mardi 5 mars 2019

Livre d'artiste. Dorny. Fiorini. Piza. Boni. Louttre. (1973). Cinq pour un menu. Art non-figuratif et gastronomie. Tirage à 105 exemplaires. Bel exemplaire.


[Livre d'artiste] Dorny. Fiorini. Piza. Boni. Louttre.

Cinq pour un menu.

[Imprimerie Moderne de la Presse Paris, s.d. (1973) et imprimerie taille-douce Leblanc]

1 volume in-folio (33,5 x 25 cm) de 5 gravures hors-texte en couleurs +  5 feuillets de texte calligraphié (+ 2 feuillets de texte au début et 1 feuillet de justification du tirage à la fin). Couverture rempliée muette de papier couleur paille. Belle impression sur papier d'Arches. Emboîtage éditeur pleine toile décorée à petits motifs imprimés. Excellent état.

Edition originale.

Tirage unique à 105 exemplaires.

Celui-ci 1 des 90 exemplaires sur Arches avec l'état définitif des cinq estampes.



Il s'agit d'un menu comprenant les 5 recettes suivantes : 

- Coulibiac de saumon à la russe, illustré par Bertrand Dorny
- Brochet froid en belle-vue, illustré par Marcel Fiorini
- Côte de boeuf à la bordelaise, illustré par Arthur-Luiz Piza
- Fonds d'artichaut à la florentine, illustré par Paolo Boni
- Tarte aux poires Bourdaloue, illustré par Louttre B.




Véritable ode à l'art non-figuratif (abstraction) et à la gastronomie française. Livre de bibliophilie moderne destiné à tous les gourmets.



Bel exemplaire de ce superbe livre d'artistes contemporains.

VENDU - Prix : 850 euros





Evelyne Wilhelm et André Stemfel. Même le cri (1963). Poème illustré de 8 cuivres originaux abstraits. Tirage à 40 exemplaires. Rare livre d'artiste au tirage confidentiel.


Evelyne Wilhelm (texte). André Stempfel (illustration)

Même le cri. Poème d'Evelyne Wilhelm. Avec huit eaux-fortes originales d'André Stempfel.

S.l. [octobre 1963]

1 volume grand in-4 (28,5 x 22,5 cm) en feuilles, de 11 feuillets de texte + 8 eaux-fortes hors-texte (cuivres de taille variable). Chemise de papier. Chemise et étui pleine toile de l'éditeur (le premier plat est orné d'une composition abstraite tirée en rouge), titre en rouge imprimé au dos. Rousseurs sur la chemise en papier sinon exemplaire à l'état proche du neuf.


Edition originale.

Tirage à 40 exemplaires.

"Achevé d'imprimer le 18 octobre 1963. Il a été tiré de cet ouvrage 40 exemplaires sur vélin pur chiffon des papeteries d'Arches."

Exemplaire 18 signé par l'artiste.

Chaque estampe est signée par l'artiste et numérotée 18/42 (le tirage doit donc être de 42 épreuves).

Joli livre d'artiste au tirage confidentiel orné de compositions abstraites.

"Sous la dalle j'ai vainement brûlé l'orage qui roule, car enfin l'écorce que j'interroge, m'arrache des hommes.  [...] Chante, chante, souffle de ma sève, l'amer me dépouille. Je m'unis aux voix d'un poignet. Mouvement d'éphémères solitudes d'une plante que l'on presse rien ne me protège que l'intime devoir d'aimer... l'ormeau achève de mûrir en ma gorge mon amour, à peine était-ce l'enfant qui bâille. Le temps germe d'odeurs. [...]." (extrait).

Le poème est daté de l'automne 1961.


Le peintre André Stempfel est né à Villeurbanne en 1930. Très jeune, André Stempfel s’initie à la peinture auprès d’une académie lyonnaise dirigée par un disciple d’Albert Gleizes. En 1958, il arrive à Paris et fréquente l’Académie de la Grande Chaumière où il élabore lentement, en un cheminement solitaire, un style personnel. Les formes se simplifient, les couleurs se raréfient pour aboutir aujourd’hui à un jaune unique d’où émane une énergie lumineuse incomparable. Depuis 1970, date à laquelle un incendie détruit complètement son atelier, une partie de son activité s’oriente vers des commandes publiques et des installations dans des espaces urbains. Depuis 1980, il participe au groupe MADI. Il a aussi collaboré (comme Bertrand Dorny) à la collection Osmose (livres d'art à tirage limité) créée en 1979 par Daniel Lacotte, collection qui associait l'œuvre originale d'un peintre à celle d'un poète. André Stempfel marie rigueur et humour dans une œuvre qui se situe entre art construit et art concret. Cette œuvre s'est exprimée à la fois sur la toile et dans la réalisation monumentales dans l'architecture. (Source Wikipédia / Bénézit).


Très bel exemplaire de ce livre d'artiste devenu introuvable.

Prix : 950 euros

lundi 4 mars 2019

Livre d'artiste "3" par Vasco Gasquet, Claude Confortès et Robert Haby. Avec la collaboration de Bertrand Dorny. 1963. Tirage à 35 exemplaires. Rare. Superbe livre d'artiste '60.


