Beaux livres anciens et modernes - Bibliophilie - Reliures - Editions originales - Livres illustrés - Estampes - Dessins - Photographies - Bertrand Hugonnard-Roche, Bibliophile - libraire.
lundi 19 août 2019
Dom Viole. La vie de Ste. Reine Vierge-Martyre. (Troyes, 1710). Rare "bibliothèque bleue" (colportage). Martyre de Sainte-Reine.
Dom Viole.
La vie de Ste. Reine, Vierge-Martyre. Avec son petit office en français, ses litanies, cantiques et oraisons. En faveur des dévots pélerins qui visitent son sanctuaire.
A Troyes, chez J. Garnier, imprimeur-libraire, Avec permission. S.d. [1710].
1 plaquette petit in-12 (14 x 8,5 cm) de 48 pages. 1 vignette de titre et 10 bois gravés à pleine page. Impression sur papier bleu.
Reliure bradel moderne demi-cuir noir, plats de papier à la colle bleu.
L'approbation pour cette édition a été donnée à Dijon en février 1697. Le texte de la vie de Sainte-Reine (qui occupe les 22 premières pages) est tiré de Dom Viole (publié pour la première fois au milieu du XVIIe siècle). Dom Viole était un religieux bénédiction de la congrégation de St-Maur.
Ce petit livret de colportage était vendu aux pèlerins de Ste-Reine. Du fait de ce mode de diffusion populaire, de l'impression sous forme d'un mince livret fragile par essence, toutes les éditions anciennes des "Vie" ou des "Tragédie" de Ste-Reine sont devenues rares. D'après Brunet il en existe une du XVIe siècle imprimée en caractère gothique (édition aujourd'hui apparemment perdue) et une autre datée de 1606 chez Oudot (très rare également). Selon les éditions au cours du XVIIIe siècle, le nombre des figures sur bois varie. Notre exemplaire en contient dix qui répondent exactement aux différentes étapes du supplice de la Sainte, jusqu'à sa décollation et le jaillissement de la source miraculeuse.
Reine, jeune bergère de 16 ans à peine, faisait paître ses moutons sous le Mont Auxois. Gauloise de noble famille très tôt convertie au christianisme par sa nourrice, elle fut torturée pour avoir choisi l'amour du Christ et la religion chrétienne. Le jeune général romain Olibrius qui voulait en faire son épouse a finalement préféré lui faire couper la tête. A l'endroit où la tête de reine tomba ensanglantée, jaillit une source d'eau vive à qui depuis l'an 252 (date de la décapitation supposée) on prête des vertus thérapeutiques (contre maladies de peau notamment). Si miraculeuse qu'en 1659 un hôpital pour les indigents dû être fondé pour répondre au nombre croissant des pèlerins venus se faire soigner par ces eaux miraculeuses. Cet hôpital est encore en fonctionnement aujourd'hui.
Référence : Morin, Catalogue descriptif de la Bibliothèque Bleue de Troyes, Genève, Droz, 1974, n°1123. Bibliothèque de Troyes, Fonds de la "Bibliothèque bleue", n°6. Socard, p. 57.
Bon exemplaire de ce petit livret populaire devenu fort rare.
VENDU
dimanche 18 août 2019
Madame la marquise de Sévigné. Madame la marquise de Simiane (sa petite-fille). Lettres à Pompone (Procès Fouquet). Lettres nouvelles (1773). Bel exemplaire en condition d'époque.
Marquise de Sévigné. [Marie de Rabutin-Chantal].
Lettres nouvelles ou nouvellement recouvrées de la marquise de Sévigné, et de la marquise de Simiane, sa petite-fille. Pour servir de suite aux différentes éditions des Lettres de la Marquise de Sévigné.
A Paris, chez Lacombe, 1773
1 volume in-12 (17 x 10 cm) de XII-393-(1) pages. Errata au verso du dernier feuillet.
