vendredi 12 mars 2021

Félicien Champsaur. Lulu, roman clownesque (1929). 330 illustrations par Jacquelux (jaquelux). Un des rarissimes 10 exemplaires sur Japon. Très rare exemplaire resté broché.


Félicien CHAMPSAUR. JACQUELUX (illustrateur).

LULU. Roman clownesque.

Paris, Fasquelle éditeur, 1929

1 volume in-8 carré (20,5 x 18 cm), broché de 348-(1) pages. Couverture illustrée par Jacquelux imprimée en couleurs. Exemplaire non rogné, à toutes marges. Les pages ont été coupées. Débuts de fente au papier du dos néanmoins le volume reste solidement broché. Volume très frais. Impression en plusieurs couleurs, le texte est imprimé en bleu, les illustrations dans le texte et hors-texte sont tirée selon les pages en bleu ou en rouge.

Un des 10 exemplaires sur Japon, seul grand papier.

La mention "Exemplaire sur Japon" est imprimée au dos du volume. L'exemplaire n'est pas numéroté (aucune mention de numérotation).

Nouvelle édition illustrée de 330 "images de Jacquelux".





Ce roman pantomime fleuve a paru pour la première fois en 1901. "La figure de Lulu, première clownesse, hante l’imaginaire de Félicien Champsaur à partir de 1888, l’amenant à écrire deux pantomimes et divers textes en prose, dont un roman illustré intitulé Lulu, roman clownesque (1901) et qui sera placé au centre des réflexions sur la conception par l’auteur d’un roman qu’il souhaite « moderniste ». La trajectoire de la protagoniste vers la gloire peut se lire comme la mise en abyme de l’ascension du nouveau genre romanesque (où se côtoient le texte et les illustrations) que prône Champsaur. Dès son enfance, Lulu se plaît à regarder, en secret, des livres illustrés et à se travestir en jeune femme séduisante grâce aux tenues mondaines de sa mère. L’apprentissage de poses et de postures par le biais de livres « illicites » ainsi que l’appropriation de toilettes féminines permettront au personnage féminin de séduire le public - hommes et femmes confondus - de manière spectaculaire. S’il est vrai que les secrets de Lulu ont partie liée avec le pouvoir de séduction propre à l’imaginaire d’un féminin séculaire, cette figure magistralement orchestrée par Champsaur à travers les 426 pages de son roman en recèle bien d’autres. Lulu a pour vocation d’illustrer littéralement et métaphoriquement la voie à suivre dans le but de faire advenir le modernisme en terme de renouvellement romanesque à l’époque moderniste." (Andrea Oberhuber, in Secrets de Lulu : Félicien Champsaur et la conception du roman « moderniste ».






Félicien Champsaur  (1858-1934) était journaliste, dramaturge, romancier, et poète. Aujourd’hui en partie oublié, il fut l’un des écrivains les plus productifs de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe. Il laisse à la postérité une importante production journalistique et romanesque dont Dinah Samuel, d'après sa liaison avec Sarah Bernhardt, et Lulu, roman clownesque, publié en 1888, qui inspira La Boîte de Pandore de Frank Wedekind et l'opéra du même nom d'Alban Berg. "Coutumier des cercles littéraires et des brasseries montmartroises où s’édifie une conception moderne de la littérature et des arts (Le club des Hydropathes, Le Chat noir), il s’enivre de tous les plaisirs qu’offre l’espace de la création artistique parisienne où il entrevoit les fondements de son entreprise artistique. Il fréquente alors certaines figures illustres du Paris artistique et littéraire telles Hugo, Verlaine, Rops, Grévin, Rodin… En 1899, le guide Paris-Parisien le considère comme une « notoriété des lettres », en soulignant son « parisianisme raffiné » et son « féminisme aigu »".










