Beaux livres anciens et modernes - Bibliophilie - Reliures - Editions originales - Livres illustrés - Estampes - Dessins - Photographies - Bertrand Hugonnard-Roche, Bibliophile - libraire.
vendredi 6 mars 2020
Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone]. Les Françaises ou XXXIV exemples choisis dans les mœurs actuelles, propres à diriger les Filles, les Femmes, les Épouses et les Mères. 1786. Rare. Bel exemplaire.
Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone].
Les Françaises, ou XXXIV exemples choisis dans les mœurs actuelles, propres à diriger les Filles, les Femmes, les Épouses et les Mères. Ier Volume : Les Filles. IId. Volume : Les Femmes. IIIe Volume : Les Épouses. IVe Volume : Les Mères.
A Neufchâtel, et se trouve à Paris Chés Guillot, 1786
4 volumes in-12 (17,8 x 10,5 cm) de 272, 312, 312 et 324 pages. 34 figures hors-texte d'après les dessin de Binet commandés et dirigés par Rétif lui-même.
Reliure demi-veau blond, dos à faux-nerfs orné à la grotesque, pièce de titre de maroquin rouge, pièce de tomaison de maroquin vert (reliures vers 1850). Petits éclats au papier sur les coupes, dos avec quelques décolorations ou parties plus foncées, sans gravité. Intérieur frais. Collationné complet du texte et des figures qui sont d'un très beau tirage. Une figure fissurée latéralement habilement recollée au moment de la reliure (très peu visible au recto). Notre exemplaire ne contient pas les 7 feuillets d'annonces pour la table des Contemporaine et une liste des ouvrages de l'auteur (indiqués par Rives-Childs mais non mentionnés par Lacroix).
Edition originale.
Recueil de nouvelles écrit en seulement 26 jours.
"Je donne pour titre à ces IV Volumes, Les Françaises, parce que les Trente-quatre Exemples qui les composent, offrent un tableau général de nos mœurs, où les Jeunes personnes les Femmes de tout âge, trouveront réunis les devoirs de leur état, les moyens d'être vertueuses, agréables à leurs Parents, à leurs Époux, respectables à leurs Enfants, chéries de leurs Concitoyens" (Avis de l'éditeur).
On trouve également dans cette publication, deux drames en 5 actes, l'un intitulé La Fille naturelle situé à la fin du second volume, l'autre portant comme titre La Cigale et la Fourmi qui termine le dernier volume. C'est dans le tome I que Rétif prophétise notamment la Révolution ainsi que les réformes agraires que la majorité des pays connaîtront aux XIXe et XXe siècles.
L'édition est illustrée de 34 figures hors texte numérotées, gravées par Giraud l'aîné d'après les dessins de Louis Binet qui les exécuta à partir des consignes de l'auteur. Seulement deux gravures sont signées de l'artiste. "Rien n'est plus étrange que ces femmes longues et maigres, à têtes de lilliputiennes, et que ces enfants qui semblent sortir d'un bocal d'esprit de vin. On peut supposer que c'était un nouveau goût anormal qui couvait dans l'imagination excentrique de l'amoureux des petits pieds." (Lacroix).
Selon Cohen: "Dans aucun des ouvrages de Restif, Binet n'a autant exagéré la petitesse des têtes et la finesse des tailles des femmes". Rétif s'est plu à mettre en scène Grimod de La Reynière fils dont on trouve le portrait très réussi dans la figure illustrant la partie sur l'Épouse d'ivrogne (tome III).
« Ce ne sont pas des bibliothèques qu'il faut aux jeunes filles. Une fille savante est hors de la Nature et une sorte de monstre. Le jeune sexe ne peut faire que des lectures de morale pratique, qui lui montrent directement ses devoirs et l'avantage de les remplir. » (Rétif de la Bretonne, Les Françaises, Avis au début du tome I.).
"Cet ouvrage est fort rare ; le libraire Guillot en fut l'éditeur, ainsi que des Parisiennes et des Filles du Palais-Royal." (Lacroix).
