mercredi 14 août 2024

Joséphin PELADAN (dit le Sar Mérodack Joséphin Péladan). Pour Madame Veuve Armand Hayem. Hommage triste d'un regret toujours vivant. [signé] I. PELADAN. Nîmes, 29 décembre 1890. Commémoration du Métaphysicien & Homme d'Etat Armand Hayem, commencée pour être insérée dans La Victoire du Mari, imparfaitement fini en hommage à Madame veuve Armand Hayem. Manuscrit autographe signé inédit (17 pages). Important manuscrit du Sâr Péladan, mage occultiste, esthéte décadent.


Joséphin PELADAN (dit le Sar Mérodack Joséphin Péladan)

Commémoration du Métaphysicien & Homme d'Etat Armand Hayem, commencée pour être insérée dans La Victoire du Mari, imparfaitement fini en hommage à Madame veuve Armand Hayem (titre de première page)

Pour Madame Veuve Armand Hayem. Hommage triste d'un regret toujours vivant. [signé] I. PELADAN. Nîmes, 29 décembre 1890 (titre de couverture)


Manuscrit autographe signé (deux fois - une première fois sur la couverture - une seconde fois en fin du dernier feuillet) à l'encre bleue sur papier jaune. Couverture de même papier (premier plat avec titre manuscrit) renfermant 17 feuillets 25,5 x 16,5 cm écrits au recto uniquement. Cachet à l'encre bleue en haut de la couverture et en haut du premier feuillet (cachet de Joséphin Peladan). Papier jaune fragile. Quelques ratures. Bon état.

Manuscrit inédit dans son intégralité.









Armand Hayem, avocat, publiciste et membre du Conseil général de Seine-et-Oise, est mort le 1er août 1889 à l'âge de 43 ans. De nature dépressive et atteint de dyspepsie (graves problèmes digestifs), étant revenu de cure sans amélioration de son état, il se tira une balle dans la tempe droite dans le bureau de son hôtel particulier des Champs Elysées où on le trouva mort étendu dans son canapé. Il était né à Paris le 24 juillet 1845 et était entré en politique vers 1871 où il fut nommé conseiller général du canton de Montmorency. Il a écrit et publié de nombreuses études sur les questions de philosophie politique, entre autres un mémoire sur le Mariage, couronné par l'Institut. Il laissa également une étude phychologique, le Don juanisme, et un drame, Don Juan de Marana, écrits dans une langue rappelant un peu celle de son maître Barbey d'Aurévilly. 

"[...] Armand Hayem, est, je crois bien, parmi les jeunes écrivains de la génération qui s’élève quand le siècle finit, un des mieux faits pour avoir des succès d’institut. Il croit encore à cette immense chimère des instituts bombinants. Il a foi en eux. En attendant qu’il entre de plain-pied chez eux, il écrit pour eux, et si ces vieux Jacobs avaient des entrailles il devrait être leur Benjamin… Dans son respect superstitieux pour ces vénérables, il avait publié avant son Être social un livre du Mariage, auquel les Pères conscrits de l’Académie des sciences morales et politiques avaient accordé une mention honorable et dont il s’honore. [...] Esprit très élevé et très cultivé, heureux et fier dans sa pensée d’être un enfant du xixe siècle [...]" (Jules Barbey d'Aurévilly, à propos de son ouvrage L’Être social (article paru dans le Constitutionnel, le 20 mars 1882). Si les deux hommes sont devenus amis, Barbey n'a pourtant pas été très tendre dans sa critique de L'Être social (1881). Ils échangeront cependant une correspondance amicale jusqu'à la mort du connétable le 23 avril 1889 (Hayem meurt le 1er août de la même année). C'est en 1874 (ou vers 1878 selon une autre source) que Barbey d'Aurévilly s'est lié avec Armand Hayem et son frère Charles, fils du richissime négociant en soieries et tissus Simon Hayem, juif alsacien fondateur de la « maison du Phénix » (manufacture de chemises, faux-cols et cravates).









