mardi 11 octobre 2022

Jean de La Fontaine. Charles Eisen. Contes et Nouvelles en vers. Réimpression de l'édition dite des Fermiers Généraux (1762). Paris, A. Barraud, 1874 (imprimée par Damase Jouaust). Un des 100 exemplaires sur papier de Chine. Splendide exemplaire relié en maroquin doublé décoré (David, relieur | Bénard, doreur).



LA FONTAINE (Jean de) - Charles EISEN, illustrateur.

CONTES ET NOUVELLES EN VERS PAR M. DE LA FONTAINE. Tome premier (et deuxième).

Paris, A. Barraud, 1874. [Damase Jouaust imprimeur].

2 volumes in-8 (22 x 14 cm) de XLVI-xij-268-(1) et xj-320 pages.

Reliure plein maroquin bleu nuit doublé de maroquin rouge, dos à nerfs richement ornés aux petits fers dorés, large décor de dentelle dorée en encadrement intérieur des plats, filet doré perlé sur les coupes, gardes de papier peigne. Reliure signée DAVID, BÉNARD doreur.

RÉIMPRESSION DE L’ÉDITION DITE DES FERMIERS GÉNÉRAUX (1762) ILLUSTRÉE DE 85 ESTAMPES D’APRES LES CUIVRES ORIGINAUX.

Édition de bibliophilie tirée à 1.004 exemplaires.

CELUI-CI, UN DES 100 EXEMPLAIRES SUR PAPIER DE CHINE.



Portrait d'après Rigault, gravé par Ficquet ; figures d'Eisen, vignettes et culs-de-lampe tirés sur les cuivres originaux retouchés. On y a ajouté trois planches refusées.

Cette édition, autorisée en 1874, fut pourtant poursuivie en 1875 par le parquet, à cause de suites de gravures vendues séparément et des trois gravures ajoutées, considérées comme licencieuses. Barraud fut condamné à 500 francs d’amende, Delâtre, imprimeur des gravures, à 100 francs, et les cuivrent furent détruits.





Exemplaire parfait, sans rousseurs, ce qui est rare pour ce papier fragile. Le tirage des estampes est superbe, net et bien encré.

Gustave Bénard était maître doreur. Il a travaillé notamment en collaboration avec le relieur David dans le dernier quart du XIXe siècle. Leurs association : un relieur d'une grande rigueur dans l'exécution des corps d'ouvrages et dans le choix des maroquins et un doreur excellent, net et précis, et disposant d'un vaste matériel de qualité. Le résultat ne peut qu'être excellent et encore admirable aujourd'hui en 2022. La présente reliure reprend, dans l'ornement des doublures de maroquin, les codes des plus belles reliures à dentelle du XVIIIe siècle qu'on pouvait retrouver sur les exemplaires de luxe de l'édition Contes et Nouvelles de La Fontaine de 1762 dite édition des Fermiers Généraux.







Références : Rochambeau, Bibliographie des ouvrages de Jean de La Fontaine, 167. 

SPLENDIDE EXEMPLAIRE DE CE JOLI LIVRE ICI LUXUEUSEMENT RELIÉ EN MAROQUIN DOUBLÉ PAR DEUX MAÎTRES, L'UN RELIEUR, L'AUTRE DOREUR RENOMMÉ.

BIJOU BIBLIOPHILIQUE TÉMOIN DE L'OPULENCE DE LA PÉRIODE 1870-1880.






Prix : 5.500 euros


mercredi 5 octobre 2022

Florilège des lyriques latins | Veterum Latinorum Poematum lyricorum florilegium | Choix, traductions, ornements et images par André Lambert, le tout gravé à l'eau-forte par le même. 1920, L'Estampe Moderne. Un des 275 exemplaires sur Arches. Parfait exemplaire d'un superbe livre illustré d'artiste.



LAMBERT, André (illustrateur, graveur, traducteur) | CATULLE, TIBULLE, PROPERCE, OVIDE, HORACE, PETRONE, VALERE MAXIME, AUSONE, FLORUS, ETC (auteurs).

Florilège des lyriques latins | Veterum Latinorum Poematum lyricorum florilegium | Choix, traductions, ornements et images par André Lambert, le tout gravé à l'eau-forte par le même.

Paris, Société de l'Estampe Moderne, 1920 [Ad. Valcke, Maître imprimeur à Paris].

