vendredi 20 janvier 2023

De l'influence attribuée aux philosophes, aux francs-maçons et aux illuminés, sur la révolution de France. Par J.-J. Mounier, membre de l'assemblée constituante. Paris, Ponthieu, 1822. Edition en partie originale. Très bon exemplaire broché tel que paru.



MOUNIER, Jean-Joseph. Alphonse MAHUL (auteur de la notice historique sur Mounier).

De l'influence attribuée aux philosophes, aux francs-maçons et aux illuminés, sur la révolution de France. Par J.-J. Mounier, membre de l'assemblée constituante.

Paris, Ponthieu, 1822 (de l'imprimerie de Baudoin Frères)

1 volume in-8 (21,5 x 14 cm) broché de (4)-LXXI-234 pages. Couverture de papier bleue de l'époque. Vestiges de pièce de titre imprimée collée au dos (mitée). Excellent état. Papier d'une grande fraîcheur, bien blanc, sans rousseurs ni taches. Quelques coins repliés. Brochage solide.

Nouvelle édition en partie originale.

La Notice historique sur J.-J, Mounier est ici en édition originale.



Cet ouvrage a paru pour la première fois en 1801. L'Avertissement de l'éditeur de cette seconde édition  explique : "L'ouvrage que nous réimprimons, il faut s'empresser d'en convenir, pourrait être mieux intitulé. Son véritable titre serait celui-ci : Essai sur les causes de la Révolution française. Par respect pour le public et pour l'auteur, nous nous sommes abstenus de toute innovation à cet égard ; mais nous avons dû prévenir le lecteur que, sous des apparences trop modestes, il rencontrera un des écrits qui expliquent le mieux les causes véritables de ce grand mouvement social, désigné sous le nom de Révolution française. [...] La première partie du livre renferme une grande quantité de détails sur les hommes de la révolution [...] La partie de l'ouvrage qui est relative aux francs-maçons et aux illuminés est sans doute d'un intérêt moins vif et moins général. Le nombre des personnes qui recherchent avec avidité ce qui concerne ces objets, est limité. Pourtant cette partie renferme des documents historiques curieux. Les faits y sont constatés avec une grande exactitude ; et il en est, surtout en ce qui regarde les illuminés, qu'on chercherait vainement ailleurs, l'auteur les ayant recueillis dans la fréquentation de personnes, ou qui avaient appartenu à l'Ordre, ou qui avaient connu intimement ses principaux adeptes. D'ailleurs, il semble que tout ce qui touche les sociétés secrètes doit acquérir un nouvel intérêt depuis le bruit qu'on fait d'elles en Europe. Cette considération suffirait peut-être pour justifier le succès qu'on promet à cette publication. On sait que l'édition originale était devenue rare et chère. Elle fut publiée en Allemagne, et le nombre des exemplaires qui est parvenu en France n'est pas très considérable. [...]".






