mercredi 22 juin 2016

Bibliophilie Bibliographie : Les Zigzags d'un Curieux par Octave Uzanne (1888). Rare tirage à 30 exemplaires sur papier du Japon avec double état du frontispice de Félix Buhot. Honoré de Balzac, les Femmes Bibliophiles, les Bibiophiles collectionneurs, les Publications posthumes, l'Hôtel Drouot et la curiosité, etc. Rare tirage. Bel exemplaire relié demi-maroquin à coins par Zaehnsdorf.


Octave UZANNE

LES ZIGZAGS D'UN CURIEUX. Causeries sur l'art des livres et la littérature d'art par Octave Uzanne.

Paris, Maison Quantin, 1888

1 volume in-12 (19,3 x 13,2 cm) de 307 pages. Frontispice par Félix Buhot (ici en 2 états). L'état du frontispice avec marges symphoniques est soigneusement replié (marge de gauche). Couverture noire imprimée or conservée.

Reliure de l'époque demi-maroquin à coins, filets dorés, dos à nerfs richement orné, tête dorée, relié sur brochure. (reliure signée Zaenhsdorf). Excellent état.



ÉDITION ORIGINALE.

TIRAGE A 1.065 EXEMPLAIRES.

CELUI-CI, 1 DES 30 EXEMPLAIRES SUR PAPIER DU JAPON.


Le détail du tirage est le suivant : 1.000 ex. sur vergé de Hollande, 30 ex. sur Whatman, 30 ex. sur Japon et 5 ex. sur Chine (non mis dans le commerce).

Notre exemplaire comporte un état supplémentaire du frontispice de Félix Buhot avec marges symphoniques (gravure à la pointe sèche tout autour de la gravure, comme cet artiste avait pour habitude artistique de le faire).

Outre un zigzag initial par Octave Uzanne (présentation du volume), on trouve dans ce volume les chapitres suivants : Les écrivains, le public et la réclame - Les Femmes bibliophiles -  Causons gravure (Henri Beraldi) - Les publications posthumes - A travers l'oeuvre de Honoré de Balzac - Les Bibliophiles collectionneurs - L'Hôtel Drouot et la curiosité - Les amateurs d'autographes.

Ce volume achevé d'imprimer le 15 mai 1888 regroupe des textes publiés pour la première fois dans la revue d'Octave Uzanne Le Livre entre le 1886 et 1888. Il est le pendant de Nos amis les livres paru deux ans plus tôt en 1886 et construit sur le même modèle (articles d'Octave Uzanne extraits du Livre entre 1884 et 1886).

RARE TIRAGE SUR BEAU PAPIER DU JAPON, ICI FINEMENT RELIE PAR ZAENHSDORF.

VENDU


Princesse d'Italie par Jean Lorrain (1898), avec des illustrations de Manuel Orazi. Exemplaire sur papier du Japon (50 ex.). Reliure plein cuir éditeur. Bel exemplaire.


Jean LORRAIN - Manuel ORAZI illustrateur

PRINCESSE D'ITALIE. Illustrations de M. Orazi.

Paris, Librairie Borel, 1898

1 volume in-16 allongé (14,5 x 8 cm), 78-(3) pages.


Reliure éditeur pleine basane caramel, dos à nerfs, premier plat orné du timbre doré de la Collection Lotus Alba et d'un fer doré représentant une fleur de lotus émergeant des eaux. Dentelle dorée en encadrement intérieur des plats, tête dorée. Excellent état.



ÉDITION ORIGINALE EN LIBRAIRIE.

1 DES 50 EXEMPLAIRES SUR PAPIER DU JAPON.

Il a été tiré en outre 50 exemplaires sur papier de Chine. Ces 100 exemplaires constituent l'unique tirage de luxe de cette édition.

Très belle et délicate illustration par Manuel Orazi dans le style Art Nouveau et Symboliste.


"(...) Simonetta Foscari, épousée pour sa royale beauté et sa jeunesse triomphante, apportait dans cette rude petite cour des Vintimille les élégances raffinées, les mœurs libres et les somptuosités d'une princesse florentine. (...) Car le scandale était aujourd'hui public ; pis, il avait franchi la frontière et faisait la joie de l'Italie et de la Provence ; la duchesse s'était débauchée. C'était une courtisane qui régnait maintenant à la cour des Salviati et, parmi tant de favoris, menu fretin qu'expédiait à la semaine le lacet des étrangleurs ou le poison des alchimistes attachés au palais : trois cependant, trois Italiens alliés dans le même intérêt de leur salut et de leur crédit, se partageaient les faveurs ducales : Beppo Nardi, un poète élevé à la cour d'Avignon et sonneur de sonnets de l'école de Pétrarque, profil de camée, au glabre et fier visage, toujours encapuchonné de velours écarlate et dont la muse, aussi souple que son échine, célébrait chaque matin la glorieuse jeunesse de Simonetta ; Angelino Barda, musicien gratteur de mandoline, compositeur, à ses heures, de langoureuses canzones qu'il accompagnait d'une voix assez fraîche, d'une origine napolitaine celui-là, brun comme une olive avec de larges yeux d'un blanc bleuâtre, d'ardentes lèvres sèches, des lèvres de fièvre et de volupté du noir violacé des mûres (Angelino de Naples, qu'on disait singulièrement inventif en mode de plaisir), et Petruccio d'Arlani, enfin, peintre-sculpteur à la manière de Michel-Ange, une brute superbe, musclé comme un athlète, aux noirs cheveux drus et crespelés sur une petite tête d'Antinoüs, Petruccio d'Arlani, un ancien pâtre, disait-on, descendu des Abruzzes dans les ateliers de Rome où il avait posé comme modèle, légendaire étalon des grandes dames romaines qu'une ironie du Vatican, une idée d'après boire du Pape à la fin d'un souper, aurait adressé à la cour de Vintimille entre deux légats et un nonce comme spécimen de l'art romain..., le ragazzo étant très beau, la duchesse l'avait gardé. (...) Et, sûrs de l'impunité, les favoris s'enhardirent, et l'audace de la duchesse osa même plus encore. Grisée par la flatterie et les encens, la Levrette eut la folie du scandale, elle voulut affirmer, afficher dans un éclat son adultère et ses amants... femme folle de son corps est bientôt dénuée de sens ; et, perdant toute prudence, conseillée par on ne sait quel mauvais génie, cette aventureuse Simonetta ne résolut rien moins que de paraître elle-même sur la scène, devant toute la cour, à côté de ses trois amants, qui tiendraient un rôle auprès d'elle, et cela dans une comédie ou ballet de circonstance, où s'affirmerait le talent de chacun d'eux. (...) La mort de Saint-Jean-Baptiste, la décollation du Précurseur, la légende de luxure et de sang dont toute la Renaissance italienne a eu comme l'obsession, Hérode et Salomé, les terribles figures qui ont tenté tous les peintres de cette époque et dont les musées nous ont légué la dangereuse hantise, voilà le sujet vers lequel avait été tout droit cette voluptueuse et cette tenace. Parmi tant d'héroïnes de la Bible et de la Fable, Salomé l'avait requise entre toutes ; et elle, née princesse à Florence, et de par son mariage duchesse et marquise, c'est l'impudique princesse de Judée qu'il lui plaisait d'évoquer, d'incarner, de vivre un soir devant tout un peuple. Cette petite fille qui danse, toute nue, devant un vieux roi libertin, et obtient une tête ennemie par la mystérieuse offrande de son sexe, voilà le personnage qu'elle voulait être. C'était à la réalisation de cette chimère que se plaisait sa perversité ; et qui sait si cette curieuse imagination d'Italienne n'avait pas été séduite par un rapprochement possible entre l'âge avancé de l'Hérode légendaire et la vieillesse anticipée de son mari ! (...)"

