mercredi 25 août 2021

Pierre Mac Orlan. Chas Laborde. Les Démons Gardiens (1937). Un des 190 exemplaires sur Vélin Vidalon, en reliure de l'époque très bien conservée. Bel exemplaire.

Pierre MAC ORLAN - CHAS LABORDE (illustrateur).

LES DEMONS GARDIENS. Eaux-fortes de CHAS LABORDE.

Aux dépens des amis de l'artiste, Paris, 1937

1 volume in-4 (28,5 x 23 cm) de 120-(1) pages. Page de titre ornée d'une vignette de l'artiste. 15 eaux-fortes hors-texte par Chas Laborde tirées en noir.

Reliure de l'époque demi-chagrin bleu, dos lisse orné d'un petit fleuron et de deux filets dorés en tête et en queue, tête dorée, non rogné, couvertures conservées (les deux plats et le dos) en parfait état. Reliure en excellent état malgré un dos légèrement insolé. Intérieur parfait, immaculé, dépourvu de rousseurs.

Tirage limité à 261 exemplaires seulement.

Celui-ci, un des 190 exemplaires sur Vélin de Vidalon






Les Démons Gardiens se sont nos vices et nos travers indispensables racontés par des quidam à la manière gouailleuse de Mac Orlan. Ce sont le démon des cafés, des terrasses et des bars (récit d'un matelot américain), le démon de la rue (récit d'une fille publique), le démon des grandes avenues de l'ouest (récit d'un pauvre employé), le démon des faubourgs (récit d'un agent cycliste), le démon des jardins célèbres (récit d'un touriste), le démon des gares et des music-halls (récit d'un lettré de banlieue), le démon des matinées du bois (récit d'un oisif à la mode), le démon des catastrophes publiques (récit d'un inquiet par principes), le démon du dimanche au grand air (récit d'un gendarme retraité), le démon du voyage (récit d'un reporter), le démon de la beauté obligatoire (récit d'un homme d'affaires), le démon de la digestion au bureau (récit d'un poète), le démon des arts (récit d'un aventurier polyglotte), le démon des rues réservées (récit d'un tourmenté provincial), et enfin, le démon de la fin (récit d'un homme célèbre).





Mac Orlan écrit, et cela résume bien son ouvrage : "Le nombre de prostituées augmente, les assassins adolescents pullulent et les imbéciles montent au ciel comme des montgolfières. Le résultat est à la mesure de ceux qui l'ont cherché."

Beaucoup d'humour et de belles phrases que n'aurait pas renié Michel Audiard dans ce très beau volume qui flirt avec le curiosa sans y toucher de trop près. On remarquera amusé l'obsession, quasi constante, chez Chas Laborde, à représenter mesdames toison au vent, mesdames affublées des plus denses toisons qui puissent être gravées dans le cuivre, à l'acide. Ce n'est pas déplaisant, bien au contraire, et ça ne pique pas que la curiosité du lecteur attentif.







Très beau livre au tirage confidentiel et servi par un admirable texte d'une vigueur incroyable et des illustrations ad hoc.

Prix : 950 euros

samedi 21 août 2021

Léon Ménabréa. Les Alpes historiques. Première étude. Montmélian et les Alpes. Accompagnée de documents inédits. Bel exemplaire de cet ouvrage rare.

Léon Ménabréa

Les Alpes historiques. Première étude. Montmélian et les Alpes.

Chambéry, de l'imprimerie de Puthod, au Verney, 1841

1 volume in-8 (21,5 x 13 cm) de XVI-634-(2) pages et 5 plans dépliants.

Reliure strictement de l'époque demi-veau châtaigne à petits coins, dos lisse orné de filets dorés et fleurons, plats de papier marbré. Légers frottements aux coins et au papier des plats sinon excellent état. Intérieur frais. Quelques rousseurs et petites taches sur la page de titre et quelques fois dans le texte mais papier bien blanc dans l'ensemble.

Edition originale en librairie.

Ce texte est extrait du tome X des Mémoires de la Société Royale Académique de Savoie.