La Notice historique sur J.-J. Mounier occupe les pages IX à LXXI, elle est signée des initiales A. M. (Alphonse Mahul d'après Quérard). Jean-Joseph Mounier (1758-1806) est l'un des grands noms des premières effervescences de la révolution française. Avocat de formation, Mounier est élu le premier député du Tiers état aux États généraux du Dauphiné, à l'unanimité des voix moins deux : la sienne et celle de son père. Il adresse de nombreux mémoires au gouvernement et publie, en février 1789, ses Nouvelles observations sur les États généraux de France, où il demande l'abolition des privilèges provinciaux, l'adoption d'une constitution inspirée des institutions anglaises, qui préserve la prérogative royale. Rapporteur du comité de Constitution à l'Assemblée constituante, il développe, le 9 juillet, les principes qui devront présider à l'élaboration de la Constitution et proclame la nécessité de la faire précéder d'une Déclaration des droits de l'Homme. Après le renvoi de Necker, il propose, le 13 juillet, une adresse pour obtenir le rappel des ministres disgraciés mais dans des termes plus mesurés que ceux voulus par les membres de la gauche. Malgré Mirabeau, la motion de Mounier est adoptée. Cependant, il s'inquiète des progrès de la Révolution, qui évolue dans un sens plus radical, et de l'agitation qui gagne le pays. Conséquemment à la nuit du 4 août 1789 qui fut marquée par l'abolition des privilèges de l’Ancien Régime, le 20 août 1789, Mounier présente à l'Assemblée Constituante les trois premiers articles de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 en s'inspirant de propositions de divers députés et qui sont votés sans discussion, : « Art. 1er. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. Art. 2. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression. Art. 3. Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément. » Avec Mirabeau, il reste le seul auteur connu du préambule de ce texte. Lors des journées des 5 et 6 octobre 1789 (durant lesquelles 6 000 à 7 000 Parisiennes emmenées par Maillard, l'un des « vainqueurs de la Bastille », obligent la famille royale à séjourner au palais des Tuileries à Paris), il refuse, malgré les exhortations de Mirabeau, de quitter le fauteuil de la présidence et répond à ceux qui lui demandent du pain : « Le seul moyen d'obtenir du pain est de rentrer dans l'ordre ; plus vous massacrerez, moins il y aura de pain ». L'Assemblée le choisit pour conduire une délégation de femmes auprès du roi. Le 6, il conseille au roi la résistance. Déçu dans ses projets politiques, il fuit Paris à l'instar d'autres députés monarchiens. Il se réfugie dans le Dauphiné (le 10 octobre 1789) et publie un plaidoyer en faveur de sa politique intitulé Exposé de ma conduite à l'Assemblée nationale et les motifs de mon retour en Dauphiné. Le 10 novembre, il envoie sa lettre de démission à l'Assemblée, avant de quitter la France sous un nom d'emprunt (M. Duverger) pour la Savoie, où l'attend sa famille, le 22 mai 1790. Mounier passe ensuite en Suisse d'où il publie un Les recherches sur les causes qui ont empêché les français d'être libres, puis il gagne l'Angleterre, l'Italie et finalement le duché de Saxe-Weimar, où le grand-duc Charles-Auguste lui suggère l’idée de former à Weimar, dans deux pavillons près de son château de Belvédère, une maison d’éducation destinée à préparer aux carrières publiques, en juillet 1797 ; il y enseigne la philosophie, le droit et l’histoire à un nombre assez considérable de jeunes gens, Anglais, Allemands et Français. Après le coup d'État du 18 Brumaire, il obtient sa radiation de la liste des émigrés et se prépare à revenir en France. Le 23 germinal an X (15 avril 1802), Napoléon Bonaparte, alors Premier consul, le nomme préfet d'Ille-et-Vilaine. Nommé membre de la Légion d'honneur, le 25 prairial an XII (14 juin 1804), il est présenté comme candidat au Sénat conservateur par son département. Cependant, le 11 pluviôse an XIII (31 janvier 1805), Napoléon préfère le nommer conseiller d'État​. Désormais à l'abri des agitations et des revers, Mounier succombe à une affection du foie, à l'âge de 47 ans.



Références : Caillet, III,7832 : "cette œuvre qui jouit d'une juste réputation, tant dans son caractère impartial et à laquelle on est obligé de se référer constamment pour l'histoire de la Franc-Maçonnerie, est une source de documents des plus précieux. Après avoir traité de l'origine et de la constitution de la Franc-Maçonnerie, l''auteur donne les plus étonnants détails sur de nombreux personnages plus ou moins connus. On lira avec intérêt ce qui concerne : d'Alembert, Bailly, Barruel, Cagliostro, Voltaire etc." ; Revue encyclopédique, Volume 14, p. 151 : "Fatigué de la violence toujours croissante de nos pamphlets politiques, l'œil se repose avec plaisir sur l'ouvrage estimable d'un publiciste, assez fort pour se mettre au-dessus des passions qui devaient l'agiter, et pour juger avec calme et impartialité des événements dont les conséquences lui avaient été si funestes. C'est dans l'exil et froissé dans ses intérêts les plus chers, que Mounier a écrit son Essai sur les causes de la Révolution Française ; et cependant, aucune page de cet ouvrage n'offre l'expression de quelque sentiment de haine ou d'aigreur."






