mercredi 16 juin 2021

Les satires de Juvénal et de Perse. Avec des remarques, en latin et en français, de la traduction de Michel de Marolles (1658). Bel exemplaire relié à l'époque.

JUVENAL [Decimus Iunius Iuvenalis]. PERSE [Aulus Persius Flaccus]. Michel de Marolles (traducteur).

Les satires de Juvénal et de Perse, avec des remarques, en latin et en français.

A Paris, chez Guillaume de Luyne, 1658

1 volume in-8 de (14)-273 pages (les pages de gauche et les pages de droite portent le même numéro de page - soit un total de 546 pages en réalité), suivies des pages 274 à 458 et 22 pages non chiffrées (table et faux-titre). Le faux-titre latin a été relié par erreur à la fin du volume.

Reliure strictement de l'époque plein veau brun granité, dos à nerfs orné à la grotesque, tranches marbrées. Petit accident réparé à la coiffe de tête (visible mais moins visible que ne le laisse croire la photographie ci-dessous). Reliure fraîche. Intérieur très frais.

Seconde édition augmentée selon l'achevé d'imprimer en date du 15 janvier 1658.

Cette traduction donnée par Michel de Marolles (1600-1681) a été donnée pour la première fois en 1653 (le privilège avait été accordé au même libraire au mois d'août 1652).

Certains exemplaires de cette seconde édition de 1658 contiennent le frontispice gravé de l'édition de 1653 (il n'a pas été relié dans notre exemplaire). De même pour la page de titre en latin.












Michel de Marolles fut un infatigable traducteur des auteurs latins, notamment Stace, Lucain, Virgile, Ovide, Horace, Martial, Juvénal, Catulle, Tibulle, Properce, Pétrone, Térence, Plaute, Sénèque, etc. Michel de Marolles s'est attaché surtout à procurer à un public élargi des éditions bilingues et richement annotées des auteurs dramatiques et des poètes épiques, didactiques, satiriques et élégiaques. On lui doit, en particulier, la première traduction en langue vernaculaire du De rerum natura de Lucrèce, traduction dont Molière donna une imitation versifiée de certains fragments aujourd'hui disparue. Michel de Marolles fréquentait assidument le salon de Madame de Scudery et appréciait l'œuvre de Cyrano de Bergerac. Bien qu'ayant traduit un grand nombre des anciens auteurs classiques, Michel de Marolles soutint la querelle du côté des modernes.

Détestant Rome, ou plutôt ce qu'elle est devenue, Juvénal (55-128 ap. J.-C.) fait de ses contemporains une peinture acerbe et sans pitié. C'est un monde sur lequel « difficile est saturam non scribere » (« il est difficile de ne pas écrire la satire »). Selon lui, la Rome impériale s'est en effet transformée en une ville gigantesque, monstrueuse scène de théâtre remplie de bouffons qui s'ignorent et d'aigrefins, un lupanar. Juvénal ne retient pas ses attaques : il s'en prend tour à tour aux femmes qui, quand elles ne cocufient pas leurs maris, les empoisonnent par leur érudition avant de le faire pour de bon et de toucher l'héritage ; aux pères-la-pudeur qui dissimulent mal leur homosexualité sous leurs mâles paroles et leurs vêtements de soie diaphane ; aux riches à la fois raffinés dans leur dépravation et atteints d'une avarice sordide quand il s'agit de traiter leurs clients ou leurs gitons ; aux efféminés qui se marient entre eux à défaut de pouvoir enfanter ; aux Orientaux de tout poil, esclaves affranchis, tout spécialement les Grecs, qui évincent les vieux Romains des responsabilités ; aux faux dévots, qui n'invoquent les dieux que pour mieux délester le gogo de son bel argent. Juvénal n'hésite pas à aborder sur le ton de la farce le jeu politique, jeu dangereux où parler de la pluie et du beau temps vous vaut vite la disgrâce ou la mort. Le tableau (parodie d'une œuvre perdue) qu'il propose de la cour de Domitien, le « Néron chauve », s'il est riche de notations grotesques, rend très bien l'atmosphère cauchemardesque d'une époque exsudant la terreur. Enfin, dans la Rome de Juvénal, il arrive qu'une impératrice, plus souvent qu'à son tour, fasse le tapin ou qu'une princesse accouche d'une série d'avortons, tous copie fidèle de celui qui est à la fois leur oncle et père, l'Empereur. La langue de Juvénal permet de se faire une idée de la variété des parlers latins, selon les classes sociales et les régions. Elle est à la fois vigoureuse, voire crue, et savante. Juvénal aime jouer du contraste entre les mœurs des anciens Romains, frugaux et barbus, et celles de ses contemporains, perdus de luxe et efféminés. Les satires de Juvénal inspirèrent Nicolas Boileau-Despreaux.

Les six satires de Perse (34-62 ap. J.-C.) totalisent 650 vers et sont imprégnées de stoïcisme. Il y raille la poésie de son temps (I), dénonce la fausse dévotion (II), la morgue des grands (IV), la paresse (III), l'avarice (VI).