Léon-Camille Ménabréa nait en 1804 dans la maison familiale dite château du Lambert, Bassens, dans la banlieue de Chambéry. Son père est avocat, mais il s'engage contre les révolutionnaires français comme commandant de la Garde nationale, s'opposant notamment aux troupes françaises en 1801. Il se réfugie à la suite de la seconde insurrection anti-jacobine des « Socques » en Savoie et s'installe à Chambéry. Les Ménabréa, parfois écrit sous la forme Ménèbre, sont originaires de Verrès en Val d'Aoste, où son grand-père, Georges Ménabréa, est notaire. Sa mère, Marguerite Pillet, est la fille du docteur Amédée Pillet, issu d'une famille de notables savoyards.​ Léon Ménabréa est fait docteur en Droit de l'université de Turin, en 1827. Il revient en Savoie où il exerce la fonction de juge de mandement à Modane, avant de poursuivre sa carrière comme Substitut Avocat Général à la Cour d'Appel de Chambéry, puis de devenir, en 1851, conseiller de cette même cour. Le 30 décembre 1843, par lettres de noblesse du roi Charles-Albert de Sardaigne, il est anobli avec son frère. En 1849, sous l'influence de son frère, il est secrétaire diplomatique lors de la signature de la paix. Passionné d'histoire locale, il est élu à l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Savoie avant d'en devenir secrétaire perpétuel. Il est membre non-permanent de l'Académie royale de Turin et membre de la députation des études historiques en Piémont. Il est considéré comme le « vrai créateur de l'école historique savoyarde avec ses œuvres magistrales sur la marche des études historiques en Savoie et en Piémont (...) ». Il a été fait chevalier de l'ordre des Saints-Maurice-et-Lazare, de l'ordre de Charles III d'Espagne, ainsi que de l'ordre du Christ (Portugal). Léon Ménabréa se suicide en 1857, à Chambéry. On luit doit les ouvrages suivants : Les Alpes historiques : Première étude : Montmélian et les Alpes, Impr. de Puthod, 1841, 634 pages. Des origines féodales dans les Alpes occidentales, Imprimerie royale de Turin, paru en 1865, 596 pages. De l’origine, de la forme et de l’esprit des jugements rendus au Moyen Âge contre les animaux, Mémoires de l'Académie de Savoie, 1846, 161 pages. De l'organisation militaire au Moyen Âge d'après des documents inédits, Puthod, 1848, 48 pages. Histoire municipale et politique de Chambéry écrite en entier d'après des documents inédits, A. Perrin Chambéry, 1847 (inachevé) Histoire de Chambéry depuis son origine jusqu'à la fin du XVIIe siècle, 1848 (inachevé) Chroniques de Yolande de France, duchesse de Savoie, sœur de Louis XI (documents inédits), Chamerot, 1859, 312 pages.

Son ouvrage, Les Alpes historiques, s'ouvre sur les temps anciens (antiquité) et les origines fabuleuses de Montmélian. Le volume se poursuit avec des chapitres sur les institutions burgondes, la féodalité, les guerres féodales, comtes de Savoie et dauphins de Viennois, les châteaux, les temps modernes (maison de Savoie, le XVIe siècle, XVIIe siècle et ses guerres, paix d'Utrecht. On trouve aussi le Journal du siège de Montmélian par les troupes de Louis XIV (1690-1691 - pp. 522 à 569). Le volume se termine avec un chapitre consacré à l'importance de la Savoie pour la défense de l'Italie.

Belle impression de Chambéry, peu commune et ici en belle condition d'époque.

Prix : 650 euros






jeudi 19 août 2021

Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone]. La Paysan perverti, ou les Dangers de la ville ; Histoire récente, mise au jour d'après les véritables lettres des personnages (1776). Réimpression ou contrefaçon due au libraire Delaporte.

Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone].

La Paysan perverti, ou les Dangers de la ville ; Histoire récente, mise au jour d'après les véritables lettres des personnages : Par N. Rétif de la Bretonne.

Imprimé à La Haye, et se trouve à Paris, La veuve Duchêne, libraire, Dorez, libraire, 1776 (en réalité plutôt 1778 ou 1780)

8 parties reliées en 4 volumes in-12 (17,3 x 10,1 cm environ) de (2)-VII-(1)-290, 316, 268 et 211 pages.

Reliure plein veau marbré strictement de l'époque, dos lisses ornés à la grotesque, tranches rouges, doublures et gardes de papier marbré. Reliures solides et décoratives. Petites galeries de vers à deux plats, coins légèrement frottés, intérieur en bon état avec quelques salissures et taches sans gravité. Une tache plus prononcée dans la marge basse du dernier volume (sans aucune gravité et uniquement sur les premiers feuillets). Très bon état général.






Nouvelle édition désapprouvée par Rétif de la Bretonne, probablement imprimée à Paris par le libraire toulousain Delaporte ou De la Porte tant houspillé par Rétif lui-même dans la Revue de ses ouvrages (1784).