NDLR : Cet ouvrage est l'un des plus passionnants et des plus intéressants à lire que nous ayons lu sur cette période agitée.

Très bon exemplaire de cet ouvrage peu commun en belle condition d'époque.

Prix : 700 euros

jeudi 12 janvier 2023

Histoire secrète de la cour de Berlin, par Mirabeau (1789). 2 volumes in-8 condamnés au feu en février 1789. Bel exemplaire en condition d'époque de ce libelle diffamatoire contenant des révélations fort curieuses sur la Franc-Maçonnerie au XVIIIe siècle et particulièrement en Prusse..



MIRABEAU, Honoré-Gabriel Riqueti de, Comte de.

HISTOIRE SECRÈTE DE LA COUR DE BERLIN, ou correspondance d'un voyageur français, depuis le 5 juillet 1786 jusqu'au 19 janvier 1787. Ouvrage posthume. Tome premier (et deuxième).

S.l.n.n.(Alençon, Malassis le Jeune), 1789.

2 volumes in-8 (20,2 x 13,5 cm) de (4)-XVII-318 et (4)-376 pages.

Reliure demi-basane blonde de l'époque (vers 1800), pièces de titre de basane caramel, pièce de tomaison noire. Exemplaire très frais. Quelques légers frottements aux coiffes.



Il existe plusieurs éditions à la date de 1789. Celle-ci a les caractéristiques de première émission décrite par les bibliographes (même pagination). A noter que les filets minces des pages de titre qui encadrent la tomaison ont un petit ornement en début et en bout de ligne qui ne se trouvent pas dans tous les exemplaires qui possèdent pourtant la même pagination.









"Mirabeau, relégué en Prusse avec une mission secrète (par l'intercession de Talleyrand), laissa, dans l'ouvrage qu'on va lire, un monument curieux de son séjour à la cour du grand Frédéric. On croit que ces lettres étaient adressées à Calonne. Les derniers moments de Frédéric y sont retracés d'une manière vive et piquante, et tous les portraits que Mirabeau essaie de peindre sont frappés de main de maître. Cependant Frédéric se meurt, et l'écrivain n'a plus guère que de basses intrigues à peindre, car il n'est plus entouré que de petits hommes et de petits intérêts. Si on lui reproché, dans cet ouvrage, quelques révélations scandaleuses, il faut songer que l'Histoire secrète ne devait pas voir le jour, et que c'est contre l'intention de l'auteur qu'on l'a publiée. C'est aussi malgré ses anathèmes qu'on a mis au jour les Lettres à Sophie, et d'autres productions qu'il ne destinait pas au public. Le manuscrit de l'Histoire secrète fut dérobé, vendu à Malassis, imprimeur d'Alençon, et imprimé comme l'ouvrage d'un voyageur inconnu, mort depuis un an, dans un village de l'Allemagne. Il s'en débita sur-le-champ vingt mille exemplaires. Toutefois on avait eu soin de supprimer tous les noms: le manuscrit original était resté entre les mains de l'imprimeur. Ce manuscrit, de la main de Mirabeau, contenait les noms et les passages qui, dans toutes les éditions, ne sont indiqués que par des points ; malheureusement il fut brûlé. M. Dubois-du Desert, qui eut l'avantage de voir ce manuscrit, nous a communiqué tous les noms dont il a conservé la note ; c'est ce qu'on a appelé la clef de l'Histoire secrète. On a perdu quelques noms, en très-petit nombre, qu'il n'est guère possible aujourd'hui de réparer." (Avant-Propos de l'éditeur, Oeuvres de Mirabeau, Paris, Brisso-Thivars, 1825).