"Le succès des Contemporaines avait excité la convoitise des libraires, qui s'adressaient à Restif pour avoir les suites de ce vaste recueil, lequel finit par former 65 volumes comprenant plus de mille nouvelles. Guillot traita aux meilleures conditions avec Restif, à qui il demandait seulement un choix de ces Nouvelles déjà publiées; mais Restif fut averti qu'il s'exposait à un procès de la part des libraires auxquels il avait vendu déjà ses ouvrages : il prit le parti de faire à nouveau quatre volumes d'exemples choisis, accompagnés d'une douzaine de lectures savantes et curieuses. [...] Le Recueil des Françaises passa presque inaperçu, les journalistes ne daignèrent pas s'en occuper. Il est vrai que Restif avait pris le parti de ne plus adresser un seul exemplaire de ses livres nouveaux à ces journalistes qu'il regardait comme des ennemis irréconciliables; il refusait même brutalement de leur donner des exemplaires, quand on lui en faisait demander par son libraire. La critique s'était, il est vrai, un peu trop déchaînée contre les Contemporaines et contre la Paysanne pervertie, après avoir reconnu presque unanimement les grandes qualités du Paysan. Puis, des articles railleurs et goguenards avaient comblé la mesure : Restif, qui ne riait jamais et qui n'entendait point prêter à rire, n'avait pas laissé sans réponse ces attaques à coups d'épingle, qu'on ne lui épargnait pas, surtout dans les feuilles de province." (Lacroix).
On sait désormais d'après Mes Inscripcions que les dessins sont bien de Binet. Rétif en choisissait lui-même les sujets et en dirigeait l'exécution.
Les Françaises précèdent d'une année les Parisiennes (1787) qui en sont comme le complément.
Références : Lacroix, Rétif de la Bretonne, p. 241-247 ; Rives-Childs, Bibliographie de Rétif de la Bretonne, p. 296-297 ; Un exemplaire des Françaises reliées en maroquin de Chambolle-Duru était listé 300 francs au catalogue de la librairie Auguste Fontaine (1875).
Bel exemplaire de ce titre rare de Rétif de la Bretonne.
VENDU
jeudi 5 mars 2020
Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone]. Les Parisiennes ou XL Caractères généraux pris dans les moeurs actuelles propres à servir à l'instruction des personnages du sexe. 1787. Edition originale très rare, ici en condition d'époque. Bel exemplaire.
Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone].
Les Parisiennes, ou XL Caractères généraux pris dans les Moeurs actuelles, propres à servir à l'instruction des Personnages du Sexe : Tirés des Mémoires du nouveau Lycée des moeurs. I. Volume : Les Jeunes filles et les filles à marier. II. Volume : Les Nouvelles Mariées : Les Mariées depuis 3 ans. III. Volume : Les Épouses à imiter - à fuir. IV. Volume : Les Jeunes Mères et Mères de Grands enfants.
A Neufchâtel, et se trouve à Paris, chés Guillot, 1787
4 volumes in-12 (17 x 10,5 cm) de 300, 388, 392 et 380-(4) pages. 20 estampes hors-texte (probablement en grande partie d'après les dessins de Binet sur les directives précises de Rétif lui-même).
Reliure strictement de l'époque plein veau porphyre, dos lisses ornés aux petits fers dorés (lyres), pièces de titre et tomaison de maroquin vert, tranches marbrées, doublures et gardes de papier marbré. Quelques anciennes et assez habiles restaurations aux reliures (extrémités de coiffes et coins). Reliures solides et décoratives. Intérieur assez frais malgré quelques rousseurs et salissures. Collationné complet. Les estampes sont d'un beau tirage.
Édition originale.
