lundi 8 janvier 2024

Edouard Drumont. La France Juive (1886) et La France Juive devant l'opinion (1886). Un des 50 exemplaires sur papier de Hollande des 3 volumes. Bel exemplaire relié à l'époque (maroquin signé Lanscelin). Rare et précieux exemplaire.



DRUMONT, Edouard

LA FRANCE JUIVE. Essai d'histoire contemporaine.

Paris, C. Marpon et E. Flammarion, s.d. (1886) [Paris, Imprimerie Marpon et Flammarion, 26, rue Racine]

2 forts volumes in-18 (18,5 x 13 cm) de XX-579 et (4)-601-(1)-III-(1)-(4)-(2) pages.



Avec :

DRUMONT, Edouard

La France Juive devant l'opinion. La France Juive et la critique. La conquête juive. Le systême juif et la question sociale. L'escrime sémitique. Ce qu'on voit dans un tribunal.

Paris, C. Marpon et E. Flammarion, 1886 [Bourloton, Imprimeries réunies, rue Mignon, 2, Paris]

1 volume in-18 (18,5 x 13 cm) de (4)-308 pages.



Ensemble 3 volumes in-18 reliés à l'identique à l'époque pour la même personne.

Reliures demi-maroquin chocolat à larges coins, dos à nerfs ornés aux petits fers dorés, tête dorée, non rogné (les couvertures jaunes imprimées n'ont pas été conservées). Reliures signées LANSCELIN. Exemplaire très bien relié et resté très frais. Notre exemplaire a la particularité d'avoir un "blanc d'imprimerie" qui affecte 4 ligne page 95 du premier volume (nous fournissons la copie des mots caviardés lors du tirage). Quelques grignotages de papier marbré sur les bords des plats (papier uniquement), minimes frottements. Chiffre E. B. doré en queue des dos.



La France Juive devant l'opinion est du rare tirage de luxe sur papier de Hollande (un des 50 exemplaires numérotés au composteur - n°36)

La France Juive est également du tirage de luxe sur papier de Hollande (chaque volume est numéroté à la main au crayon au verso de la garde blanche "Hollande - n°36".

Exemplaire du tirage de luxe sur papier de Hollande du premier tirage imprimé par C. Marpon et E. Flammarion.

L'histoire de la parution de ce livre polémique est à la fois compliquée et passionnante. Voici ce que nous savons.












Il existe deux versions quant aux prémices de la parution de La France Juive d'Edouard Drumont. Nous avons d'une part le témoignage direct d'Octave Uzanne, ami de l'auteur, qui écrit dans le catalogue de la vente de ses livres en mars 1894 : "Le Bibliophile, sollicité, à propos de la France Juive, par son ami Drumont, ancien collaborateur du Livre, mit à la disposition de celui-ci toutes ses connaissances spéciales pour l'édition de ce livre qu'il fut le premier à lire en manuscrit et à encourager l'auteur à publier. Il y aurait tout un curieux chapitre d'histoire contemporaine à écrire à ce sujet : "non hic est locus". Le Bibliophile apporta une sorte de collaboration effective dans cette publication qui fit si grand bruit. La correspondance d'Edouard Drumont consignée dans ce livre est exclusivement consacrée à la publication de la France Juive et au premier duel de Edouard Drumont, auquel le Bibliophile servit de témoin contre Ch. Laurent du Paris." En effet l'exemplaire de la France Juive provenant de la bibliothèque d'Octave Uzanne (n°151 du catalogue) était un exemplaire imprimé spécialement sur papier de Hollande et truffé de 16 lettres autographes de l'auteur et une de l'imprimeur Darantière. Sous le n°152 du même catalogue Octave Uzanne possédait, et proposait à la vente, un autre exemplaire de la France Juive (exemplaire également cartonné, dos de maroquin citron, non rogné). Egalement imprimé sur Hollande pour le Bibliophile. Envoi et lettre autographe. Il précise qu'il a fait relier à la fin du volume : la France catholique et athée (Réponse à la France Juive), par Alex. Weill, Paris, Dentu, 1886, in-16 de 84 pp. Selon d'autres sources, ce serait Alphonse Daudet qui aurait "relu et soutenu Édouard Drumont pendant l'écriture de ce pamphlet, lui prêtant de l'argent pour lui permettre de le publier à compte d'auteur, s'adressant à Francis Magnard, directeur du Figaro pour que le journal lance le livre par un article."