Voici l'arrêt de condamnation pour la présente édition : « Vu un imprimé en deux volumes, intitulé: Histoire secrète de la Cour de Berlin ou Correspondance d'un voyageur français depuis le mois de juillet 1786 jusqu'au 19 janvier 1787, ouvrage posthume, 1789, sans nom d'auteur ni d'imprimeur, contenant, savoir, le premier volume 318 pages, et le second 376. Conclusions du procureur général du roi : « Quï le rapport de Me Adrien-Louis Lefèbre, conseiller tout considéré ; « La Cour ordonne que lesdits deux volumes imprimés seront lacérés et brûlés en la cour du palais, au pied du grand escalier d'icelui, par l'exécuteur de la haute justice, comme libelle diffamatoire et calomnieux, aussi contraire au respect dû aux puissances qu'au droit des gens et au droit public des nations ; enjoint à tous ceux qui en ont des exemplaires de les apporter au greffe de la Cour, pour y être supprimés, fait très expresses inhibitions et défenses à tous libraires et imprimeurs, d'imprimer, vendre et débiter ledit imprimé, et à tous colporteurs, distributeurs et autres, de le colporter ou distribuer, à peine d'être poursuivis extraordinairement et punis suivant la rigueur des ordonnances; ordonne qu'à la requête du procureur général du roi, il sera informé tant contre l'auteur que contre l'éditeur et l'imprimeur, par-devant le conseiller rapporteur que la Cour commet à cet effet pour les témoins qui se trouveront à Paris, et pardevant le lieutenant criminel des bailliages et sénéchaussées du ressort, pour les témoins qui demeurent en province, de la composition et distribution dudit imprimé; pour les informations faites, rapportées et communiquées au procureur général du roi, être par lui requis, et par la Cour ordonné ce qu'il appartiendra; ordonne à cet effet qu'un exemplaire dudit imprimé sera déposé au greffe de la Cour pour servir à l'instruction du procès. Ordonne que le présent arrêt sera imprimé, publié et affiché partout où besoin sera, et copies collationnées envoyées aux bailliages et sénéchaussées du ressort, pour y être lu, publié et affiché; enjoint aux substituts du procureur général du roi esdits sièges d'y tenir la main et d'en certifier la Cour dans le mois. Fait en parlement, toutes les chambres assemblées, les pairs y séant, le dix février mil sept cent quatre-vingt-neuf."

"Contient des révélations fort curieuses sur la Franc-Maçonnerie au XVIIIe siècle et particulièrement en Prusse. Mirabeau fut initié de bonne heure à la Maçonnerie. Cet ouvrage par ses révélations indiscrètes fut condamné à être brulé de la main du bourreau." (Caillet)

"Ce livre fut condamné, par arrêt du 10 Février 1789, à être lacéré et brulé auprès du Grand Escalier par la main du bourreau." (Quérard)

"Ce libelle a été brûlé par la main du bourreau : il provoqua des plaintes très-vives contre l'auteur qui en fit une espèce de désaveu, au moins quant à la publicité et à la forme." (Peignot)

Références : Barbier II-831a ; Quérard, Supercheries littéraires II-1158 f. ; Caillet 7588 ; Peignot, Dictionnaires des livres condamnés au feu, I, 322.


Provenance : de la bibliothèque du Vicomte de Busseul, Lieutenant-Général, avec son ex libris.

Bel exemplaire en condition d'époque de ce libelle condamné au feu.

Prix : 950 euros

mercredi 11 janvier 2023

Histoire amoureuse des Gaules. Edition Nouvelle. A Liège. M. DC. LXVI. [Vleugart à Bruxelles ? 1666]. Bon exemplaire en condition d'époque (vélin), avec la clé, de cette édition primitive rare.


BUSSY-RABUTIN, Roger de Rabutin, comte de.

Histoire amoureuse des Gaules. Edition Nouvelle.

