mardi 6 décembre 2022

La Vie de Voltaire par Duvernet (ou Du Vernet), 1786. Ouvrage saisi mais qui connut un énorme succès. Très bel exemplaire en maroquin vert de l'époque, attribuable à Derôme le Jeune ou à un de ses imitateurs. Rare dans cette condition.


[DU VERNET ou DUVERNET, abbé Théophile Marigeon] [VOLTAIRE].

La vie de Voltaire, par M * * *.

A Genève, 1786

1 volume in-8 (20,7 x 13,5 cm) de (4)-355 pages. Portrait de Voltaire en frontispice.

Reliure strictement de l'époque plein maroquin vert, dos lisse orné de filets à froid et petites fleurettes à froid au centre des faux caissons, filet à froid en encadrement des plats, double-filet doré sur les coupes, encadrement intérieur doré composé de filets et roulettes, doublures et gardes de soie rose, tranches dorées (reliure non signée mais dans le goût de Derôme le Jeune). Excellent état. Quelques légères marques et ombres à la reliure. Intérieur très frais.



Edition originale.

Cette édition a été saisie à Paris le 8 août 1786 comme en atteste un rapport de police circonstancié. Ce sont tout d'abord 200 exemplaires en ballot (en feuilles au format in-8 et in-4) qui sont saisis dans une charrette alors qu'on essayait de les faire pénétrer dans Paris. Puis ce sont 800 exemplaires également en ballots qui sont saisis le lendemain 9 août 1786. Ces ballots étaient destinés au libraire Belin. Cette édition est reconnaissable à l'épigraphe de trois vers tirée de la tragédie intitulée "Les Druides". Une nouvelle édition posthume paraîtra en 1797 après que l'auteur ait fait un séjour à la Bastille qui lui permit de l'augmenter. Il existe plusieurs éditions à la date de 1786 et à l'adresse de Genève et portant les trois vers en épigraphe. Duvernet meurt en 1796 (il était né vers 1730). Il connut plusieurs fois la Bastille pour divers écrits un peu trop railleurs. Il fut précepteur du comte de Saint-Simon. Hoefer dans sa Biographie générale le dit imbu des principes anti-religieux de son époque (ce qui n'aurait pas été pour déplaire à Voltaire quand il s'agit d'un abbé...). Il se lança dans une Histoire des Jésuites qu'il abandonna pour se consacrer pleinement à cette Vie de Voltaire. Bien qu'elle fut inexacte et incomplète cette première Vie de Voltaire connut un énorme succès. Condorcet donnera également une Vie de Voltaire rédigée en 1787 et formant un tome de l'édition de 1789 des Œuvres (édition dite de Kehl).














"Des souverains tels que Titus, Trajan, Marc-Aurèle, Henri IV, sont sans doute de grands dos de la nature ; mais un don plus grand encore est un vrai philosophe ; et sous ce titre Voltaire est, sans contredit, le plus beau présent qu'elle ait encore fait aux hommes." (extrait du début de l'ouvrage)

Référence : Barbier, Dictionnaire des ouvrages anonymes, vol. IV, 1018 ; Cabeen, A Critical Bibliography of French Literature, p. 189 ; on en apprend plus sur l'abbé Duvernet en lisant les pages 96 à 102 de La Bastille dévoilée, ou, Recueil de pièces authentiques pour servir à son histoire.



Très bel exemplaire en maroquin de l'époque dans le goût de Derôme le Jeune (peut-être même cette reliure sort-elle de son atelier mais nous ne pouvons l'affirmer).

Rare en maroquin vert du temps très bien conservé.

Prix : 2.500 euros

samedi 3 décembre 2022

Stendhal. L'Abbesse de Castro avec des illustrations d'Eugène Courboin (1890). Tirage à 160 exemplaires. Exemplaire de la bibliothèque d'Angelo Mariani et relié pour lui en maroquin mosaïqué décoré par Charles Meunier (1897). Splendide exemplaire.


STENDHAL (Henri Beyle, DE). Eugène COURBOIN, illustrateur. Angelo MARIANI (provenance). UZANNE, Octave (directeur de la publication, éditeur).

L'ABBESSE DE CASTRO avec des illustrations d'Eugène Courboin.

Paris, Publié pour les Sociétaires de l'Académie des Beaux Livres (Bibliophiles contemporains), 1890 (achevé d'imprimer le 20 décembre 1890).

1 volume grand in-8 (26 x 18 cm), 170-(2) pages. Toutes les pages sont décorées d'encadrements en camaïeu par Eugène Courboin, eaux-fortes dans le texte gravées par Manesse d'après les dessins d'Eugène Courboin.