Cette courte nouvelle avait été publiée les 13 et 23 août 1897 dans le Journal sous le titre Les trois têtes. C'est l'histoire transposée de Salomé et de St-Jean le Baptiste décapité , accompagnée du soufre des amours libertines d'une princesse italienne. Octave Uzanne dut apprécier ce petit texte. Jean Lorrain eut la délicatesse de le lui dédier (dédicace imprimée en début de volume).

BEL EXEMPLAIRE DU RARE TIRAGE DE LUXE SUR JAPON.

Prix : 600 euros

mardi 21 juin 2016

Bibliophilie Affaire du collier de la Reine Marie-Antoinette (1785-1786). Recueil de 11 pièces imprimées in-4. Cardinal de Rohan, Comtesse de La Motte, Comte de Cagliostro, Rétaux de Villette, Demoiselle Le Guay d'Oliva, etc. Les prémices de la Révolution Française ...


[AFFAIRE DU COLLIER DE LA REINE]

[RECUEIL DE PIÈCES]

1. MÉMOIRE POUR LOUIS-RENÉ-EDOUARD DE ROHAN, CARDINAL DE LA SAINTE EGLISE ROMAINE, évêque et prince de Strasbourg, etc., contre M. le Procureur Général, en présence de la Dame de La Motte, du sieur de Villette, de la Damoiselle D'Oliva, et du sieur comte de Cagliostro, co-accusés.

Paris, Hardouin et Gattey, 1786

110 pages. 1 feuillet mal placé. Complet.

2. REQUÊTE AU PARLEMENT, LES CHAMBRES ASSEMBLÉES, PAR LE CARDINAL DE ROHAN, signifiée à Mr. le Procureur Général.

Paris, Emmanuel Flon, 1786

8 pages y compris faux-titre et titre. Complet.

3. REQUÊTE INTRODUCTIVE AU PARLEMENT, LES CHAMBRES ASSEMBLÉES, PAR LE CARDINAL DE ROHAN, signifiée à M. le Procureur Général.

Paris, Emmanuel Flon, 1786

40 pages y compris le titre. Complet.

4. SOMMAIRE POUR LA COMTESSE DE VALOIS-LA MOTTE, accusée contre M. le Procureur Général, accusateur, en présence de M. le Cardinal de Rohan, et autres co-accusés.

Paris, L. Cellot, 1786

62 pages y compris le titre. Les pages 59 à 62 contiennent un Mémoire sur la Maison de Saint-Remy de Valois (généalogie simplifiée de la comtesse de La Motte).



5. RÉFLEXIONS RAPIDES POUR M. LE CARDINAL DE ROHAN, SUR LE SOMMAIRE DE LA DAME DE LA MOTTE.

Sans page de titre (ce qui est normal). 24 pages. A Paris, chez Hardouin et Gattey, s.d. (1786)

6. PIÈCES JUSTIFICATIVES POUR M. LE CARDINAL DE ROHAN, accusé.

Sans page de titre (ce qui est normal). 24 pages. [Paris], chez Hardouin et Gattey, s.d. (1786)

7. MÉMOIRE POUR DAME JEANNE DE SAINT-REMY DE VALOIS, ÉPOUSE DU COMTE DE LA MOTTE.

Sans page de titre (ce qui est normal). 46 pages. [Paris], de l'imprimerie de L. Cellot, 1785

8. MÉMOIRE POUR LE COMTE DE CAGLIOSTRO, accusé, contre M. le Procureur Général, accusateur. En présence de M. le Cardinal de Rohan, de la comtesse de La Motte et autres co-accusés.

Paris, Lottin l'aîné, 1786

51 pages (faux-titre et titre hors pagination). Complet.

9. REQUÊTE A JOINDRE AU MÉMOIRE DU COMTE DE CAGLIOSTRO.

Sans page de titre (ce qui est normal). 11 pages. De l'imprimerie de Lottin l'aîné, mai 1786.

10. SECOND MÉMOIRE POUR LA DEMOISELLE LE GUAY D'OLIVA, fille mineure, émancipée d'âge accusée contre M. le Procureur Général, accusateur. En présence de M. le Cardinal-Prince de Rohan, de la dame de la Motte-Valois, du sieur Rétaux de Villette, du sieur de Cagliostro, et autres co-accusés. Analyse et résultat des récolements et confrontations.

Paris, chez P. G. Simon et N. H. Nyon, 1786

56 pages y compris le faux-titre et le titre. Complet.

11. REQUÊTE POUR LE SIEUR MARC-ANTOINE RETAUX DE VILLETTE, ancien gendarme, accusé, contre M. le Procureur Général, accusateur. En présence de M. le Cardinal-Prince de Rohan, de la dame de la Motte-Valois, du sieur de Cagliostro, de la demoiselle d'Oliva, et autres co-accusés.

Paris, chez P. G. Simon et N. H. Nyon, 1786

19 pages y compris le titre. Complet.

ENSEMBLE DE 11 PIÈCES IMPRIMÉES ENTRE 1785 ET 1786.

1 volume in-4 (26 X 20 cm), reliure demi-basane blonde du milieu du XIXe siècle, dos lisse orné, filets et fleurons dorés. Coiffe de tête usée, une fente en tête du mors supérieur, reliure solide. Intérieur frais.



Résumé de l'affaire :

L'enfance de la comtesse de La Motte avait été des plus misérables. Depuis Henri II, la lignée était descendue au plus bas. Son père avait épousé une paysanne, qu’il laissa bientôt veuve. Jeanne était envoyée mendier sur les chemins par sa mère, en demandant « la charité pour une pauvre orpheline du sang des Valois ». Une dame charitable, la bonne marquise de Boulainvilliers, étonnée par cette histoire, prit des renseignements, et vérifications faites, entreprit les démarches pour lui obtenir une pension du roi, et lui fera donner une bonne éducation dans un couvent situé près de Montgeron.

En 1780, Jeanne épouse à Bar-sur-Aube, un jeune officier d’apparence fort recommandable, Nicolas de La Motte, qui sert dans les gardes du corps du comte d’Artois, second frère du roi. Le ménage, peu après, se délivre de sa propre autorité le titre de comte et comtesse de La Motte. Jeanne ne se fait plus désormais appeler que comtesse de La Motte-Valois. À cette date, elle fait un voyage à Saverne, rejoindre Mme de Boulainvilliers qui lui présente son ami le cardinal Louis de Rohan-Guéménée, auquel elle fait appel financièrement pour sortir de la misère avec laquelle elle continue de se débattre plus ou moins. C’est là aussi qu’elle rencontre le mage Giuseppe Balsamo, qui se fait appeler comte de Cagliostro. Celui-ci gravite aussi autour du cardinal de Rohan, en lui soutirant de l’argent en échange de prétendus miracles. Il changerait, entre autres, le plomb en or et la silice en diamant ! 