[LIVRE D'ARTISTE]. Maurice Gasquet (Vasco Gasquet) - Claude Confortès - Robert Haby - Bertrand Dorny

3

[Paris, Bernard Neyrolles, 1963]

à Paris chez l'artiste [achevé d'imprimer en novembre mil neuf cent soixante trois sur les presses de Bernard Neyrolles pour la typographie et de Michel Caza pour la sérigraphie. Les gravures ont été tirées par l'artiste avec la collaboration de Bertrand Dorny].

In-folio à l'italienne (37 x 32,5 cm), en feuilles sous couverture de papier kraft remplié. Non paginé.

Tirage unique à 35 exemplaires.

de cet ouvrage - comprenant vingt et une planches de M. Gasquet, gravés et sérigraphiées, accompagnées de textes de R. Haby et C. Confortès - il a été tiré trente-cinq exemplaires sur vélin cuve bfk rives numérotés de 1 à 35 constituant l'édition unique.

Exemplaire numéro 7 (numéroté au composteur).



Le volume se compose comme suit :

- 1 page de titre portant en sérigraphie le chiffre 3 qui sert de titre à l'ouvrage.
- 11 planches double en couleurs ou en noir sérigraphiées et accompagnées de texte ou non.
- 3 double-pages de texte seul mis en page.
- 9 cuivres de taille variable (l"un accompagné d'une phrase).

Complet. Excellent état. Quelques rousseurs éparses.

Chemise de toile bleue. Etui en acier. Quelques trace de rouille sur la chemine. Intérieur de l'étui en acier avec oxydations.



Maurice Gasquet s'était fait connaître sous le nom de Vasco Gasquet (1931-2009). Dans une interview pour les archives du Théâtre National de Chaillot (ex .T.N.P) à l'occasion du light show/animation = enfance, présenté sous chapiteau au château de Vincennes, pendant le festival des enfants dirigé par Jack LANG, il répond sur son oeuvre : "De 1950 à 1965, j'ai fait de la peinture. je me suis bagarré en tant que peintre pour des tas de choses. Mes dernières réalisations étaient proches du pop-art. Mon expérience est issue du travail de LÉGER, de MONDRIAN et de MALEVITCH. J'ai puisé chez ces gens-là tout ce qui anti-peinture. Finalement, j'ai passe 15 ans à me battre et à essayer de faire l'anti-peinture. C'est très pénible et contradictoire dans un milieu de peintres. En 1965, j'habitais Montreuil, et on m'avait confié la tâche d'animateur dans la Galerie Municipale. Là, j'ai continué mes fantasmes. J'étais en désaccord avec les responsables parce qu'ils voulaient refaire un lieu comme il y en a partout (Faubourg Saint-Honoré ...) et pour moi , c'était d'essayer de trouve autre chose. Pratiquement il n'y avait plus de tableaux aux murs...alors..... il y a eu des frictions... Simultanément, tout ce que je peignais devenait de plus en plus impossible. J'avais des surfaces de huit mètres de long entièrement ripolinées avec des chiffres, ça prenait des aspects fous... J'étais proche de l'art mural dont on parle beaucoup maintenant pour - finalement - être aujourd'hui tout à fait contre. D'ailleurs je ne crois pas qu'il y ait un personnage entre mille qui soit un peu plus créateur qu'un autre... [...]  J'ai organisé une exposition sur l'Art Russe d'Avant-Garde : MALEVITCH, TATLIN, LARIONOVA, GONTCHAROVA. Ils ont été les premiers à faire une révolution et ils ne se sont pas attachés tout le temps à ces tableaux encadrés, à toute ces tentures de l'art académique. Ils ont mené un combat d'équipe et ont publié LE MANIFESTE DE MALEVITCH. Un travail nouveau, révolutionnaire,à la fois sur le plan philosophique et esthétique remettait en question l'art officiel et en même temps tout l'art européen. Ensuite j'ai fait une exposition sur l'Art Africain. Et une autre exposition sur l'architecture (( Rêve ou Réalité )). J'utilisais du cinéma expérimental et d'animation dans toutes les formes de décor. Je voulais balayer le côté ((galerie)) et j'arrivais à faire du lieu une cafétéria... du coup, on m'a dit : (( Rentrez dans vos foyers ! ))... A cette époque-là je connaissais un groupe de musique pop, une équipe de zonards, l'équipe de Montreuil, qui faisait des recherches intéressantes, bien branchées, et comme je faisais de la photo, je me suis mis à faire des trucs avec eux. J'ai acquis deux ou trois appareils de projection assez puissants, un matériel de base (écran translucide ) de 3x3. [...]. (4 avril 1973).



"Bien avant d’être honoré de la distinction de Chevalier des Arts et des Lettres, Vasco, fils d’immigré espagnol, acquis aux idées internationalistes, fut surtout un héritier moderne du chevalier Don Quichotte de la Manche. Pour lui, l’art fut un véritable engagement personnel, depuis son opposition à la guerre coloniale jusqu’à la fin de sa vie. Artiste bouillonnant, il est l’un des principaux animateurs de l’atelier d’affiches des Beaux-arts de Paris en Mai 68." (Anissa Bouayed, en ligne : http://vascogasquet.blogspot.com/).



Claude Confortès (1928-2016) était homme de cinéma (réalisateur/acteur).

Robert Haby n'a semble-t-il pas laissé de trace dans le milieu artistique. Il semble qu'il fut directeur de la diffusion à L'Express dans les années 1980 (s'il s'agit bien du même ...).