D'après Georges Vicaire, sans sa Bibliographie des éditions originales du XIXe siècle, La France juive a été enregistrée dans la Bibliographie de la France le 15 mai 1886 (exemplaires sortis de l'imprimerie de Marpon et Flammarion). Mais c'est quelques semaines auparavant, dans les deux première semaines du mois d'avril 1886 que paraîssent initialement les deux gros volumes de près de 1.200 pages, imprimés à 2.000 exemplaires chez l'imprimeur Darantière à Dijon. On sait par ailleurs qu'il existe des exemplaires portant la marque de Darantière à l'achevé d'imprimer et une mention de quatrième édition sur les couvertures. On peut penser que la vente (rapide) des exemplaires imprimés le 22 avril 1886 par Darantière s'est faite en plusieurs tranches (peut-etre quatre tranches de 500 exemplaires). L'imprimeur Darantière aurait demandé 6.000 francs de frais d'imprimerie à Drumont (est-ce Alphonse Daudet qui a payé cette somme ?). Le succès très rapide de l'ouvrage a en tous cas incité C. Marpon et E. Flammarion a faire imprimer eux-mêmes, dans leur atelier de la rue Racine, les exemplaires suivants (il doit exister une cession de droits des clichés de l'édition entre Darantière et C. Marpon et E. Flammarion, mais personne ne l'évoque). Quoi qu'il en soit, courant mai, ce sont les imprimeurs parisiens qui fournissent les mille et les mille d'exemplaires de la France Juive et publient et impriment La France Juive devant l'opinion (novembre 1886). Il paraît évident que le tirage de luxe sur papier de Hollande de la France Juive imprimée chez Marpon et Flammarion a été fait pour compléter le tirage de luxe de La France Juive devant l'opinion. Les trois volumes auraient donc été imprimés en novembre 1886. Mais il reste une possibilité que les deux volumes de la France Juive aient été imprimés sur papier de Hollande par Marpon et Flammarion dès le 15 mai 1886. Rien n'est évident dans cette affaire. Vicaire signale un tirage de luxe à 25 exemplaires pour La France Juive par Marpon et Flammarion, sans préciser s'ils étaient numérotés au composteur ou simplement "sur Hollande".

En 1886, ce serait plus de 25 000 exemplaires de La France Juive qui sont vendus. En 1888, le compte arrive à près de 70 000. L'ouvrage sera réédité en version populaire illustrée en grand format en 1888.