Profitant de ce que Versailles est largement accessible au public, Mme de La Motte tente de se mêler à la Cour. Elle parvient à convaincre le cardinal qu’elle a rencontré la reine Marie-Antoinette et qu’elle en est même devenue l’amie intime. Et l’amant de Mme de La Motte, Marc Rétaux de Villette (un ami de son mari), possédant un utile talent de faussaire, imite parfaitement l’écriture de la reine. Il réalise donc pour sa maîtresse de fausses lettres signées Marie-Antoinette de France (alors qu’elle ne signait, bien sûr, que Marie-Antoinette, les reines de France ne signaient que de leur prénom, et en tout état de cause, Marie-Antoinette n’était pas de France mais de Lorraine d’Autriche...). La comtesse va ainsi entretenir une fausse correspondance, dont elle est la messagère, entre la reine et le cardinal dont le but serait de les réconcilier.

La reine et le cardinal ont, en effet, un vieux contentieux : en 1773 le cardinal, qui était alors ambassadeur de France à Vienne, s’était aperçu que l'Impératrice Marie-Thérèse, la mère de Marie-Antoinette, jouait un double jeu et préparait en sous main le démantèlement de la Pologne, de concert avec la Prusse et la Russie. Il avait écrit une lettre à Louis XV pour l’en avertir, lettre qui avait été détournée par le duc d’Aiguillon, ministre des Affaires Étrangères, qui l’avait remise à la comtesse du Barry, favorite de Louis XV, détestée par Marie-Antoinette. La comtesse l’avait lue publiquement dans un dîner, et circonstance aggravante, le ton de cette lettre était ironique et très irrespectueux envers l’Impératrice (le cardinal la dépeignait notamment, « tenant d’une main un mouchoir pour essuyer les larmes qu’elle versait à propos du démantèlement de la Pologne, et de l’autre main un couteau pour couper sa part du gâteau »...).

D’autre part, la vie dissolue du cardinal à Vienne, ses dépenses effrénées, ses maîtresses affichées, ses parties de chasse fastueuses en tenue laïque, avaient scandalisé la pieuse Marie-Thérèse horrifiée de voir un représentant du Roi Très-Chrétien et surtout un prince de l’Eglise se comporter de cette façon. On l’avait même vu un jour couper à cheval une procession de la Fête-Dieu. L’Impératrice avait demandé à Versailles le rappel de cet ambassadeur peu convenable et l’avait obtenu.

Depuis ces épisodes, la reine, fidèle à la mémoire de sa mère, était plus qu’en froid avec le cardinal. Ce dernier se désespérait de cette hostilité. La comtesse de La Motte fit espérer au cardinal un retour en grâce auprès de la souveraine. Ayant de gros besoins d’argent, elle commença par lui soutirer au nom de la reine 60 000 livres (en deux versements), qu’il était trop heureux d’accorder tandis que la comtesse lui fournissait des fausses lettres reconnaissantes, de plus en plus bienveillantes, de la reine, annonçant la réconciliation espérée, tout en repoussant indéfiniment les rendez-vous successifs demandés par le cardinal pour s’en assurer.

Or, le comte de la Motte a très opportunément découvert qu’une prostituée, Nicole d’Oliva, opérant au Palais Royal, s’est forgé une jolie réputation due à sa ressemblance étonnante avec Marie-Antoinette. Ses clients l’ont d’ailleurs surnommée la petite reine. Mme de La Motte la reçoit et la convainc de bien vouloir, contre une généreuse somme, jouer le rôle d’une grande dame recevant en catimini un ami, dans le but de jouer un tour.

Le 11 août 1784, le cardinal se voit donc enfin confirmer un rendez-vous au Bosquet de Vénus à onze heures du soir. Là, Nicole d’Oliva, déguisée en Marie-Antoinette, le visage enveloppé d’une gaze légère, l’accueille avec une rose et lui murmure un « Vous savez ce que cela signifie. Vous pouvez compter que le passé sera oublié ». Avant que le cardinal ne puisse poursuivre la conversation, Mme de La Motte apparaît, signalant que les comtesses de Provence et d’Artois, belles-soeurs de la reine, sont en train d’approcher. Ce contretemps abrège l’entretien. Le lendemain, le cardinal reçoit une lettre de la « reine », regrettant la brièveté de la rencontre. Le cardinal est définitivement conquis, sa reconnaissance et sa confiance aveugle en la comtesse de La Motte deviennent plus que jamais inébranlables.

Jusqu’ici, la comtesse de la Motte se bornait, on le voit, à l’abus de confiance d’assez petite envergure. Mais, désormais toute-puissante sur l’esprit du cardinal, et jouant sur la réputation de passion de la reine pour les bijoux, Mme de La Motte va entreprendre le coup de sa vie, en escroquant cette fois le cardinal pour la somme fabuleuse de 1,6 million de livres. Le 28 décembre 1784, se présentant toujours comme une amie intime de la reine, elle rencontre le bijoutier qui lui montre le collier. Tout de suite elle imagine un plan pour entrer en sa possession. Elle déclare au joaillier qu’elle va intervenir pour convaincre la reine d’acheter le bijou, mais par le biais d’un prête-nom. De fait, le cardinal de Rohan reçoit bientôt une nouvelle lettre, toujours signée « Marie-Antoinette de France », dans laquelle la reine lui explique que ne pouvant se permettre d’acquérir ouvertement le bijou, elle lui fait demander de lui servir d’entremetteur, s’engageant à le rembourser en versements étalés dans le temps – quatre versements de 400 000 livres – et lui octroyant pleins pouvoirs dans cette affaire.

En outre la comtesse s’est ménagé la complicité de Cagliostro, dont le cardinal est fanatique (il ira jusqu’à déclarer « Cagliostro est Dieu lui-même! »). Devant le cardinal, le mage fait annoncer par un enfant médium un oracle dévoilant les suites les plus fabuleuses pour le prélat s’il se prête à cette affaire. La reconnaissance de la reine ne connaîtra plus de bornes, les faveurs pleuvront sur la tête du cardinal, la reine le fera nommer par le roi premier ministre. Le 1er février 1785, convaincu, le cardinal signe les quatre traites et se fait livrer le bijou qu’il va porter le soir même à Mme de La Motte à Versailles. Devant lui, elle le transmet à un prétendu valet de pied portant la livrée de la reine (qui n’est autre que Rétaux de Villette). Pour avoir favorisé cette négociation, l’intrigante bénéficiera même de cadeaux du joaillier.

Immédiatement les escrocs ont démonté le collier et commencé à revendre les pierres. Rétaux de Villette a quelques ennuis en négociant les siennes. Leur qualité est telle, et, pressé par le temps, il les négocie si en-dessous de leur valeur, que des diamantaires juifs soupçonnent le fruit d’un vol et le dénoncent. Il parvient à prouver sa bonne foi et part à Bruxelles vendre ce qui lui reste. Le comte de La Motte part de son côté proposer les plus beaux diamants à deux bijoutiers anglais de Londres. Ceux-ci, pour les mêmes raisons que leurs collègues israélites, flairent le coup fourré. Ils envoient un émissaire à Paris: mais aucun vol de bijoux de cette valeur n’étant connu, ils les achètent, rassurés. Les dernières pierres sont donc vendues à Londres.