Le volume s'achève sur les Remarques sur les unes et les autres satires de Juvénal et de Perse. Ces remarques expliquent des points difficiles ou explicitent des difficultés ou des particularités dans la traduction du latin en français.

Bel exemplaire.

VENDU

lundi 14 juin 2021

Antoine Laporte (bouquiniste). Les Bouquinistes et les Quais de Paris ... Pamphlet contre Octave Uzanne. Rare sur Japon (1/25 ex.). Très bel exemplaire habillé par Edouard Pagnant (relieur recommandé par Octave Uzanne).

[Octave Uzanne - bouquinistes des quais de Paris]. Antoine Laporte (bouquiniste).

Les Bouquinistes et les Quais de Paris tels qu'ils sont Réfutation du Pamphlet d'O. Uzanne, le Monsieur de ces Dames à l'Eventail, à l'Ombrelle, etc. Par Ant. Laporte, Bouquiniste Auteur de : l'Histoire littéraire du XIXe siècle, de la Bibliographie clérico-galante, de la Bibliographie jaune, du R.P. Cornutus, des Estiennes magnuskisés, etc.

Paris, chez tous les bouquinistes des quais, dans les boîtes à prix divers, 1893

1 volume in-12 (19,3 x 12,5 cm) de 82 pages.

Reliure strictement de l'époque signée Pagnant plein vélin à la bradel à petits rabats, tête dorée, non rogné (relié sur brochure), les deux plats de couverture conservés, riche décor doré couvrant les plats et le dos à la façon des reliures du XVIIe siècle. Excellent état. Intérieur parfait.

Tirage à 525 exemplaires.

Celui-ci, 1 des rarissimes 25 exemplaires de tête sur Japon, celui-ci portant à la plume le n°10 et paraphé des initiales de l'auteur éditeur.

Le volume a été imprimé à Tours chez Deslis Frères.


Violent pamphlet dirigé par le bouquiniste bibliographe Antoine Laporte contre son ennemi juré Octave uzanne, à propos du livre de ce dernier sur les bouquinistes des quais de la Seine à Paris. Antoine Laporte y avait été maltraité par Uzanne qui l'avait désigné comme un moine défroqué ... Ce sont donc 82 pages de bile fumante et cuisante qui se déversent ici en totale liberté sur beau papier Japon pour l'occasion de cet exemplaire. Outre le côté pamphlétaire, ce livret est un rare témoignage des années 1880-1890 sur la vie des bouquinistes des quais, leurs us et coutumes, le tout rédigé avec verve et style par un membre de la confrérie.












Rarissime sur ce papier.

Superbe exemplaire très joliment habillé par Edouard Pagnant.

Pagnant, Edouard (1852-1916), relieur-doreur. Né en 1852, commence son apprentissage à 12 ans chez Camille Lavache, puis rentre comme jeune ouvrier dans la maison Chambolle-Duru où il reste 7 ans. Pagnant travaille ensuite successivement chez Parisot, Lesort, Weber et Marmin. En 1876, il s'établit rue Saint-Dominique et, en 1881, il joint à sa maison celle de Marmin. Il s'installe ensuite au 30 rue Jacob, où il meurt le 28 janvier 1916.

Le travail de M. Edouard Pagnant est recommandé par Octave Uzanne dans son ouvrage intitulé La reliure moderne artistique et fantaisiste publié en 1887, ouvrage dans lequel plusieurs reliures signées de son nom sont reproduites en fac-similé.

L'édition courante sur papier vélin (500 ex.) se trouve déjà difficilement !

Très rare dans cette superbe reliure d'époque décorée.

Prix : 1.450 euros

jeudi 10 juin 2021

Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone]. Les Françaises ou XXXIV exemples choisis dans les mœurs actuelles, propres à diriger les Filles, les Femmes, les Épouses et les Mères. 1786. Rare. Bon exemplaire broché non rogné..

Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone].

Les Françaises, ou XXXIV exemples choisis dans les mœurs actuelles, propres à diriger les Filles, les Femmes, les Épouses et les Mères. Ier Volume : Les Filles. IId. Volume : Les Femmes. IIIe Volume : Les Épouses. IVe Volume : Les Mères.

A Neufchâtel, et se trouve à Paris Chés Guillot, 1786

4 volumes in-12 (18,8 x 11 cm), brochés de 272, 312, 312 et 324-(16) pages. 34 figures hors-texte d'après les dessin de Binet commandés et dirigés par Rétif lui-même. Couverture en papier marbré de la seconde moitié du XIXe siècle (couverture refaite à l'époque). Ensemble non rogné. A noter quelques défauts : La page de titre du tome IV et la première gravure de ce volume (gravure n° 27) présente un manque de papier dans l'angle supérieur avec manque de texte et manque au bord de la gravure. Quelques mouillures anciennes et salissures sans gravité. Dans l'ensemble et à part ce défaut du début du tome IV, l'ensemble, non rogné, avec les figures d'un excellent tirage, reste très acceptable. Chaque volume a été précédé d'un grand ex libris armorié monté sur carton et broché en tête (voir provenance).