Armand Hayem, Joséphin Peladan et Barbey furent amis du même cercle. Jules Barbey d'Aurévilly adouba le premier roman de Peladan, Le Vice suprême (1884) en y fournissant une préface. Fort de ce premier succès, Peladan fut un nom important et remarqué du décadentisme fin de siècle. Aussi bien loué mais encore plus attaqué pour ses excentricités, son habillement, son phrasé crypté, cette "maladie du lyrisme" (Christophe Beaufils), ses envolées magiques. Auto-proclamé Mage, Sâr (roi) même, Peladan lance l'ésotérisme rosicrucien et en fait des évènements artistiques remarqués ou conspués. Il contribue à faire connaître bon nombre d'artistes du mouvement symboliste. Guillaume Apollinaire écrira sur Peladan : "Ce mage de l'esthétisme, cet amant des Arts morts, ce héraut d'une décadence hypothétique restera une figure singulière, magique, religieuse, un peu effacée, un peu ridicule, mais d'un grand attrait et d'une infinie délicatesse, un lys d'or à la main." (Guillaume Apollinaire, Echos. Mort de Joséphin Péladan", Le Mercure de France, tome 128, n°482, 16 juillet 1918, p. 373).

Comme l'indique la première page de ce manuscrit resté inédit, ce texte aurait été commencé pour être inséré dans La Victoire du Mari (publié chez Dentu en 1889). Barbey venant de mourir c'est une commémoration du connétable des lettres qui est placé en tête du volume (datée du 28 avril 1889 - Barbey est mort le 23 avril). La commémoration de la mémoire d'Armand Hayem que nous avons ici en manuscrit a été composée (selon la date qu'on y trouve placée en tête), à Nîmes le 29 décembre 1890, soit plus d'un an et demi après son décès survenu le 1er août 1889. La chronologie est très importante dans cette affaire de la "veuve Hayem" puisque Péladan fit preuve d'une sollicitude soutenue pour la veuve du millionnaire "qui ne se borna pas à un simple témoignage de condoléances" (Cf. Beaufils). Péladan pria Mme de Bouglon, très proche de la famille Hayem, d'être son "ambassadrice", et proposa par son truchement de s'occuper d'une édition des manuscrits laissés par Armand Hayem. La veuve Hayem ne voulut rien entendre, tout autant en ce qui concerne les manuscrits de son défunt mari, que des sentiments intéressés de Péladan aspirant nouveau mari. "L'antipathie que vous inspirez à l'entourage des Hayem me paraît une des causes du refus ex-abrupto" (écrit Madame de Bouglon le 18 septembre 1889). La veuve Hayem recopia elle-même les manuscrits de son mari et les fit éditer en 1891 sous le titre "Vérités et Apparences". Concernant l'hypothétique mariage souhaité par Péladan (qui en parlait autour de lui à qui voulait bien l'entendre), ce fut un refus clair et net signié par l'intermédiaire de Madame de Bouglon signifié le 4 novembre 1889. C'est à ce moment là que Péladan prévoit d'écrire l'Oraison funèbre d'Armand Hayem. Madame Hayem toujours par l'intermédiaire de Madame de Bouglon lui demanda fermement d'abandonner cette idée. Elle lui demanda également qu'il cessât de parler à tort et à travers d'Isabelle Hayem : "Que son nom ne paraisse pas en vedette dans vos livres ni ailleurs". Le 16 avril 1890 Madame de Bouglon lui signifia qu'il n'avait rien à attendre : "Votre âge, vos succès de femmes aussi, une réputation que je ne connaissais pas ..., une trinté flatteuse et fâcheuse aussi" le séparaient définitivement de Mme Hayem qui ne lui demandait qu'une seule faveur : "de taire votre opinion sur les juifs, de ne point ajouter aux malédictions de