vendredi 9 mai 2025

RESTIF DE LA BRETONNE [Nicolas Edme Rétif de la Bretonne] | Maurice de Becque (illustrateur). Quelques Amours de Monsieur Nicolas. Préface de Maurice Renard. Gravures de Maurice de Becque. A Paris, chez Baudel, à l'enseigne de la Lampe d'Or, 1924. 1 volume in-4 (25,5 x 19,5 cm) broché de (2)-171-(1) pages avec 30 eaux-fortes originales. Un des 300 exemplaires sur vélin de Rives à la forme (papier fort). Belle édition de bibliophilie de la période Art Déco.



RESTIF DE LA BRETONNE [Nicolas Edme Rétif de la Bretonne] | Maurice de Becque (illustrateur)

Quelques Amours de Monsieur Nicolas. Préface de Maurice Renard. Gravures de Maurice de Becque.

A Paris, chez Baudel, à l'enseigne de la Lampe d'Or, 1924

1 volume in-4 (25,5 x 19,5 cm) broché de (2)-171-(1) pages avec 30 eaux-fortes originales dans le texte dont quelques lettrines et culs-de-lampe et une en frontispice (portrait de Rétif). Couverture rempliée en papier crème avec vignette en noir imprimée sur le premier plat. Très bon état.

Edition originale et premier tirage des illustrations de Maurice de Becque.

Tirage à 420 exemplaires.

Celui-ci, un des 300 exemplaires sur vélin de Rives à la forme (papier fort).












Ce volume, très joliment imprimé et illustré avec talent par Maurice de Becque, a été achevé d'imprimer le 30 juin 1924 sur les presses de Coulouma, imprimeur à Argenteuil.

Outre l'intéressante Préface de Maurice Renard, on y trouve des extraits de Monsieur Nicolas, à savoir quelques histoires d'amour de Rétif de la Bretonne (Toinette et Marote, Mlle Baptiste, Mme Lallemand, Mlle Guéant, Les amies de Zéphire, Agnès Lebègue), une dédicace à Moi (1777) et le récit de ses première années. A la fin du volume se trouve d'intéressantes notes reprises de Monsieur Nicolas.

Fils de paysans de l'Yonne, devenu ouvrier typographe à Auxerre et Dijon, Nicolas Restif de La Bretonne s'installe à Paris en 1761 : c'est alors qu'il commence à écrire. Il a une vie personnelle compliquée et est sans doute indicateur de police. Polygraphe, il fait paraître de très nombreux ouvrages touchant à tous les genres, du roman érotique (L'Anti-Justine, ou les Délices de l'amour) au témoignage sur Paris et la Révolution (Les Nuits de Paris ou le Spectateur nocturne, 1788-1794, 8 volumes) en passant par la biographie avec La Vie de mon père (1779) où il brosse un tableau idyllique du monde paysan avant la Révolution avec la figure positive de son père. Il a également touché au théâtre sans grand succès. Cherchant constamment des ressources financières - il mourra d'ailleurs dans la misère -, il écrit aussi de nombreux textes pour réformer la marche du monde. Cependant l'œuvre majeure de Restif de la Bretonne est sa vaste autobiographie, Monsieur Nicolas, en huit volumes échelonnés entre 1794 et 1797. Ce livre fleuve se présente comme la reconstruction d'une existence et expose les tourments de l'auteur/narrateur comme à propos de la paternité - le titre complet est Monsieur Nicolas, ou le Cœur humain dévoilé -, mais témoigne aussi de son temps et constitue une source très abondante de renseignements sur la vie rurale et sur le monde des imprimeurs au XVIIIe siècle. C'est aussi un philosophe réformateur pénétré de rousseauisme qui publie des projets de réforme sur la prostitution, le théâtre, la situation des femmes, les mœurs, et un auteur dramatique.