« Je crois que le roman doit être multiforme, d’une originalité toujours renouvelée et de profonde vie, artiste, paré de toutes les richesses littéraires. Il doit, véridique, peuplé de types réels, choisis dans l’existence, s’inspirer des caractères observés d’hommes et de femmes, mais ne point se borner à les figer en des photographies quelconques, même retouchées par un artisan soigneux. La littérature contient, résume et diffuse tous les arts : elle doit les mêler en ses artifices » (Lulu, roman clownesque, 1888-1901)

L'image de Félicien Champsaur fut ternie par de nombreuses accusations de plagiat, à priori fondées. Léon Bloy qui assaisonnait tout le monde, dit de lui qu'« il est le seul homme de lettres ayant osé publier un livre plagié de tout le monde, à peu près sans exception, et fabriqué de coupures dérobées aux livres les plus connus, sans autre changement que l'indispensable soudure d'adaptation à son sujet ».







Cette édition est remarquable par les quelques 330 dessins joyeux qui ornent presque chaque page. On y sent la joie et l'art de Lulu "Reine de Paris", son destin et ses aventures spectaculaires, dans tous les sens du terme. La couverture illustrée également par Jacquelux est selon nous l'une des plus jolies de la période.

A noter que les exemplaires ordinaires de ce livre se sont mal conservés, la faute à un papier ordinaire qui a bruni pour tous les exemplaires rendant l'intégralité de l'édition quasi indésirable pour les bibliophiles exigeants, à l'exception de ces rares exemplaires sur Japon, tels que le nôtre.

L'illustrateur Jacquelux de son vrai nom Lucien Alexandre Marie Toniet dit Lucien Jaquelux, ou Jacquelux est né à Orléans (Loiret) le 18 août 1894 et mort à Langres (Haute-Marne) le 25 septembre 1946. Il fut peintre, illustrateur, décorateur et réalisateur français. Il a produit un grand nombre d'illustrations pour les revues et pour les livres (notamment d'élégantes couvertures notamment pour les très nombreux ouvrages de Félicien Champsaur) où la femme et l'érotisme ne sont jamais absents. Il a notamment travaillé pour le magazine de charme Le Sourire entre 1924 et 1933. Il participa en tant que décorateur de plateau à l'essor du cinéma, devint assistant-réalisateur puis réalisateur (1930-1937).

Très beau livre illustré typique de la période Art Déco.

Très bon exemplaire, du rarissime tirage de luxe sur Japon, qui mérite les honneurs d'une luxueuse reliure.

VENDU

jeudi 11 mars 2021

Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone]. La prévention nationale, Action adaptée à la scène ; avec deux Variantes, et les Faits qui lui servent de base (1784). Edition originale. Très bon exemplaire.


RETIF DE LA BRETONNE (Nicolas-Edme) [RESTIF DE LA BRETONE]

La prévention nationale, Action adaptée à la scène ; avec deux Variantes, et les Faits qui lui servent de base : Première partie : contenant La Prévention nationale action en cinq actes, son analyse, et la seconde variante. [...] Seconde partie : contenant la première variante, I. les lettres authentiques, II. les traits historiques, III. le fait original, IV, le prisonnier de guerre, par N. E. Rétif-de-la-Bretone [...].

A La Haie, et se trouve à Paris chés Regnault, 1784

2 parties reliées en 2 volumes grand in-12 (18,5 x 11 cm) de 302 pages, 216 pages ; et 217 à 455-(1) pages. Les 8 pages de l'Analyse de la Dernière aventure d'un homme de quarante-cinq ans et réclame sur les ouvrages de Rétif sont bien présentes et reliées à la fin du volume. 10 estampes hors-texte.

Reliure demi-veau blond du milieu du XIXe siècle, dos lisses ornés de filets dorés, plats et gardes de papier peigne, tête rouge, non rogné (ébarbé). Reliure légèrement frottée avec quelques marques du temps. Reliures solides. Petits manques à l'extrémité des coiffes supérieures. Complet des 10 estampes (de format variable comme toujours pour cet ouvrage). La figure pour Jeanne d'Arc a été reliée en frontispice (mal placée).