Reliure de l'époque plein maroquin violine, dos à deux nerfs, plats décorés d'une guirlande de fleurs oranges et feuillage de houx, décor mosaïqué au centre du premier plat avec rehauts de motifs au fer à dorer avec la devise dorée AMOR A -MORT (avec serpents argentés, anges souffleurs de trompettes, le tout surmonté par une tête de mort en majesté cernée de rayons d'or), avec feuillages. Dos mosaïqué de fleurs de lis avec titre doré au centre. Encadrement intérieur mosaïqué de fleurettes rouges et feuillage doré, doublures et gardes de tabis gris, filet doré sur les coupes, tranches dorées. Etui bordé. Reliure signée CH. MEUNIER 97 (Charles Meunier, 1897). Exemplaire parfaitement conservé. Quelques décharges en regard des gravures.


Tirage à 160 exemplaires pour les membres de la Société des Bibliophiles Contemporains.

Celui-ci imprimé pour Monsieur Angelo Mariani.

Les encadrements par Eugène Courboin sont d'une inventivité et d'une imagination qui annoncent le Symbolisme et l'Art nouveau. Les eaux-fortes insérées dans les pages (différentes tailles) apportent un aspect esthétique supplémentaire à l'ensemble. Ce livre peu connu des bibliophiles, d'un tirage rare, mérite cependant toute leur considération. L’Abbesse de Castro est la plus connue des Chroniques italiennes de Stendhal et constitue un condensé particulièrement riche de l’écriture stendhalienne.









L’écriture de cette chronique est contemporaine de celle de La Chartreuse de Parme : la découverte en 1833 de manuscrits italiens dans les bibliothèques ou chez de riches particuliers fournit la première impulsion à l’imagination de l’auteur, qui ne se démentira jamais jusqu’à sa mort prématurée. Stendhal s’empare de ce matériau et se l’approprie, tant et si bien que la majeure partie de L’Abbesse de Castro n’est en rien une traduction, mais bien une invention.

Cette chronique se présente comme une histoire d’amour impossible entre Hélène, élevée au couvent de Castro, riche héritière d’une puissante famille des environs de Rome, et Jules, fils de brigand, et pauvre parmi les pauvres. Leur différence sociale, la religion, une sourde fatalité : tout s’oppose à leur union et concourt à leur perte. Histoire effrénée d’amour, de violence et de mort dans l’Italie du XVIe siècle, L’Abbesse de Castro revisite les grands mythes amoureux de la littérature. 







Il s'agit du deuxième ouvrage publié par les soins d'Octave Uzanne pour les membres de la jeune société des Bibliophiles contemporains, née à peine un an auparavant (novembre 1889). Octave Uzanne en est le maître d'œuvre. Il emploie ici le talent d'Eugène Courboin qui participera à d'autres publications bibliophiliques pour le Prince des Bibliophiles.



Provenance : de la bibliothèque Angelo Mariani relié pour lui et imprimé à son nom. Angelo Mariani (1838-1914) fut l'inventeur et le propagateur du vin tonique à la coca, dit vin Mariani. Il fut l'ami intime d'Octave Uzanne et de son frère Joseph qui fut son secrétaire et le directeur des Figures Mariani (biographies de personnolités) recueillies entre 1894 et 1914 (puis avec le fils de Mariani de 1914 à 1925). Mariani fut également mécène et bibliophile. 


Splendide exemplaire relié en maroquin mosaïqué richement décoré pour Monsieur Angelo Mariani, ami de l'auteur et célèbre inventeur et propagateur du vin à la coca dit Vin Mariani.

Un des plus beaux exemplaires qu'on puisse imaginer pour cet ouvrage.

Prix : 9.000 euros

vendredi 2 décembre 2022

Octave Uzanne. Voyage autour de sa chambre. Illustrations par Henri Caruchet (1896). Magnifique ouvrage de la période Symboliste et Art Nouveau. Tirage rare à 210 exemplaires seulement pour les Bibliophiles indépendants. Superbe exemplaire de la bibliothèque Léon Schuck relié en maroquin mosaïqué Art Nouveau par Marius-Michel.


Octave Uzanne / Henri Caruchet, illustrateur.

Voyage autour de sa chambre. Illustrations de Henri Caruchet gravées à l'eau-forte par Frédéric Massé, relevées d'aquarelles à la main.

Imprimé à Paris pour les Bibliophiles Indépendants, Henry Floury libraire, Paris, 1896 (Imprimerie Maire, 1897)

1 volume in-8 (27,5 x 21 cm), de 36 pages, toutes gravées à l'eau-forte (texte et encadrement illustré rehaussé à l'aquarelle), suite complète en noir des eaux-fortes avec remarques sans le texte.

Reliure de l'époque plein maroquin bleu nuit, dos à nerfs, plats décorés d'une mosaïque d'iris polychrome (premier plat) se prolongeant sur le deuxième plat (tiges), encadrement intérieur du même maroquin décoré dans les angles de fleurs mosaïquées et dorés, encadrement intérieur de filets dorés, doublures de soie brochée bleu ciel à motifs géométriques, gardes de papier peigne, tranches dorées sur témoins (relié sur brochure). Reliure signée MARIUS-MICHEL. Etui bordé (légèrement frotté. Le dos de la reliure est uniformément légèrement assombri. Les deux couvertures sont conservées en parfait état (dont la magnifique couverture illustrée par Henri Thiriet - voir photo). Le prospectus de l'édition est relié à la fin du volume.