Pendant ce temps, la première échéance est attendue par le joaillier et le cardinal pour le 1er août. Toutefois, l’artisan et le prélat s’étonnent de constater qu’en attendant, la reine ne porte pas le collier. Mme de La Motte les assure qu’une grande occasion ne s’est pas encore présentée, et que d’ici-là, si on leur parle du collier, ils doivent répondre qu’il a été vendu au sultan de Constantinople. En juillet cependant, la première échéance approchant, le moment est venu pour la comtesse de gagner du temps. Elle demande au cardinal de trouver des prêteurs pour aider la reine à rembourser. Elle aurait, en effet, du mal à trouver les 400 000 livres qu’elle doit à cette échéance. Mais le bijoutier va précipiter le dénouement. Ayant eu vent des difficultés de paiement qui s’annoncent, il se rend directement chez la première femme de chambre de Marie-Antoinette, Mme Campan, et évoque l’affaire avec elle. Celle-ci tombe des nues et naturellement va immédiatement rapporter à la reine son entretien avec Boehmer. Marie-Antoinette, pour qui l’affaire est incompréhensible, charge le baron de Breteuil, ministre de la Maison du Roi, de tirer les choses au clair. Le baron de Breteuil est un ennemi du cardinal de Rohan. Découvrant l’escroquerie dans laquelle le cardinal est impliqué, il se frotte les mains, et compte bien lui donner toute la publicité possible.

La prétendue comtesse, sentant les soupçons, s’est entre-temps arrangée pour procurer au cardinal un premier versement de 30 000 livres. Mais ce versement, d’ailleurs dérisoire, est désormais inutile. L’affaire va éclater aux yeux de la Cour ébahie. Le roi est prévenu le 14 août. Le 15 août, alors que le cardinal – qui est également grand-aumônier de France – s’apprête à célébrer en grande pompe la messe de l'Assomption dans la chapelle de Versailles, il est convoqué dans les appartements du roi. Il se voit sommé d’expliquer le dossier constitué contre lui. Le naïf prélat est atterré de comprendre qu’il a été berné depuis le début par la comtesse de La Motte. Il envoie chercher les lettres de la «reine». Le roi explose: « Comment un prince de la maison de Rohan, grand-aumônier de France, a-t-il pu croire un instant à des lettres signées Marie-Antoinette de France! ». La reine ajoute: « Et comment avez-vous pu croire que moi, qui ne vous ai pas adressé la parole depuis 15 ans, j’aurais pu m’adresser à vous pour une affaire de cette nature ? ». Le cardinal tente de s’expliquer. « Mon cousin, je vous préviens que vous allez être arrêté. », lui dit le roi. Le cardinal supplie le roi de lui épargner cette humiliation, il invoque la dignité de l’Église, le souvenir de sa cousine la comtesse de Marsan qui a élevé Louis XVI. Le roi est assurément ébranlé par cet appel à la clémence, mais se reprend devant les larmes de la reine. Il se retourne vers le cardinal: « Je fais ce que je dois, et comme roi, et comme mari. Sortez. » (Cf. Funck-Brentano, op. cit.)

Le cardinal quitte le cabinet du roi et repasse, chancelant et « pâle comme la mort », dans la galerie des Glaces. Au moment où le cardinal paraît, le baron de Breteuil lance : « Qu’on arrête Monsieur le cardinal ! ». La stupéfaction et le scandale sont immenses.

Le cardinal est emprisonné à la Bastille. Il commence immédiatement à rembourser les sommes dues, en vendant ses biens propres, dont son château de Coupvray (à la fin du XIXe siècle, les descendants de ses héritiers continueront de rembourser sporadiquement par fractions les descendants du joaillier). La comtesse de La Motte est arrêtée, son mari s’enfuit à Londres avec les derniers diamants, Rétaux de Villette étant déjà en Suisse. On interpelle aussi Cagliostro et Nicole d’Oliva. Le roi laisse au cardinal le choix de la juridiction qui aura à se prononcer sur son cas: ou bien s’en remettre directement au jugement du roi, ou être traduit devant le Parlement de Paris. Ce qui s’avère fort malhabile de la part de Louis XVI: le cardinal décidant de mettre l’affaire dans les mains du Parlement qui est toujours, plus ou moins, en fronde contre l’autorité royale.

Le 22 mai 1786, le procès s’ouvre devant le Parlement, qui le 30 rend son verdict. Le cardinal est acquitté. La prétendue comtesse de La Motte, condamnée à la prison à perpétuité à la Salpétrière, après avoir été fouettée et marquée au fer rouge sur les deux épaules du « V » de « voleuse » (elle se débattra tant que l’un des « V » sera finalement appliqué sur son sein). Son mari est condamné aux galères à perpétuité par contumace, et Rétaux de Villette est banni. Enfin, Nicole d’Oliva et Cagliostro sont mis hors de cause, Cagliostro étant cependant invité à quitter le territoire français dans les plus brefs délais.

Marie-Antoinette est au comble de l’humiliation. Elle prend l’acquittement du cardinal comme un camouflet. De la part des juges, cet acquittement signifie qu’on ne saurait tenir rigueur au cardinal d’avoir cru que la reine lui envoyait des billets doux, lui accordait des rendez-vous galants dans le parc de Versailles et achetait des bijoux pharaoniques par le biais d’hommes de paille en cachette du roi. C’était sous-entendre que de telles frasques n'auraient rien eu d'invraisemblable de la part de la reine. Et c’est bien dans cet esprit que le jugement fut rendu, et pris dans l’opinion.

La reine obtient donc du roi qu’il exile le cardinal de Rohan à l'abbaye de la Chaise-Dieu, l’une des abbayes en commende du cardinal, après l’avoir démis de son poste de grand aumônier. Il restera trois mois dans cette abbaye, après quoi il ira sous des cieux plus cléments, à l’abbaye de Marmoutier près de Tours. Ce n’est qu’au bout de trois ans, le 17 mars 1788, que le roi l’autorisera à retrouver son diocèse de Strasbourg.

On ne saurait mieux résumer le résultat de cette affaire que par l'exclamation d'un magistrat du Parlement de Paris au lendemain du verdict : "Un cardinal escroc, la reine impliquée dans une affaire de faux ! Que de fange sur la crosse et le sceptre ! Quel triomphe pour les idées de liberté !"...

Bien que Marie-Antoinette ait été, d’un bout à l’autre, absolument étrangère à toute cette affaire, l’opinion publique ne voulut pas croire à l’innocence de la reine. Accusée depuis longtemps de participer, par ses dépenses excessives, au déficit du budget du royaume, elle subit à cette occasion une avalanche d’opprobres sans précédent. Les libellistes laissèrent libre cours aux calomnies dans des pamphlets où la reine se faisait offrir des diamants pour prix de ses amours avec le cardinal. Bien pire, Mme de la Motte, parvenue à s'évader de La Salpêtrière, publie à Londres un immonde récit, dans lequel elle raconte sa liaison avec Marie-Antoinette, la complicité de celle-ci depuis le début de l'affaire et jusqu'à son intervention dans l'évasion.