"Les vingt gravures numérotées, mais sans légendes, dont l'ouvrage est orné, sont anonymes ; on n'y reconnaît pas le crayon de Binet. On peut croire aussi qu'elles ont été gravées par un artiste bien inférieur à Berthet et à Le Roy. Cependant elles sont très-singulières ; elles offrent des têtes de femmes si variées et si piquantes, qu'on peut les prendre pour des portraits. Il faut en attribuer la composition au caprice de Restif, qui, sans savoir dessiner, faisait exécuter ses esquisses ou ses données par les dessinateurs qu'il employait. M. Monselet remarque, dans cette dernière figure qui représente le Jugement de Paris, que « Vénus s'y montre nue, avec une paire de lias et des jarretières, mais elle est en grande coiffure poudrée »." (Lacroix)
"L'Avant-propos des Parisiennes expose l'origine de l'ouvrage. On agitait devant une mère de famille la question de savoir si les femmes devaient être instruites et même savantes : tout le monde fut pour l'affirmative, excepté la mère de famille : « Si l'on voulait m'en croire, dit-elle, les femmes ne sauraient que la morale, si ce n'est un peu de musique. La raison que j'en donne, c'est que la frivolité la plus ridicule et même la plus coupable est moins nuisible aux femmes que la science. » Là-dessus, on convient de créer un Musée, un Lycée, dans lequel il n'y aura que des femmes, et où l'on ne parlera que morale. Les huit dames qui composent ce Lycée s'engagent à raconter tous les mois deux histoires ayant pour base un caractère de femme. Les séances commencent le 30 novembre 1785 et durent jusqu'au printemps. La première séance est consacrée à la rédaction des statuts du Lycée des Mœurs. Les anecdotes, que chaque dame raconte à son tour, sont entremêlées de discours moraux. [...] L'ouvrage, comprenant 40 caractères, avec 8 discours, finit à la page 308 du tome IV. La présidente du Lycée des Mœurs propose alors de remplacer les séances par la lecture de bons livres de morale tendant au même but. On devine que Restif n'a pas perdu l'occasion de proposer, pour ces lectures choisies, quelques-uns de ses livres, les plus décents du moins. « Telle est aujourd'hui la matière des séances du Lycée des Mœurs, très-supérieur à tous ces Lycées frivoles, où les hommes et les femmes vont perdre leur temps à entendre d'inutiles discours, qui font, de leurs auditeurs dans les deux sexes, des superficiels orgueilleux, au lieu de superficiels sans conséquence, qu'ils étaient auparavant. ». " (Lacroix)
« M'étant aperçu que je n'avais pas encore donné aux femmes, dans les quatre volumes précédents [les Françaises) , tous les préceptes pratiques nécessaires, je composai ceux-ci, dans lesquels j'enseigne aux femmes les moyens de conserver le goût des hommes, par leur caractère et leur propreté; pour cet article-ci, je leur mets le doigt dessus, en leur disant : Lavez-vous, comme une musulmane. Je leur recommanderai volontiers de s'abluer, après chaque déjection, grosse ou menue, et je le fais d'une manière couverte. Ces quatre volumes, tant au moral qu'au physique, sont réellement un livre classique pour les personnes du sexe. » (Rétif, Monsieur Nicolas)
Rétif était très fier de ses Parisiennes, il écrit : « Ce sont ici les Caractères, au nombre de 42, mis en action, avec 22 nuances, qui les portent à 64. Jamais on n'avait encore donné aux femmes des conseils aussi clairs, aussi adaptés aux épouses, aussi faits pour les femmes de notre âge, qui ont oublié tout ce qui convient à leur sexe, pour ne s'occuper que de ce qui convient au nôtre. Cet ouvrage est un chef-d'oeuvre. Aussi M. Butel-Dumont, homme très sévère, disait-il que, s'il était ministre, il en ferait réimprimer 50 mille pour les faire distribuer par tout le royaume, afin d'y rétablir les bonnes mœurs. » (in Les Contemporaines, à la fin du tome XXIV, seconde édition).
"M. Henri Cohen supposait que les vingt gravures numérotées sans légendes, et non signées, furent "probablement de Binet". Or les renseignements que Mes Inscripcions nous fournissent à ce propos prouvent que non seulement Binet fit quelques dessins des Parisiennes, mais aussi Richomme, graveur en taille-douce, Aze et Berthet" (Rives-Childs)
"c'est un des meilleurs ouvrages de Restif" selon Cubières-Palmézeaux
Cet ouvrage de Rétif est devenu très rare ; il ne fut jamais réimprimé ni contrefait.
Références : Lacroix, Rétif de la Bretonne, pp. 247-250 ; ouvrage coté 300 francs en maroquin de Chambolle-Duru (XIXe s.) chez le libraire Auguste Fontaine (1875) ; Rives-Childs, Bibliographie des ouvrages de Rétif de la Bretonne, 302.
Bel exemplaire en condition d'époque.