La France Juive aura eu droit à de très nombreux éloges dans la presse de l'époque et encore longtemps après. Le Mercure de France donne un long article au moment de la sortie de l'ouvrage en librairie, article considéré comme une réfutation de l'ouvrage de Drumont : "[...] Il y a beaucoup de choses dans cette France juive, tant de choses, et si diverses, et dont on voit si peu les liaisons entre elles que l'on eût bien pu se méprendre aux vraies intentions de l'auteur, si lui-même, dans sa préface et surtout dans sa conclusion, avec une singulière et sereine audace de fanatisme, ne les eût que trop nettement accusées. Dans ces deux gros volumes, où ne manquent certes pas les apparences de talent, quelques anecdotes lestement contées, quelques portraits heureusement touchés, mais où abondent les vaines déclamations et les personnalités offensantes, il est question de tout, mais il ne s'agit que des juifs. Si la France de M. Grévy, comme d'ailleurs tout le monde en convient, ne ressemble guère à celle de Louis XIV et encore moins à celle de saint Louis, la faute, ou plutôt le crime, en est donc aux juifs ; si nous aimons l'argent beaucoup plus que l'honneur et presque autant que la vie, ce qui sans doute ne s'était jamais vu que de nos jours, c'est aux juifs qu'il nous faut nous en prendre ; coupables de tout ce qu'ils font, les juifs le sont également de ce qu'ils ne font pas, mais qu'ils nous font faire : l'expédition du Tonkin, par exemple, ou la révolution française, ou le pamphlet même de M. Drumont, que M. Drumont, en effet, n'aurait pas écrit si les juifs n'existaient pas ; et, de jour en jour plus nombreux, plus puissans, plus riches, surtout plus riches, - les juifs réduiront enfin le chrétien à la glèbe pour peu que le chrétien tarde encore à « supprimer » les juifs : voilà bien, si je ne me trompe, tout le livre de M. Drumont. J'en ai lu beaucoup de plus clairs, dont l'idée principale se dégageait plus nette et s'embarrassait moins de développemens inutiles : j'en ai peu lu de plus dangereux. Ce n'est pas qu'en général, pour ma part, je goûte beaucoup les juifs ; et je crois même, en y réfléchissant, que je ne les goûte pas du tout. Je ne goûte pas non plus la musique, ni les montagnes. C'est sans doute l'effet d'une disposition personnelle, d'une idiosyncrasie, comme je crois que l'on dit quand on ne veut pas user du mot d'infirmité. Mais nos sympathies ou nos antipathies personnelles ne sauraient être la règle ou la mesure de nos jugemens ; et, sans en avoir l'air, c'est peut-être le comble de l'intolérance, quand nous essayons de conformer nos idées à nos goûts. Nos goûts sont une chose, nos idées en sont, ou en devraient être une autre. Et si ce principe était mieux connu, non-seulement de M. Drumont, mais de la plupart de nos critiques et même de nos historiens, on suivrait moins son goût, les opinions seraient moins divisées, les jugemens moins contradictoires. Aveuglé par sa haine des juifs, à laquelle il essaie vainement de donner de beaux noms, M. Drumont, mécontent de son siècle, a fait peser sur les seuls juifs la responsabilité d'un état de choses dont ils ont bien pu profiter, mais qu'ils n'ont rien fait pour amener. Et ils y auraient aussi bien travaillé que je croirais encore être injuste en le leur reprochant, puisqu'ils n'y auraient travaillé qu'avec nous. Oui, M. Drumont n'a peut-être pas tort, les juifs se tiennent et se soutiennent entre eux, et au besoin contre nous ; ils s'entre-tiennent fidèlement, obstinément, passionnément ; mais quand nous oserions bien traiter cette vertu de vice, n'est-ce pas nous qui depuis plus de mille ans leur avons fait, pour nous résister, pour durer, pour vivre seulement, une loi de se rapprocher, de se soutenir et de s'entr'aider ? [...]" (article signé Ferdinand Brunetière).

Nous ne pouvons pas nous étendre plus longuement ici sur cet ouvrage.

Provenance : Chiffre E. B. doré en queue des dos. Nous pensons qu'il pourrait s'agir de l'exemplaire de l'imprimeur de l'ouvrage "La France Juive devant l'opinion", à savoir Edgar Bourloton (1844-1914).

Références : Nous renvoyons à notre article intitulé : Octave Uzanne, Edouard Drumont, et La France Juive (1886) et autres livres antisémites (2012, site Octave Uzanne, par Bertrand Hugonnard-roche) ; Lire également : L'édition de La France juive en 1886 : la librairie Ernest Flammarion, Darantière imprimeur à Dijon, Edouard Drumont et Octave Uzanne (d'après Elisabeth Parinet, site Octave Uzanne, par Bertrand Hugonnard-Roche, 2013)

Attention ! Nous proposons ce livre en tant que document historique propre à informer et à servir de mémoire pour les générations futures. En aucune manière nous ne pouvons être accusés de propager les thèses antisémites défendues dans cet ouvrage. Bien au contraire nous dénonçons l'intégralité des propos tenus par l'auteur. Néanmoins cet ouvrage comme tout autre a sa place dans une bibliothèque d'étude sérieuse.



Bel exemplaire du rare tirage de luxe sur papier de Hollande finement relié à l'époque.

Très rare dans cette condition.

Prix : 4.500 euros

samedi 6 janvier 2024

1789-1790. Moyens d'assurer la Révolution, d'en tirer le plus grand parti pour le bonheur et la prospérité de la France ; avec une Adresse à l'Assemblée nationale, et des Réflexions sur le Pouvoir exécutif. Par M. l'Abbé Auger, de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Auteur du Projet d'Education pour tout le royaume, et d'un Catéchisme du Citoyen Français. Très bon exemplaire broché tel que paru.