1 volume in-4 (27,5 x 21,5 cm), en feuilles sous couverture muette de l'éditeur. Non paginé (60 feuillets imprimés entièrement gravés, texte, ornements et illustrations gravées à l'eau-forte en couleurs), 2 feuillets blancs au début et 2 feuillets blancs à la fin. Collationné complet. Parfait état. Beau papier. Impression en rouge et noir. Sans emboîtage.



Tirage unique à 370 exemplaires.

Celui-ci, un des 275 exemplaires sur papier fort vergé d'Arches signé et numéroté par l'Artiste.

53 eaux-fortes en couleurs dont 11 hors-texte.

On joint le prospectus pour cet ouvrage (1 feuillet imprimé en rouge et noir).














"L'Antiquité est la source intarissable et éternellement fraîche où tous les Siècles ont puisé enseignement et exemples. En offrant aux bibliophiles, aux amateurs d'Art notre Florilège ou Sélection des Lyriques Latins de Catulle à Ausone, nous comptons donner une impression juste de cette poésie peu connue à l'exception des exemples classiques. La traduction qui accompagne le texte latin s'efforce de suivre l'original de près, tout en évitant la pédanterie amorphe des philologues ; elle veut être lisible sans banalité et respirer un air contemporains sans tomber pour cela dans une trivialité affectée ou commune. Pour réaliser, orner, illustrer page par page ce beau livre, dont la nouveauté est égale à l'intérêt, nous avons fait appel au talent d'aqua-fortiste d'André Lambert, artiste doublé d'un lettré, qui s'est chargé également de sélectionner les poèmes, de les traduire et de graver tout le texte. Les meilleures éditions classiques, sans oublier les Poetae Minores de Lemaire, les Anthologies de Burmann et de Riese, ont servi de base à ses scrupuleuses recherches. Le volume que nous offrons aux Amateurs constitue ainsi, en toutes ses parties, le résultat d'un effort unique et parfaitement coordonné. C'est avec une longue patience, une grande sincérité et une joie persévérante que le délicat artiste a mené à bonne fin son immense travail et, pour rendre hommage à son talent, nous n'avons reculé devant aucun sacrifice pour donner à son œuvre précieuse tout le cachet, tout le luxe possibles. Papier, impression, tirage, tout a été de notre part l'objet d'études et de soins particuliers. Cet ouvrage de format in-quarto raisin comprend 42 illustrations dans le texte et 11 planches hors-texte. Les encadrements tirés en noir vont par paire et sont différents pour chaque feuillet. Le texte est tiré en rouge brun, les illustrations d'une sobre tenue, sont autant de gravures originales en couleurs. Tout ce travail d'impression a été confié au Maître Imprimeur réputé Ad. Valcke, dont le goût, la minutie d'exécution ont été déjà maintes fois appréciés par les Sociétés de Bibliophiles." (Prospectus).

Les exemplaires de notre tirage, avec l'état définitif en couleurs, étaient vendus 550 francs en 1920.











On retrouve ici la douceur et la sensualité du trait caractéristique d'André Lambert (1884-1967). André Lambert est reconnu pour la qualité de ses compositions, riches en détails et remplies d'harmonie. On lui doit dans le genre érotique léger Les sept péchés capitaux (1917) et dans le genre curiosa affirmé Les seuils empourprés (1927) ou encore Caresses (1927), parus sous le voile de l'anonyme. On lui doit également l'illustration de nombreux ouvrages classiques tel L'art d'aimer d'Ovide ou encore la Petite Mythologie Galante, et surtout le Salammbô de Flaubert. André Lambert était né en Suisse en 1884. Il suit l’enseignement du baron Hugo von Habermann à Munich puis arrive à Paris suivre les Beaux-Arts dans la classe de Cormon. Il étudie le grec et le latin et acquière une profonde connaissance de l’Antiquité qu'il applique dans ses compositions. Après être resté un temps à Paris il s'installe en Allemagne puis revient à Paris en 1919 où il fonde la revue Janus. Il finira la vie en Espagne qu'il appréciait pour ses couleurs et ses paysages. Il fut l'un des meilleurs illustrateurs de l'entre deux guerres et a surtout marqué pour la sensualité voire l'érotisme affirmé de certaines de ses compositions.

Parfait exemplaire d'un superbe livre illustré d'artiste de l'entre-deux guerres.