"3" le chiffre 3 qui est le titre de ce livre ; 3 pour les 3 collaborateurs (amis) : Gasquet - Confortès - Haby, avec l'aide du peintre-graveur Bertrand Dorny (1931-2015).



L'illustration est abstraite. Le texte qui accompagne est tout aussi abstrait ... entre écriture automatique, symbolisme et surréalisme.

Le travail de Vasco Gasquet est classé dans le groupe du Naturalisme Imaginaire Abstrait avec d'autres artistes tels Corneille, Prassinos, Bouqueton, Istrati, Lapoujade ou Maria Manton Nallard entre autres.



Ouvrage injustement tombé dans l'oubli bibliophilique ... tiré à 35 exemplaires seulement ... on comprend mieux pourquoi !


Bel exemplaire de ce très joli livre d'artiste devenu introuvable.

Prix : 3.500 euros



jeudi 28 février 2019

Etienne Cabet. Voyage en Icarie (1848). Cinquième édition de cette utopie sociale et politique basée sur le communisme. Exemplaire broché à l'état proche du neuf, resté non coupé. Rare dans cette condition.


Étienne CABET

Voyage en Icarie par M. Cabet.

Paris, Au Bureau du Populaire, 1848. Typographie Félix Malteste et Cie.

1 volume in-12 (18,5 x 12 cm) de (4)-VIII-600 pages. Broché. Exemplaire resté non coupé (jamais lu). Extérieur et intérieur très frais, sans rousseurs, couvertures propres avec quelques légères salissures et marques (dos intact).

Cinquième édition.


L'aventure de l'ouvrage fondamental d'Étienne Cabet est une des plus intéressantes du XIXe siècle. Ce dijonnais, fils d'un maître-tonnelier, né en 1788 et mort à Saint-Louis (Missouri, USA) en 1856, était un théoricien politique français, classé parmi les socialistes utopiques par Karl Marx et Friedrich Engels, qui lui opposent un socialisme scientifique. C'est en 1840, à Londres, qu'il écrivit ce Voyage en Icarie (publié pour la première fois sous ce titre en 1842 et sous son véritable nom), description d'une cité idéale ; et fonda en 1848 une communauté utopique du même nom, Icarie, sur les bords de la rivière Rouge, au Texas.


Son Voyage en Icarie est le plan détaillé d'une utopie communiste. Dans sa préface, Cabet le présente comme « un véritable traité de morale, de philosophie, d'économie sociale et politique », qu'il invite ses lecteurs à « relire souvent et étudier ». Les malheurs de l'humanité sont selon Cabet dus à la « mauvaise organisation de la Société », résultant dans son « vice principal », l'« Inégalité ». La première partie de Voyage en Icarie décrit un jeune aristocrate anglais découvrant sur l'île Icaria une « grande Nation organisée en Communauté », une république — mais Cabet précise dans sa préface qu'il s'agit là d'une res publica au sens large : « Une Monarchie réellement représentative, démocratique, populaire, peut être mille fois préférable à une République artistocratique », explique-t-il. La deuxième partie de l'ouvrage, plus didactique, explique comment la transition s'est effectuée, d'une « grande et vieille Nation » en une « Communauté », grâce à un « Régime transitoire » démocratique. Cabet expose les théories et les doctrines du régime communautaire. Selon Cabet, les communistes sont les disciples, les imitateurs et les continuateurs de Jésus-Christ et des premiers Chrétiens, qui avaient eux-mêmes renoncé à la propriété individuelle. Cabet propose de revenir à ce communisme primitif en éliminant d’abord ce qu'il voit comme la principale cause de la décadence actuelle, l'« Inégalité ».


"(…) L'inégalité de fortune, la propriété et la monnaie, enfantent les privilèges et l'aristocratie, puis l'opulence et la misère, puis la mauvaise éducation, puis la cupidité et l'ambition, puis tous les vices et tous les crimes, puis tous les désordres et le chaos, puis toutes les calamités et toutes les catastrophes. Oui, examinez, réfléchissez, remontez, dans toutes les sociétés, à l'établissement de la propriété et de la monnaie, et surtout de l'illégalité illimitée de fortune, remontez de faits en faits, d'événements en événements, d'institutions en institutions, de législateurs en législateurs, de causes secondes en causes premières, de conséquences en principes, de nécessités en nécessités, de jour en jour et de siècle en siècle : vous trouverez toujours et partout, pour cause unique du mal, opulence et misère !" (Extrait)


"Et par conséquent le remède, l'unique remède du mal, c'est la suppression de l'opulence et de la misère, c'est-à-dire l'établissement de l'égalité, de la communauté de biens et d'une bonne éducation. (…)" (Extrait)

"Avec la communauté, plus de pauvres ni d'oisifs ; plus de crimes ni de supplices, plus d'impôts ni de police, plus de contestations ni de procès, plus d'inquiétudes ni de soucis ; tous les citoyens amis et frères ; tous non seulement heureux, mais également heureux !" (Extrait)