Par le discrédit qu'il jeta sur la Cour dans une opinion déjà très hostile, ce scandale aura indirectement sa part de responsabilités dans la chute de la royauté quatre ans plus tard et dans le déclenchement de la Révolution. "Cet évènement me remplit d'épouvante", écrit Goethe dans sa correspondance, "comme l'aurait fait la tête de Méduse". Peu après, développera-t-il : "Ces intrigues détruisirent la dignité royale. Aussi l’histoire du collier forme-t-elle la préface immédiate de la Révolution. Elle en est le fondement...", (Cf. Le Grand Cophte (1790), pièce inspirée à Goethe par l’histoire de Cagliostro).

L'ensemble des pièces imprimées relatives à l'affaire du collier ont fait l'objet de tirages au format in-8 et in-4. Les pièces imprimées au format in-4 sont les plus recherchées et forme une collection intéressante.

BON EXEMPLAIRE DE CET ENSEMBLE RELATIF A L'AFFAIRE DU COLLIER DE LA REINE MARIE-ANTOINETTE.

VENDU

lundi 20 juin 2016

Bibliophilie Féminisme : Le Triomphe des Dames attribué à Madeleine de Puisieux (1751) ou Dissertation dans laquelle on prouve que la femme n'est pas inférieure à l'homme. Très intéressant traité pré-féministe à l'époque des Lumières.




[PUISIEUX, Madeleine de]

LE TRIOMPHE DES DAMES. Traduit de l'anglais de Miledi P ****.

A Londres, 1751

1 volume petit in-8 (15 x 9,8 cm) de 140 pages, y compris la page de titre entièrement gravée à l'eau-forte.

Reliure de l'époque plein veau fauve marbré, dos lisse orné, pièce de titre de maroquin rouge, tranches rouges. Très bon état. Quelques légères salissures. Coins et coiffes légèrement frottés. Infime manque à la coiffe de tête. Exemplaire court de marges, sans atteinte au texte néanmoins.



NOUVELLE ÉDITION.

PREMIÈRE ÉDITION SOUS CE TITRE.

Cet ouvrage a paru pour la première fois en 1749 sous le titre : Dissertation dans laquelle on prouve que la femme n'est pas inférieure à l'homme puis en 1750 sous le titre : La femme n'est pas inférieure à l'homme. La genèse de ce texte féministe est incertaine. Il aurait été écrit par Madeleine de Puisieux (ou son mari, Philippe-Florent de Puisieux d'après certains, pourtant l'auteur semble bien être une femme) d'après le texte de l'ouvrage anglais paru précédemment sous le titre : Woman Not Inferior to Man: or, a short and modest Vindication of the natural Right of the Fair-Sex to a perfect Equality of Power, Dignity, and Esteem, with the Men. Ce dernier texte ayant été attribué à Mary Wortley Montagu. Quoi qu'il en soit, certains chercheurs modernes font remonter l'origine de ce texte à François Poullain de La Barre et son ouvrage De l'égalité des deux sexes, publié en 1673. On a fait remarqué que cet ouvrage posait des questions similaires à celles que pose Christine de Pisan en 1405, dans La Cité des dames. (Michel Fingerhut, 2010, édition numérique de De l'égalité des deux sexes). Ce traité est considéré comme un prélude à l'ouvrage de Mary Wollstonecraft, A Vindication of the Rights of Woman publié en 1792.

Voici les chapitres traités dans cet ouvrage progressiste : Quel cas les hommes font des femmes, et si c'est avec justice. - Si les femmes sont inférieures aux hommes ou non, du côté de l'entendement. - Si les hommes sont plus propres que les femmes pour gouverner. - Si les femmes sont propres à remplir les charges publiques. - Si les femmes sont naturellement capables d'enseigner les sciences, ou non. - Si les femmes sont naturellement propres aux emplois militaires, ou non.

Madeleine de Puisieux (1720-1798) était une femme de lettres, moraliste et féministe. On lui doit notamment des Caractères (Londres, 1750) et des Conseils à une amie (1751). Son oeuvre reste à ce jour mal connue.



Nous pensons qu'il est utile et agréable de profiter de cette notice pour donner in extenso la conclusion exemplaire de cet ouvrage :