Drumont". Madame Hayem se remaria finalement trois ans plus tard en 1891 avec Jules Comte (historien de l'art et haut fonctionnaire). Ce fut son troisième et dernier mariage. Péladan était marri (avec deux r). Et pourtant le 30 décembre 1890, à Nîmes, il écrit ces 17 pages de commémoration pour la mémoire d'Armand Hayem. Ces pages ont-elles finalement été communiquées à Madame Hayem ? Nous ne le savons pas. Ces pages sont-elles restées dans un tiroir comme une sorte de consolation posthume d'une amitié et une vénération visiblement réelle ? Peut-on penser qu'en ce 30 décembre 1890, alors que la veuve Hayem ne voulait plus rien savoir des intentions (illustions) maritales de Péladan, ce dernier insiste encore en louangeant son défunt mari ? Mystère ... Quoi qu'il en soit ce texte d'hommage est très beau et les élans du style du Sâr sont là, dans toute leur splendeur esthétique et hermétique. Nous retiendrons cette phrase qui fait écho à notre époque : "La politique de ce temps étant sale, est faite par gens laids." Barbey d'Aurévilly, Drumont, le judaïsme et la judaïté, sont convoqués au banquet des louanges. "Armand Hayem est mort de la bassesse de son temps ; la politique l'a tué [...]", écrit-il. Le Sar Peladan se marie finalement le 10 janvier 1896 à Paris (7e) avec la comtesse Leroy de Barde, née en 1863, veuve de Henri, Gaston, Raoul Leroy, comte de Barde, née Joséphine de Malet-Roquefort, fille du vicomte et de la vicomtesse de Malet-Roquefort, petite-fille du comte et de la comtesse de Larmandie. Ils divorceront le 31 mai 1900. Le contexte de la fin de siècle s'éloignant, Joséphin Péladan renonce à ses outrances vestimentaires et vit dans la vénération de sa seconde femme, Christiane Taylor (épousée en 1901), une ancienne admiratrice, vivant péniblement de critiques d'art « que l'ancienne ironie des badauds empêchait de remarquer » (d’après Henry Bordeaux).Il meurt presque oublié le 27 juin 1918. Cet occultiste très difficile à appréhender, fonda le salon de la Rose-Croix 1892-98, et fut l'auteur de dix-neuf romans appelés par lui éthopées, sous le titre général de "Décadence latine" 1884-1901, de pièces de théâtre: "Le Fils des étoiles" 1895, "Prométée", "Sémiramis" 1897, "Oedipe et le sphinx" 1898, "Le Mystèe du Graal", et d'essais: "La Dernière Leçon de Léonard de Vinci", "La Clef de Rabelais", "De Parsifal à don Quichotte", "Origine et esthétique de la tragédie", et de notices estimées sur Léonard de Vinci.


Important manuscrit inédit (17 pages) de Joséphin Péladan "Commémoration du Métaphysicien et homme d'état Armand Hayem" offert "à Madame veuve Armand Hayem".

Renseignements complémentaires sur demande. Filigrane anti-copie sur les photographies de cette annonce.

Prix : 8.000 euros

lundi 12 août 2024

Gavarni (Paul). Album de 88 lithographies aquarellées et gommées à l'époque et réunies par un amateur vers 1850. Complet de toutes les lithographies réunies par cet amateur. Bel exemplaire, avec les lithographies fraîches. Très rare dans cette condition.


Paul GAVARNI (1804-1866) [pseudonyme de Guillaume Sulpice Chevallier]

Album "GAVARNI", composé de 88 lithographies originales aquarellées et gommées à l'époque, réunies à l'époque par un amateur, toutes de Paul Gavarni, tirées de différentes séries publiées dans les années 1840.

Chez Aubert, Bauger ou Pannier, de l'imprimerie Aubert, sans date (ca 1838-1847)

1 volume in-folio (32,3 x 26 cm) de 88 planches en couleurs montées sur onglets.

