lundi 13 juin 2022

Les Fleurs passionnées par Edmond Rocher (1902). 9 lithographies aquarellées (livraisons I, II et III seules parues ?). Rarissime. Pas à la Bnf ni ailleurs ...



Edmond ROCHER

Les Fleurs passionnées.

Les Cahiers Humains, 125 rue d'Alésia, Paris, (1902)

3 livraisons en feuilles de 3 lithographies chacune, couverture lithographiée, chaque lithographie est précédée d'un petit texte poétique en prose qui présente la fleur dessinée qui suit.

Format grand in-8 (27 x 18 cm).

Tirage sur papier vélin ordinaire (il ne semble pas qu'il y ait eu de tirage sur papier de luxe). Papier légèrement teinté ou jauni. Quelques légères usures en bordure des couverture, dos des couvertures coupés, sinon bon état tel que paru pour cette publication très fragile.

Bien complet des 9 planches et des 9 feuillets de texte avec vignettes lettrines en noir.

Édition originale et unique édition.

Tirage à très petit nombre non mentionné de cette édition très probablement avortée.





Cette suite de lithographie, recherches approfondies effectuées, n'a semble-t-il jamais été jusqu'au bout de sa parution prévue en 10 livraisons de 3 lithographies chacune au prix de 5 francs l'ensemble. Seules les livraisons 1, 2 et 3 ont paru croyons-nous, et le tirage dû être très faible si l'on s'en tient à l'absence totale d'exemplaires dans les différents catalogues de bibliothèques consultés.


"Commentant la femme par la fleur ou interprétant la fleur par la femme, le "florier d'amour" ainsi que l'appelle le poète Paul Redonnel, offre aujourd'hui à ses amis, à ses admirateurs, au public, de véritables petites merveilles. Edmond Rocher (1873-1948) est un des rares artistes qui connaisse, interprète et rende si intensément la fleur, cette chose exquise, aimée de tous, grands et petits, filles et femmes, jeunes et vieux. Les Fleurs passionnées sont appelées à un grand succès. Il est fort probable que le premier tirage, faisant prime, sera recherché par les amateurs ; et nous ne serions pas étonnés de ne pouvoir sous peu répondre à toutes les demandes. Les Fleurs passionnées seront complètes en 10 fascicules. Chaque fascicule comprendra trois planches sous une couverture renouvelée, et l'ouvrage formera à la fin de la publication un superbe volume in-8 avec titre et table." (extrait du Journal d'Annonay du samedi 25 octobre 1902).




Edmond Rocher fut à la fois poète, peintre et décorateur, affichiste et illustrateur. Il suivit la voie de l'Art Nouveau avec de très jolies illustrations à la fois florales et sensuelles. En bien des points son talent mérite d'être aujourd'hui redécouvert et doit être placé à la même hauteur que bien d'autres noms d'artistes éminemment reconnus de son époque. Son talent était multiple. Il enseigna à l'école Estienne.


"Toute une flore sexuelle et sexuée, pistils phalliques et corolles vaginales, pollen fécondant et équivoques enchevêtrements de feuillages. Des fleurs animées d'une sorte d'animalité possèdent des femmes curieuses et affolées que M. Ed. Rocher a dessinées avec beaucoup de charme." (extrait d'article de presse).


On trouve différents articles pour le lancement de cette souscription : Mercure de France, etc.

Une explication pourrait se trouver pour expliquer l'avortement prématuré de cette édition : une interdiction de poursuivre pour obscénité ou même pornographie. 1902 est en effet une année de grande censure sur la nudité et la pornographie dans la presse et dans le monde de l'édition en France. Cette édition non dissimulée, publiée au grand jour, a pu déclencher les foudres de la censure. C'est l'explication que nous trouvons la plus plausible pour expliquer l'interruption de la publication.

Références : absent du catalogue de la Bnf (a du échapper au dépôt légal), CCfr,  KVK, etc.

Bon exemplaire complet de ce rarissime ouvrage d'une insigne beauté.

VENDU

samedi 11 juin 2022

Les Confessions de Saint-Augustin traduites en français par Monsieur Arnauld d'Andilly (1649). Edition originale de cette traduction avec fausse mention de seconde édition. Agréable exemplaire en condition d'époque.



SAINT-AGUSTIN [AUGUSTIN D'HIPPONE]

Les confessions de S. Augustin. Traduites en français, par Monsieur Arnauld d'Andilly. Seconde édition.

A Paris, chez la Veuve Jean Camusat et Pierre Le Petit, 1649 [de l'imprimerie d'Antoine Vitré]

1 volume petit in-8 (16 x 9 cm - Hauteur des marges : 157 mm) de (2)-1 frontispice gravé par Poilly d'après Philippe Champaigne, (16)-600-(16) pages.