A Liège. M. DC. LXVI. [Vleugart à Bruxelles ? 1666]

1 volume in-12 (13,5 x 8 cm | Hauteur des marges : 129 mm) de 260-(2) pages. Le dernier feuillet, non chiffré, est une clé imprimée des noms cachés rencontrés dans le volume.

Reliure strictement de l'époque plein vélin ivoire rigide à petits rabats (reliure hollandaise). Reliure salie, vélin fripé. Mors fendillés. La première garde blanche manque. La doublure en papier blanc ancien a été refaite. Volume encore solidement relié. Intérieur en bon état. Collationné complet. Quelques noms de la clé rayés anciennement à l'encre brune.

Nouvelle édition.

L'une des premières éditions clandestines de ce livre.









Il n'y a rien de plus emmêlé que l'histoire des premières éditions, toutes clandestines, de l'Histoire amoureuse des Gaules de Bussy-Rabutin. Il est convenu de dire que la première édition de ce texte date d'avril 1665 (date donnée par L. Janmart de Brouillant) et qu'elle se présente avec uniquement une croix de Malte sur le titre (coll. 190-69-[4] p. de clef ; in-12) et la mention "A LIEGE", sans date imprimée.

Notre exemplaire contient : l'Histoire de Madame Ardelise (se termine page 113) ; Histoire d'Angelie et de Ginotic (pp. 114 à 191) ; Suite de l'Histoire d'Ardélise (pp. 192 à 215) ; Portrait de Madame de Cheneville (Madame de Sévigné) (pp. 216 à 237) ; Histoire de Bussy et de Belise (pp. 238 à 260). Cette édition primitive ne contient pas la Lettre écrite au duc de Saint-Aignan par le comte de Bussy du 12 novembre 1665, ce qui laisserait supposer que notre édition est faussement datée 1666 et qu'elle aurait été imprimée dans le courant de 1665, avant que Bussy-Rabutin n'écrive sa lettre au duc de Saint-Aignan. Notre édition ne contient ni les Maximes d'amour, ni le cantique Que Deodatus est heureux.









Notre "Edition Nouvelle, A Liège. M. DC. LXVI. a une particularité qui mérité d'être signalée et qui semble-t-il n'a été relevée par aucun bibliographe jusqu'ici. En effet, dans notre exemplaire tout le cahier F (pp. 121 à 144) a été imprimé fautivement au recto des feuillets seulement, c'est à dire que le verso du feuillet 121 est blanc, le verso du feuillet paginé 122 est blanc, idem pour les feuillets 123 à 144. Nous nous en sommes aperçu grâce au fait que les feuillets du cahier F nous ont paru beaucoup plus épais que les autres du volume. Et pour cause, les feuillets sont collés dos à dos pour n'en plus former qu'un seul. Seulement dans notre exemplaire les feuillets paginés 133-134 et 135-136 n'ont pas été collés l'un contre l'autre, on voit donc le verso blanc de chacun d'eux. Pour les autres feuillets pp. 121-132 et 137-144 le collage est parfois encore intact, parfois les deux feuillets se décollent ou laissent entrevoir le verso blanc. Une telle mise en page ne peut provenir que d'une erreur d'imposition des pages au moment de la mise en train typographique. Cette erreur a été corrigée au moment du brochage des cahiers.

A noter également dans notre édition la présente de quelques ornements gravés : petit décor typographique au bas de la page 215 ; 1 fleuron gravé sur bois au milieu-bas de la page 237 ; enfin un autre fleuron gravé sur bois au milieu bas de la dernière page 260.

M. Le Baron Walckenaer, dans ses Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal (Quatrième édition, 18880, Troisième partie), précise dans une note : "Je possède l'Histoire amoureuse des Gaules , édition nouvelle, Liège, 1666, avec la sphère, sans nom d'auteur, et le deux éditions de Liège, sans date ni nom d'auteur, ni d'imprimeur, une avec une croix de Saint-André (croix de Malte) (Elzévier) ; ces deux éditions ont précédé toutes les autres."