Reliure demi-chagrin rouge, plats de percaline rouge avec titre doré au milieu du premier plat "GAVARNI" en grandes lettres d'or. Titré au dos, dos orné de fleurons dorés. Epreuves montées sur onglet. Reliure exécutée vers 1850-1860. Quelques légères usures aux coins, mors légèrement frottés, coiffe supérieure avec un petit accroc, un coin de la reliure taché en quatrième de couverture, sinon très bon état, intérieur frais.


Voici le détail des lithographies présentes dans cet album d'amateur, par ordre d'apparition dans l'album 

1 - Oeuvres nouvelles de Gavarni - Impressions de ménage 2ème série - planche n°26

2 - Oeuvres nouvelles de Gavarni - Le carnaval - planche 43

3 - Oeuvres nouvelles de Gavarni - Carnaval - planche 22

4 - Oeuvres nouvelles de Gavarni - Impressions de ménage 2ème série - planche n°37

5 - Oeuvres nouvelles de Gavarni - Le carnaval - planche 42

6 - Oeuvres nouvelles de Gavarni - Baliverneries parisiennes - planche 7

7 - Oeuvres nouvelles de Gavarni - Impressions de ménage 2ème série - planche n°23

8 - Oeuvres nouvelles de Gavarni - Carnaval - planche 4

9 - La Politique N°1

10 - La Politique 8

11 - Oeuvres nouvelles de Gavarni - Baliverneries parisiennes - planche 1

12 - Les martyrs - planche 5

13 - Les martyrs - planche 4

14 - Les enfants terribles - planche 29

15 - Les enfants terribles - planche 6

16 - Les petits malheurs du bonheur - planche 4

17 - Les petits malheurs du bonheur - planche 6

18 - Les débardeurs - planche 19

19 - Les débardeurs - planche 13

20 - Les débardeurs - planche 34

21 - Les débardeurs - planche 14

22 - Les débardeurs - planche 32

23 - Le carnaval - planche 15

24 - Le carnaval - planche 9

25 - Le carnaval - planche 10

26 - Le carnaval - planche 13

27 - Le carnaval - planche 20

28 - Le carnaval - planche 23

29 - Le carnaval - planche 21

30 - Le carnaval - planche 22

31 - Le carnaval à Paris - planche 20

32 - Oeuvres nouvelles de Gavarni - Carnaval - planche 13

33 - Le carnaval à Paris - planche 16

34 - Le carnaval à Paris - planche 27

35 - Le carnaval à Paris - planche 17

36 - Le carnaval à Paris - planche 15

37 - Le carnaval - planche 7

38 - Le carnaval - planche 5

39 - Oeuvres nouvelles de Gavarni - Le carnaval - planche 48

40 - Paris le soir - planche 10

41 - Paris le soir - planche 12

42 - Paris le soir - planche 5

43 - Paris le soir - planche 13

44 - Paris le soir - planche 11

45 - Les lorettes - planche 7

46 - Les lorettes - planche 24

47 - Les lorettes - planche 64

48 - Les lorettes - planche 36

49 - Les lorettes - planche 46

50 - Les lorettes - planche 25

51 - Les lorettes - planche 20

52 - Les lorettes - planche 35

53 - Les lorettes - planche 75

54 - Les lorettes - planche 29

55 - Les coulisses - planche 14

56 - Les coulisses - planche 23

57 - Les coulisses - planche 12

58 - Les coulisses - planche 22

59 - Les coulisses - planche 3

60 - Les coulisses - planche 7

61 - Les coulisses - planche 10

62 - Les coulisses - planche 11

63 - Les coulisses - planche 6

64 - Les coulisses - planche 2

65 - Les coulisses - planche 16

66 - Leçons et conseils - planche 9

67 - Leçons et conseils - planche 17

68 - Leçons et conseils - planche 18

69 - Leçons et conseils - planche 16

70 - Leçons et conseils - planche 4

71 - Leçons et conseils - planche 13

72 - Leçons et conseils - planche 14

73 - Fourberies de femmes - planche 19

74 - Fourberies de femmes - planche 2

75 - Fourberies de femmes - 2e série - planche 52

76 - Fourberies de femmes - 2e série - planche 39

77 - Fourberies de femmes - 2e série - planche 33