Cette réimpression ou contrefaçon, comme l'appelle Lacroix, qui paraît être la quatrième édition de ce titre, aurait été donnée par un libraire de Toulouse (imprimeur à Paris), un certain De La Porte ou Delaporte (signalé par Rétif lui-même dans la Revue de ses ouvrages donnée en 1784). Elle contient 250 lettres et se termine par les Statuts du Bourg d'Oudun, en 44 articles (sorte de projet d'établissement d'une société utopique en 44 articles concernant le mariage, la natalité, les enfants, les peines, la nourriture, les fêtes, la religion, les femmes, etc.). "Ce qui prouve la contrefaçon, c'est que le contrefacteur a modifié un peu le système typographique de Restif, en supprimant les traits d'union dans les mots composés et en changeant l'accentuation. C'est sans doute cette contrefaçon que Restif mentionne, en ces termes, dans une note imprimée au verso du premier titre des Figures du Paysan perverti : ( La contrefaçon du libraire Laporte est pleine de fautes et d'omissions. »" (P. Lacroix, p. 131).






Le Paysan perverti est aujourd'hui reconnu comme l'ouvrage le plus important de Rétif de la Bretonne et il fut en son temps aussi celui qui fit le succès de son auteur. Son style et son fond en font l'un des ouvrages du XVIIIe siècle précurseurs du genre naturaliste par bien des aspects. Avec le Paysan perverti de Rétif on est très loin des marivaudages creux et autres romans sans tenue de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Rétif insuffle à la psychologie des personnages une teneur inégalée alors. Le mode d'écriture épistolaire ajoute à l'intensité dramatique et ancre le tout dans la réalité non-romanesque. Avec ce long roman par lettres Rétif obtient la reconnaissance d'homme de lettres tant recherchée par lui depuis ses débuts en littérature en 1764 (La Famille vertueuse). Le Paysan perverti rapportera à Rétif, avec les rééditions, neuf mille livres, soit une dizaine d’années de son salaire à l’imprimerie quand il y était bien payé. Le Paysan perverti a été publié pour la première fois en 1775 (sous la date de 1776, date que Rétif conservera pour toutes ses éditions du Paysan). Né au sein d’une famille nombreuse, Edmond, fils de paysan, est envoyé par ses parents à la ville dans l’espoir de "parvenir" et de faciliter ainsi l’avenir de toute la famille. Enthousiaste, l’adolescent compte bien tirer profit de toutes les opportunités qui ne manqueront pas de se présenter à lui. Mais si la ville est le lieu de tous les possibles, elle est aussi celui de tous les dangers : la beauté inaccessible de Mme Parangon, les leçons du sulfureux Gaudet, les discours des femmes trop faciles, les mirages d’un orgueil que l’on ne combat plus, les belles promesses des pensées libertines… autant d’attirantes lumières qui éblouissent le naïf Edmond, et qui, s’il n’y prend garde, pourraient bien l’aveugler…"(extrait de la présentation de l'édition du Paysan perverti donnée par Norbert Crochet, 2016).

Il y a énormément de Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne dans Edmond, pour ne pas dire tout ! Sa venue à Auxerre en tant qu'apprenti imprimeur (Edmond est apprenti peintre dans une ville qu'on ne peine pas à reconnaître pour Auxerre). Son arrivée à Paris, ses illusions et ses désillusions, etc. Tout y est, fardé, changé, un peu, beaucoup ou à peine. Les lecteurs de son temps, eux, n'en savaient rien et lisaient le Paysan comme une jolie histoire véritable (ce qu'elle était presque entièrement).






Notre édition en 290, 316, 268 et 211 pages a la particularité suivante, qui semble-t-il, n'a à ce jour été relevée par aucun bibliographe. Le premier volume, qui contient les quatre premières parties, a une anomalie en cela qu'il manque les titres pour les "suite de la partie" I et IV. Au départ nous croyions à un manque (exemplaire incomplet des feuillets de titre qui devaient se trouver entre les pages 154 et 157 (seconde partie, tome I), entre les pages 142 et 145 (quatrième partie, tome II), car le feuillet manquant représente dans les deux cas une erreur de pagination que le feuillet de titre viendrait corriger. En examinant le deuxième volume on s'aperçoit que les titres des parties VI (suite du tome troisième) et VIII (suite du tome quatrième) sont bel et bien présents. Il nous aura suffit de comparer avec deux autres exemplaires (un autre exemplaire de la même édition en notre possession et un exemplaire numérisé en ligne) pour nous rendre compte que dans les deux cas les titres manquent au premier volume. Il s'avère donc que trois exemplaires sont composés de manière identique avec à chaque fois ce manque, ce qui ne peut constituer un hasard. Ces deux feuillets de titre manquent donc toujours, pensons-nous (jusqu'à ce qu'on nous montre le contraire), à cette édition. Ni Lacroix ni Rives-Childs n'avaient relevé cette particularité pourtant bien évidente.

