lundi 26 décembre 2022

Madame la comtesse de Genlis. Les Prisonniers, contenant six nouvelles et une notice historique sur l'amélioration des prisons. Ouvrage fait pour les prisonniers et pour les personnes qui les visitent. 1824. Edition originale rare. Superbe exemplaire en reliure de l'époque.


COMTESSE DE GENLIS (Félicité du Crest, devenue Madame la).

Les Prisonniers, contenant six nouvelles, et une Notice historique sur l'amélioration des prisons. Ouvrage fait pour les Prisonniers et pour les personnes qui les visitent. Orné de deux estampes. Par Madame la Comtesse de Genlis.

A Paris, chez Arthus Bertrand, libraire, 1824

1 volume in-8 (21 x 13,5 cm) de 367-(1) pages. 2 gravures sur acier dont une en frontispice.

Reliure strictement de l'époque demi-veau brun, dos lisse orné de fleurettes et filets dorés, tranches mouchetées marron, plats de papier marbré, doublures et gardes de papier marbré. Parfait état. Reliure à l'état proche du neuf. Intérieur très frais. Rares rousseurs. Belle impression sur papier vergé chiffon.


Edition originale rare.

L'ouvrage s'ouvre sur une épître dédicatoire à son excellence monsieur le vicomte de Chateaubriand. Madame de Genlis présente ainsi son ouvrage à Chateaubriand : "Monsieur le vicomte, ce livre, fait pour des infortunés, pourra peut-être les distraire quelquefois de leurs peines cruelles, ou disposer ceux qui n'ont plus d'espérances sur la terre à recevoir les seules consolations qui puissent être efficaces dans tous les temps et dans toutes les situations. Ainsi, du moins, cet ouvrage, par l'intention qui m'engage à le publier, n'est pas indigne d'obtenir l'approbation de Votre Excellence, et c'est à ce seul titre que j'ose lui en offrir l'hommage. [...]".





« L'épître dédicatoire au Vicomte de Chateaubriand fait une allusion à l'intervention faite par le ministre des Affaires étrangères, quelques mois auparavant, en faveur du journaliste Magalon… Indépendamment du succès obtenu par le livre de la comtesse de Genlis, un billet de Chateaubriand (conservé à la BM de Nantes, mns Coll. Labouchère 667/37) fait connaître les sentiments qu'il éprouva lorsqu'il vit son nom inscrit en tête de l'ouvrage : 'Paris, le 9 mars 1824. J'ai trop tardé, Madame la Comtesse, à vous remercier de l'honneur que vous m'avez fait en me dédiant les Prisonniers. Désormais associé à votre gloire, si je me souciois beaucoup de l'avenir, j'ai quelque chance d'y parvenir à votre suite…'. Dans sa brièveté, ce billet entièrement autographe, et tracé en lettres hautes d'un centimètre, a grande allure. On pourrait reprocher à l'auteur un excès d'humilité personnelle et une exagération dans l'éloge qu'il prodigue à sa correspondante. Peut-être y a-t-il là plus de gentilhommerie et sûrement d'humour que de sincérité profonde ? Mais, n'en déplaise à Alceste, cette politesse d'autrefois avait bien du charme... » d'après Marie-Em. Plagnol-Diéval & F. Letessier.

A la suite on trouve la Préface qui donne un état des secours aux prisonniers et à l'amélioration des prisons par les "Grands" des divers royaumes de l'Europe depuis les premier temps modernes. Viennent ensuite les six nouvelles édifiantes. Enfin de la page 304 à 350 on trouve la Notice historique sur les prisons, partie la plus intéressante de l'ouvrage qui donne au lecteur un état des choses faites et à faire dans le domaine. Les dernières pages du volume sont un Récit tiré de la Gazette de Port-Louis du 18 septembre 1819 (récit du naufrage d'un navire nommé Les Six Soeurs, parti des Seychelles pour Port-Louis (ïle Maurice). 










La morale et la piété sont les deux guides de Madame de Genlis lorsqu'elle écrit de cet ouvrage.