Maurice Jaubert de Becque est un illustrateur et peintre français, né le 7 avril 1878 à Saumur et mort à Plougasnou le 28 février 1938. Il a illustré plus de 30 livres dont quelques très belles réussites bibliophiliques comme la Satire sur les Femmes de Juvénal (1923), Sonica la Courtisane de Vicente Blasco Ibáñez (1928) ou l'Appel de la forêt de Jack London (1931) tiré à très petit nombre. Tous les ouvrages illustrés par Maurice de Becque sont d'une beauté évidente.

Belle édition de bibliophilie de la période Art Déco.

Prix : 650 euros

jeudi 8 mai 2025

Léon TOLSTOÏ | Halpérine-Kaminsky, traducteur | Alexandre DUMAS fils, préface. Plaisirs vicieux. Traduction du russe par Halpérine-Kaminsky. Préface par Alexandre Dumas de l'Académie Française. Paris, Bibliothèque-Charpentier, 1892. 1 volume in-18 broché (à relier). Edition originale de la traduction française. Un des 20 exemplaires sur papier de Hollande. Très rare sur grand papier.



Léon TOLSTOÏ | Halpérine-Kaminsky, traducteur | Alexandre DUMAS fils, préface

Plaisirs vicieux. Traduction du russe par Halpérine-Kaminsky. Préface par Alexandre Dumas de l'Académie Française.

Paris, Bibliothèque-Charpentier, 1892

1 volume in-18 (18,8 x 14 cm) broché de VIII-254-(1) pages. Couverture imprimée jaune. Exemplaire à relier (dos cassé en plusieurs endroits). Petits défauts à la couverture jaune (le papier du dos de la couverture ne pourra pas être conservé, les deux plats sont en bon état avec quelques petits défauts sur les bords).

Edition originale de la traduction française.

Un des 20 exemplaires sur papier de Hollande.



Ce volume rassemble plusieurs textes dans lesquels Tolstoï critique les comportements qu'il considère comme nuisibles, tant sur le plan moral que physique. Les sujets abordés sont : L'alcool et le tabac, L'ivresse dans les classes dirigeantes, Les relations entre les sexes, Le travail, L'Église et l'État. L'ouvrage se conclut par des lettres de personnalités contemporaines telles que Charcot, Émile Zola, Jules Claretie, Alphonse Daudet, Charles Gounod, Jean Richepin et Francisque Sarcey, qui réagissent aux idées de Tolstoï.

"Il est donc bien évident que si l’homme, étant placé par les circonstances ou sa propre volonté dans la situation d’avoir à choisir entre la nécessité de soumettre sa famille qui lui est chère à toutes les privations, ou bien de s’abstenir de consommer des narcotiques et des excitants, s’arrête à la première détermination, c’est qu’un motif le pousse, bien plus puissant que le simple désir de rechercher les délices de l’ivresse, ou la considération que cet usage est répandu dans le monde entier." (extrait de l'Ivresse dans les classes dirigeantes)