Reliure de l'époque plein veau caramel beurre salé, dos lisse orné aux petits fers dorés, pièce de titre de maroquin vieux rouge, tranches marbrées bleues. Très bon état. Légères marques à la reliure sans conséquence. Intérieur très frais.
Edition en partie originale.
Ce recueil contient deux parties inédites et une réimpression :
1° les lettres de Mme de Sévigné au Président de Moulceau, et quelques lettres au même de Corbinelli et de Mme de Grignan ; une lettre du marquis de Grignan ; 2° des lettres de Mme de Simiane à d'Héricourt ; 3° les lettres, imprimées une première fois en 1756, de Mme de Sévigné à Pompone sur le procès de Fouquet.
Cette impression, singulièrement négligée, et pleine d'erreurs, surtout dans les lettres à Pompone, n'a eu probablement d'autre éditeur que le libraire Lacombe lui-même. On attribue à La Harpe la Préface qui commence le volume. L'avertissement qui précède les lettres sur le procès de Fouquet est différent de celui de 1756.
Mme du Deffand jugeait ainsi cette publication dans une lettre à Horace Walpole du 13 novembre 1773 : "Ce recueil ne fera pas honneur à l'éditeur. Il ne suit point l'ordre des dates. Sa préface m'a paru plate... Ce qu'il y a de bon et d'agréable dans ce recueil, ajoute-t-elle après une condamnation sommaire et brutale des lettres de Mme de Simiane, ce sont les lettres à M. de Pompone, dont les éditions étaient épuisées et par conséquent devenues fort rares."
L'approbation du volume, signée Crébillon, est du 21 mars 1773 ; le privilège, pour six ans, du 7 avril suivant. (Notice bibliographique, Lettres de Madame de Sévigné éditions des Grands Ecrivains de la France, tome XI, 1862).
Bel exemplaire en condition d'époque.
Prix : 700 euros
mercredi 14 août 2019
Colette. Bella-Vista (1947). Bel exemplaire de dédicace offert par Colette à Marie Aubert : "je crois bien que c'est la meilleure nouvelle que j'aie écrite".
Colette.
Bella Vista. Lithographies de Jacques Thévenet.
Editions de la Galerie Charpentier, 1947
1 volume in-folio (32,5 x 25 cm), en feuilles, 111-(1) pages. Lithographies dans le texte et hors-texte en noir. Couverture de papier crème imprimée sur le premier plat. Etui et emboîtage plein papier de l'éditeur. Légères usures à l'emboîtage. Petit froissement à l'angle inférieur de la couverture (peu visible). Excellent état, très frais.
Tirage à 300 exemplaires seulement (plus quelques exemplaires hors commerce).
Celui-ci, un des 250 exemplaires sur vélin teinté du Marais.
Exemplaire de dédicace offert par Colette à Madame Marie Aubert, avec cet envoi spirituel :
"A Madame Marie Aubert, avec une idée de derrière la tête : je crois bien que c'est la meilleure nouvelle que j'aie écrite ... Colette"
Bella-Vista est une nouvelle qui a paru pour la première fois en 1937 chez Ferenzi. Colette, la narratrice qui se nomme "Madame Colette", offre ici une auto-fiction largement autobiographique. Elle y traite des "blancs de l'existence". "Ces blancs qui me chargèrent de me fournir l'anecdote, les personnages émus, égarés, illisibles ou simples, Je ne finirais pas ma tache d'écrivain sans essayer comme je veux le faire ici, de les tirer d'une ombre où les relégua l'impudique pudeur de parler de l'amour en mon nom personnel." Elle donne cette histoire comme tirée de ses souvenirs personnels. Elle aurait acheté une maison dans le midi en 1923 et aurait séjourné pendant qu'on y faisait les travaux dans un hôtel appelé "Bella-Vista" situé à 40 km de là. Mais la réalité est déformée par Colette. En réalité c'est en 1926 qu'elle aurait séjourné dans cet hôtel tenu, non par un couple lesbien comme dans le roman, mais par un couple d'homosexuels masculins.