AUGER, Abbé (Athanase)

Moyens d'assurer la Révolution, d'en tirer le plus grand parti pour le bonheur et la prospérité de la France ; avec une Adresse à l'Assemblée nationale, et des Réflexions sur le Pouvoir exécutif. Par M. l'Abbé Auger, de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Auteur du Projet d'Education pour tout le royaume, et d'un Catéchisme du Citoyen Français.

A Paris, chez Garnery, libraire, L'an Premier de la liberté (1789-1790) [De l'imprimerie de Laillet et Garnery, rue Serpente, n°17]

Brochure in-8 de (2)-58 pages. Cousu sur ficelle, tel que sorti de l'imprimerie, non rogné. Légères salissures et empoussiérage au titre sinon parfait exemplaire resté très frais.

Edition originale et unique édition.


"Ce n'est ni par inquiétude d'esprit, ni par désoeuvrement, mais uniquement par amour du bien public, que je me suis déjà permis et que je me permets encore de publier mes idées sur la grande révolution qui intéresse si vivement toute la France, et qui tient l'Europe entière attentive. Un zèle purement patriotique me presse d'exposer quelques principes d'administration générale, dans ce moment surtout où nos dignes représentants, les fondateurs de la liberté française, marchant à grands pas vers la fin de leurs travaux, doivent désirer qu'ils soient solidement affermis, et que la France en recueille tout le fruit qu'elle a dû s'en promettre. [...] Il n'appartient qu'au souverain de la nature de voir exécuter ses lois dès qu'il les a établies : lui seul, par des voies aussi douces que fortes, peut amener sur le champ tous les êtres, libres et non libres, doués et dépourvus de raison, à concourir aux fins qu'il se propose. [...] La révolution est faite, quoi qu'en disent ses ennemis secrets ou déclarés ; la consitution est achevée ou près de l'être ; il ne s'agit plus que de chercher les moyens d'en prolonger la durée, d'en tirer le plus grand parti pour le bonheur et la prospérité de la France. Je me propose de tracer un tableau rapide de ces moyens, et je supplie notre auguste Diète de recevoir mes réflexions avec le même esprit qui les a dictées. C'est un des fruits de la nouvelle administration, qu'il soit libre à tout citoyen de communiquer ses idées quand il les croit bonnes, et de donner des conseils à sa patrie, selon ses facultés que lui a départies la nature, ou selon les connaissances que lui ont fournies ses études. [...] Je déteste, de quelque parti qu'ils soient, comme les plus grands ennemis de la chose publique, ces esprits factieux et séditieux qui travaillent de toutes leurs forces et avec tous leurs talents à soulever le peuple. [...] (extrait)


Athanase Auger (1734-1782) est né à Paris en 1734. Il embrasse l'état ecclésiastique et devient professeur de rhétorique au collège de Rouen. Il devint grand vicaire de cette ville. Grand érudit, notamment de la langue et de la culture grecque. On trouvait d'ailleurs que ses traits ressemblaient à ceux de Socrate et il était plus philosophe grec que françaisa aux dires de ses contemporains. Etranger à toutes les tentations, ses seules occupations furent l'étude. "[...] Modeste, ingénu, bienveillant, il joignait à la simplicité d'un enfant, la candeur et l'innocence des mœurs patriarcales. Sans fiel, incapable de ressentiment, docile à la critique, souffrant la contradiction, il sut pourtant dire la vérité aux grands sans les plesser, et trouvait au besoin la chaleur et l'énergie nécessaires pour défendre ces anciens dont la lecture avait fait les délices et l'occupation de toute sa vie. Aussi eut-il le rare bonheur de ne connaître ni ennemis ni envieux. [...] Les commencements de la révolution avaient de quoi séduire une âme pure, noble et fière, et qui ne vit, dans les premiers accès de cette fièvre terrible, que le terme des abus et la naissance d'un meilleur ordre de choses; mais cette adhésion aux premiers principes ne put l'entraîner à aucun acte dont il eût à rougir. Cet écrivain estimable, qui cultiva les lettres sans les avilir, leur fut enlevé le 7 février 1792." (in Biographie Universelle de Michaud).