"Il faut absolument reconnaître que les hommes doivent être à juste titre considérés comme responsables de leurs actes et que cette responsabilité ne doit plus incomber à la femme. La femme, si souvent victime de l’égoïsme de l’homme, ne doit pas plus longtemps supporter seule le poids d’une faute commise avec un complice. Il suit de là que le devoir des célibataires qui ne veulent pas mener une vie infâme, est de garder vis-à-vis de toutes les femmes qu’ils rencontrent dans la société, la même réserve qu’ils observent à l’égard de leur mère et de leur sœur. [...] L’origine du mal est double. Il provient d’abord de l’instinct naturel et ensuite de ce qu’on attache à cet instinct une place beaucoup plus importante qu’il ne mérite. En tel état de cause, on ne peut remédier au mal qu’on introduisant un changement dans la manière de voir actuellement en vogue sur ce qu’on appelle le « devenir amoureux » et surtout dans ce que ce terme implique. Il faut donner aux hommes et aux femmes une éducation dans laquelle l’influence et les bons exemples de la famille seront prépondérants et créer dans l’opinion publique un courant d’idées saines en vue de faire pratiquer cette abstinence que la morale et la religion nous recommandent toutes deux et de faire considérer les passions bestiales comme des ennemis qu’il faut vaincre et non comme des amis qu’il faut encourager. [...] L’importance fausse et exagérée que nous accordons à l’amour et aux états psychologiques qui l’accompagnent (que nous idéalisons) fait que les femmes et les hommes lui consacrent le meilleur de leur énergie pendant la plus grande période de leur vie et la plus remplie de promesses, en sorte qu’ils se trouvent bientôt épuisés, incapables d’action et de tous autres sentiments.​ [...] Et c’est justement cet instinct tyrannique que l’homme civilisé doit tuer en lui comme une bête malfaisante. Le seul objectif digne de la pensée, des efforts et des travaux de l’homme est le progrès. Les services à rendre à l’humanité, à la patrie, à la science, à l’art, sans parler de la religion, sont bien au-dessus et même dépassent de beaucoup le champ des jouissances personnelles et égoïstes. Il suit de là que le mariage, au point de vue chrétien, n’est pas un élément de progrès mais de déchéance. L’amour, ainsi que tout ce qui le précède et le suit, et malgré tous nos efforts pour prouver le contraire en vers et en prose, ne procure jamais et ne peut jamais procurer les moyens d’atteindre au but digne de l’homme ; il est au contraire un obstacle à ce but. [...] (extrait de Des relations entre les sexes).














Les réactions (lettres) des divers auteurs réunies en fin de volume (dont Emile Zola) vont toutes dans un sens différents que celui donné par Tolstoï et ses théories sans doute trop entières pour les esprits français. "Je ne fume plus et je ne bois plus de vin. Mais je ne me crois pas devenu sage pour cela, car je ne suis ainsi tempérant que par raison de santé. Ce serait vraiment dramatiser les choses que de penser, avec Tolstoï, que l’homme va d’instinct au tabac et à l’alcool, pour le besoin d’endormir sa conscience, devant le péché fatal. J’estime que le vice a plus de bêtise et de bonhomie. On boit sûrement pour le plaisir, on fume d’abord par ostentation, ensuite par habitude. Eh ! mon Dieu ! pourquoi ne pas laisser ce plaisir et cette habitude à ceux qui n’en souffrent pas ?" écrit ainsi Émile Zola.

Tirage très rare sur papier de Hollande. A relier.

Prix : 3.500 euros

mercredi 7 mai 2025

Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretonne]. Adèle de Comm** ou Lettres d'une Fille à son Père (1772). Edition originale rare. Exemplaire bien complet du tome V qui manque presque toujours (imprimé à seulement 250 exemplaires). "Forme ta fille, comme tu voudrais qu'on eût élevé ta Femme." Bel exemplaire en condition d'époque.



Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretonne]

Adèle de Comm**, ou Lettres d'une Fille à son Père.

En France, 1772

5 parties en 5 volumes in-12 (17 x 10,5 cm) de XIV-346, 356, 384 et 384 pages. VIII-52, 24, 56, 78 et 58 pages (pour notre exemplaire mais les différentes parties du cinquième volume ont été reliées dans le désordre et avec quelques feuillets intervertis).

Reliure de l'époque plein veau marbré, tranches bleues mouchetées, dos lisses ornés aux petits fers dorés. Reliures restaurées. 
Intérieur frais avec quelques ombres de rousseurs sans gravité. Collationné complet pour ces 5 volumes. Le cinquième volume qui est très rare est bien présent et complet. Quelques feuillets intervertis.

Edition originale rare.