L'histoire de la colonie d'Icarie aux États-Unis d'Amérique : Le 10 octobre 1847, environ 150 personnes réunies dans les locaux du journal “ Le Populaire ” votent l’“ Acte de Constitution d’Icarie ”, élisent comme président Étienne Cabet et établissent le “ bureau de l’immigration Icarienne ” dans ces locaux. En décembre, Charles Sully est envoyé comme éclaireur pour préparer le terrain situé sur les rives de la Red River vers la ville de Cross Timber au Texas. Le 3 février 1848, 69 colons dirigés par Gouhenart, un peintre et marchand de tableaux, en l’absence de Cabet qui purge une peine de prison embarquent au port du Havre. Ils n’arrivent sur leur terrain qu’en juin 1848 après une longue et pénible marche parce que la Red River n’est pas praticable jusqu’à Cross Timber. Là, ils tentent d’organiser leur communauté mais sont vite découragés par le climat malsain : plusieurs colons y meurent à cause de la fièvre paludique. Ils décident donc de se rendre en Nouvelle Orléans où, après avoir rencontré d’autres colons Icariens embarqués le 15 octobre, le 2 et le 12 novembre à Bordeaux qui sont dans une situation identique à la leur, ils votent la dissolution de la communauté Icarienne. Cabet, dès son arrivée en Nouvelle Orléans le 19 janvier 1849, tente de reprendre les choses en main ; il convoque une assemblée générale grâce à laquelle il arrive à convaincre 280 hommes, 74 femmes et 64 enfants sur un total de 485 colons à poursuivre l’aventure Icarienne. C’est ainsi que le premier mai 1849 les colons arrivent dans l’Illinois à la ville de Nauvoo fondée en 1840 par les Mormons qu’ils abandonnèrent par la suite. Le climat est sain et les terres son fertiles. Pendant l’assemblée générale du 21 février 1850, les colons votent la constitution définitive de la communauté Icarienne. La communauté prospère et les colons, français comme américains affluent jusqu’en décembre 1855. En effet, une crise interne due à l’insurrection de plusieurs colons qui jugent Cabet trop autoritaire et le système qu’il a mis en place trop liberticide, se résout par son départ, en octobre 1856, accompagné de 75 hommes, 47 femmes et 50 enfants, pour Saint Louis dans le New Bremen. C’est là, peu après leur installation, que Cabet meurt d’une attaque cérébrale. Mercadier qui est élu président afin de lui succéder décide de quitter Saint Louis en mai 1858 pour installer la communauté à Cheltenham. La communauté prospère jusqu’en 1863 quand les colons doivent prononcer sa dissolution, ruinés par la Guerre de Sécession. J.-B. Gérard, qui avait succédé à Cabet dans la ville de Nauvoo décide en 1857, alors à la tête de 240 colons, d’installer la communauté à Corning dans l’Iowa sur les rives de la Nodaway. Certains décident alors de retourner en France, d’autre de rester à Nauvoo en abandonnant la communauté et d’autres encore suivent Gérard. En 1863, la communauté Icarienne de Corning n’est plus composée que de soixante personnes mais sa prospérité et sa bonne productivité attirent de nombreux nouveaux et anciens colons. En 1876, un nouveau conflit interne éclate : le parti des Jeunes Icariens, progressistes et révolutionnaires, accuse ce qu’il appelle la “ Vieille Icarie ” d’être trop conservatrice et routinière. En 1878, c’est la Circuit court du comté qui règle cette affaire en prononçant la dissolution de la communauté. En janvier 1883, le parti de la Jeune Icarie fonde en Californie la communauté Icaria Speranza qui est dissoute le 3 août 1886 par la Cour. La “ Vieillie Icarie ”, quant à elle, reste sur le même terrain en rebaptisant la communauté “ Icaria ”. Elle existe jusqu’au 16 février 1895 lorsqu’elle doit prononcer sa dissolution, faute de nouveaux colons pour assurer la production.

"Voyage en Icarie sera plusieurs fois critiqué pour son totalitarisme, certains tenteront cependant de mettre en place des communautés respectant au moins partiellement ces principes. Cabet part en 1849 pour le Texas rejoindre des Icariens avant de mourir à Saint-Louis l’année suivante, et la dernière communauté disparaîtra à la fin du XIXe siècle." (Exposition BNF, Cabinets de lecture, l'utopie).

Références : Jules Prudhommeaux, Etienne Cabet et les Origines du Communisme Icarien., Nîmes : Imprimerie coopérative La Laborieuse, 1907. 218 pages ; Jules Prudhommeaux, Histoire de la Communauté Icarienne., Nîmes : Imprimerie coopérative La Laborieuse, 1906. 481 pages. Référence électronique : http://le-bibliomane.blogspot.com/2009/11/le-reve-americain-detienne-cabet-ou.html [En ligne], consulté le 26/05/10. Kress C.6555 ; Negley 175 ; Sabin 9787 ; Streeter VII, 4245.

Cet ouvrage se trouve difficilement en belle condition d'époque. Il existe une édition identique du point de vue de la pagination à la date de 1845, à la même adresse. Cette édition de 1848 doit être un retirage de l'édition de 1845 avec une nouvelle date sur le titre. C'est ici l'édition la plus complète.

Bel exemplaire resté tel que paru. Rare dans cette condition fragile par essence.

Prix : 450 euros

mardi 26 février 2019

Antoine Varillas. Les anecdotes de Florence, ou l'Histoire secrète de la Maison de Médicis (1687). Exemplaire relié plein maroquin pour le bibliophile Amédée Rigaud. Bel exemplaire.