La collection de ses oeuvres occupe à elle 29 volumes dont 10 volumes uniquement pour les publications posthumes (publiés en 1794). Il est mort à l'âge de 58 ans et n'aura pas connu les dénouements extraordinaires de cette révolution désormais effective qu'il décrit si bien dans cette plaquette publiée en 1789-1790.








Partisan modéré de la Révolution et admirateur de Rousseau, l’abbé Auger est également l’auteur de réflexions sur les réformes politiques et pédagogiques qu’il souhaitait voir traduites dans les institutions, notamment dans le domaine de l’instruction civique et de l’éducation des femmes. À l’époque de la convocation des États généraux, il avait écrit un mémoire sur l’éducation intitulé : Projet d’éducation générale pour le royaume (Paris, Didot, 1789, in-8°, 64 p.)

En 1791 il publie une nouvelle brochure intitulée : Discours sur ce sujet : Combien il nous importe d'avoir la paix, quels sont les moyens de nous la procurer ? lu dans la Société des amis de la vérité, par Athanase Auger. Suivi de Quelques réflexions sur la nécessité d'obéir à la loi.

D'après nos recherches cette plaquette de circonstance, écrite avec érudition et sagesse, semble de la plus grande rareté. Nous n'en n'avons trouvé que très peu d'exemplaires dans le catalogue collectif des bibliothèques de France (Bibliothèque Municipale de Rouen, Strasbourg, Pau, Nantes et Bnf). Il ne nous semble pas par ailleurs qu'elle ait fait l'objet d'une quelconque étude universitaire approfondie.

Bon exemplaire tel que paru de cette rare brochure révolutionnaire.

Prix : 900 euros

vendredi 5 janvier 2024

Les Folies sur sieur Le Sage de Montpellier. Suivi de : L'Embarras de la Fiero de Beaucaire, en vers burlesques vulgaris, per Jean Michel de Nismes (Amsterdam, chez Daniel Pain, 1700). Bel exemplaire relié à l'époque en veau fleurdelysé. Ouvrages en langue occitane.


Le Sage de Montpellier

Les Folies sur sieur Le Sage de Montpellier.

Suivant la copie de Montpellier, A Amsterdam, chez Daniel Pain, 1700

196 pages dont une gravure en frontispice.

Suivi de :

Michel de Nîmes

L'Embarras de la Fiero de Beaucaire, en vers burlesques vulgaris, per Jean Michel de Nismes, etc.

A Amsterdam, chez Daniel Pain, 1700

191 pages dont une gravure en fronstipice.


2 ouvrages reliés en 1 volume in-12 (16,7 x 9,8 cm).

Reliure de l'époque plein veau fauve marbré, dos à nerfs orné d'une fleur de lys doré au centre de chaque caisson, pièce de titre portant "poètes gascons"". Reliure très fraîche. Intérieur frais malgré un papier légèrement teinté. Collationné complet.


Ce volume fait partie de ce qu'on nomme le "Recueil des poètes gascons". Un premier volume contient les Oeuvres de Pierre Goudelin de Toulouse, avec le dictonnaire [sic] de langue toulousaine. Las obros de Piérre Goudelin, augmentados de forço pessos é le dicciounari sur la lengo moundino. Quatriemo & darriero impressiu, rebisitado é courrigeado de forço fautes qu'eron à l'impressiu de Toulouso (ce premier volume n'est pas présent ici - il était vendu séparément bien que publié chez le même libraire - comme le prouve la pièce de titre de notre exemplaire - sans tomaison).