La cinquième partie a été publiée à part aux frais de Restif et sous le contrôle pointilleux de la censure. Dans une note du tome IV, p. 62, Rétif écrit : "On imprime séparément, sous le titre de Pièces singulières et Curieuses, relatives aux Lettres d'une Fille à son Père, les morceaux annoncés qui n'ont pu trouver place dans cette IVe partie." (cette cinquième partie n'aurait été tirée qu'à 250 exemplaires (Mes ouvrrages, p. 25). Par ailleurs l'histoire d'Adèle de Comm** est complète en 4 parties (la quatrième partie contient elle aussi, à partir de la page 63 et ce jusqu'à la page 384, divers épisodes détachés de l'histoire épistolaire d'Adèle de Comm**, les textes de la cinquième partie y sont totalement étrangers.

Les 4 premiers volumes auraient été tirés à 1.250 exemplaires (Rives Childs) et non 1.500 comme l'indique Lacroix.




L'histoire de cet ouvrage est des plus intéressante : "J'eus l'idée de cet ouvrage, dès 1768 ... j'y travaillai, en 1769, au Collège de Presle, après avoir conduit le Paysan perverti ... jusqu'au mariage d'Edmée Servigne. (Mes ouvrages, p. 22). Restif travaillait depuis le matin jusqu'à 3 heures ; le reste de la journée, il lisait les épreuves pour les libraires Humblot et Ganneaux, ou il travaillait à l'imprimerie sur la Mimographe" (Monsieur Nicolas, t. X, p. 53).

"On voit épars les matériaux d'un excellent roman : il y aurait très peu de travail pour le rendre tel ; les fautes sont visibles et faciles à corriger. Le manuscrit fut vendu au libraire Edme Rapenot qui garda l'édition dans son magasin, mais, après sa mort, les exemplaires se sont vendus rapidement... Ce roman parut en mars 1772... il est l'histoire vraie de Mlle de C***[Comminges], fille naturelle du dernier Prince de C*** [Comminges], faiblement déguisée." (Revue des ouvrages de l'auteur, p. CLXXIV).








"Cet ouvrage est un des plus rares de la collection de Restif, parce qu'il n'a pas été réimprimé et que sa publication rencontra des difficultés de la part des censeurs. C'est aussi un des ouvrages que l'auteur estimait le plus, parmi tous ceux qu'il avait publiés." (P. Lacroix, p. 113).

Dans le tome V on trouve notamment un conte érotique intitulé "Il recule pour mieux sauter" fort bien troussé par Rétif (peu mentionné par les bibliographes). Ce même tome V contient un texte sur l'Ambigu-Comique au théâtre, un autre qui est un pamphlet intitulé Contr'Avis aux Gens de lettres par un homme de lettres qui entend ses véritables intérêts (qui est un pamphlet qui répond à celui de Fenouillot de Falbaire intitulé Avis aux gens de lettres, 1770). On y trouve en outre deux pièces de théâtre de Rétif : La Cigale et la Fourmi et Le Jugement de Paris. Notre exemplaire du tome V a la pagination indiquée par Lacroix et Rives-Childs qui indique qu'il s'agit d'un volume publié à part (le nombre de pages varie pour quelques pièces).










Provenance : ex libris armorié du XIXe siècle (non identifié) contrecollé dans chaque volume (celui du tome 2 est en grande partie arraché). Devise : Deo et Regi.

Références : J. Rives Childs, Restif de la Bretonne. Témoignages et Jugements. Bibliographie. p. 217-219 ; P. Lacroix, Bibliographie des ouvrages de Restif de la Bretonne, p. 110-113

Bel exemplaire en condition d'époque, bien complet de la cinquième partie qui manque souvent, de cet ouvrage rare de Rétif de la Bretonne.

Prix : 8.000 euros

Emile Zola | Nana (1882) | Un des 100 exemplaires sur papier de Hollande. Première édition illustrée de 66 compositions gravées sur bois, dont 14 en tête de chapitre et 52 à pleine page, d’après les compostions d’André Gill, Bertall, Georges Bellenger, Bigot, Georges Clairin, J. Audy et G. Nielsen. Très bon exemplaire en reliure d'époque.



Emile ZOLA.

NANA par Emile Zola. Edition illustrée par André Gill, Bertall, G. Bellenger, Bigot, Clairin, etc.