Félicité du Crest, par son mariage comtesse de Genlis, marquise de Sillery, est une romancière, dramaturge, mémorialiste et pédagogue française, née le 21 janvier 1746 à Issy-l'Évêque et morte le 31 décembre 1830 à Paris. En 1779, forte du succès de ses saynètes à visées éducatives, Mme de Genlis accepte de les regrouper pour les publier. Le livre intitulé Théâtre à l’usage des jeunes personnes est vendu au profit exclusif de prisonniers sans fortune, afin qu’ils puissent assurer leurs frais de justice. En 1815, sa vie devint difficile avec le retour des Bourbons. Elle ne vécut financièrement que grâce aux droits d’auteur qu’elle tirait de ses romans et nouvelles. Mais, toute sa vie durant, et malgré ses moyens limités, elle adopta de nombreux enfants de toutes les classes sociales et se chargea de leur éducation. Elle meurt le 31 décembre 1830 à Paris, faubourg du Roule, dans une pension de famille où elle s'était retirée depuis 1827, tenue par Madame Afforty, belle-mère du jurisconsulte et abolitionniste François-André Isambert. Jusqu'à ses derniers jours, Louis-Philippe vint lui rendre visite dans la pension de Madame Afforty.​

Il semble que cet ouvrage édifiant de Madame de Genlis soit rare. Il n'y a actuellement aucun exemplaire proposé à la vente (en ligne le 26 décembre 2022).

Provenance : de la bibliothèque de Monbail avec ex libris. La bibliothèque de Monbail était celle de Pierre-Daniel de RORTHAYS (1754-1826), marquis de Monbail, en son château de Venansault (en Vendée).

Superbe exemplaire de la plus grande fraîcheur.

VENDU

samedi 24 décembre 2022

Vita Jesu Christi. Par Ludolf de Saxe ou encore Ludolf le Chartreux. [Lyon, imprimée par Guillaume Huyon pour Jacques Giunta, 1522]. 180 vignettes gravées sur bois. Bel exemplaire en remarquable reliure lyonnaise décorée de l'époque.


Ludolf de Saxe ou encore Ludolf le Chartreux (vers 1300 - 1377 ou 1378).

Vita Jesu Christi. Vita Jesu Christi redemptoris nostri ex secundissimis evangeliorum sententiis et approbatis ab ecclesia doctoribus excerpta per Ludolphum de Saxonia sacri chartusianorum ordinis observantissimum cum tabulis ferie alphabetica concinnatis ac sanctem Anne vita summisquem divi Joachim laudibus ; revulsoquem antiquorum errorum cumulo : exactiori lima quem prius Lugduni impressa at quem ornato figurum cultu investita. 1522.

[Lyon, imprimée par Guillaume Huyon pour Jacques Giunta, 1522]

1 volume petit in-4 (21 x 15 cm) de 12 feuillets non chiffrés et CCCCXI (i.e. CCCCXII) et 3 feuillets non chiffrés. Page de titre et folio I imprimés en rouge et noir. Marque de Junte imprimée au verso du dernier feuillet. Collationné complet.


Reliure strictement de l'époque plein veau brun sur ais de bois, dos à nerfs orné de filets à froid et fleurettes à froid, vestige de titre à l'encre en long au dos, plats décorés d'un jeu d'encadrements de roulettes à froid, losange à froid au centre des plats avec dans un cercle la marque IHS en gothique. Vestiges de lacets coupés au premier plat. Attaches en cuivre jaune avec décor de feuillages et bossage bien présentes. Anciennes restaurations à la reliure avec pièces de cuir et reprise des décors à froid (angle inférieur du premier plat, petite pièce de cuir au centre du second plat, coiffe supérieure restaurée avec reprise des décors à froid. Mors fendillés et craquelés (plats solidement attachés), charnière intérieures renforcée (second plat). Deux ou trois piqures de vers traverse l'ouvrage. Quelques rousseurs éparses. Papier légèrement teinté. Très beau spécimen de reliure lyonnaise de l'époque.

Nouvelle édition.

Edition ornée dans le texte de 180 vignettes gravées sur bois donnant chronologiquement la vie de Jésus. Chaque vignette est placée à l'endroit qu'elle illustre dans le texte (tête de chapitre). Chaque vignette mesure 27 x 20 mm.

Cette édition est par ailleurs illustrée d'un bois triptyque et d'un encadrement pour la page de titre. Le folio I est illustré du même bois triptyque (nativité, Jérusalem, crucifixion) auquel a été ajouté sur sa droite un bois représentant le Christ en majesté.



Impression en caractères gothiques sur deux colonnes.

La Grande Vie du Christ ou Vita Christi ou encore Meditationes Vita Christi est un ouvrage spirituel majeur de Ludolphe le Chartreux, dit de Saxe, écrit à la fin du Moyen Âge et imprimé à la fin du XVe siècle. Il inspira notamment Ignace de Loyola pour ses Exercices spirituels.