Antoine Varillas

Les anecdotes de Florence, ou l'Histoire secrète de la Maison de Médicis. Par le Sieur de Varillas.

A La Haye, chez Arnout Leers, 1687

1 volume in-12 (15,3 x 10 cm) de 20 feuillets non chiffrés (titre et préface) et 323 pages.


Reliure plein maroquin noir janséniste de la seconde moitié du XIXe siècle, chiffre doré au centre des plats, dentelle dorée en encadrement intérieur des plats, tranches dorées (reliure non signée dans le goût de Duru). Reliure très bien conservée malgré quelques petites marques sans gravité. Intérieur frais.


Nouvelle édition. La première édition date de 1685 chez le même libraire. La pagination et la mise en page est quasi identique à quelques détails de la justification des lignes près.


Antoine Varillas (1624-1696), né à Guéret (Creuse) obtint à Paris la charge d'historiographe de Gaston d'Orléans. Admis à l'intimité du savant Pierre Dupuy, garde de la bibliothèque de Paris, il profita de sa complaisance pour examiner une foule de manuscrits dont il fit des extraits. Dupuy, charmé de son application, le demanda pour son adjoint, et Varillas continua d'exercer cet emploi sous les successeurs de ce bibliothécaire. Remercié pour s'être mal acquitté d'une tâche que lui avait confié Colbert, il obtint néanmoins une pension de 1.200 livres qui lui permit de se retirer dans la communauté de Saint-Côme pour y rédiger son Histoire de France. « II habitait, dit un contemporain, un véritable galetas. Un lit, Une table, quatre sièges, une lampe, une écritoire et quelques livres composaient tout son ameublement ; il passait l'hiver sans feu, et il était vêtu si pauvrement que Richelet n'a pu s'empêcher de se moquer de son manteau, dont on voyait les cordes. (Mélanges de Vigneul-Marville) ». Ses premiers ouvrages, qui circulèrent en manuscrit, eurent l'approbation générale et furent très recherchés. Son style, quoique incorrect, parut vif, piquant et très agréable. La réputation de Varillas s'étendit bientôt dans les pays étrangers. Les États de Hollande lui offrirent, en 1669, une pension pour qu'il écrivît l'histoire des Provinces-Unies. Quoique assez pauvre, il n’hésita pas à la refuser, ne voulant pas prêter le secours de sa plume aux ennemis de la France. Ce fut ce moment-là même que Colbert, prévenu contre Varillas, choisit pour supprimer la pension dont il jouissait comme ancien employé de la bibliothèque royale. L’archevêque de Paris, Mgr de Harlay, informé qu'il préparait une Histoire des hérésies, voulut réparer l’injustice du ministre en lui faisant accorder une pension par l’assemblée du clergé. Convaincu de plagiat et surtout d'avoir été presque toujours inexact dans ses affirmations, ses livres tombèrent en disgrâce. Cependant, Vigneul-Marville regardait la vanité de Varillas comme la véritable cause du mépris où ses ouvrages sont tombés. II avait dit-il, des jaloux de sa gloire qu'il aurait gagnés avec un peu de déférence et de soumission ; mais il ne prenait conseil de personne.


Les Anecdotes de Florence et sur la Maison de Médicis a cet insigne honneur d'être le livre le plus décrié de Varillas pour les inexactitudes et les faussetés dont il est rempli. Bayle en a signalé plusieurs dans son journal et dans ses lettres (voir ses Œuvres diverses).


Provenance : Chiffre et ex libris d'Amédée Rigaud, financier (agent de change) et bibliophile dont la belle bibliothèque (environ 1.500 ouvrages choisis) fut vendue à sa mort survenue en 1874 (Catalogue de la bibliothèque de monsieur Amédée Rigaud, Paris, Aubry, 1874, n°1.327). Signature ex libris ancienne sur la page de titre (Ste Colombe, 1701 avec une cote de bibliothèque privée biffée en marge basse).


Bel exemplaire finement relié vers 1870.

Prix : 950 euros


lundi 25 février 2019

Abbé Benoît. Premier manuel de l'enfance (1837). Apprentissage de la lecture et pédagogie. Education. Bel exemplaire relié en maroquin de l'époque. Rare.


Abbé Benoît

Premier manuel de l'enfance, dédié à ses petis amis Ernest et Emile, par M. l'Abbé Benoît ; publié par la Société des Dictionnaires, et des livres d'utilité et d’éducation.

Paris, Au Bureau Central des Dictionnaires, 1837 [de l'imprimerie de D'Urtubie, Worms et Compagnie, Paris]

1 volume in-16 (15,7 x 11,5 cm) de 127 pages.

Reliure strictement de l'époque plein maroquin rouge poli, dos lisse richement orné en long, roulette dorée en encadrement des plats, doublures et gardes de papier marbré. Reliure fraîche très bien conservée. Intérieur en bon état malgré quelques rousseurs et un bord de feuillet déchiré (sans perte de texte), un petit grattage au bas d'une page (effaçant un mot).

Edition originale et unique édition.