Reliure strictement de l'époque plein parchemin souple, titre à l'encre au dos (époque). Parchemin légèrement fripé, quelques infimes taches, intérieur d'une fraîcheur remarquable. Quelques infimes mouillures marginales à quelques feuillets, sans aucune gravité. Papier très blanc et de qualité.



Edition originale de cette traduction avec fausse mention de seconde édition.

Saint Augustin (13 novembre 354 - 28 août 430) est un philosophe et théologien chrétien de l’Antiquité tardive, évêque d’Hippone, et un écrivain berbère. Il est l’un des principaux pères de l’Église latine et l’un des 33 docteurs de l’Église. Après saint Paul, il est considéré comme le personnage le plus important dans l’établissement et le développement du christianisme occidental.











Les Confessions de Saint-Augustin (rédigées entre 397 et 401) sont trop connues et appréciées pour en faire ici l'explication et l'éloge. Nous dirons simplement que cette édition achevée d'imprimer le 1er avril 1649 est un modèle de beauté de notre langue du Grand Siècle. Dans son Port-Royal, Sainte-Beuve écrit que Robert Arnauld d'Andilly a littérairement rendu de vrais services à la langue. Il rappelle ainsi que La Rochefoucauld, l'auteur des Mémoires, envoyait des copies afin d'obtenir de lui les corrections nécessaires, particulièrement sur la pureté du style (Sainte-Beuve, Port-Royal, Volume 2, pp. 275 et suiv.)

Cependant cette traduction est à classer parmi les belles infidèles du Grand Siècle comme le sont également les traductions de Perrot d'Ablancourt dans ses traductions des auteurs antiques.



« M. Arnaud d'Andilly, ayant donné au public sa traduction des Confessions de saint Augustin en 1649, Messieurs de l'Académie Française la trouvèrent si belle, firent tant d'estime de cet ouvrage qu'ils résolurent d'agréer l'auteur dans leur Académie. Les députés furent offrir une place à M. Arnaud d'Andilly, qui les remercia absolument. Ces messieurs fâchés décidèrent de rendre un statut qui porte que dorénavant on ne recevra personne dans le corps qu'il n'ait postulé d'y être admis. » Notes du Père Léonard sur les Académies. (Archives nationales, M. 763, n° 3.).

A propos du frontispice d'après Philippe de Champaigne ; il s'avère qu'on n'avait répertorié aucune toile de ce peintre répondant à ce sujet avant qu'on ne finisse par trouver une "Conversion de Saint-Augustin" en 1940 (lire à ce sujet Recherches sur les Confessions de saint Augustin de Pierre Courcelle, pp. 495-499.

Reste à signaler que cette "seconde édition" mentionnée au titre n'est en réalité qu'une remise en vente des exemplaires invendus avec un nouveau titre portant pour seul changement cette mention de "seconde édition". Le tirage comparé avec minutie est strictement identique en tous points (fautes typographiques, justification et ornements compris). Lire à ce sujet notre article paru dans le Bibliomane moderne du 10 juin 2022. Cette particularité qui n'avait, semble-t-il, jamais été signalée avant nous, confirme qu'il n'existe qu'une seule et même édition portant la date de 1649.



"Qui eu pu, Seigneur, modérer alors mes peines en me faisant user légitimement des beautés fuyantes et passagères des créatures sensibles et corporelles, et en renfermant dans de justes bornes la liberté vague et indiscrète de jouir de ce qu'il y a de doux et de délicieux à nos sens, afin qu'au moins les flots impétueux de ma jeunesse ne s'étendissent point au delà des bords et du rivage de l'union conjugale, si je ne pouvais encore jouir du calme et de la tranquillité dont jouissent les personnes vertueuses qui n'ont pour but dans l'usage du mariage que la génération des enfants selon que votre loi nous l'a ordonné, Seigneur, vous qui ne dédaignez pas de former nos corps pour conserver la race des hommes, et dont la main favorable peut adoucir la pointe des épines de notre concupiscence lesquelles on n'aurait point connues dans le Paradis terrestre." (p. 49-50).

Provenance : une note manuscrite de l'époque sur la première garde indique que ce volume a été donné par la défunte Mère Louyse de la Passion pour l'usage de Sœur Marguerite de la Ste Passion "comme un gage de son amitié précieuse devant son partement à Lyon. Sœur Marguerite a été la petite novice de Mère Louyse aux carmélites de Bourges (le volumes est ensuite passé aux carmélites de Bourges comme l'indique une autre note manuscrite).


Agréable exemplaire en condition d'époque très séduisante et d'une belle fraîcheur de la libre traduction du Solitaire-Jardinier de Port-Royal, Robert Arnauld d'Andilly.