Prix : 3.500 euros
mercredi 4 mars 2020
Edouard Montagne. Gorguet et Fau. La Feuille à l'envers (1885). Exemplaire de l'auteur sur Japon (30 ex.). Superbe reliure maroquin rouge signée Gretzinger (relié pour la bibliothèque de l'auteur).
Edouard Montagne (auteur). Gorguet et Fau (illustrateurs). L. Gretzinger (relieur).
La Feuille à l'envers par Edouard Montagne. Illustrations de Gorguet et Fau.
Paris, Ed. Monnier et Cie, 1885 [imprimerie de Crété à Corbeil]
1 volume in-8 (23,5 x 16 cm) de 109-(3) pages. 10 illustrations hors-texte rehaussées à l'aquarelle (impression or pour certaines parties). 1 vignette de titre aquarellée et 10 lettrines historiées rehaussées or ou aquarelle, 10 vignettes en cul-de-lampe (noir).
Reliure strictement de l'époque plein maroquin rouge vif, dos à nerfs richement orné aux petits fers dorés, triple-filet doré en encadrement des plats, double-filet doré sur les coupes, tête dorée, non rogné pour les autres tranches, gardes et doublures de papier peigne, large jeu de roulettes dorées en encadrement intérieur des plats, couverture conservée (état neuf - les deux plats). Etui-boîte (ouverture verticale) avec pièce de titre de maroquin rouge au dos. Reliure signée GRETZINGER (Louis Gretzinger). Parfait état.
Edition originale.
Exemplaire sur papier du Japon du tirage de luxe à 30 exemplaires seulement.
Exemplaire non numéroté, non signé, mais provenant de la bibliothèque de l'auteur (Edouard Montagne) et relié pour lui.
Ce charmant volume contient 10 historiettes grivoises ou gauloises (au choix) : Les exigences de la politique, Le petit hippopotame, le Pacha à trois queues, Le fiacre accusateur, le Paradis de Mahomet, La chambre du marquis de Pourceaugnac, L'affaire est au rôle, Le tombeau de madame Barbebleue, Une monstruosité, Le Général somnambule.
Édouard Charles Philippe Montagne (Paris, 18 avril 1830-Paris, 30 avril 1899) était romancier, librettiste, auteur dramatique et vaudevilliste français. Ses pièces ont été représentées sur les plus grandes scènes parisiennes du XIXe siècle : théâtre des Délassements-Comiques, théâtre Beaumarchais, théâtre des Folies-Dramatiques, théâtre de l'Ambigu-Comique, etc. Montagne était aussi connu comme le délégué du comité de la Société des gens de lettres, auquel Octave Mirbeau s'affrontera lors de l'affaire Zola-Jean Grave, en août 1891.
Edouard Montagne fit luxueusement relier ses ouvrages par Louis Gretzinger (relieur à Paris, 45 sur de Sèvres, dans les années 1880-1890). Edouard Montagne n'a pas utilisé d'ex libris (aucun ex libris référencé). Nous possédons plusieurs autres ouvrages provenant de la bibliothèque d'Edouard Montagne dans une même reliure de maroquin rouge. Nous possédons également un ouvrage qu'Edouard Montagne a offert à un ami en le faisant relier aussi par Gretzinger. Les reliures signées de ce relieur n'ont rien à envier aux plus fines réalisations de Chambolle-Duru, Champs, Allô, pour ne parler que des plus connus dans ce style classique.
Edouard Montagne meurt en 1899 du chagrin causé par la mort de son fils dévoré par deux tigres dans l'Inde française. Dans son testament, Edouard Montagne spécifie qu'il ne souhaite personne derrière son cercueil, pas même ses camarades de la Société des gens de lettres.
Superbe exemplaire finement relié pour l'auteur du rare tirage sur Japon.
Prix : 1.600 euros
mardi 3 mars 2020
Jean Giraudoux. Siegfried. 1928. Pièce en 4 actes. 1/62 ex. sur Madagascar. Superbe reliure doublée signée Jean Duval.
Jean Giraudoux.
Siegfried. Pièce en 4 actes par Jean Giraudoux.
Paris, Bernard Grasset, 1928
1 volume in-12 (18,5 x 12,5 cm) de 221-(3) pages.