Ce petit manuel se compose d'un avertissement qui établit la méthode prônée par l'abbé Benoît pour l'étude de la lecture chez le très jeune enfant. "Ne tenez pas, dans les quinze premiers jours, un enfant appliqué et sans distraction plus d'un quart d'heure de suite. Si même c'est trop pour les premières fois, contentez-vous de quelques minutes. Commencez par lui montrer les figures en lui prononçant les noms. Il ne lui faudra pas répéter cette étude plus de trois fois pour qu'il les sache parfaitement bien. Quand vous le laissez à lui-même, n'exigez pas qu'il reste constamment fixé sur une ligne, une page ou une figure plutôt que sur une autre. Quoique les difficultés soient graduées, il est possible que ce qui vous paraît le plus embarrassant le soit moins pour l'enfant, et pourvu qu'il s'exerce à retrouver ce qu'il a appris, il ne perdra pas son temps. Récompensez-le de son application en lui donnant une ardoise et un crayon aussitôt qu'il connaît deux ou trois lettres. En les formant, il s'amusera encore ; vous l'encouragerez, vous lui apprendrez à tenir le crayon ou la plume et ce sera encore un véritable succès.", etc.


Chaque exercice comprend des phrases à lire, un mot à étudier sous plusieurs formes avec la prononciation, une phrase qui image le mot, une figure gravée, des questions pour l'élève, des notes explicatives pour le maître.

Véritable petite manuel pédagogique et didactique à l'usage des très jeunes enfants pour l'apprentissage de la lecture.


On pouvait lire dans L'Ami de la Religion, Journal Ecclésiastique, Politique et Littéraire (Tome 95, 1837, page 495-496) : "Ce petit volume est publié par la Société des dictionnaires et des livres d'utilité et d'éducation. L'auteur, M. l'abbé Benoît, curé dans le diocèse de Dijon, a voulu montrer par là l'intérêt que le clergé prend à l'instruction primaire et à ses progrès. Il a peu fait, dit-il, mais il a témoigné par là sa bonne volonté, et des membres du clergé ainsi que de l'Académie ont applaudi à ses efforts. Il voudrait que ses confrères reprissent la place que la loi ne leur a pas tout à fait ôtée dans l'examen et la surveillance des études élémentaires. Ce serait un moyen d'en imposer aux jeunes gens sortis des écoles normales et au fait des méthodes nouvelles, et qui trop souvent reprochent aux prêtres d'être servilement attachés aux vieilles méthodes. M. Benoît est auteur d'un Manuel de chant, ou le plain-chant enseigné par principes, et mis en rapport avec la musique (Dijon, 1830)."


Si la Bnf possède un exemplaire de ce livre (cote X20989), il semble néanmoins absent des autres bibliothèque de France (CCfr).

Très rare ouvrage pédagogique, d'autant plus rare relié en maroquin à l'époque.

Bel exemplaire.

Prix : 1.850 euros


vendredi 22 février 2019

Voltaire. Lettres Chinoises, Indiennes et Tartares. A Monsieur Paw. (1776). Essai contre l'abus du pouvoir des souverains, et juste idée du gouvernement d'un bon Prince. Suivi du Tocsin contre le despotisme du souverain. 2 ouvrages reliés en 1 volume. Bel exemplaire relié à l'époque.


[Voltaire]

Lettres Chinoises, Indiennes et Tartares. A Monsieur Paw. Par un Bénédictin. Avec plusieurs autres Pièces intéressantes.

Londres, s.n., 1776

(4)-182-(2) pages

Relié à la suite :

[Anonyme]

Essai contre l'abus du pouvoir des souverains, et juste idée du gouvernement d'un bon Prince. Suivi du Tocsin contre le despotisme du souverain. Par M **, Avocat. Opuscules politiques et Moraux.

A Londres, s.n., 1776

(4)-214 pages

2 ouvrages reliés en 1 volume in-8 (21 x 12,5 cm).

Reliure de l'époque plein veau marbré, dos lisse richement orné aux "soleils dorés", tranches mouchetées de rouge, doublures et gardes de papier à la colle bleu. Quelques légères marques à la reliure restée très fraîche. Intérieur très frais.


Le premier ouvrage de Voltaire répond au livre de Monsieur Paw (ses Recherches philosophiques sur les Egyptiens et les Chinois parues pour la première fois en 1774). "J'ai lu vos livres, écrit Voltaire. Je ne doute pas que vous n'ayiez été longtemps à la Chine, en Egypte, et au Mexique : de plus vous avez beaucoup d'esprit ; avec cet avantage on voit et on dit tout ce qu'on veut" (Lettre III). Cette deuxième édition de ce texte de Voltaire est enrichie de plusieurs autres pièces (Le Dimanche ou les Filles de Minée et la Diatribe à l'auteur des Ephémérides"). "Malgré toutes ses erreurs, le témoignage de Voltaire est respectable : son admiration pour la Chine s'imposant par ses idées mille fois répétées fit retrouver à la Chine sa juste place dans l'histoire universelle, diffusa la pensée chinoise, contribuant ainsi à la Révolution de 1789." (Trousson, Dic. général de V.). Voltaire définissait lui-même ses propres lettres sur les Chinois etc comme des "Lettres assez scientifiques, assez ridicules". 12 lettres au total, un Dialogue de Maxime de Madaure, des Lettres de Monsieur le chevalier de Boufflers pendant son voyage en Suisse à Madame sa mère en 1764 (9 lettres), une Lettre de M. de Voltaire à M. l'abbé d'Olivet sur la langue française (1767), un Fragment d'une autre Lettre de M. de Voltaire à M. d'Olivet, Sentiment d'un académicien, divers fragments, etc. 