Notre exemplaire est bien complet des 8 feuillets d'annonces pour la table des Contemporaine et une liste des ouvrages de l'auteur (indiqués par Rives-Childs mais non mentionnés par Lacroix).

Edition originale.


Recueil de nouvelles écrit en seulement 26 jours.

"Je donne pour titre à ces IV Volumes, Les Françaises, parce que les Trente-quatre Exemples qui les composent, offrent un tableau général de nos mœurs, où les Jeunes personnes les Femmes de tout âge, trouveront réunis les devoirs de leur état, les moyens d'être vertueuses, agréables à leurs Parents, à leurs Époux, respectables à leurs Enfants, chéries de leurs Concitoyens" (Avis de l'éditeur).







On trouve également dans cette publication, deux drames en 5 actes, l'un intitulé La Fille naturelle situé à la fin du second volume, l'autre portant comme titre La Cigale et la Fourmi qui termine le dernier volume. C'est dans le tome I que Rétif prophétise notamment la Révolution ainsi que les réformes agraires que la majorité des pays connaîtront aux XIXe et XXe siècles.

L'édition est illustrée de 34 figures hors texte numérotées, gravées par Giraud l'aîné d'après les dessins de Louis Binet qui les exécuta à partir des consignes de l'auteur. Seulement deux gravures sont signées de l'artiste. "Rien n'est plus étrange que ces femmes longues et maigres, à têtes de lilliputiennes, et que ces enfants qui semblent sortir d'un bocal d'esprit de vin. On peut supposer que c'était un nouveau goût anormal qui couvait dans l'imagination excentrique de l'amoureux des petits pieds." (Lacroix).










Selon Cohen: "Dans aucun des ouvrages de Restif, Binet n'a autant exagéré la petitesse des têtes et la finesse des tailles des femmes". Rétif s'est plu à mettre en scène Grimod de La Reynière fils dont on trouve le portrait très réussi dans la figure illustrant la partie sur l'Épouse d'ivrogne (tome III).

« Ce ne sont pas des bibliothèques qu'il faut aux jeunes filles. Une fille savante est hors de la Nature et une sorte de monstre. Le jeune sexe ne peut faire que des lectures de morale pratique, qui lui montrent directement ses devoirs et l'avantage de les remplir. » (Rétif de la Bretonne, Les Françaises, Avis au début du tome I.).

"Cet ouvrage est fort rare ; le libraire Guillot en fut l'éditeur, ainsi que des Parisiennes et des Filles du Palais-Royal." (Lacroix).








"Le succès des Contemporaines avait excité la convoitise des libraires, qui s'adressaient à Restif pour avoir les suites de ce vaste recueil, lequel finit par former 65 volumes comprenant plus de mille nouvelles. Guillot traita aux meilleures conditions avec Restif, à qui il demandait seulement un choix de ces Nouvelles déjà publiées; mais Restif fut averti qu'il s'exposait à un procès de la part des libraires auxquels il avait vendu déjà ses ouvrages : il prit le parti de faire à nouveau quatre volumes d'exemples choisis, accompagnés d'une douzaine de lectures savantes et curieuses. [...] Le Recueil des Françaises passa presque inaperçu, les journalistes ne daignèrent pas s'en occuper. Il est vrai que Restif avait pris le parti de ne plus adresser un seul exemplaire de ses livres nouveaux à ces journalistes qu'il regardait comme des ennemis irréconciliables; il refusait même brutalement de leur donner des exemplaires, quand on lui en faisait demander par son libraire. La critique s'était, il est vrai, un peu trop déchaînée contre les Contemporaines et contre la Paysanne pervertie, après avoir reconnu presque unanimement les grandes qualités du Paysan. Puis, des articles railleurs et goguenards avaient comblé la mesure : Restif, qui ne riait jamais et qui n'entendait point prêter à rire, n'avait pas laissé sans réponse ces attaques à coups d'épingle, qu'on ne lui épargnait pas, surtout dans les feuilles de province." (Lacroix).

On sait désormais d'après Mes Inscripcions que les dessins sont bien de Binet. Rétif en choisissait lui-même les sujets et en dirigeait l'exécution.

Les Françaises précèdent d'une année les Parisiennes (1787) qui en sont comme le complément.

Provenance : de la bibliothèque de Heinrich Johann Baptist Ghislain Graf von Gudenus (Vienne, Autriche 1839 - 1915) de la famille Von Gudenus (noblesse autrichienne) avec son grand ex libris armorié (10 x 7,5cm) avec cote de bibliothèque à l'encre (voir photo). Ex libris portant imprimée la date de 1891 et la mention "Henricus Liber Baro de Gudenus". C'est probablement ce Gudenus qui a recouvert l'exemplaire du papier marbré qu'il conserve encore.

Références : Lacroix, Rétif de la Bretonne, p. 241-247 ; Rives-Childs, Bibliographie de Rétif de la Bretonne, p. 296-297 ; Un exemplaire des Françaises reliées en maroquin de Chambolle-Duru était listé 300 francs au catalogue de la librairie Auguste Fontaine (1875).





Bon exemplaire non rogné de ce titre rare de Rétif de la Bretonne.

Prix : 2.000 euros