Reliure strictement de l'époque plein maroquin vert sombre doublé de maroquin chamois, dos à quatre nerfs saillants, doublure de maroquin poli sertie d'un filet doré, filets dorés sur les coupes (angles), gardes de moire beige, tête dorée, non rogné, couvertures (une couverture verte et une couverture blanche conservées, les deux plats et le dos, parfaites). Etui bordé de maroquin. Reliure signée Jean Duval (1894-1964). Le dos de la reliure et les bords de l'étui ont foncé. Quelques rousseurs, la plupart sur les tranches. Deux petites traces de choc sur l'étui (sans gravité). Superbe ensemble.
Édition originale.
Tirage de tête à 62 exemplaires sur Madagascar (n°4).
Deuxième Cahier Vert de la troisième série.
D'abord un roman, Siegfried et le Limousin (publié en 1922 chez le même éditeur), de Jean Giraudoux, ce dernier décida de l'adapter au théâtre en concentrant l'intrigue et fit ainsi son entrée triomphale dans le Gotha des jeunes auteurs au succès fulgurant. La première pièce de Giraudoux fut créée par Louis Jouvet, le 3 mai 1928. Inspirée très librement du roman Siegfried et le Limousin, elle raconte en quatre actes comment un allemand célèbre - qui a perdu la mémoire à la guerre - retrouve sa véritable identité de Français, sous la pression de son ennemi politique et grâce aux interventions subtiles de son ancienne maîtresse. Sur ce canevas, Giraudoux peignait de l’Allemagne un tableau contrasté, entre la séduction du romantisme et la menace d’un nationalisme revanchard. Incarnant un idéal pacifiste, cette pièce d’une écriture nouvelle connut un énorme succès et détermina le passage de Giraudoux à la scène et sa coopération viscérale avec Louis Jouvet.
« J’avais appris que l’auteur de Siegfried et le Limousin songeait à son roman pour la scène. À vrai dire, lorsque je le rencontrai pour la première fois il avait déjà écrit une pièce qui aurait duré huit heures » (Louis Jouvet, L ’Ordre, 16 mai 1938). Giraudoux accepta de bon cœur de retravailler sa pièce, en tenant compte des remarques, des coupures, des propositions de son metteur en scène, et le 3 mai 1928, le rideau de la Comédie des Champs-Élysées se levait sur l’histoire du soldat Siegfried. Blessé au champ de bataille, frappé d’amnésie, il avait été soigné et rééduqué en Allemagne, pour devenir, dans ce pays, un personnage de premier plan. En réalité, Siegfried était un écrivain français que reconnut Geneviève, sa fiancée du Limousin. Mis devant le fait accomplir, il dût se rendre à l’évidence. Évènement théâtral de la saison 1927-1928, la première représentation de Siegfried réunit le Tout-Paris. Le souvenir de la Grande Guerre était encore présent dans les cœurs et le public se passionna. La critique fut souvent plus qu’élogieuse mais parfois indignée. Certains louèrent « l’humour attendri et le lyrisme familier » « le diagnostique précis » de l’auteur. Mais, tandis que le critique du Petit Journal se félicitait que « l’œuvre (soit) essentiellement pacifique », René Doumic de l’Académie Française s’insurgeait : « C’est le cœur serré, dans un profond sentiment de tristesse et d’humiliation, que j’ai assisté à la pièce de M .Giraudoux Siegfried, une pièce allemande par un auteur français, une pièce à l’honneur de l’Allemagne ». En dépit de ce méchant article, le spectacle connut une très jolie carrière. Il atteint la 300 ème représentation avant de partir en tournée à travers la France. Le Duo Giraudoux-Jouvet poursuivit son travail de mise en scène avec Amphitryon 38 (comédie en 3 actes), Judith, Intermezzo, etc.
Les reliures signées Jean Duval sont réputées pour leur finesse d'exécution. Issu d'une grande famille de relieurs parisiens établis après la guerre de 1870. Jean Duval succéda à son père en 1921. Il exerça jusqu'à sa mort en 1964. Ancien élève de l'école Estienne, on lui doit la formation de nombreux relieurs, dont Pierre-Lucien Martin.
Très bel exemplaire en maroquin doublé de Jean Duval.
Prix : 3.000 euros
lundi 2 mars 2020
Emile Zola. Travail. Les Quatre Evangiles. 1901. Edition originale. Rare tirage à 30 exemplaires sur papier du Japon.