78 - Fourberies de femmes - 2e série - planche 32

79 - Fourberies de femmes - 2e série - planche 45

80 - Fourberies de femmes - 2e série - planche 46

81 - Fourberies de femmes - 2e série - planche 42

82 - Fourberies de femmes - 2e série - planche 26

83 - Fourberies de femmes - 2e série - planche 31

84 - Fourberies de femmes - 2e série - planche 40

85 - Fourberies de femmes - 2e série - planche 12

86 - Les maris vengés - planche 2

87 - Les maris vengés - planche 15

88 - Les maris vengés - planche 18

Toutes les planches sont en bel état. La plupart sont imprimés sur vélin blanc, quelques unes seulement sur papier teinté. Elles sont toutes aquarellées et gommées au pinceau à l'époque.








Ce genre d'album est devenu très rare aujourd'hui, complet de toutes les gravures choisies par un amateur à l'époque. Tirées de différents album, voici la chronologie de parution de ces albums :

Oeuvres nouvelles de Gavarni - Impressions de ménage 2ème série, parue en 1846-1847

Oeuvres nouvelles de Gavarni - Le carnaval, parue en 1846-1847

Oeuvres nouvelles de Gavarni - Carnaval, parue en 1847

Oeuvres nouvelles de Gavarni - Baliverneries parisiennes, parue en 1846

La politique, parue en 1839

Les martyrs, parue en 1845

Les enfants terribles, parue entre 1838 et 1842

Les petits malheurs du bonheur, parue entre 1837 et 1838

Les débardeurs, parue en 1840

Le carnaval, vers 1840

Paris le soir, parue en 1838

Les lorettes, parue entre 1841 et 1843

Les coulisses, parue en 1843

Leçons et conseils, parue en 1839

Fourberies de femmes, parue en 1840

Fourberies de femmes - 2e série, parue en 1841

Les maris vengés, parue entre 1837 et 1838





















La plupart des séries ont des lithographies parues sur plusieurs mois voire plusieurs années consécutives. Les dates ci-dessus sont à relativiser selon les planches des séries.

Bel exemplaire en condition d'époque.

Renseignements complémentaires sur demande.

Prix : 13.500 euros

mercredi 7 août 2024

Emile Zola. Une page d'amour. Les Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second empire. Compositions de François Thévenot. Paris, Librairie de l'édition nationale, Emile Testard, 1895. Un des 130 exemplaires sur papier de Chine extra-fort avec suites. Superbe exemplaire relié à l'époque en maroquin à coins par Emile Carayon.


Emile ZOLA | François THEVENOT, illustrateur

Une page d'amour. Les Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second empire. Compositions de François Thévenot.

Paris, Librairie de l'édition nationale, Emile Testard, 1895

1 volume grand in-4 (29,5 x 21 cm) de (4)-386-(1) pages. Avec 94 compositions dans le texte par François Thévenot gravées sur bois par Blanadet et Romagnol et avec 6 eaux-fortes hors-texte d'après les dessins de François Thévenot et gravées par Louis Muller.

Reliure strictement de l'époque bradel demi-maroquin à larges coins havane, dos lisse orné de filets dorés concentriques, filets dorés sur les plats et coins, doublures et gardes de papier marbré glacé, non rogné (relié sur brochure à toutes marges), couvertures imprimées conservées (les deux plats et le dos, en parfait état). Reliure signée E. CARAYON. Parfait exemplaire. Rares rousseurs ponctuelles sans conséquences.


Tirage de luxe à 691 exemplaires.

Celui-ci, un des 130 exemplaires sur papier de Chine extra-fort, accompagné d'une suite complète en tirage à part des bois (reliés à la fin du volume) et d'une triple suite sur Chine des 6 eaux-fortes hors-texte (état définitif avec la lettre, état terminé avec remarque avant les signatures, état non terminé avec remarque avant les signatures).