Edition originale.






Ce "triple" drame en cinq actes que Rétif " devait être joué aux Italiens par le célèbre acteur dramatique Granger" (Rives Childs). Il est adapté du roman épistolaire "La Malédiction paternelle" publié en 1779. L’édition proposer trois versions du drame avec une "Analise (sic) de la Pièce par l’Éditeur" et, sous un titre propre, d’une "seconde composition, ou Seconde Variante, Rendue à la manière de Shakespear, c’est-à-dire, sans unité-de-temps ni de lieu, afin-de pouvoir tout mettre en-tableaus vivans, sous les ïeus des Spectateurs". Le second volume débute par la "seconde partie" contenant la première variante de La Prévention Nationale qui est suivie des pièces justificatives et des "Fais qui servent de base" au drame, c’est-à-dire des Lettres authentiques, des Traits historiques (Jeanne d’Arc, Le Chevalier D’Assas, Charles Dulis et Les Deux anglais), du Fait original (Le fils obéissant) et du Prisonnier de guerre. L’édition se termine par divers textes sur l’œuvre, dont une lettre de Voltaire.






L’édition est illustrée de 10 figures hors texte non signées, dessinées et gravées par Louis Binet (attribuées à). Les gravures ont des tailles plus ou moins grandes selon les exemplaires rencontrés. Dans la cinquième figure du tome I, le père de famille est représenté sous les traits de Restif lui-même.

"Les productions de M. Rétif de la Bretonne portent toutes un caractère d'originalité la plus singulière, jusques dans leurs titres ; ce qui en a fait le succès. Cet auteur fécond se livre à tout ce qu'une imagination bouillante fait naître sous la plume. Les sujets qu'il traite dans ces trois parties sont pris au hasard, de l'histoire, des romans, des drames, etc." (Journal Encyclopédique, juin 1784)

Fils de paysans de l'Yonne, devenu ouvrier typographe à Auxerre et Dijon, Nicolas Restif de La Bretonne s'installe à Paris en 1761 : c'est alors qu'il commence à écrire. Il a une vie personnelle compliquée et est sans doute indicateur de police. Polygraphe, il fait paraître de très nombreux ouvrages touchant à tous les genres, du roman érotique (L'Anti-Justine, ou les Délices de l'amour) au témoignage sur Paris et la Révolution (Les Nuits de Paris ou le Spectateur nocturne, 1788-1794, 8 volumes) en passant par la biographie avec La Vie de mon père (1779) où il brosse un tableau idyllique du monde paysan avant la Révolution avec la figure positive de son père. Il a également touché au théâtre sans grand succès. Cherchant constamment des ressources financières - il mourra d'ailleurs dans la misère -, il écrit aussi de nombreux textes pour réformer la marche du monde. Cependant l'œuvre majeure de Restif de la Bretonne est sa vaste autobiographie, Monsieur Nicolas, en huit volumes échelonnés entre 1794 et 1797. Ce livre fleuve se présente comme la reconstruction d'une existence et expose les tourments de l'auteur/narrateur comme à propos de la paternité - le titre complet est Monsieur Nicolas, ou le Cœur humain dévoilé -, mais témoigne aussi de son temps et constitue une source très abondante de renseignements sur la vie rurale et sur le monde des imprimeurs au XVIIIe siècle. C'est aussi un philosophe réformateur pénétré de rousseauisme qui publie des projets de réforme sur la prostitution, le théâtre, la situation des femmes, les mœurs, et un auteur dramatique. (source Babelio).

Références : Rives Child, p. 284-285. Lacroix, XXVII, p. 215-224.







Très bon exemplaire.

Prix : 2.000 euros



vendredi 5 mars 2021

L'évolution, la révolution et l'idéal anarchique par Elisée Reclus (1898). Edition originale sur papier papier de Hollande (10 exemplaires). Bel exemplaire relié à l'époque par Canape.