Belle illustration par Jacques Thévenet (1891-1989) fortement été influencé dans son oeuvre par Dunoyer de Segonzac.
Bel exemplaire de dédicace.
Prix : 550 euros
mardi 13 août 2019
Pierre Valdagne. Variations sur le même air (1896). Un des 50 exemplaires de luxe sur vélin. Celui-ci entièrement aquarellé par l'artiste. Reliure peinte par l'artiste également. Superbe.
Pierre Valdagne (oui-oui). Lucien Métivet (illustrateur).
Variations sur le même air. Roman. Par Pierre Valdagne (oui-oui). Avec quelques fioritures de Lucien Métivet.
Paris, Paul Ollendorff, 1896
1 volume grand in-12 (18,5 x 14 cm) de 249 pages. 14 dessins hors-texte (un pour chaque chapitre) et nombreux dessins dans le texte, tous par Lucien Métivet.
Reliure de l'époque plein vélin crème à la bradel. La reliure est signée Emile Carayon et le décor de la reliure a été réalisé à la peinture par l'artiste Lucien Métivet lui-même (une composition pour le dos et une composition pour chaque plat). Exemplaire relié sur brochure, non rogné, couvertures conservées. Superbe état. Quelques fines rousseurs peu visibles sur le vélin. Quelques rousseurs sur le papier de Chine des suites.
Tirage de luxe à 50 exemplaires sur vélin contenant :
- une suite complète des hors-texte sur Chine (intercalés) imprimés en deux couleurs (noir et rouge)
- une suite complète de toutes les illustrations (hors-texte et in-texte) en noir sur Chine (reliées à la fin du volume)
En outre, ce qui n'est pas annoncé, notre exemplaire a été entièrement aquarellé à la main par l'artiste (vignettes dans le texte) qui a également peint la reliure.
Exemplaire unique commandité par un amateur qui est malheureusement resté anonyme.
Voici les XIV chapitrres de ce roman : I. Le principe. II. Du partage. III. Un et un font quatre. IV. La beauté. V. Jeu dangereux. VI. L'amant. VII. La confession. VIII. La chemise. IX. L'âme. X. Jeux innocents. XI. Crainte de pire. XII. La chute de deux anges. XIII. Jeux coupables. XIV. Four in hand.
Vous aurez compris que ce roman léger tourne en rond autour de la "symphonie amoureuse", thème original et fondamental, comme l'écrit l'auteur en conclusion, thème tout nu, un peu monotone, mais un air essentiel et simple, qui offre des variations magistrales.
Lucien Louis, connu sous le nom de plume de Pierre Valdagne (1854-1937). Il fut à partir de 1886 le directeur littéraire de la maison d'édition Paul Ollendorff chez qui fut aussi son premier éditeur. Variations sur le même air est oublié aujourd'hui bien qu'on décèle dans ces cascades d'une mondaine, à chaque page l'air du temps, celui d'une fin de siècle agitée par la gaudriole bourgeoise. A vrai dire ce volume aurait pu être écrit par Willy ou surtout l'un de ses nègres. On y retrouve les éléments boulevardiers qui ont fait la renommée de ce style à l'époque. Valdagne avait beaucoup d'esprit et cela se traduit dans son écriture. Du reste ce livre est fort bien écrit et mérite une toute autre considération que celle qu'il a obtenue jusque là.
"Que devient alors la pudeur d'une femme qui s'avise de comprendre une chose pareille ! La conclusion c'est que, faute d'avoir appartenu à quelqu'un, me voici convaincue que j'ai appartenu à tout le monde !" (extrait)
Ce volume est illustré par Lucien Métivet "d'un crayon bien spirituel" comme l'écrit un critique de l'époque.
Superbe exemplaire unique du tirage de tête entièrement mis en couleurs et dont la reliure a été peinte par l'illustrateur.