Notre volume contient donc Les Folies du sieur Le Sage de Montpellier et L'Embarras de la Fiero de Beaucaire, en vers burlesques vulgaris, per Jean Michel de Nismes. L'édition la plus ancienne connue des Folies de Le Sage date de 1636, mais ce n'est sans doute pas l'édition princeps d'après Philippe Gardy dans la leçon de Nérac : Du Bartas et les poètes occitans. L'auteur est Isaac Despuech, poète occitan plus connu sous le surnom de Daniel Sage ou Le Sage (1583-1642) "Son oeuvre respire une allégresse d'invention qui fait songer à Brueys" (Histoire de la littérature occitane p. 376). Le second ouvrage, L'embarras de la foire de Beaucaire, est l'oeuvre de Jean Michel de Nismes (1603-1689). "Ce livre annonce le véritable tournant qu'est en train d'opérer le marché beaucairois aux yeux des contemporains. L'utilisation du terme même d'embarras est, à ce sujet, révélatrice de la nouvelle physionomie que prend la Foire de Beaucaire. Elle est décrite comme un rassemblement de gens et de marchandises en tous genres, grouillant de vie, qui explique notamment son changement d'échelle. Rédigé en vers burlesques vulgaris, le livre en dresse un tableau pittoresque et dépeint un spectacle visuel et sonore qui symbolise le désordre intrinsèque de la ville de Beaucaire en période de foire" (Catalogue exposition 550e anniversaire de la foire de Beaucaire, Musée Auguste Jacquet 2014, p. 14-15).

Les deux ouvrages sont rédigés en langue occitane.






Références : Voir à ce sujet Camproux, Histoire de la littérature occitane, Payot, 1971 et Noulet, Essai sur l'histoire littéraire des patois du midi de la France, 51, n°202.

Ces deux ouvrages sont peu communs, ici très bien reliés à l'époque en veau fleurdelysé.

Prix : 650 euros

mardi 2 janvier 2024

Musset-Pathay. Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau (1821), composée de documents authentiques, et dont une partie est restée inconnue jusqu'à ce jour ; d'une biographie de ses contemporains, considérés dans leurs rapports avec cet homme célèbre ; suivie de lettres inédites. Très bel exemplaire de l'édition originale.


MUSSET-PATHAY (Victor Donatien de) [Jean-Jacques ROUSSEAU]

Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiques, et dont une partie est restée inconnue jusqu'à ce jour ; d'une biographie de ses contemporains, considérés dans leurs rapports avec cet homme célèbre ;  suivie de lettres inédites.

A Paris, chez Pélicier, Blanchard, Niogret et Paschoud, 1821 [de l'imprimerie de J.-M. Eberhart]

2 volumes in-8 (21 x 13,5 cm) de XXVIII-528 et (4)-559-(1) pages.

Reliure strictement de l'époque plein beau fauve raciné, dos lisses ornés aux petits fers dorés, pièces de titre et tomaison de maroquin noir, roulette dorée en encadrement extérieur des plats, doublures, gardes et tranches marbrées coordonnées. Reliures très fraîches, intérieur très frais. Minimes frottements d'usage.

Edition originale.


Victor Donatien de Musset-Pathay (1768-1832) était le père d'Alfred et Paul de Musset. Né le 5 juin 1768 à la Vaudourière, paroisse de Lunay, dans le Vendômois, il fait ses études au collège militaire de Vendôme où il est admis en 1780, à l'âge de douze ans. En 1793, allié et parent d'émigrés, il est déclaré suspect, et incarcéré pendant quelque temps. Libéré, il rejoint pendant les guerres de la Révolution française le général Armand Samuel de Marescot, premier inspecteur du génie. Il fait comme ingénieur-géographe plusieurs campagnes en Suisse, puis en Italie. Entré dans l'administration militaire, il est premier rédacteur au Bureau central des fortifications de janvier 1800 à janvier 1805, puis en 1806, il est nommé chef de bureau du Comité central du génie. Il est ensuite, en 1811, chef du Bureau des prisons au ministère de l'Intérieur, auprès du ministre Jean-Pierre de Montalivet. Destitué comme libéral, en 1818, il se consacre dès lors à la littérature, et particulièrement à la publication des Œuvres de Jean-Jacques Rousseau, dont il donne la première édition complète fiable, ainsi qu'une Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, qui fait référence. En 1828, grâce au général Louis-Victor de Caux de Blacquetot, ministre de la Guerre, il est réintégré au ministère comme chef du Bureau de la justice militaire. En janvier 1830, il songe à faire entrer son fils Alfred dans l'administration du ministère, mais c'est finalement Paul de Musset qui est engagé. En 1831, la situation de Victor-Donatien est enfin rétablie, mais en 1832, il est atteint par l'épidémie de choléra qui sévit à Paris, et meurt le 8 avril au matin.