VENDU

samedi 4 juin 2022

Longus. Daphnis et Chloé illustré par Sylvain Sauvage. Bois en couleurs en collaboration avec Pierre Bouchet (1925). Tirage à 160 exemplaires seulement. Exemplaire réservé et offert par Pierre Bouchet à l'architecte et designer français naturalisé américain Ernest Bonnamy. Rare.

LONGUS

PASTORALES DE LONGUS. DAPHNIS ET CHLOE. Traduction de Messire Jacques Amyot revue par P.-L. Courier et augmentée d'une préface de M. Eug. Marsan. ornements de Sylvain Sauvage gravés sur bois en couleurs avec la collaboration de Pierre Bouchet.

A Paris, 1925 (chez Pierre Bouchet, 16 rue Cassino, achevé d'imprimer le 15 novembre 1925)

1 volume in-8 (23 x 14,7 cm), (6)-168-(3) pages, en feuilles, sous couverture à rabats imprimée en couleurs (premier plat). Nombreuses illustrations en couleurs dans le texte et hors-texte. Etui demi-toile écru et emboîtage de papier décoré argenté (éditeur). Couverture insolée avec quelques pointes de rousseurs sans gravité, petite déchirure sans manque restaurée au bas du premier plat (hors illustration). Intérieur très frais. Emboîtage en excellent état.

Tirage limité à 160 exemplaires seulement.

Celui-ci, un des quelques exemplaires réservés, avec dédicace autographe de l'imprimeur-graveur Pierre Bouchet à Ernest Bonnamy (architecte et designer français émigré aux Etats-Unis d'Amérique) "avec la sympathie de Pierre Bouchet (à l'encre bleu ciel).

Sylvain Sauvage (1888-1948), de son vrai nom Félix Roy, est né dans le Jura à Baumes-les-Messieurs. Il a exposé au Salon des Artistes Décorateurs et fut directeur de l'Ecole Estienne à Paris. On lui doit l'illustration de très nombreux ouvrages à partir des années 1920 jusqu'à sa mort en 1948. Son trait s'associe parfaitement avec l'épure des contours Art Déco qu'il maîtrise parfaitement. Il a illustré plusieurs livres érotiques ou galants tels que les Liaisons dangereuses (1930), les Contes Antiques de Pierre Louÿs (1929), Une Aventure de Casanova (1926), etc.






Longus (appelé parfois également Longos) est un auteur grec qui a probablement vécu au iie ou iiie siècle de notre ère, connu pour son roman Daphnis et Chloé. On ne sait pratiquement rien sur Longus. On présume qu'il est né à Lesbos et qu'il a vécu à l'époque d'Hadrien. On lui attribue le roman intitulé Daphnis et Chloé, parfois présenté sous le titre de « Pastorales de Longus ». Dans le bref prologue, l'auteur met en scène la conception de son roman en se montrant inspiré par un tableau vu à Lesbos, dans le bois sacré des Nymphes ; mais ce prologue fait tout autant partie de la fiction que l'intrigue du roman proprement dit, selon un procédé que l'on retrouve dans d'autres prologues de romans grecs (par exemple Leucippé et Clitophon d'Achille Tatius), et on ne peut pas en déduire avec certitude que Longus était lui-même originaire de Lesbos. Le choix de cette île comme cadre de l'intrigue peut tout aussi bien avoir été guidé par une référence à la poétesse archaïque Sappho, qui en était originaire et fait partie des principales inspirations de l'auteur. Il est manifeste, par les allusions présentes dans le roman, que Longus connaissait bien la poésie grecque archaïque (Sappho) et hellénistique, en particulier la poésie pastorale (Théocrite), le théâtre grec antique et la littérature de l'époque romaine (notamment les Bucoliques de Virgile) : il s'en inspire et en joue dans la composition de son intrigue, les noms et caractères des personnages, les descriptions et les symboles présents dans le roman.





Provenance : de la bibliothèque de l'architecte et designer français (naturalisé américain) Ernest Bonnamy (1897-1991). Mr. Bonnamy was associated with the architecture firm of Kahn & Jacobs in Manhattan from 1945 to 1975. Among his accomplishments was the collaborative design of the Capitol Building in Havana; 17 buildings for Saks Fifth Avenue, including the Manhattan store; the lobby of the I.T.T. building in Manhattan’s financial district, and the interior of the Plaza Hotel. Mr. Bonnamy, a native of Paris, served with the French army in World War I. He studied and later taught art and sculpture at Bonn University in Paris. He came to the United States in the mid-1920’s to design the I.T.T. building and became a citizen in 1945. Ernest Bonnamy died at his home on Shelter Island, L.I. He was 94 years old (March 1991).