"Dans tout ce que j'ai dit jusqu'à présent, je n'ai pas eu intention d'engager personne de mon sexe à se révolter contre les hommes, ni à changer l'ordre présent des choses par rapport au gouvernement et à l'autorité. Non, que les choses restent dans l'état où elles sont : je prétends seulement faire voir que mon sexe n'est pas aussi méprisable que les hommes voudraient le faire croire ; et que nous sommes capables d'autant de grandeur d'âme que les meilleurs sujets de ce sexe orgueilleux. Et je suis bien convaincue même qu'il serait avantageux pour les deux sexes de penser ainsi. Cette vérité se prouve par les mauvaises suites qui résultent de l'erreur contraire. En nous croyant incapables de perfectionner notre entendement, les hommes nous ont entièrement privées de tous les avantages de l'éducation, et par ce moyen ont contribué autant qu'il était en eux à nous rendre des créatures dénuées de sens, telles qu'ils s'étaient figuré que nous étions ; ainsi faute d'éducation, nous nous sommes livrées à toutes les extravagances que l'on méprise en nous ; nous avons attiré sur nous leurs mauvais traitements, par des fautes dont ils sont eux-mêmes les auteurs, et qu'ils nous ont ôté les moyens d'éviter. Quelle est la suite de ce traitement tyrannique qu'ils nous font éprouver ? Il retombe à la fin sur eux- mêmes. Le défaut de savoir et d'éducation qui entraîne les femmes à des actions que désapprouvent les hommes, les prive des vertus qui pourraient les soutenir contre les mauvais traitements que les hommes leur font souffrir à cause de leurs imprudences ; et faute de ces vertus, elles imaginent des moyens très condamnables pour se venger de leurs tyrans. D'où il arrive qu'en général les hommes et les femmes ont les uns pour les autres un souverain mépris, et qu'ils combattent à l'envi à qui se traitera le plus mal ; au lieu qu'ils devraient vivre heureux, si les deux sexes pouvaient se résoudre à prendre l'un pour l'autre les sentiments d'estime qu'ils se doivent réciproquement. Cependant s'il faut parler vrai, il est incontestable que le blâme retombe principalement et originairement sur les hommes ; car si l'on voulait seulement accorder aux femmes les avantages de l'éducation et du savoir , elles apprendraient à mépriser ces folies et ces bagatelles qui leur attirent à présent un injuste mépris : Elles seraient en état de donner aux hommes une meilleure opinion de la capacité de leur tête et de la disposition de leur cœur, et les hommes diminueraient & reformeraient par degrés leurs mauvais procédés à proportion de l'estime que nous leur inspirerions. Les femmes se feraient un point d'honneur de perfectionner leurs talents, et elles deviendraient meilleures en acquérant des connaissances. Elles s'occuperaient avec plaisir à entretenir les hommes sensément, et à ajouter la solidité a leurs charmes. Par ce moyen les deux Sexes vivraient heureux, et n'auraient aucun sujet de se blâmer les uns les autres ; mais tant que les hommes nous fermeront toute entrée aux Sciences , ils ne pourront sans faire retomber sur eux tout le blâme, nous reprocher les fautes de conduite que l'ignorance nous fait commettre, et nous taxerons toujours d'injustice et de cruauté les mépris et les mauvais procédés qu'ils ont avec nous pour des fautes qu'il n'était pas en notre pouvoir de rectifier. Il ne serait pas nécessaire d'en dire davantage sur ce sujet, si ce n'était pour répondre à certaines gens faibles, qui se persuadent mal-à-propos qu'il y a par rapport à la vertu des différences réelles entre nous et les hommes ; cependant rien n'est plus absurde, car il est incontestablement vrai qu'il y a eu, et qu'il y a encore beaucoup de bons et de mauvais sujets dans les deux Sexes ; et quand on supposerait que quelques femmes ont porté la scélératesse plus loin que les hommes, cela ne pourrait point déshonorer le Sexe en général. Les bons qui se gâtent deviennent toujours les plus méchants : et quand nous reconnaîtrions que quelques-unes de notre Sexe l'ont emporté sur les hommes par la qualité des vices, il faudrait nécessairement qu'on avouât que ceux-ci l'emportent pour le nombre. Je crois que personne ne contestera que parmi les méchants, il y a au moins mille hommes contre une femme, à estimer les choses sur le pied le plus favorable pour les hommes. Mais pour savoir si les uns sont naturellement plus vicieux que les autres, il faut remarquer qu'il n'y à que l’âme qui soit susceptible de vertu, et que la vertu consiste dans une résolution ferme de faire ce qu'on juge le plus conforme aux règles de la raison dans les différentes circonstances qui se rencontrent dans la vie. Or, l’âme des femmes n'est pas moins susceptible que celle des hommes de cette résolution ferme qui constitue la vertu, et elles savent aussi bien qu'eux les occasions de la mettre en pratique. Quelque faibles qu'on suppose les femmes en général, nous savons régler nos passions aussi bien que les hommes, et ne sommes pas plus enclines au vice qu'eux. Nous pouvons même faire pencher en ceci la balance en notre faveur, sans blesser la justice et la vérité ; cependant après tout, supposé même qu'il y eût lieu de trouver les deux Sexes également en faute ; celui qui accuse les autres pêche contre l'équité naturelle. S'il y a plus de mal à reprendre dans les hommes qu'en nous, et qu'ils soient trop aveuglés pour l’apercevoir, ils sont coupables de témérité de trouver à redire dans notre Sexe : et s'ils aperçoivent nos fautes, et qu'ils cachent malicieusement les leurs, qui sont les plus considérables ; n'est-ce pas une bassesse à eux de nous en faire un crime, à nous qui en avons moins ? S'il y a plus de bien dans les femmes que dans les hommes, ne doit-on pas taxer les hommes d'ignorance ou de jalousie, pour ne vouloir pas en convenir ? Quand une femme à plus de vertus que de vices, les unes ne doivent-elles pas faire disparaître les autres ? cela est d'autant plus vrai, quand nos défauts sont insurmontables, et qu'on nous refuse les moyens de nous corriger. Voilà précisément le cas de presque toutes les fautes de notre Sexe, et elles méritent plus de compassion que de mépris. Enfin, si nos fautes ne sont telles qu'en apparence, ou qu'au moins elles soient par elles-mêmes très-légères, on ne peut s'y arrêter tant sans beaucoup d'imprudence et de méchanceté. Or il est très-facile de prouver que ce sont là la plus grande partie des fautes qu'on nous reproche, et qui sont communes à tout notre sexe, de manière ou d'autre. Je crois avoir suffisamment démontré que c'est a tort que les hommes nous accusent de manquer de cette solidité de jugement qu'ils s'attribuent à eux-mêmes avec tant de confiance ; nous avons le même droit qu'eux à tous les emplois publics : la nature nous a donné un génie aussi capable de les remplir que le leur et nos cœurs sont aussi susceptibles de vertu, que nos têtes le sont d'apprendre les Sciences : nous ne manquons d'esprit, de force ni de courage pour défendre un pays, ni de prudence pour le gouverner. Nous avons en général les organes plus délicats. Veut- on comparer la structure des corps pour décider du degré d'excellence des deux Sexes ? il n'y aura plus de contestation : je pense que les hommes eux-mêmes ne feront pas difficulté de nous céder à cet égard : ils ne peuvent pas disconvenir que nous n'ayons sur eux tout l'avantage pour le Mécanisme interne de nos corps. Puisque c'est en nous que se produit la plus belle et la plus surprenante de toutes les créatures ; combien n'avons-nous pas encore de supériorité sur eux pour la forme extérieure ? Quelles beautés , quel air , quelles grâces la nature n'a-t'elle pas attachées à nos corps, et dont les leurs sont privés ? Je rougirais seulement d'en parler, si je ne pensais que c'est une raison de plus pour croire que nos âmes sont aussi plus délicates. Car je ne puis m'empêcher de penser , que le sage Auteur de la nature a proportionné nos âmes aux corps qu'il nous a donnés : assurément donc la subtilité de nos esprits et la finesse de ce qui se passe dans l'intérieur de nos têtes doivent au moins nous rendre égales aux hommes, puisque notre extérieur manque rarement à nous en rendre les maîtresses absolues. Je ne voudrais pas cependant qu'aucune personne de mon Sexe appuyât son autorité sur un fondement si fragile. Non, le bon sens doit survivre à un beau visage, et l'ascendant que la raison donne sur les cœurs est durable. C'est pourquoi j'exhorte toutes les femmes à rejeter les vains amusements , et à s'appliquer à la culture de leurs âmes, afin de se rendre capables d'agir avec toute la dignité à laquelle la nature nous a destinées ; sans chercher à nous élever et à nous faire valoir, faisons voir que nous méritons des hommes, autant de part dans leur estime, qu'ils s'en arrogent à eux-mêmes au-dessus de nous. En un mot, apprenons-leur par le peu que nous faisons sans le secours de l'éducation, ce dont nous serions capables si on nous rendait justice : forçons-les à rougir d'eux-mêmes, s'il est possible, à la vue de tous les torts qu'il ont avec nous, et faisons les convenir que la moindre des femmes mérite un meilleur procédé de leur part, que celui qu'ils ont pour la plus digne."

Provenance : Félix Levraud (XVIIIe s.), avec son ex libris manuscrit sur la page de titre.

BEL EXEMPLAIRE DE CE LIVRE RARE PRE-FÉMINISTE.

VENDU

samedi 18 juin 2016

Les Monuments de la vie privée des douze Césars par d'Hancarville (1782). 51 gravures hors-texte (souvent libres) tirées de pierres et médailles gravées sous le règne des empereurs romains (en réalité sorties de l'imagination de l'auteur). Très bel exemplaire en reliure ancienne pleine décorée.


[HANCARVILLE, Pierre-François HUGUES, dit D']

MONUMENS DE LA VIE PRIVÉE DES DOUZE CÉSARS, d'après une suite de pierres et médailles, gravées sous leur règne.

A Caprées, chez Sabellius [chez Leclerc, libraire à Nancy ?], 1782

1 volume in-8 (21,5 x 14,5 cm) de 216 pages. 50 eaux-fortes en médaillons tirées hors-texte et 1 eau-forte en frontispice (médaillon également). Bien complet des gravures requises.