Prix : 1.350 euros
lundi 12 août 2019
Laszlo Barta. Rabelais. Gargantua. Superbe édition illustrée (1934). Magnifique reliure décorée exécutée par l'artiste-relieur-illustrateur. Exemplaire unique sur Japon avec dessins originaux, croquis, suite et céramique incrustée dans la reliure Art Déco.
GARGANTUA selon le texte de l'édition critique publiée par Abel Lefranc chez H. Champion. Quarante eaux-fortes de Barta.
Aux éditions de la Cigogne, Fontenay-aux-Roses, 1934
1 volume in-folio (32,5 x 26,5 cm) de 197-(6) pages. 40 eaux-fortes en noir dans le texte et hors-texte. Lettrines historiées gravées sur bois par l'artiste.
Reliure plein maroquin vert, dos à deux nerfs placés en tête et en queue, titre doré en long, premier plat orné d'une grande céramique sculptée par Barta (représentant le visage de trois personnages du roman) sertie dans un encadrement de maroquin noir et décors aluminium, tête dorée, non rogné, couverture illustrée d'une eau-forte conservée, doublure à encadrement de maroquin serti de filets dorés, centre des doublures et gardes ornés chacun d'une aquarelle originale de l'artiste (4 aquarelles originales en tout). La reliure est l'oeuvre de l'artiste illustrateur Laszlo Barta lui-même, avec son certificat d'authenticité signé et daté (Paris, 1935) la désignant comme oeuvre unique qui ne sera pas refaite. Dos de la reliure passé (viré au gris/vert). Intérieur immaculé.
Tirage à 218 exemplaires seulement.
Celui-ci, un des 14 exemplaires sur Japon impérial (après un exemplaire unique et avant 25 exemplaires sur Montval, 160 exemplaires sur vélin de Rives et 18 exemplaires de collaborateurs sur divers papiers.)
Notre exemplaire est complet des 3 croquis originaux montés sur papier du Japon et reliés à la fin du volume, avant la suite en bistre (42 pointes sèches).
La reliure est ornée de 4 grandes aquarelles de l'artiste (gardes et contre-plats) ainsi que de la céramique originale sculptée par l'artiste (15,5 x 10,5 cm) insérée dans le premier plat.
Laszlo Barta était peintre et mosaïste. Il est né en 1902 à Nagykoros en Hongrie et s'est fixé en France en 1926. Naturalisé français, il est mort en 1961. Il a conçu des décors et illustré plusieurs livres (Carmen, Gargantua, Femmes de Verlaine, etc.) pour bibliophiles. Bénézit indique d'après le témoignage de la veuve de l'artiste : « vu les circonstances après 1932 [...], il [L. Barta] avait jugé prudent, avec l'accord de son éditeur et vu sa situation d'apatride : Hongrois et Israélite, de substituer à son vrai nom le pseudonyme de Brutus, dès lors qu'il s'agissait d'ouvrages un peu spéciaux - érotiques - ornés pour la plupart de gouaches originales. » Laszlo Barta s'est également essayé à l'eau-forte pour illustrer quelques ouvrages de bibliophilie tel que celui que nous présentons.
Nous avons eu en mains une reliure similaire avec plaquette d'ivoire sculptée par Barta pour les deux ouvrages érotiques Amies et Hombre de Paul Verlaine (tiré à 15 ex. seulement et tous uniques composés d'aquarelles originales toujours différentes selon les ex.). Nous avons également eu en mains un autre exemplaire du Gargantua relié par ses soins (et vu deux autres exemplaires).
La céramique très habilement sculptée par Barta confère à l'ensemble un charme évident.
Exemplaire unique relié par l'artiste-illustrateur-relieur.
VENDU
Les cent nouvelles nouvelles illustrées par 100 très jolies vignettes de Romain de Hooghe (1786).
COLLECTIF ? (attribuées au roi LOUIS XI ??) - A. de La SALE ?
LES CENT NOUVELLES NOUVELLES. Suivent les cent nouvelles, contenant les Cent Histoires Nouveaux, qui sont moult plaisans à raconter, en toutes bonnes compagnies ; par manière de joyeuseté. Nouvelle édition, ornée de cent figures en taille-douce et d'un frontispice.