VENDU

mardi 27 septembre 2022

Mémoires de Monsieur d'Artagnan, Capitaine Lieutenant de la première Compagnie des Mousquetaires du Roi. Contenant quantité de choses particulières et secrètes qui se sont passées sous le règne de Louis le Grand. Rare édition de 1704 (Amsterdam, Pierre Rougé), 4 tomes reliés en 2 volumes in-12. C'est de cette édition que s'est servi Alexandre Dumas père pour donner ses Trois Mousquetaires en 1844. Bel exemplaire.


[COURTILZ DE SANDRAS, Gatien].

Mémoires de Monsieur d'Artagnan, Capitaine Lieutenant de la première Compagnie des Mousquetaires du Roi. Contenant quantité de choses particulières et secrètes qui se sont passées sous le règne de Louis le Grand.

A Amsterdam, chez Pierre Rougé, 1704 [titre à la sphère armillaire].

4 tomes reliés en 2 forts volumes in-12 (15 x 9,5 cm - Hauteur des marges : 145 mm) de (10)-456-(16) ; 440-(16) ; 478-(16) et 442-(22) pages. Bien complet du portrait de d'Artagnan en frontispice du premier tome.

Reliure demi-maroquin rouge à grain fin écrasé vieux rouge, dos à faux-nerfs, titre, tomaison et millésime dorés au dos ; plats, doublures et gardes de papier peigne coordonnés aux tranches marbrées de même. Impression sur papier fin. Légers frottements aux reliures néanmoins très bien conservées, intérieur très frais avec quelques feuillets plus ou moins teintés ou légèrement roussis. Reliure de très bonne facture exécutée vers 1850-1860.


Nouvelle édition.

C'est sur cette édition de 1704 (Amsterdam, Pierre Rougé) qu'Alexandre Dumas père a puisé son inspiration pour son roman le plus célèbre Les Trois Mousquetaires publié en 1844. 








Le d’Artagnan historique, celui campé par Courtilz de Sandras et celui de Dumas qui s’en est inspiré ont quelques points communs : tous trois cadets de Gascogne, montant à Paris pour « prendre du service », devenant des mousquetaires courageux et fidèles. Charles Ogier de Batz naît vers 1612 à Castelmore près de Lupiac en Gascogne. Il entre vers 1633 dans la compagnie des mousquetaires, prend le nom de sa mère, d'Artagnan, et le titre de comte. En 1646, les mousquetaires sont licenciés et d’Artagnan entre au service de Mazarin parmi ses « gentilshommes ordinaires ». Sa fidélité au ministre et au roi pendant les troubles de la Fronde lui valent quelques missions délicates, qui révèlent son tact et son humanité, ainsi que des rétributions, comme la charge de capitaine des petits chiens du Roi courant le chevreuil… Lorsque les mousquetaires sont reconstitués, il devient lieutenant puis capitaine-lieutenant de la première compagnie en 1667. Maréchal de camp en 1672, il meurt au siège de Maastricht l’année suivante. (notice Musée de l'Armée).

Gatien Courtilz de Sandras (1644 (?) -1712) suit une carrière militaire entre 1660 et 1679, passant notamment par les mousquetaires gris. Puis il se fait écrivain, rédigeant des mémoires apocryphes, notamment sur d'Artagnan, Mr de Rochefort, mais aussi des chroniques scandaleuses et des ouvrages politiques. Son œuvre reflète les ambitions et les frustrations de l’aristocratie encore féodale tenue en bride par l’Absolutisme. Sa liberté de ton le mènera d’ailleurs à la Bastille où il séjournera de 1693 à 1699. Dumas s’est largement inspiré de ces pseudo–mémoires pour écrire les Trois mousquetaires, Courtils lui fournissant les personnages d’Athos, de Porthos, d’Aramis ou de Milady et de nombreuses anecdotes. (notice Musée de l'Armée).