Reliure légèrement postérieure (vers 1800), pleine basane glacée fauve, dos lisse richement orné, pièce de titre de maroquin noir, filet à froid en encadrement des plats, roulette dorée en encadrement intérieur des plats, doublures et gardes de papier bleu, tranches mouchetées. Erreur de pagination (les pages 209 et 210 n'existent pas mais le texte est bien complet). Exemplaire très frais, dans une reliure décorative et de très bonne facture. Quelques légères éraflures sur un plat. Intérieur frais. Rare rousseurs, papier parfois teinté. Les gravures sont très fraîches et d'un très beau tirage. Bien complet de la planche 40 qui est très libre et qui a été parfois remplacée par un feuillet blanc.



NOUVELLE ÉDITION

TRÈS BEAU TIRAGE DES 51 PLANCHES HORS-TEXTE



Ces gravures ont paru pour la première fois sous la date de 1780 également chez Sabellius mais avec un texte au format in-4 (les gravures étant identiques en tirage et en format). Il y eut encore d'autres impressions de cette suite érotique.

Il est fort probable que les camées en médaillon dont sont tirées ces gravures n'aient jamais existé que dans l'imagination de d'Hancarville, « mais à vrai dire, qu’il ait ou non eu pour modèles d’authentiques pièces de collection, il n’a rien imaginé que les Anciens n’eussent connu » écrit Pascal Pia. D'Hancarville (1719-1805) a également publié, dans le même genre et dans les mêmes conditions les Monumens du culte secret des Dames romaines (1784).

"M. Lamoureux, dans un remarquable sur d'Hancarville dont Barbier s'est emparé, lorsqu'il composait son examen critique , a très bien jugé, expliqué, l'imposture spirituelle et hardie de l'érudit, qui se faisait, dit-il, aider par des artistes habiles à retracer la nature dans toute sa nudité, et même dans ses écarts, voulant faire passer pour des monuments antiques des scènes très-impures, dont la description, éminemment poétique, se trouve dans Ovide, Properce et Pétrone." (Biographie universelle Michaud, 1839, tome 66, p. 396).

Ouvrage condamné à la destruction par arrêt du 19 septembre 1826.



Références : Dutel, Bibliographie des ouvrages érotiques publiés clandestinement en français entre 1650 et 1880, A-724 ; Bibliothèque Gérard Nordmann, déc. 2006, n°244 (estimation 2.000 / 3.000 euros en reliure pastiche). Pia, Les Livres de l'Enfer, 956.

Provenance : ex libris gravé Poulet-Rameau (XIXe s.).



BEL EXEMPLAIRE DANS UNE FINE RELIURE DÉCORATIVE DE CE CURIOSA CLASSIQUE.

VENDU - Prix : 1.100 euros



vendredi 17 juin 2016

Bibliophilie Economie Commerce : Les Intérêts des Nations de l'Europe développés relativement au commerce (1766), par J. Accarias de Serionne. Edition originale au format in-4 préservée dans son cartonnage de l'époque.


ACCARIAS DE SERIONNE, Jacques

LES INTÉRÊTS DES NATIONS DE L'EUROPE DÉVELOPPÉS RELATIVEMENT AU COMMERCE.

Leide, chez Elie Luzac ; Leipzich, chez Weidmann et Reich ; Florence, chez Bouchard ; Naples, chez Gravier ; Londres, chez John Nourse, 1766

2 volumes in-4 (27,5 x 22 cm) de (8)-434 et (6)-387 pages.

Cartonnage d'attente muet de l'époque. Exemplaire ébarbé, non rogné. Le premier volume ne comporte pas de faux-titre, ce qui est le cas d'autres exemplaires examinés. Exemplaire frais, avec de rares rousseurs claires à quelques feuillets seulement (la plupart des exemplaires comportent d'importantes rousseurs).

ÉDITION ORIGINALE.

Une seconde édition en 4 volumes in-12 a paru l'année suivante (1767).

"Dans son principal traité, les Intérêts des nations..., Accarias de Serione, qui a étudié différents aspects du commerce... soutient que le commerce favorise l'augmentation de la population et rejette la théorie physiocratique de la production et de l'impôt [...] Pour lui la découverte de l’Amérique a stimule l'agriculture et l'industrie européenne ; elle a multiplié en Europe emplois et subsistances [...] Le commerce colonial a donc contribué à accroître la population européenne [...] Il semble partisan de la théorie alliant les salaires au niveau de vie. Un état ne devrait pas taxer les biens de consommation courante, car cet impôt augmente le coût de la vie et, par conséquent la valeur monétaire des salaires [...]" (Spengler, Les doctrines françaises avant 1800, p. 291).

"Ouvrage intéressant par tous les renseignements qu'il contient sur le commerce et sur son importance pour réaliser l'équilibre entre les nations dont la puissance est proportionnée à la population, au travail, à l'industrie. Le commerce est envisagé par pays, puis sont examinées les institutions nécessaires à son développement : banque, crédit public, monnaie, intérêt, compagnies de commerce, etc. [...]" (Leblanc, De Thomas More à Chaptal, p. 134)

Jacques Accarias de Serionne (1706-1792), originaire de la Drôme, fut un économiste réputé. Avocat aux conseils du Roi (1739-1753) et Secrétaire du Roi (1746). Une malheureuse affaire financière força Serionne à se retirer dans les Pays-Bas vers novembre 1757. Il gagna la confiance du ministre plénipotentiaire de Vienne, Cobenzl, par des travaux et obtint de publier le Journal du Commerce à partir de janvier 1759. L'affaire périclita au bout de trois ans et Serionne passa dans les Provinces-Unies (1763) pour s'installer ensuite en Autriche, où il serait décédé à Vienne en 1792. Son séjour à Bruxelles fut entrecoupé de voyages en Hollande; il rédigea et publia aussi son intéressant Almanach des commerçants (Bruxelles 1762). D'après Jeroom Vercruysse, Jean Gabriel Montaudoin de La Touche (1722-1781) aurait collaboré à l'écriture des Intérêts des Nations de l'Europe publié en 1766.

"L'utilité des hommes pour un Etat est une matière de calcul. Tout citoyen qui a du bien ou de l'industrie, qui en fait usage pour procurer aux autres des moyens de subsister, est un homme utile." (extrait)

TRÈS BON EXEMPLAIRE DE CE LIVRE IMPORTANT.

VENDU

jeudi 16 juin 2016

Révolution française : Projet du Préliminaire de la Constitution Française présenté par M. Rabaut de Saint-Etienne, à Versailles, juillet-août 1789. Beau document historique, tel que paru.

RABAUT DE SAINT-ETIENNE, Jean-Paul

PROJET DU PRÉLIMINAIRE DE LA CONSTITUTION FRANÇAISE, PRESSENTE PAR M. RABAUT DE SAINT-ETIENNE.

A Versailles, Chez Baudouin, Imprimeur de l'Assemblée Nationale, 1789

1 plaquette in-8 (21,5 x 14 cm), en feuilles, 14 pages. Complet. Non relié, tel que paru, non rogné. Traces de piqûres de fils de couture dans la marge. Excellent état, beau papier chiffon.