A Cologne, chez Pierre Gaillard, 1786
4 tome en 2 volumes grand in-12 (18 x 11,5 cm) de (4)-144, (4)-V-196, (4)-158 et (4)-157-(4) pages, avec 100 figures hors-texte à l'eau-forte d'après Romain de Hooghe tirées à part (seul le frontispice est signé de Romain de Hooghe et gravé par G. vander Gouwen). Les figures ne sont pas comprises dans la pagination et portent toutes une légende de quelques lignes au bas et le numéro de la nouvelle imprimé en haut.
Reliure ancienne demi-veau marron tacheté à l'acide, pièces de titre rouges et pièces de tomaison noires, plats de papier raciné, tranches mouchetées. Reliures typiques des années 1820. Reliure très bien conservées, restées fraîches. Intérieur très frais.
Cette édition de 1786 présentes des gravures en beau tirage, bien net et bien encré. Les figures mesurent environ 85 x 75 mm. Il ne faut pas croire les bibliographes qui donnent les figures de cette édition de 1786 pour médiocres, sans doute alors n'ont-ils même pas pris la peine de les regarder, obsédés sans doute qu'ils étaient par l'édition de 1701 (également donnée à l'adresse de Pierre Gaillard à Cologne avec ces mêmes figures de Romain de Hooghe alors en premier tirage). Si l'édition de 1701 fait l'unanimité dans le cénacle bibliophilique, c'est avec plaisir et conviction que je défendrai ce nouveau tirage tout aussi joli et imprimé sur beau papier.
Il est vraisemblable que ce tirage de 1786 a été fait sur les cuivres originaux de 1701, probablement retouchés pour certains par Bernard Picart (remise en état après tirage de 1701, 1732 et 1736).
Les illustrations, souvent truculentes ou triviales, sont à l'images de celles du Décaméron de Boccace et des Contes et des Fables de La Fontaine.
Les Cent Nouvelles nouvelles, dites du roi Louis XI, sont un recueil de contes, composés de 1456 à 1461 à la cour du duc de Bourgogne Philippe le Bon, pendant le séjour que fit au château de Genappe le dauphin Louis, fils de Charles VII. Pour distraire les ennuis de l'exil du dauphin, chaque seigneur à son tour faisait un joyeux récit ; dans l'édition publiée en 1486 par Antoine Vérard, les Nouvelles portent les noms de ceux qui les contèrent, et celles qui sont attribuées à Monseigneur, sans autre désignation, appartiennent, dit l'éditeur, au dauphin lui-même. Un secrétaire, ajoute la tradition, recueillit et rédigea ces histoires qui égayaient la cour de Bourgogne s'accorde, en effet, à reconnaître aux Cent nouvelles nouvelles un auteur unique, qui recueillit sans doute ses matériaux dans les réunions de Genappe, mais qui donna au livre sa forme et son style. Cet auteur aurait été pour certains Antoine de La Sale, à qui l'on doit encore Les quinze joyes du mariage et l'Histoire du petit Jehan de Saintré. Il demeurait à Genappe, et son nom figure dans le recueil même, où se trouvent d'ailleurs les formes de pensée et de style particulières à ses autres ouvrages. Pour d'autres, tels l'historien Pierre Champion, la paternté de l'ouvrage revient à Philippe de Loan et Philippe Pot mais c'est à ce dernier qu'il propose en définitive de reconnaître la paternité complète du recueil.
Les diseurs se mettent en scène, utilisant leurs souvenirs, leurs expériences ou leurs lectures ; ils pillent, sans le dire, le Décaméron de Boccace (traduit en français par Laurent de Premierfait), les nouvelles humanistes du Pogge (Poggio Bracciolini), les fabliaux français ou la Disciplina Clericalis de Pierre Alphonse. Le rédacteur déplace les anecdotes qu'il emprunte à des livres : elles se déroulent surtout dans les Flandres et en France, en Bourgogne, parfois à l'étranger (Angleterre, Allemagne, Italie, Provence, Lorraine, Espagne).