Références : Paul Lacroix, Bibliographie des ouvrages de Rétif de la Bretonne, XIV, pp. 125-135, notre édition est (mal) décrite sous le n°4. Lacroix ne donne que 208 pages au dernier tome alors qu'il en faut 211, les pages 209 à 211 formant la Table du tome quatrième, septième et huitième partie (sans doute ces deux feuillets manquaient-ils à l'exemplaire consulté alors par Paul Lacroix) ; Rives-Childs, Bibliographie de Rétif de la Bretonne, XIV, pp. 226-239 (pour toutes les éditions du Paysan perverti). Rives-Childs décrit notre édition sous le n°3 (XIV) p. 234. Il indique bien les particularités typographiques de cette édition. Rives-Childs ne donne pas cette édition à l'imprimeur Delaporte.

Provenance : Mathieu fils. Signature ex libris sur chacun des 4 premiers titres de chaque volume.

Bel exemplaire en condition d'époque.

Prix : 1.300 euros

mercredi 11 août 2021

Paul Bourget. Un cœur de femme. Exemplaire sur papier Whatman tiré à 10 exemplaires avec 3 aquarelles originales, offert par l'auteur au bibliophile Arthur Meyer. Superbe exemplaire finement relié à l'époque par Marcellin Lortic.

Paul Bourget - Alcide ROBAUDI (illustrateur).

Un cœur de femme.

Paris, Alphonse Lemerre, 1890

1 fort volume in-12 (20 x 14 cm) de (8)-412-(1) pages.

Reliure strictement de l'époque plein maroquin bleu intense, dos à nerfs, auteur et titre dorés au dos, fer spécial doré en queue (provenance Arthur Meyer), double-filet doré sur les coupes, encadrement intérieur de maroquin de même couleurs orné d'une roulette bordée d'un double-filet doré, doublures et gardes de moire lie de vie, tranches dorées sur témoins, couvertures conservées (les deux plats et le dos). Reliure signée M(arcellin). Lortic. Etui bordé (légers frottements aux arêtes). Volume en excellent état. Dos très légèrement insolé. Intérieur parfait, immaculé.

Edition originale.

Exemplaire du tirage à 10 exemplaires sur papier Whatman (avec 100 ex. sur Hollande, 25 ex. sur Chine, 15 ex. sur Japon), paraphé par l'éditeur Alphonse Lemerre, et portant le n°1.

Exemplaire offert par l'auteur à M. Arthur Meyer "pour sa bibliothèque" (envoi autographe signé par l'auteur Paul Bourget).

Exemplaire enrichi pour Arthur Meyer de 3 aquarelles originales par Alide Robaudi (1 aquarelle signée à pleine page au verso du premier feuillet blanc - 1 aquarelle "portrait" à mi-page sur le faux-titre (signée des initiales de l'artiste) - 1 aquarelle "portrait" à mi-page au verso du feuillet de dédicace "au docteur Albert Robin" imprimée (signée des initiales de l'artiste).





Veuve à vingt ans, son mari capitaine ayant été tué en juillet 1870, Mme de Tillières vit avec sa mère rue Matignon. Ce jour-là, son amie Mme de Candale lui rend une visite impromptue, suite à un accident de voiture, et l'invite pour le soir même à dîner. Cette invitation va prendre une funeste importance dans la vie de Mme de Tillières. 

Dans ce roman mondain Paul Bourget se fait analyste des désordres du cœur. Ce roman est dédié à son ami le Docteur Albert Robin "comme un témoignage d'admiration pour le savant, de reconnaissance pour l'ami". 



Un cœur de femme a été publié sous forme de roman-feuilleton dans Le Figaro du 10 mai 1890 au 5 juillet 1890.

Provenance : de la bibliothèque Arthur Meyer avec son ex libris et son fer spécial en queue du dos de la reliure. Arthur Meyer (1844-1924) fut le directeur du Gaulois, prestigieux quotidien conservateur et mondain, qui fut, en 1929, absorbé par Le Figaro, alors dirigé par François Coty. Personnage hors normes, incontournable, au carrefour de la vie mondaine, de la presse et de la politique sous la IIIe République, ce petit-fils de rabbin, fils d'un colporteur alsacien, devint royaliste, antidreyfusard et catholique. Cherchant à singulariser ses livres pour les différencier de ceux des autres bibliophiles, il commanda aux artistes de son temps des dessins et peintures à la dimension de ses ouvrages. Arthur Meyer est mort le 2 février 1924 à Paris et est inhumé au cimetière du Père-Lachaise. Sa bibliothèque riche de très belles pièces fut vendue la même année.





Superbe exemplaire.

Prix : 2.950 euros