Une page d'amour a commencé à paraître en feuilleton dans le journal Le Bien Public à partir du 11 décembre 1877, sans doute même avant que sa rédaction ne soit achevée (il parait en feuilleton jusqu'au 4 avril 1878). Il parait en volume chez léditeur Georges Charpentier le 17 (ou le 20) avril 1878. Il s'agit du huitième volume de la série des Rougon-Macquart. Il s'insère entre L'Assommoir (1877) et Nana (1880). 


L’héroïne est Hélène Mouret, fille d’Ursule Macquart et du chapelier Mouret. À l’âge de dix-sept ans, elle épouse Charles Grandjean avec qui elle a une fille, Jeanne, maladive et en proie à des « crises » régulières. La famille monte à Paris, où Grandjean meurt peu après son arrivée. Veuve d’un homme qu’elle n’a jamais vraiment aimé, Hélène est prise d’une passion violente pour le docteur Deberle, son voisin, qui l’a secourue lors d’une des crises de sa fille. Mais cette dernière éprouve pour sa mère une passion non moins violente : elle ne supporte pas de la voir sourire à d’autres enfants ou à d’autres hommes. Le jour où Hélène se donne à Deberle, Jeanne, qui avait tout pressenti, se met à sa fenêtre sous la pluie et contracte ce qu’on appelait alors une phtisie galopante (tuberculose), dont elle meurt trois semaines plus tard. Par la suite, Hélène épousera un nommé Rambaud, avec qui elle ira vivre à Marseille. Elle retournera tout de même, à la fin du roman, à Paris, où elle ne restera que quelques heures.





Une page d'amour est l’un des romans les plus méconnus de la série, peut-être parce qu’on n’y rencontre pas, du moins en apparence, la violence souvent provocatrice des autres œuvres. On y trouve pourtant une analyse de la passion amoureuse qui ne manque pas d’intérêt, et surtout une description très précise, à travers le personnage de Jeanne, des troubles psychologiques qui peuvent se développer chez une enfant lorsqu’elle entre dans la puberté. Bien entendu, les lois de l’hérédité, thème majeur de la série des Rougon-Macquart, ne sont pas oubliées. Du point de vue de l’hérédité telle que la conçoit Zola, Jeanne est en effet le personnage le plus intéressant de la série car elle a hérité à la fois de la faiblesse mentale de son aïeule Adélaïde Fouque et de la faiblesse physique de sa grand-mère Ursule Macquart qui était phtisique. De plus, comme sa grand-mère, Jeanne meurt de phtisie.

Une page d'amour connut une première édition illustrée dès 1884 (par Ed. Dantant, 2 vol. in-8, Librairie des Bibliophiles).

"Une page d'amour, écrite entre L'Assommoir et Nana, a dû être, dans ma pensée, une opposition, une halte de tendresse et de douveur" (Emile Zola, 8 juin 1892, lettre à Van Santen Kolff).




"Pendant trois mois, elle le rencontra sans cesse, humble et gauche, n’osant l’aborder. Elle avait seize ans, elle était un peu fière de cet amoureux, qu’elle savait d’une famille riche. Mais elle le trouvait laid, elle riait de lui souvent, et dormait des nuits paisibles dans l’ombre de la grande maison humide. Puis, on les avait mariés. Ce mariage l’étonnait encore." (extrait)

Cette nouvelle édition illustrée, plus monumentale, fait pendant, chez le même éditeur Emile Testard, avec l'édition de La Curée (publié l'année précédente, en 1894, dans le même format, avec des illustrations de Georges Jeanniot).

Belle reliure signée Emile Carayon, l'un des meilleurs façonniers relieurs de son époque.

Superbe exemplaire parfaitement conservé à l'état proche du neuf.

Prix : 1.200 euros