Références : Bengesco II, 1859.


Le deuxième ouvrage est resté désespérément anonyme. Aucun bibliographe, aucun catalogue n'ose une attribution à ce texte pourtant très intéressant. Quel avocat faut-il chercher derrière ce pamphlet ? Les quelques recherches que nous avons pu faire nous indiquent que ce texte aurait été imprimé par Christian Friedrich Voss à Berlin. Le livre imprimé se trouvait au catalogue du libraire Barthelemy Vlam d'Amsterdam (catalogue de 1781). Nous avons trouvé un exemplaire de ce texte relié en même temps que le livre de M. Gin, avocat (hasard) intitulé Les vrais principes du gouvernement français démontrés par la raison (1777). Hasard ? Peut-on accorder à M. Gin cet ouvrage engagé ? Une étude approfondie de cet Essai contre l'abus du pouvoir des souverains permettrait sans doute d'émettre quelques hypothèses sérieuses sur son auteur.


Voici quelques extraits choisis parmi d'autres du même style :

"Comme donc l'esclave est tenu de servir son maître, écrit l'auteur, de même le maître est indispensablement obligé, par le droit des gens, de donner la vie à son esclave. Que si le maître manque à ses engagements, et qu'il maltraite si fort son esclave, que la vie devienne pour celui-ci un supplice et un supplice plus cruel que la mort même ; l'esclave est alors quitte de toute obligation, puisqu'il ne s'était engagé que pour son bien et nullement pour rendre sa condition insupportable. Etant donc rentré dans les droits de l'état de nature, il peut ou se sauver ou tuer même son ennemi." (extrait p. 32).

"Les Princes sont rarement instruits de leurs devoirs, et les premières teintures d'une bonne éducation sont bientôt effacées. Ils se livrent au plaisir de régner, sans s'informer des justes bornes de leur autorité. L'orgueil, qui est le venin secret de la souveraine puissance, les porte à ne plus demander conseil, ou à ne le plus suivre. Ils reçoivent sans précaution les erreurs de ceux qui les flattent. Ils deviennent indifférents pour la vérité, ou même ses ennemis. Ils s'accoutument à confondre la raison et la justice avec leurs volontés. Ils s'amollissent par les délices, et ils abandonnent à d'autres le poids de l'état et des affaires. Ils se bornent aux seules choses qui ne demandent ni application, ni travail. Ils sont absorbés par la volupté. Ils ne veulent être instruits que de ce qui ne trouble point leur repos ou leurs plaisirs [...] C'est la même chose, d'être à la République et d'être Roi ; d'être pour le peuple, et d'être souverain. On est né pour les autres dès qu'on est né pour leur commander, parce qu'on ne leur doit commander que pour leur être utile. [...] L'adulation maligne, jointe à la dépravation du coeur de la plupart des Princes, conduit infailliblement au Despotisme. Le Despotisme, a dit Montesquieu, ne peut se soutenir que par la crainte. La doctrine de l'obéissance aveugle, sans faire aucun bien aux Princes, a été source fatale de maux pour les peuples. [...]" (extrait p. suiv.).


Nous avons retrouvé par hasard la mention manuscrite suivante sur un autre exemplaire de ce livre : "Le jeune homme qui lira ce livre est un homme perdu !" (ex. du Catalogus van de Openbare Bibliotheck te Arnhem).

Admirable ouvrage qui mériterait une redécouverte officielle (mesdames et messieurs des universités ...).

Provenance : 2 ex libris. Ex libris C. Y. M. Suffran (moderne). Ex libris B. H.-R. avec la devise "aucun livre ne t'appartient" (moderne).


Bel exemplaire pour la réunion de ces deux textes très intéressants pour l'histoire des idées progressistes dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle.

Prix : 1.150 euros

jeudi 21 février 2019

Etienne Vacherot. La démocratie (1860). Ouvrage condamné et saisi pour "attaques contre les droits et l’autorité de l’Empereur, le principe de propriété, et la religion.". Exemplaire de la bibliothèque de Napoléon Fourgeaud-Lagrèze (avocat). Superbe exemplaire relié plein maroquin aux attributs de la République Française.


Etienne Vacherot

La démocratie.

Paris, F. Chamerot libraire [de l'imprimerie de L. Martinet], 1860 [i.e. novembre 1859]

1 volume in-18 (18,5 x 12 cm) de XXXI-(1)-400 pages.

Reliure strictement de l'époque plein maroquin bleu nuit, dos à nerfs richement orné aux petits fers dorés, triple-filet doré en encadrement des plats, fer spécial au centre des plats (équerre et fil à plomb) avec la devise républicaine : Liberté Egalité Fraternité ; tranches dorées sur marbrure, large dentelle dorée en encadrement intérieur des plats, doublures et gardes de papier peigne (reliure signée B. David). Quelques ombres au maroquin et légères marques sans gravité. Superbe exemplaire très frais. Intérieur très frais malgré quelques taches de rouille aux premiers et derniers feuillets.

Edition originale.