Très bon exemplaire de ce très beau livre illustré Art Déco.

VENDU

vendredi 20 mai 2022

Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone]. Le Quadragénaire ou l'Age de renoncer aux passions ; Histoire utile à plus d'un lecteur. 1777. Très bon exemplaire en reliure d'époque, bien complet de 15 figures et des 6 feuillets de revue des ouvrages de l'auteur.


Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone]

Le Quadragénaire ou l'Age de renoncer aux passions ; Histoire utile à plus d'un lecteur. Première et seconde partie.

A Genève et se trouve à Paris, chés la Veuve Duchêne, 1777

2 parties reliées en 2 volumes in-12 (17 x 10,5 cm environ) de 244 et 244 pages (+6 feuillets non chiffrés). 15 figures hors-texte.

Reliure de l'époque demi-basane caramel, plats de papier bleu uni, dos lisse, filets dorés, pièces de titre en maroquin havane, tomaison noircie, tranches rouges, doublures et gardes de papier blanc. Exemplaire très frais conservé dans sa première reliure. Exemplaire bien complet des 6 feuillets de Revue des ouvrages de l'auteur qui manquent presque toujours à la fin du volume (légèrement rogné dans les marges avec légères atteintes aux manchettes). Reliure bien conservée malgré quelques frottements et traces du temps, sans gravité. Le faux-titre du premier volume a été relié par erreur après le feuillet de titre.


Edition originale et unique édition du premier ouvrage illustré de Rétif de la Bretonne.


"On a prétendu faire entendre aux Agréables, qu'à l'âge de 40 ans ils doivent renoncer à leurs prétentions, et revenir de leur ivresse ; s'ils ne veulent pas que le mépris et le persiflage amère flétrissent les myrrhes et les rose dont leur front est couronné. Si le vice a pu leur faire illusion dans la jeunesse, cette illusions cesse pour le Quadragénaire ; la vertu seule, l'union respectable des époux, ayant pour base les avantages solides de la raison, l'arrangement des affaires, peuvent lui procurer un bonheur réel et durable. [...] Le Quadragénaire est par lettres. Après un court Avant-propos, qui indique le sujet de l'ouvrage, commence la correspondance d'une jeune personne raisonnable, avec un homme âgé de 40 ans, dont elle désire devenir l'épouse. Dans les premières lettres, elle laisse entrevoir modestement et peu à peu son intention : mais dès qu'elle est suffisamment connue, elle emploie tous les moyens, pour déterminer un homme sensé, timide, et qui connait trop bien son siècle, pour vouloir hasarder le bonheur de la fille d'un ami, et le sien propre, par un imprudent mariage. [...] Elise (c'est le nom de la demoiselle), en fille sensée, persiste dans le plan de conduite qu'elle s'est tracé : elle épouse le Quadragénaire, dont elle ne peut douter qu'elle ne soit adorée, et elle est heureuse avec lui, en continuant d'être raisonnable, c'est à dire en se circonscrivant dans les soins de son ménage, en fermant l'oreille et l'entrée de sa maison aux jeunes muguets, et à tout être inutile. L'ouvrage est terminé par une revue très-abrégée des différents états, dans laquelle on se propose d'éclairer les parents, sur celui qu'ils doivent préférer pour s'y choisir un gendre. [...]." (extrait de la Revue des ouvrages de l'auteur, rédigée par Rétif de la Bretonne lui-même).








En réalité ce sont les amours déguisées de Rétif de la Bretonne lui-même avec Virginie qu'il nous raconte pour la première fois dans ce roman une fois de plus en grande partie autobiographique. Ses amours avec Virginie seront aussi contés dans La Malédiction paternelleMonsieur Nicolas et Mes Inscripcions. En incorrigible coureur de jupons, Rétif essaye, par ce livre, de se convaincre d'être raisonnable arrivé 40 ans, cesser de penser qu'on peut encore se faire aimer à cet âge, sans se faire berner par la pernicieuse femina










C'est le premier livre de Rétif orné de belles illustrations. C'est la veuve Duchêne elle-même qui proposa à Rétif les services d'un jeune artiste de 24 ans, André Dutertre, élève du peintre Vien. Les gravures ont été gravées par Bacquoy et Berthet (seules deux sont signées).

Rétif indiquait cet ouvrage comme épuisé dans un catalogue de ses ouvrages en 1788.

Références : Rives Childs n°XVII, p. 245-246 ; Paul Lacroix (Bibliophile Jacob), n°XVIII, p. 145-147 : "ce roman singulier est très rare".

Très bon exemplaire bien conservé dans sa première reliure. L'illustration de cet ouvrage est charmante.

Prix : 2.800 euros