L'ouvrage, en deux parties, est composé de cent quatre-vingt-un chapitres. Dans cette Vie de Jésus-Christ, Ludolphe compile les quatre Évangiles et les Actes, mais cite aussi des auteurs chrétiens comme Origène, Ambroise de Milan, Augustin, le pape Grégoire le Grand, Hrabanus Maurus ou Bernard de Clairvaux. Chaque chapitre comprend une présentation d'une section spécifique de l'Histoire sainte, et son interprétation par un auteur ecclésiastique et une prière finale. Ludolphe le Chartreux aurait commencé à écrire sa Vie de Jésus – Vita D. Jesu Christi ex 4 evangeliis aliisque scriptoribus orthodoxis consinnata – entre 1324 et 1328, alors qu’il était encore dominicain, ou bien vers 1350. Celle-ci est imprimée pour la première fois en 1472 et connaît ensuite quatre-vingt-huit éditions entre 1474 et 1880, avec des traductions en six langues, dont le flamand, l'espagnol, l'italien, le catalan ou le portugais etc. Cet ouvrage semble être le premier à porter le nom de Vie de Jésus. Ses écrits pourraient être à l'origine de la méthode de méditation des mystères du rosaire d'Adolphe d'Essen : « On ne saurait exagérer l'importance de cet ouvrage considérable qui propose, au long des 181 chapitres, la suite intégrale des mystères du Christ, depuis sa sortie du Père jusqu'à la récapitulation finale des siens dans la gloire. Ni avant, ni après Ludolphe, l'ensemble du contenu de l'Évangile ne fut offert avec cette ampleur et sous cette forme à la méditation du chrétien ». Ce livre se trouvait dans la bibliothèque de saint Ignace de Loyola lorsque celui-ci se convertit durant sa convalescence et il lut sous la plume de Ludolphe : « Au ciel, nous serons appelés jésuites par Jésus lui-même, c'est-à-dire sauvés par le Seigneur ». Certains exemplaires sont conservés à Nancy ainsi que dans la plupart des grandes bibliothèques et des bibliothèques monastiques depuis le XVe siècle. L'autographe du livre est brûlé en 1870.



Il existe de nombreuses éditions illustrées, certaines de grands bois gravés. Certaines éditions incunables et des manuscrits enluminés étaient réservés à l'élite des XIVe et XVe siècle.

Ce livre largement diffusé partout en Europe a eu beaucoup d'influence sur la dévotion moderne. Certaines œuvres d'art se rapportent à la Vita Christi (sculpture, peinture, vitraux).










Le colophon nous apprend que le texte de cette édition a été établi par l'érudit Josse Bade (Badius Ascencius) et qu'elle a été imprimée à Lyon par Guillaume Huyon pour Jacques Giunta (avec sa marque gravée sur bois). Edition commanditée par Jacques Giunta de Florence alors également imprimeur et libraire à Lyon. On sait que Guillaume Huyon fut un des plus grands contrefacteurs lyonnais des Alde. Son association officielle ici avec les Giunta de Florence montre les liens complexes du commerce de l'imprimerie et de l'édition dans les premières années du XVIe siècle. L'activité de Guillaume Huyon s'étend de 1519 à 1528 seulement.


Localisation : Sauf erreur de notre part cette édition est absente du catalogue de la Bibliothèque nationale de France. Un exemplaire est présent à la biblothèque de Bordeaux, un autre à la BM de Lyon. L'interrogation du WorldCat donne un exemplaire à Rovereto (Italie), un autre à Trento (Italie), un autre à Berlin (Allemagne), un autre à Edimbourg (Ecosse).


D'après nos recherches dans diverses bases de données et catalogue de reliures du XVIe siècle, il apparaît que notre reliure peut sans conteste être donnée comme lyonnaise avec un décor typique des ateliers de cette ville à cette époque.


Nous n'avons pu constater si oui ou non les bois gravés qui illustrent notre édition avaient été déjà utilisés dans une édition antérieure.



















L'illustration gravée sur bois, véritable livre d'images de la Vie de Jésus, rend précieux cette rare édition lyonnaise. Voir photos ci-dessus (suite des vignettes).

Bel exemplaire en remarquable reliure lyonnaise décorée de l'époque.

VENDU

Prix : 8.500 euros