Nous ne saurons sans doute jamais qui a imprimé cette édition (Foppens à Bruxelles ? les Elzévier d'Amsterdam ?), pas plus que nous ne saurons laquelle de toutes les éditions primitives de l'Histoire amoureuse des Gaules peut se prévaloir d'avoir été la première. Quoiqu'il en soit toutes ces premières éditions sont rares et méritent d'être recherchées.

Homme de guerre, courtisan et homme de lettres bourguignon de souche (auxois et nivernais), Bussy-Rabutin (1618-1693), comme le disait Sain-Evremond : « a préféré à son avancement le plaisir de faire un livre et de donner à rire au public. Il a voulu se faire un mérite de sa liberté. Il a affecté de parler franchement et à découvert, et il n'a pas soutenu jusqu'au bout ce caractère. Après plus de 20 ans d'exil, il est revenu dans un état humilié, sans charge, sans emploi, sans considération parmi les courtisans et sans aucun sujet raisonnable de rien espérer. (...) On doit avouer que M. de Bussy avait un esprit merveilleux. Les premiers ouvrages que nous avons de lui nous en donnent une idée très-avantageuse, et il aurait tout sujet d'en être content, s'ils lui avaient coûté un peu moins cher. Son élocution est pure et ses expressions sont naturelles, nobles et concises. Ses portraits surtout ont une grâce négligée, libre, originale, qu'on ne saurait imiter ; il était d'ailleurs médisant jusqu'à l'excès.» Cousin de Madame la marquise de Sévigné, ce livre fut également l'occasion d'une brouille entre les deux épistoliers. Il nous reste également de lui des Mémoires militaires et des Lettres. L'ensemble de son œuvre est aujourd'hui précieux pour l'histoire du siècle de Louis XIV.

Référence : L. Janmart de Brouillant, in "Description raisonnée de l'édition originale et des réimpressions d'un livre intitulé "Histoire amoureuse des Gaules" in "Bulletin du bibliophile", 1887, p. 558 (voir pp. 557 à 568). Cette édition porte le n°XII de la nomenclature, sans autre précision. On ne comprend d'ailleurs pas pour cette édition est portée si loin dans la liste tandis qu'elle est, selon nous, l'une des toutes premières par les éléments qu'on vient de donner (absence de la lettre du duc de Saint-Aignan, absence des Maximes d'Amour, erreurs de mise en page, etc). En 2009 nous avions eu en mains un exemplaire de cette même édition. Voici ce que nous écrivions alors : Cette « Edition Nouvelle » est inconnue de Brunet et Tchémerzine. Elle est mentionnée par Auguste Poitevin dans son édition critique de la Bibliothèque Gauloise (1857, tome I, pp. LX). D'après nos dernières recherches et grâce à la comparaison de l'unique fleuron gravé sur bois se trouvant à la fin et au type de sphère armillaire présent sur le titre, on attribue cette impression à l'officine de Vleugart à Bruxelles (CHRL 17 Robert Netz, Cf. Rahir M. 50 p. 454 pour la sphère et Rahir M. 235 pour l'identification du fleuron). Cette attribution n'avait encore pas pue être déterminée à notre connaissance. Cette édition, une des premières, ne contient, ni le cantique « Que Deodatus est heureux (...) » (qui n'est d'ailleurs pas de Bussy et a été ajouté plus tard, à partir de 1670), ni la Lettre à Monsieur de Saint-Aignan (ajoutée plus tard également).

Bon exemplaire en condition d'époque, avec la clé, de cette édition primitive rare.

VENDU

mardi 10 janvier 2023

L'Oeuvre du divin Arétin, les Ragionamenti (La vie des nonnes, La vie des femmes mariées, La vie des courtisanes, Les Roueries des hommes, La Ruffiannerie) illustrés par André Collot. Un des 50 exemplaires enrichis d'une suite en noir avec remarques. Exemplaire broché conservé comme neuf.


