. » Quelques années après sa mort, Vigneul-Marville écrivait : « M. de Méré était un homme à réflexion ; il avait une grande abondance de pensées et pensait bien. Mais il faut avouer aussi qu’à force d’avoir voulu polir son style il l’a exténué ; qu’il est quelquesfois guindé et peu naturel. » Mme de Sévigné, parait toutefois avoir échappé à l’engouement universel. « Corbinelli, dit-elle, abandonne le Chevalier de Méré et son chien de style , et la ridicule critique qu’il fait, en collet monté, d’un esprit libre, badin et charmant comme Voiture. (…) Ces productions sont loin d'être absolument sans mérite. A travers une recherche d'expressions un peu trop nrécienses, on distingue le souci du style, de l'élégance, de la pureté. Le chevalier de Mère est tout à fait un écrivain, dit M. Sainte-Beuve, son style a de la manière ; mais entre les styles maniérés d'abord, c'est un des plus distingués, des plus marqués au coin de la propriété et de la justesse des termes. » (P. Larousse, GDU, XI, 72, col. 2-3.)

Le volume de Discours que nous avons a été publié pour la première fois l'année précédente (1677), avec une pagination identique. Il contient quatre discours publiés initialement séparément à savoir : Des Agréments, De la Justesse (paru séparément en 1671), De la Conversation et De l'Esprit. 

Bien que publié sous l'adresse parisienne de Denys Thierry et Claude Barbin, ce petit volume ne contient aucun privilège royal. Ce qui laisse supposer une contrefaçon sans doute hollandaise. Le Privilège pour le Discours des Agrémens uniquement est daté du 17 novembre 1676 est bien présent dans l'édition de 1677 en 152 pages. 

Il est fort probable que notre édition datée 1678 soit une remise en vente de la contrefaçon hollandaise faite l'année précédente (1677), sans doute en Hollande. Seule la page de titre aurait été changée. L'impression est en petits caractères. Cependant, compte tenu de la signature des cahiers (qui n'est pas celle des impressions hollandaises avec réclames au bas de chaque page), il se pourrait très bien qu'il s'agisse d'une contrefeçon produite en France, à Rouen, à Lyon ou encore ailleurs. Quoi qu'il en  soit la multiplicité des éditions des ouvrages du Chevalier de Méré montre bien le succès qu'il pouvait avoir alors dans les cercles précieux à la cour de France et au-delà.

"On peut encore observer qu'il y a deux sortes de galanterie. L'une vient purement de l'esprit et de l'honnêteté, c'est la moins commune, la plus excellente et celle qui plait toujours aux gens qui s'y connaissent. L'autre parait dans les habits, dans les modes, dans les bals, dans les carroussels, dans les courses de bague, et dans les aventures d'amour et de guerre. Les jeunes personnes qui n'ont pas encore de goût, aiment bien cette galanterie, qui n'est pas difficile et qu'on peut acquérir sans être fort honnête homme. Ces deux manières de galanterie subsistent séparément, et plaisent plus ou moins, selon le tempérament de ceux qui les considèrent ; mais quand elles sont ensemble, elles se donnent si bon air l'une à l'autre qu'on ne voit rien de plus agréable." (extrait du Discours des Agréments)

"Mais serait-il possible que dans une Cour si grande, si brillante et si magnifique, au milieu de tant de parure et d'éclat, parmi tant d'hommes bien faits et de belles femmes, qui ne songeaient tous qu'à plaire ; serait-il possible, dis-je, qu'il n'y eut pas la moindre étincelle de cet esprit que vous aimez, et qui vous rend aimable ? Cela d'abord parait bien étrange. Cependant à le considérer de plus près, il ne s'en faut pas étonner? Car il me semble qu'on est plus ébloui qu'on est éclairé de l'éclat et du faste. Les plus honnêtes gens veulent que tout soit propre, que tout soit agréable et commode ; mais ils se passent des choses de montre, et qui ne sont bonnes quà jeter de la poudre aux yeux. Ce n'est pas dans la frande parure que se trouvent les meilleurs entretiens, et les personnes qui se font tant remarquer par leurs habits, ne brillent pas pour l'ordinaire en leurs discours." (extrait du Discours de l'Esprit)


Provenance : de la bibliothèque de "De Paÿs d'Alissac" (XVIIe siècle) avec sa signature autographe sur le premier titre ; de la bibliothèque de Paul Langeard, 1936 (ex libris typographié au contreplat). Paul Langeard était chartiste et bibliophile. Il a été le bibliothécaire du grand bibliophile Marcel Jeanson. Il meurt en 1965 à l'âge de 72 ans (né en 1893). La première et plus ancienne provenance : De Pays d'Alissac fait sans doute référence à un membre de cette noble famille originaire de Valréas en pays de Vaucluse (depuis au moins le XVIe siècle).

Toutes les éditions anciennes des ouvrages du Chevalier de Méré sont rares, qui plus est comme ici en bonne condition d'époque.

Intéressantes provenances.

Prix : 2.000 euros