Élisée RECLUS.

L'évolution, la révolution et l'idéal anarchique.

Paris, Stock, 1898 (Imprimerie Générale A. Pichat à Châtillon-sur-Seine)

1 volume in-18 (19,5 x 13 cm) de 296 pages.

Reliure de l'époque demi-maroquin chocolat à larges coins, dos à nerfs orné aux petits fers dorés, tête dorée sur témoins, non rogné, plats et dos de couverture rouge imprimée conservés en parfait état. Excellent état de la reliure avec seulement quelques légers frottements sur les plats et aux mors. Intérieur très frais.

Édition originale.

Un des 10 exemplaires de luxe tirés à part sur papier de Hollande et numérotés à la presse.


Communard militant et théoricien anarchiste, Elisée Reclus (1830-1905) participe au journal "Le Révolté" avec ses condisciples anarchistes Pierre Kropotkine et Jean Grave. Il fut par ailleurs un géographe renommé auteur de nombreux ouvrages estimés.

Ce volume fait partie de la Bibliothèque sociologique (n°19) de l'éditeur P.-V. Stock.









" [...] l'on fait preuve d'ignorance en imaginant entre l'évolution et la révolution un contraste de paix et de guerre, de douceur et de violence. Des révolutions peuvent s'accomplir pacifiquement, par suite d'un changement soudain du milieu, entraînant une volte-face dans les intérêts ; de même des évolutions peuvent être fort laborieuses, entremêlées de guerres et de persécutions. Si le mot d'évolution est accepté volontiers par ceux-là même qui voient les révolutionnaires avec horreur, c'est qu'ils ne se rendent point compte de sa valeur, car de la chose elle-même ils ne veulent à aucun prix. Ils parlent bien du progrès en termes généraux, mais ils repoussent le progrès en particulier. Ils trouvent que la société actuelle, toute mauvaise qu'elle est et qu'ils la voient eux-mêmes, est bonne à conserver ; il leur suffit qu'elle réalise leur idéal : richesse, pouvoir, considération, bien-être. Puisqu'il y a des riches et des pauvres, des puissants et des sujets, des maîtres et des serviteurs, des Césars qui ordonnent le combat et des gladiateurs qui vont mourir, les gens avisés n'ont qu'à se mettre du côté des riches et des maîtres, à se faire les courtisans des Césars. Cette société donne du pain, de l'argent, des places, des honneurs, eh bien ! que les hommes d'esprit s'arrangent de manière à prendre leur part, et la plus large possible, de tous les présents du destin ! Si quelque bonne étoile, présidant à leur naissance, les a dispensés de toute lutte en leur donnant pour héritage le nécessaire et le superflu, de quoi se plaindraient-ils ? Ils cherchent à se persuader que tout le monde est aussi satisfait qu'ils le sont eux-mêmes : pour l'homme repu, tout le monde a bien dîné. Quant à l'égoïste que la société n'a pas richement loti dès son berceau et qui, pour lui-même, est mécontent de l'état des choses, du moins peut-il espérer de conquérir sa place par l'intrigue ou par la flatterie, par un heureux coup du sort ou même par un travail acharné mis au service des puissants. Comment s'agirait-il pour lui d'évolution sociale ? Évoluer vers la fortune est sa seule ambition ! Loin de rechercher la justice pour tous, il lui suffit de viser au privilège pour sa propre personne. [...]" (extrait du chapitre 1).

Pierre Kropotkine, ami intime d’Élisée Reclus, qu’il a rencontré pour la première fois en 1877, le définit ainsi : « Type du vrai puritain dans sa manière de vivre et, au point de vue intellectuel, le type du philosophe encyclopédiste français du dix-huitième siècle ».








Bel exemplaire du rarissime tirage sur Hollande, ici agréablement relié à l'époque par Canape père. 

Très rare dans cette condition.

Prix : 2.200 euros