La démocratie d'Etienne Vacherot (1809-1897) est enregistrée dans la Bibliographie de la France du 12 novembre 1859. La sortie de cet ouvrage suscite immédiatement une accusation et un procès. Vacherot est condamné à 1 an de prison (ramené à 3 mois en appel) et 1.000 francs d'amende pour ses attaques contre les droits et l’autorité de l’Empereur, le principe de propriété, et la religion. Vacherot avait refusé de prêter serment à l'Empereur Napoléon III à l'issue du coup d'état du 2 décembre 1851. Directeur de l'école normale supérieure, il avait alors été obligé de démissionner de son poste perdant ainsi son salaire. Vacherot exécutera sa peine à St-Pélagie dès le 18 avril 1860. La démocratie peut être considéré comme le « bréviaire du parti républicain » sous l'Empire (Georges Weil, Histoire du Parti républicain en France, Paris, Alcan, 1900, p. 446). L'imprimeur Martinet (1.000 francs d'amende) ainsi que le libraire Chamerot (1 mois de prison et 1.000 francs d'amendes) furent également condamnés. Le 7 mars 1868, il est élu à l'Académie des sciences morales et politiques pour succéder à Victor Cousin. Maire du Ve arrondissement de Paris pendant le siège, Étienne Vacherot est élu, le 8 février 1871, représentant de la Seine à l'Assemblée nationale. Il est un des trois députés de Paris qui acceptèrent les préliminaires de paix et, contre l'attente du parti républicain, il prend place au Centre gauche et se signale par sa modération : Vacherot veut une politique centriste. « J’aurais vu tomber l’empire avec satisfaction sans les désastres d’une guerre qu’il a provoquée, sans y être préparé. J’ai salué sans enthousiasme l’avènement révolutionnaire de la république en pleine invasion. J’étais pour la guerre à outrance, et, sans croire à la légende de la république sauvant la France en 92, j’espérais mieux de notre peuple et de notre gouvernement républicain. ». Vacherot soutient jusqu'au bout le gouvernement d'Adolphe Thiers et donne sa démission de maire après le 24 mai 1873. Un an plus tard, il se rallie au ministère de Broglie et accepte de faire partie de la deuxième commission des Trente, d'où la minorité républicaine se trouve exclue. Après la séparation de l'Assemblée en 1876, Étienne Vacherot toujours républicain paraît renoncer à la vie politique, mais il continue à collaborer à la Revue des deux Mondes, où ses jugements sévères sur le parti républicain font sensation : Vacherot craint une poussée des mouvements extrémistes républicains et ne voit pas les républicains modérés réagir. À plusieurs reprises, il est le candidat des droites – alors même qu’il se dit encore républicain – au Sénat. Il échoue aux diverses élections alors qu'il est porté en avant par les listes de droite. Accentuant de plus en plus ses opinions nouvelles dans le sens monarchique, Vacherot fait diverses campagnes contre les chefs de la politique républicaine dans le Figaro et le Soleil (1883-1884). C’est avec sa participation avec la revue Le Correspondant que Vacherot officialise son ralliement au mouvement orléaniste et devient une référence intellectuelle. En 1892, Vacherot fait paraître La démocratie libérale qui reprend en grande partie des articles parus au cours des années précédentes et qui se présente comme un correctif à La Démocratie. Vacherot reconnaît qu’il n’a pas suffisamment précisé la dimension libérale dans son livre de 1859 : une démocratie a besoin d’être encadrée notamment par une constitution bien faite. C’est par désillusion moins pour l’idée républicaine que pour la pratique républicaine que Vacherot adhère au mouvement monarchiste. Il meurt dans l’indifférence quasi générale en 1897 alors même la scène politique s’est quelque peu apaisée avec le ralliement tactique à la République de personnalités catholiques voire monarchistes et qu’une politique d’apaisement est en place. Dans son maître-ouvrage La Démocratie, Vacherot intègre au discours libéral un élément qui jusqu’à présent était tenu en suspicion par les tenants de cette école : l’État. Par ailleurs, Vacherot s’est efforcé de « libéraliser » le discours démocratique et républicain qui reposait à l’époque sur les bases de l’unité nationale au détriment de l’individu. L’originalité de La Démocratie ne tient donc pas à des thèses propres à Vacherot mais à sa tentative de conciliation entre le libéralisme et l’esprit démocratique et républicain.


"En France, l'œuvre révolutionnaire, commencée par la philosophie, précipitée par la Révolution, se continue, malgré les apparences, avec une puissance irrésistible, et descend de plus en plus dans les profondeurs de la société, de manière à faire la place nette à la démocratie pure, à un moment donné qui ne peut guère dépasser le XIXe siècle." (extrait de la préface).


Provenance : Ex libris manuscrit N. Fourgeaud-Lagrèze, 1860. Napoléon Fourgeaud-Lagrèze (1831-1876), était avocat au barreau de Ribérac (Dordogne), conseiller de préfecture à Foix (Ariège) puis vice-président du Conseil de l'Ariège, fondateur du "Périgord littéraire". Cet exemplaire de La démocratie de Vacherot a été relié pour lui avec les attributs "républicains" les plus évidents au moment même où l'Empire régit la France d'une main de fer. la date portée à l'encre par Fourgeaud-Lagrèze "1860" (date même de l'édition) ainsi que le fer spécial "républicain" (voire maçonnique ?) et la devise de la République Française sont ici lourds de sens sachant que cet ouvrage a été condamné et les exemplaires saisis.


Superbe et précieux exemplaire dans une fine reliure parlante strictement de l'époque d'un livre saisi et condamné.


Prix : 1.450 euros