A propos du véritable d'Artagnan nous avons le témoignage de Madame de Sévigné qui écrit dans une lettre datée du 27 novembre 1664 adressée à M. de Pomponne : "[...] Il faut que je vous conte ce que j’ai fait. Imaginez-vous que des dames m’ont proposé d’aller dans une maison qui regarde droit dans l’Arsenal, pour voir revenir notre pauvre ami [Nicolas Fouquet]. J’étois masquée, je l’ai vu venir d’assez loin. M. d’Artagnan étoit auprès de lui ; cinquante mousquetaires derrière, à trente ou quarante pas. Il paroissoit assez rêveur. Pour moi, quand je l’ai aperçu, les jambes m’ont tremblé, et le cœur m’a battu si fort, que je n’en pouvois plus. En s’approchant de nous pour rentrer dans son trou, M. d’Artagnan l’a poussé, et lui a fait remarquer que nous étions là. Il nous a donc saluées, et a pris cette mine riante que vous connoissez. Je ne crois pas qu’il m’ait reconnue ; mais je vous avoue que j’ai été étrangement saisie, quand je l’ai vu rentrer dans cette petite porte. Si vous saviez combien on est malheureuse quand on a le cœur fait comme je l’ai, je suis assurée que vous auriez pitié de moi ; mais je pense que vous n’en êtes pas quitte à meilleur marché, de la manière dont je vous connois. [...]" ; puis encore dans une lettre du 11 décembre de la même année 1664 : "[...] Cependant M. Fouquet est allé dans la chambre de M. d’Artagnan : pendant qu’il y était, il a vu par la fenêtre passer M. d’Ormesson, qui venait de reprendre quelques papiers qui étaient entre ies mains de M. d’Artagnan. M. Fouquet l’a aperçu ; il l’a salué avec un visage ouvert, et plein de joie et de reconnaissance ; il lui a même crié qu’il était son très-humble serviteur. [...] À onze heures, il y avait un carrosse prêt, où M. Fouquet est entré avec quatre hommes, M. d’Artagnan à cheval avec cinquante mousquetaires. Il le conduira jusqu’à Pignerol, où il le laissera en prison sous la conduite d’un nommé Saint-Mars, qui est fort honnête homme, et qui prendra cinquante soldats pour le garder.

D'après la chronologie avérée de d'Artagnan on sait que celui-ci apporta une lettre de Louis XIV au comte de Bussy Rabutin, cousin de ladite Madame de Sévigné et gouverneur du Nivernais, à la Charité sur Loire, à la date du 29 mars 1652.

Ces Mémoires de d'Artagnan ont été publiés pour la première fois en 1700. Seul le premier volume, paru tout d'abord et sans tomaison, porte la date de 1700, les volumes suivants portant souvent la date de 1701 ou 1702. Le texte de Gatien Courtilz de Sandras connut un assez grand nombre d'éditions attestant de son succès, et ce malgré l'interdiction de l'ouvrage et les saisies des exemplaires.

L'édition de 1704 donnée sous l'adresse de Pierre Rougé à Amsterdam en 4 tomes in-12 est très rare, d'après les dénombrements que nous avons pu effectuer dans les dépôts publics, plus rare certainement que la première édition de 1700-1701. Elle est imprimée sur un papier très fin et très fragile (ici très bien conservé) et d'une typographie assez petite (probablement des caractères de l'officine des derniers Elzévier de Leyde).

Cette édition est importante dans l'histoire littéraire quand on sait que c'est sur cette édition de 1704 qu'Alexandre Dumas père s'est penché pour rédiger ses Trois Mousquetaires (1844) et sa suite Vingt ans après (1845). "Lors d’un voyage à Marseille où son ami poète Joseph Méry réside, Dumas cherche quelque lecture, ne pouvant rester oisif. À la bibliothèque, on lui prête « Mémoires de M. d’Artagnan », une édition de 1704. Quelle ne fut sa fascination pour l’ouvrage ! Sur la route de Paris, Dumas ne lâche pas le livre d’une page, si bien que la bibliothèque de Marseille attend toujours qu’il le rapporte !".


L'éditeur supposé de cette édition de 1704, à savoir "Pierre Rougé", n'existe pas. Il semble que ce soit pour cette édition que le portrait gravé de d'Artagnan ait été fait, les premières éditions de 1700-1701 n'en possédant pas. Il y aura encore des éditions datées 1712 et 1715. Certains bibliographes indiquent cette édition de 1704 comme véritable seconde édition (la première en 4 tomes) et donnent comme imprimeur Jean Elzévier de Leyde (mais il faut lire plutôt Abraham II Elzévier qui imprima à Leyde jusqu'à sa mort en 1712).

Bel exemplaire de cette édition rare des Mémoires de d'Artagnan, le plus célèbre des Mousquetaires du roi grâce à Alexandre Dumas père.

VENDU