Paris, C. Marpon et E. Flammarion, 1882

1 fort volume in-4 (30 x 21,5 cm) de (4)-456 pages. Illustrations hors-texte et bandeaux.

Reliure de l'époque demi-chagrin vert, dos à faux-nerfs, plats de papier marbré, doublures et gardes de papier marbré, relié sur brochure, non rogné, les deux plats de couverture jaune imprimée on été conservés (en très bon état). Reliure légèrement frottée sur les plats et les coupes, légers frottements par ailleurs. Intérieur frais. Papier de Hollande teinté de bonne qualité malgré quelques feuillets avec des rousseurs.

Première édition illustrée.

Un des 100 exemplaires numérotés sur papier de Hollande (numéroté à la plume, il porte le numéro 48).




Edition populaire parue en 57 livraisons et ornée de 66 compositions gravées sur bois, dont 14 en tête de chapitre et 52 à pleine page, d’après les compostions d’André Gill, Bertall, Georges Bellenger, Bigot, Georges Clairin, J. Audy et G. Nielsen.

Nana, neuvième roman des Rougon-Macquart, a été publié sous forme de feuilleton dans Le Voltaire du 16 octobre 1879 au 5 février 1880, puis en volume chez Georges Charpentier, le 14 février 1880.








Née en 1852 dans la misère du monde ouvrier, Anna Coupeau, dite Nana, est la fille de Gervaise Macquart et de Coupeau dont l’histoire est narrée dans L'Assommoir. Le début du roman la montre dans la gêne, manquant d’argent pour élever son fils Louis qu’elle a eu à l’âge de seize ans d'un père inconnu ; elle se prostitue, faisant des passes pour arrondir ses fins de mois. Ceci ne l’empêche pas d’habiter un riche appartement où l’un de ses amants, un riche marchand de Moscou, l’a installée. Son ascension commence avec un rôle de Vénus qu’elle interprète dans un théâtre parisien : elle ne sait ni parler ni chanter, mais l'habit impudique qui cache si peu de son corps de déesse affole tous les hommes. Elle se met un moment en ménage avec un homme qu’elle aime, le comédien Fontan. Mais celui-ci est violent et finit par la battre, la tromper et la mettre à la porte. Elle se met alors à côtoyer la prostituée Satin, avec qui elle entretiendra une liaison (Satin s'installera chez Nana, dans l'hôtel que lui a acheté le comte Muffat). Après avoir épuisé toutes ses économies, elle acceptera la manne financière proposée par Muffat qui désire par-dessus tout en faire sa maîtresse exclusive. Celui-ci met sa fortune à ses pieds, lui sacrifie son honneur et demande en retour la fidélité. Mais cette liaison le mènera au bouleversement total de son être, de ses convictions dévotes, de son comportement probe et de ses principes intègres. Il s’abaissera à une humiliation inhumaine et une complaisance révoltante, contraint d’accepter les moindres caprices de Nana qui lui fait subir les pires infamies, jusqu’à lui faire accepter la foule d’amants qu’elle fréquente, y compris Satin (même si Nana se borne à dire que « cela ne compte pas »), alors que cela représente l'humiliation suprême pour Muffat. Nana atteint le sommet de sa gloire lors d’un grand prix hippique auquel assistent Napoléon III et le tout-Paris. Une jument, nommée Nana en son honneur par son amant le comte Xavier de Vandeuvres, remporte la course. Tout l’hippodrome scande alors « Na-na », dans un délire tournant à la frénésie. Puis le déclin s'amorce. Le comte de Vandeuvres, accusé de tricherie devant la victoire suspecte car trop improbable de sa pouliche, se suicide en mettant le feu à ses écuries. Philipe Hugon est emprisonné après que ses vols dans la caisse de sa caserne ont été découverts. Son frère Georges tente de se suicider chez Nana, après avoir compris qu'elle couchait aussi avec Philippe depuis plusieurs mois. Le comte Muffat se retrouve ruiné et endetté. Accablée de dettes contractées malgré la ruine de ses amants, comprenant qu'elle ne peut pas continuer une telle fuite en avant, elle quitte Paris après avoir vendu aux enchères tous ses biens. Plus personne ne sait rien d’elle pendant plusieurs mois, jusqu’au moment où elle regagne la capitale pour aller au chevet de son fils atteint de la petite vérole. Son fils la contamine et elle tombe à son tour très malade. La nouvelle de son retour se propage comme une traînée de poudre et ses anciens courtisans accourent dans son antichambre. Et c'est son ancienne rivale, Rose Mignon, qui finalement l'assiste dans son trépas, à ses propres risques et périls. Elle qui quelques mois avant affolait encore tous les hommes de Paris meurt défigurée par la maladie, au moment où s'achève brutalement le Second Empire avec la déclaration de guerre à la Prusse.