Tirage uniques à 210 exemplaires.

Celui-ci imprimé pour M. Schuck (imprimé - exemplaire de souscription).

Superbe ouvrage magnifiquement illustré par Henri Caruchet dans le plus pur style Art Nouveau et Symboliste.





Le texte a été calligraphié par Antoine Barbier et reporté sur cuivre à l'eau-forte. Les compositions de Caruchet encadrent le texte. Toutes les pages ont été aquarellées à la main sous la direction d'Octave Uzanne. Le volume sort des presses de A. Maire, imprimeur taille-doucier à Paris.









Archétype du très beau livre de bibliophilie fin de siècle.

Provenance : de la bibliothèque de Léon Schuck (vendue en 1931 par Léopold Carteret). Il était membre des Sociétés "Les Cent Bibliophiles" ; "Les XX" , "Le Livre contemporain" et "Le Livre d'Art", etc. "Léon Schuck naquit dans le Midi (Marseille) ; il débuta dans une carrière qu'il devait suivre avec maîtrise ; la préoccupation de ses loisirs fut de réunir des livres" nous dit Carteret dans son Trésor du bibliophile, livres illustrés 1875-1945. Et il se plaça dès le départ parmi les novateurs. Le texte avant tout ! Durant sa longue carrière de bibliophile il va tout subordonner tous les éléments de sa bibliophile au choix des textes. Choix qu'il entendra suivre la seule inspiration de sa fantaisie et de son goût personnel. La vogue et le succès n'auront eu auprès de lui que peu d'emprise. Il vénérait Sainte-Beuve. A l'époque de la Société du Livre (1904), il collabora avec Beraldi, Conquet et Pelletan pour produire la fine fleur du livre illustré de l'époque. Ses choix ne furent pas confus, au contraire, M. Schuck alliait l'élégance et l'unité du goût dans ses choix. M. Schuck ne s'intéressa pas aux livres anciens. M. Schuck tomba malade un peu avant 1913 et on ne trouve presque plus de livres postérieurs à cette date dans sa bibliothèque. Dix années de cruelles souffrances l'épuisèrent peu à peu. Il ne rechercha plus de nouveaux livres. Peu de temps avant de mourir il nota dans un de ses cahiers intimes, d'après Michel de Montaigne : "C'est la meilleure munition que j'aye trouvée à cet humain voyage."








Ce court récit autobiographique (nous n'en doutons pas), a été publié une première fois dans le volume intitulé Le Calendrier de Vénus, en 1880. Sous le même titre Voyage autour de sa chambre, Octave Uzanne nous conte cette histoire malheureuse. Qu’est-ce que ce Voyage autour de sa chambre ? Comme l’indique tout à fait explicitement le sous-titre donné par Octave Uzanne en 1880 : Réminiscence. Du latin reminisci (se souvenir) et de menimi (avoir présent à l'esprit). Le narrateur (Octave Uzanne) se souvient de ses premières amours de dix-huit ans. Mais pas n’importe quels amours, un amour, celui d’une seule, disparue dans la fleur de l’âge. « (…) mignardes hantises de mes dix-huit ans » écrit-il. Ce texte est une complainte à l’amour perdu : « Une ancienne chanson d'amour voltige dans la solitude ; dans ce nid charmant où l'on était si bien à deux, il ne reste que des rêves de volupté indécise et la sarabande enlaçante, mystérieuse et sinistre des souvenirs, ces revenants de l'âme qu'on évoque, qu'on chasse et qu'on appelle encore. » C’est un récit charnel où il évoque les « caresses friponnes d'autrefois ». Cet amour était mortel et mortifère : « quand je jetai mon cœur dans ton âme avec la furie des désirs qui se cabrent et l'impétuosité des prurits cuisants, quand je m'agenouillai pour la prime fois devant ta beauté absorbante, quand nos lèvres allangouries se donnèrent la becquée divine, alors, j'aurais dû cesser de vivre ; j'étais Dieu dans la Création ! » Qui pouvait bien être cette « blonde » aux « longues tresses blondes dont parfois dans sa nudité, elle se faisait un manteau d'or. » ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Quelle est la part du rêve et de la réalité ? Le narrateur (Octave Uzanne ?) a aimé ! aimé à perdre la raison, dans ses premières années de virilité. Mais « la mort, en surprenant la pauvrette a fauché mon âme avec la sienne » écrit-il. « O la seule amante aimée, je reviens chaque jour faire ce tendre voyage autour de ta chambre ». Confession ? Romanesque ?



Superbe exemplaire parfaitement établi par Marius-Michel en maroquin mosaïqué dans plus pur style Art Nouveau provenant d'une prestigieuse bibliothèque (Léon Schuck).

VENDU