Son Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau contient une préface signée de son nom (alors que son nom n'apparaît pas sur les pages de titre). On trouve ensuite la Vie de J.-J. Rousseau divisée en trois périodes : Première période : du 4 juillet 1712 au 25 octobre 1765 ; Deuxième période : du 29 octobre 1765 jusqu'à la fin de juin 1770 ; Troisième période : du 4 juillet 1770 au 4 juillet 1778. A partir de la page 305 se trouve la deuxième partie du premier volume qui contient la correspondance de 1732 au 15 mars 1778. Le deuxième volume contient la troisième partie qui concerne les contemporains de Jean-Jacques Rousseau (petites biographies et anecdotes en rapport avec J.-J. Rousseau) et la quatrième partie qui donne la liste des ouvrages de Jean-Jacques Rousseau (bibliographie détaillée, raisonnée et commentée). Le deuxième volume s'achève sur quelques notes, une table et un errata.









Musset-Pathay a aussi écrit sur l'agronomie (bibliographie et dictionnaire raisonné) et donné divers ouvrages d'histoire et de littérature. La figure de Rousseau jouera un rôle essentiel dans l'œuvre de son fils Alfred de Musset qui prendra souvent position en faveur du promeneur solitaire contre Voltaire.

"Adrien Jean Beuchot (1773-1851), bibliographe et depuis éditeur célèbre de Bayle (16 volumes, 1820-1824) et de Voltaire (72 volumes, 1829-1834), était censé s’occuper également des œuvres de Rousseau à paraître chez la veuve Perronneau (Paris, 1818-1820, 20 volumes in-douze), qui avait repris un projet arrêté d’abord par Guillaume et l’un des Didot24 pour reproduire l’édition attribuée à Naigeon en 180125. Beuchot y renonça en cédant la place à Musset-Pathay ; ce dernier l’a « dirigée, en y mettant des notes et des notices », signées de ses initiales, dans le contexte de ses propres recherches sur l’Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau qu’il va publier en 1822. Cette participation, significative sans être seule déterminante, nourrit ses idées sur la manière dont il convenait d’organiser et de présenter l’œuvre de Rousseau. Il s’en explique dans un « Avertissement des nouveaux éditeurs » qui est signé de lui, et où il montre que son objectif le plus large est non seulement de faire avancer la connaissance de l’œuvre de Rousseau, mais de passer à un nouveau stade dans sa réception, ce qui à son tour repose la question de l’ordonnance du corpus. [...] La grande idée de Musset-Pathay, qu’il a donc pu partiellement réaliser dans l’édition Perronneau, était de rassembler l’œuvre biographique en plaçant en tête de l’édition, en guise d’introduction à l’ensemble de l’œuvre et sous le titre de « Mémoires », les écrits où Rousseau se prend lui-même comme sujet : Les Confessions, les quatre lettres à Malesherbes, Rousseau juge de Jean-Jacques, et Les Rêveries. Mais ce plan finit par lui paraître imparfait tant qu’y manque la correspondance qui « complète tous les renseignements » des œuvres autobiographiques ; cependant, mettre la correspondance dans les premiers volumes n’est malheureusement pas pratique : « L’usage et d’autres obstacles ne nous le permirent point. » (in Editer Rousseau, Enjeux d'un corpus, pp. 153-196).





"Le premier ouvrage de Musset-Pathay parut en 1821, au moment où les efforts de la faction ultra-royaliste préparaient déjà le coup d’État de 1830 et la chute d’un trône. Musset-Pathay, partisan modéré de l’opposition libérale, évita sagement d’attirer sur lui les colères des inquisiteurs de l’époque. Il en fut quitte pour une ample portion d’injures et de sarcasmes de la part des écrivains absolutistes. On le traite de grand-prêtre de Rousseau, de garçon philosophe, mais personne ne le réfuta. Quant à son travail, s’il laisse à désirer sous quelques rapports, il n’en a pas moins le rare et durable mérite d’être la première et la seule apologie complète de Rousseau, et d’avoir été publié dans un moment où il y avait réellement du courage à prendre sa défense." (Morin)

Très bel exemplaire conservé dans une fine reliure de l'époque.

Prix : 650 euros