La publication de Nana fit scandale. L'édition populaire illustrée qui paraît deux ans après la première édition en librairie permet une diffusion massive de ce texte qui devint rapidement l'un des textes phares du chef de file de l'école naturaliste.







"[... ] La femme le possédait avec le despotisme jaloux d’un Dieu de colère, le terrifiant, lui donnant des secondes de joie aiguës comme des spasmes, pour des heures d’affreux tourments, des visions d’enfer et d’éternels supplices. C’étaient les mêmes balbutiements, les mêmes prières et les mêmes désespoirs, surtout les mêmes humilités d’une créature maudite, écrasée sous la boue de son origine. Ses désirs d’homme, ses besoins d’une âme, se confondaient, semblaient monter, du fond obscur de son être, ainsi qu’un seul épanouissement du tronc de la vie. Il s’abandonnait à la force de l’amour et de la foi, dont le double levier soulève le monde. Et toujours, malgré les luttes de sa raison, cette chambre de Nana le frappait de folie, il disparaissait en grelottant dans la toute-puissance du sexe, comme il s’évanouissait devant l’inconnu du vaste ciel. [...] Mais ces petits jeux se gâtèrent bientôt. Ce ne fut pas cruauté chez elle, car elle demeurait bonne fille ; ce fut comme un vent de démence qui passa et grandit peu à peu dans la chambre close. Une luxure les détraquait, les jetait aux imaginations délirantes de la chair. Les anciennes épouvantes dévotes de leur nuit d’insomnie tournaient maintenant en une soif de bestialité, une fureur de se mettre à quatre pattes, de grogner et de mordre. Puis, un jour, comme il faisait l’ours, elle le poussa si rudement, qu’il tomba contre un meuble ; et elle éclata d’un rire involontaire, en lui voyant une bosse au front. Dès lors, mise en goût par son essai sur la Faloise, elle le traita en animal, le fouailla, le poursuivit à coups de pied. — Hue donc ! hue donc !… Tu es le cheval… Dia, hue ! sale rosse, veux-tu marcher ! D’autres fois, il était un chien. Elle lui jetait son mouchoir parfumé au bout de la pièce, et il devait courir le ramasser avec les dents, en se traînant sur les mains et les genoux. — Rapporte, César !… Attends, je vais te régaler, si tu flânes !… Très bien, César ! obéissant ! gentil ! … Fais le beau ! Et lui aimait sa bassesse, goûtait la jouissance d’être une brute. Il aspirait encore à descendre, il criait : — Tape plus fort… Hou ! hou ! je suis enragé, tape donc ! [...]" (extrait de Nana, chapitre XIII).

Référence : Reverzy, Éléonore. « Littérature publique. L'exemple de Nana », Revue d'histoire littéraire de la France, vol. vol. 109, no. 3, 2009, pp. 587-603.



Provenance : de la bibliothèque Jean-Claude Courbin (1923-1998) avec son ex libris.

Très bon exemplaire en reliure d'époque de cette première édition illustrée recherchée en grand papier.

Prix : 2.000 euros