Le titre de ces nouvelles ne manque pas de piquant : Le Baiser interdit, L’Amer Festin du compagnon qui aimait trop les femmes, Le Déshabillage de la femme infidèle, La Corne du diable, Le Festin du moine, La Femme incorrigible, La Femme du franc-buveur, Le Jeune Mari et le petit âne, Les Amants imprévoyants, etc.
Références : Cohen, 361 (pour le premier tirage).
Provenance : de la bibliothèque de Robert de Billy avec son ex libris gravé ; de la bibliothèque F. M. Caye avec son ex libris.
Bel exemplaire de ce très joli ouvrage illustré par Romain de Hooghe.
samedi 10 août 2019
Joachim du Bellay. La vieille courtisane (1949) illustrée par Léon Courbouleix. Tirage à 350 exemplaires. Livre entièrement gravé sorti des ateliers de l'artiste. Bel exemplaire.
Joachim du Bellay. Léon Courbouleix (illustrateur).
La vieille courtisane. Texte et illustrations gravés à l'eau-forte par Léon Courbouleix, imprimés à la presse à bras.
S.d. (chez Léon Courbouleix, vers 1949).
1 volume in-folio (32,5 x 25 cm), en feuilles, non paginé (71 planches gravées dont texte et 9 hors-texte et 18 compositions dans le texte. Couverture illustrée d'une eau-forte (portrait de du Bellay).
Tirage à 350 exemplaires numérotés et signés par l'artiste.
Celui-ci, un des 280 exemplaires sur vélin de cuve.
L'artiste graveur Léon Courbouleix est bien connu des bibliophiles pour ses ouvrages imprimés à la presse à bras dans ses ateliers. Léon Courbouleix a publié clandestinement plusieurs ouvrages illustrés érotiques (Le Mariage de Suzon, Les vacances de Suzon). La vieille courtisane est en tous points remarquable et qu'il faut rapprocher des folastreries ronsardiennes. Ce texte a paru pour la première fois en 1558 dans un recueil intitulé Divers jeux rustiques. C'est l'autobiographie d'une courtisane romaine qui après avoir été belle et riche dans sa jeunesse, devient sur le tard éperdument amoureuse d'un homme qui la ruinera.
Bel exemplaire, tel que paru.
VENDU
mercredi 7 août 2019
Marcel Jouhandeau. L'Imposteur ou Elise Iconoclaste (1950). Superbe envoi autographe au libraire clandestin et ami Robert Chatté (son Robert II) faisant référence à son Robert I (Robert Coquet). Exemplaire de tête sur Montval. Parfait état.
Marcel Jouhandeau.
L'Imposteur ou Elise Iconoclaste.
Les Cahiers Verts -3-, chez Bernard Grasset, 1950
1 volume in-12 (19 x 12 cm), broché, 205-(2) pages. Frontispice par Jean Cocteau (portrait de Marcel Jouhandeau). Parfait état. Exemplaire resté non coupé (jamais lu).
Edition originale.
Tirage de tête, celui-ci un des 32 exemplaires sur vergé de Montval satiné (n°5).
Exceptionnel exemplaire de dédicace offert par l'auteur au libraire-éditeur Robert Chatté (Robert II) :
"A Robert II, à Robert Chetté, que j'aime deux fois, parce qu'il aime Robert Coquet, mon Robert I, qui a tué en moi L'Imposteur. Il n'y a plus d'imposteur. Je ne suis, je ne serai jamais plus, grâce à Lui, que pur amour. Marcel. 19 février 1953."