Pietro ARETINO (Le divin ARETIN)


L'OEUVRE DU DIVIN ARETIN. LES RAGIONAMENTI illustrés de gravures sur cuivre en couleurs par André COLLOT.

Le Vasseur et Cie, éditeurs, 1933

4 volumes in-4 (24,5 x 19,5 cm), brochés, 184, 258, 146 et 156-(1) pages. Couvertures imprimées or. Ensemble à l'état proche du neuf avec les couvertures et l'intérieur des volumes en parfait état. Papier cristal d'origine. Etuis cartonnés de l'éditeur (légèrement frottés par endroits).

Cette édition réalisée sous la direction artistique de Paul Durupt a été achevée d'imprimer le 30 octobre 1933 sur les presses de l'imprimerie Coulouma (H. Barthélémy, directeur). Les cuivres d'André Collot ont été tirés par l'imprimerie La Tradition à Paris.

Tirage à 510 exemplaires.

Celui-ci, un des 55 exemplaires sur Hollande Van Gelder auxquels il a été joint une suite de toutes les planches avec remarques et tirées en noir (à l'exception de 2 planches de la suite en noir qui manquent et qui ont été remplacées par le tirage en couleurs sur grand vélin d'Arches). Une planche en noir de la suite a des rousseurs et on a ajouté la version en couleurs de cette même planche (tirage sur vélin d'Arches).

60 eaux-fortes en couleurs dont 6 bandeaux et 54 hors-texte (brochées dans les volumes).








Cet ensemble contient La vie des nonnes, La vie des femmes mariées, La vie des courtisanes, Les Roueries des hommes, La Ruffiannerie. Ces textes ont été écrits entre 1534 et 1536. Dans Ragionamento della Nanna e della Antonia, Nanna et Antonia parlent de l'avenir de Pippa, la fille de Nanna et évaluent trois façons de faire sa vie pour une femme : comme une nonne, une épouse et une prostituée. Pour cela, Nanna se base sur sa propre histoire. Le premier jour, elle raconte comment elle, en tant que fille, a été placée dans un monastère, tourné en lieu de débauche et d'initiation sexuelle. Le deuxième jour, elle fait la description de son mariage, la brutalité et le dénuement entraînant inévitablement la femme dans l’infidélité et à la mort du mari. Le troisième jour, Nanna décrit sa vie de courtisane à Rome, ce qui est de loin préférable à l'hypocrisie monastique et à la tyrannie conjugale. Après que la future profession de Pippa ait été définie comme une prostituée dans le Ragionamento, le Dialogue Nanna insegna a la Pippa (« Nanna enseigne à sa fille ») les moyens et arts à employer envers les clients et amants pour qu'ils se montrent généreux à son égard et comment cacher derrière un aspect respectable et élégant la véritable intention : gagner de l'argent en contrôlant les sentiments servis par un comportement respectable. Le lendemain, Nanna avertit Pippa d'un subterfuge sentimental utilisé par les hommes pour séduire les femmes afin de les soumettre sentimentalement. Les anecdotes citées par Nanna sont des plus en plus osées, à la limite du supportable. Enfin, le troisième et dernier jour, les marieurs Balia et Comare expliquent comment Pippa une fois vieille pourra toujours gagner sa vie, même si elle a perdu tout attrait pour les hommes. La condition préalable la plus importante pour une vie de femme réussie est de ne pas tomber amoureuse d'un homme pour ne pas être trompée et exploitée par lui. L'analyse de la vie émotionnelle humaine et la compréhension économique de la sexualité entre l'homme et la femme créent une base éthique qui donne des enseignements moraux en renversant complètement l'idéal courtois de la gratuité de l'amour ou du dépassement platonique des passions ; un chemin de vie qui peut être conduit éthiquement de manière plus honnête, correcte et libre que celle d'une religieuse ou d'une épouse.








L'illustration d'André Collot, abondante, colorée et humoristique, doucement érotique et coquine, confère à cet ouvrage un charme indéniable.





Bel ensemble du rare tirage sur Hollande avec suite.

VENDU