Cette plaquette s'ouvre sur un Avertissement (pp. iii à vj). Vient à la suite le Préliminaire de la Constitution Française, article premier à article cinquième : Art. 1 : Du droit naturel et imprescriptible des hommes en société. Art. 2 : Des loix. Art. 3 : Du consentement général aux lois. Art. 4 : Du gouvernement. Art. 5 : Des pouvoirs distribués, sur la liberté des personnes, sur la liberté des pensées et des opinions, sur la liberté des discours et des écrits, sur la liberté des actions, des travaux et de l'industrie, sur l'usage des propriétés.

Il y eut plusieurs tirages de ce texte à quelques jours d'intervalle avec quelques minimes variantes dans le texte et la disposition des lignes.

Dans son discours du 1er juin 1789 devant les députés des communes Rabaut de Saint-Etienne dit : "Les droits de tous les Français sont les mêmes ; tous les français sont égaux en droits. Je ne vois donc aucune raison pour qu'une partie des citoyens dise à l'autre :  Je serai libre, mais vous ne le serez pas. Je ne vois aucune raison pour qu'une partie des Français dise à l'autre : Vos droits et les nôtres sont inégaux ; nous sommes libres dans notre conscience, mais vous ne pouvez pas l'être dans la vôtre, parce que nous ne le voulons pas. [...]"

Les députés des communes s'étaient constitués Assemblée Nationale, le 17 juin 1789. Le 20, ils avaient prononcé le célèbre serment, connu sous le nom de serment du jeu de paume. La séance royale du 23 avait eu pour but d'intimider les communes, en conservant les prétentions de la noblesse et du clergé ; mais dès le lendemain, beaucoup de députés de ces deux ordres se réunirent aux députés des communes ; seulement quelques-uns, dans l'ordre de la noblesse, protestèrent contre toute réunion. C'est dans la séance du 14 juillet 1789 même, que fut présenté le Projet de déclaration des droits de l'homme par Rabaut de Saint-Etienne.

Rabaut de Saint-Etienne était né à Nîmes en 1743. Fils de pasteur et pasteur lui-même il rédige dès 1786 un mémoire concernant la tolérance envers les protestants qu'il adresse au roi Louis XVI. Il est élu député du Tier-Etat de la sénéchaussée de Beaucaire le 27 mars 1789. Il devient membre de la Convention Nationale en septembre 1792 où il siège aux côtés des Girondins (modérés). Il vote contre la mise en accusation de Louis XVI et demande le sursis. Le 2 juin 1793 les Girondins sont exclus de l'Assemblée Nationale. Rabaut de Saint-Etienne réussit à se cacher mais est finalement arrêté le 5 décembre 1793. Traduit le jour même devant le Tribunal révolutionnaire il est guillotiné. Ainsi se termine le parcours d'un révolutionnaire modéré et exemplaire qui contribua à l'élaboration de la Déclaration des droits de l'homme.

"Tout homme a droit à exister, à conserver son existence, et à rendre aussi heureuse qu'il lui est possible. Ce droit est inaliénable et imprescriptible. Les hommes ont apporté ce droit dans la société, et leur but, en s'y réunissant, a été de le conserver. Tous se réunirent avec le même droit et dans le même but ; donc ils étaient égaux en droit. Nul d'entre eux n'apporta le droit de contraindre les autres en quoi que ce soit ; donc ils étaient libres, et ils étaient libres également. [...]" (extrait du Préliminaire imprimé)

BEL EXEMPLAIRE, TRÈS FRAIS.

VENDU

mercredi 15 juin 2016

Bibliophilie fin de siècle : Paris Dansant (1898) par G. Montorgueil, illustré par A. Willette (Vigna-Vigneron graveur). Tirage unique à 200 exemplaires sur vélin de cuve. Somptueux exemplaire en maroquin doublé décoré de Bretault. Magnifique ouvrage.


MONTORGUEIL, Georges - WILLETTE, Adolphe

PARIS DANSANT. Illustrations de A. Willette gravées en taille-douce et en couleurs par Vigna-Vigneron.

Paris, Théophile Belin libraire, 1898

1 volume in-4 (29,3 x 20,5 cm) de VII-220-(2) pages. 12 compositions en taille-douche et en couleurs hors-texte, 1 vignette de titre en taille-douche et en couleurs, 26 vignettes d'en-tête et cul-de-lampes tirées en camaïeu de bistre. Le frontispice est en 3 états (pointe sèche, eau-forte pure et état définitif en couleurs). Une décomposition des couleurs du même frontispice a été reliée à la fin (4 planches).

Reliure de l'époque plein maroquin caramel décoré sur les plats d'un double encadrement enchevêtré dans les angles de deux bandes de maroquin bleu et bleu nuit avec fleurettes mosaïquées dans les angles et rameaux végétaux dorés, triple-filet doré en encadrement, dos à nerfs avec caissons mosaïqués d'un large filet de maroquin bleu nuit, filets dorés, doublures de maroquin bleu et caramel serties de filets dorés concentriques, première garde de soie brochée à motif fleuri répété, deuxième garde de papier marbré, tête dorée, relié sur brochure, non rogné. Les fragiles couvertures roses imprimées et imitant la moire rose sont conservées en parfait état. (Reliure signée BRETAULT). Exemplaire ne souffrant aucun défaut, à l'état proche du neuf, tel que sorti de l'atelier de reliure à l'époque.



ÉDITION ORIGINALE

TIRAGE UNIQUE A 200 EXEMPLAIRES SUR PAPIER VÉLIN DE CUVE.



Ce volume n'a besoin d'aucun éloge, il se suffit à lui-même. C'est un des plus beaux livres fin de siècle entièrement consacré au Paris Dansant, au Paris des cabarets et des bals : Bal du 14 juillet, Bals musette, bals masqués, bals d'artistes, Moulin de la Galette, Bal Bullier, Quadrille naturaliste, Jardin de Paris, Danse à l'Opéra. On y retrouve notamment Valentin le désossé et bien des danseuses que les plus experts reconnaîtront sans mal.



L'exécution des gravures d'après les dessins de Willette et la mise en couleurs par Vigna-Vigneron est tout simplement parfaite et d'une fraîcheur époustouflante encore aujourd'hui. Le papier vélin de cuve utilisé est magnifique et ici absolument sans rousseurs.



Ce volume fut l'aboutissement de la volonté conjointe d'un libraire-éditeur, Théophile Belin, d'un auteur, Georges Montorgueil et d'un illustrateur en vogue, Adolphe Willette. C'est d'ailleurs l'illustration, réalisée en premier, qui commanda au texte. Georges Montorgueuil s'en explique dans sa préface. On ne peut s'empêcher de penser à la mine contrite d'un Octave Uzanne découvrant ce bijou bibliophilique sortir des presses de Chamerot et Renouard, et se disant : "Pourquoi ne l'ai-je donc pas fait !".

Provenance : Exemplaire de la bibliothèque Henri Lafond avec son ex libris or poussé sur fond rouge.



SOMPTUEUX EXEMPLAIRE DE CE LIVRE RARE ET RECHERCHÉ MAGISTRALEMENT ILLUSTRÉ PAR WILLETTE.

VENDU