TRAVAIL. Les quatre évangiles.
Paris, Bibliothèque-Charpentier, Eugène Fasquelle, 1901
2 volume in-8 (23,5 x 18 cm), brochés, de (4)-329-(1) et (4)-338-(1) pages. Couvertures rempliées en papier décoré orange. Exemplaires non coupés, à toutes marges. Couvertures partiellement et légèrement éclaircies, deux minuscules taches noires sur le premier plat du second volume, volumes parfaitement conservés par ailleurs.
Édition originale.
Tirage de luxe à 30 exemplaires sur papier du Japon (n°13).
Il a été tiré en outre 200 exemplaires sur papier de Hollande et quelques exemplaires sur papier rouge (selon Clouzot, p. 281).
Travail est le dernier roman publié du vivant de l'auteur. Il s'agit d'un roman d'un nouveau genre pour Zola, puisque c'est une œuvre d'anticipation construite sur la volonté générale de progrès social et sur les évolutions industrielles de la fin du XIXe siècle. L'enquête préparatoire est encore plus détaillée que pour Germinal. Alors que les idéaux socialisants appellent à une lutte des classes sanglante, Zola aspire à une entraide. Il écrit : « je veux montrer toute cette vieille charpente sociale craquant sous la poussée démocratique, la question de la réorganisation du travail se posant comme la question-mère de la société future pour une juste distribution des richesses. » L'Exposition universelle de 1900, qui a passionné Zola, est incontestablement en filigrane du roman. Les progrès techniques ont une place centrale dans le récit, avec la Fée électricité, de nature à résoudre tous les maux de l'humanité ou la sidérurgie moderne, qu'il va observer près de Saint-Étienne aux Aciéries et Forges d'Unieux. Il prône aussi des idéaux comme « l'abolition du salariat » en exaltant le travail « nécessaire et noble ». La rédaction du roman débute en mars 1900 et s'achève en février 1901. Il est publié en feuilleton dans L'Aurore à partir de décembre 1900 et en volume chez Fasquelle en mai 1901. L'œuvre est reçue avec bienveillance à gauche, avec des critiques enthousiastes, de Jaurès notamment. Les associations coopératives, disciples de Fourier, voient en Zola un allié de poids et lui organisent un banquet le 9 juin 1901. Zola meurt asphyxié dans son appartement le 29 septembre 1902. Il laisse le troisième volet des Quatre évangiles intitulé Vérité terminé mais non corrigé. Il sera publié de manière posthume dans la presse entre septembre 1902 et février 1903, et publié en volumes chez Charpentier en mars 1903. Dans Vérité Zola transpose l'affaire Dreyfus dans le domaine de l'instruction publique, principalement illustrée par le combat des laïcs et des cléricaux. Enfin, le quatrième et dernier volet des Quatre évangiles, intitulé Justice, n'a subsisté qu'à l'état de projet. Il n'a jamais été écrit par Zola qui n'en n'a pas eu le temps. Selon les quelques notes laissées par Zola et retrouvées, ce livre devait prôner la création d'une République universelle. Le cycle des Quatre évangiles, aujourd'hui méconnu des lecteurs de Zola, se voulait profondément utopique et réformateur. L'immense cycle des Rougon-Macquart paru entre 1870 et 1893, somme naturaliste était le constat quand les Quatre évangiles s'annonçaient comme les solutions.
A propos de ce cycle des Quatre évangiles, Zola écrivait : « C'est la conclusion naturelle de toute mon œuvre, après la longue constatation de la réalité, une prolongation dans demain, et d'une façon logique, mon amour de la force et de la santé, de fécondité et du travail, mon besoin latent de justice, éclatant enfin. Tout cela basé sur la science, le rêve que la science autorise. Je suis content surtout de pouvoir changer ma manière, de pouvoir me livrer à tout mon lyrisme et à toute mon imagination. »
"[...] La science, la vérité seule émancipera l’homme toujours davantage, le fera le maître de sa destinée, lui donnera la souveraineté du monde, en réduisant les forces naturelles au rôle de dociles servantes […]" (extrait).
Très bon exemplaire, à l'état proche du neuf, du rare tirage sur papier du Japon.
Prix : 1.500 euros
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