Ce volume mérite une analyse très approfondie de l'envoi autographe qu'il contient. Robert Coquet et Marcel Jouhandeau vécurent aux dires mêmes de Marcel Jouhandeau une véritable passion amoureuse. Jouhandeau parle ouvertement de son homosexualité dans ses livres dès 1939, il est âgé de 51 ans. Marié à Élisabeth Toulemont, dite Caryathis (Elise dans son oeuvre) en juin 1929, amie de Jean Cocteau et de Max Jacob, Jouhandeau ne se détourne pas malgré tout de son penchant pour les garçons. Il expose ce penchant dans plusieurs ouvrages tels que Chronique d'une passion (1949), Du pur amour (1970), et Tirésias (1954).
Ce superbe envoi autographe nous renvoie donc à la grande passion amoureuse de l'auteur pour cet homme, Robert Coquet, par l'intermédiaire du dédicataire, Robert Chatté (Robert II), son ami. Le sulfureux Robert Chatté, peut-on lire. Robert Chatté était alors une figure éminente de la librairie clandestine, et l'un des plus grands spécialistes de la littérature érotique. Jean-Jacques Pauvert écrit dans ses mémoires : "Début 54 [...] j'avais fait la connaissance de Robert Chatté, le mystérieux libraire de Montmartre. Robert Chatté, grand, mince, très bien élevé, avec des oreilles décollées étonnantes, exerçait en appartement, prenant un grand luxe de précautions. Il n'ouvrait sa porte que si l'on usait d'un certain signal. Spécialiste de l'érotique, il avait fait imprimer aussi l'édition originale de Madame Edwarda de Bataille en 1941" (La Traversée du livre, p. 206). Une importante correspondance entre Robert Chatté et Jean Paulhan a été vendue en 2012 (plus de 160 lettres de Paulhan à Chatté). Jouhandeau et Chatté eurent d'étroites relations. On sait par quelques documents répertoriés qu'il lui offrit des manuscrits. Dans une courte notice, Pascal Pia rappelle que Chatté est mort à Villejuif, en septembre 1957, à l’âge de cinquante-six ans, "d’un cancer généralisé que, deux mois plus tôt, ses médecins habituels ne soupçonnaient point". Marcel Jouhandeau s’était efforcé d’adoucir sa fin. "Il y est, en partie au moins parvenu, selon ce que m’ont dit des tout derniers jours de Robert Chatté les infirmières de l’Institut Gustave Roussy qui l’ont vu mourir." (Pia). Voici le portrait qu'en fait de lui Pascal Pia : « Ce n’était en aucune façon un écrivain. Au fait, qu’était-il ? Lui-même n’a jamais cherché à se classer. De ses dons, extrêmement variés, il ne s’appliquait guère à tirer parti. Libraire sans boutique, commerçant sans patente, amateur sans spécialité, il ne se donnait pourtant pas des airs d’être détaché de tout. Au contraire, il laissait voir qu’une passion frénétique le possédait, mais il n’était pas moins visible qu’aucun objet ne pouvait longtemps fixer sa passion. Il a excellé dans la danse à claquettes, le maniement des cartes à jouer, l’art d’intéresser les dames de petite vertu, et aussi dans la mystification. Une de ses anciennes amies l’a toujours pris pour un Américain. Tout Parisien qu’il était, il ne lui avait jamais adressé la parole qu’avec l’accent yankee, même quand elle et lui s’affrontaient dans le plus simple appareil. En dépit de toutes ces aptitudes, il n’a jamais été ni l’artiste de music-hall, ni le teneur de bonneteau, ni le jules qu’il aurait pu devenir sans effort. Sans cesse il se trouvait en quelque sorte distrait de soi par l’un ou l’autre de ses personnages de rechange. Ses chansons ne sont pas des œuvres, mais des accidents. » Chatté fut également proche de Louis-Ferdinand Céline et de Gen Paul.
N'oublions pas que Robert Chatté n'a pas lu ce volume. Peut-être a-t-il lu le texte dans un autre exemplaire et qu'il a souhaité précieusement conserver celui-ci intact.
Très bel exemplaire, parvenu intact jusqu'à nous, qui réunit sous une seule couverture, une belle page de l'histoire amoureuse et amicale de l'auteur.
Prix : 1.150 euros
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