Paul VERLAINE
FEMMES
Imprimé sous le manteau et ne se vend nulle part. [Londres, Ch. Hirsch, 1893]
1 volume in-12 (19 x 12,5 cm), 71 pages.
Reliure strictement de l'époque plein maroquin vert sombre, dos à nerfs janséniste, dentele dorée en encadrement intérieur des plats, double filet doré sur les coupes, armoiries dorées au centre du premier plat, chiffre couronné aux initiales CM au centre du deuxième plat, tête dorée, non rogné, les deux plats de couverture imprimés en or sur papier vert chiné ont été reliés à la fin du volume. La reliure n'est pas signée. Quelques ombres au maroquin sur le pourtour des plats et dos uniformément assombri. Amorce de fente en pied du premier plat, sans gravité.
Seconde édition rare tu tirage "A" (Dutel).
Tirage à 500 exemplaires (480 ex. sur Hollande Van Gelder ET 20 ex. sur Japon).
Édition non mise dans le commerce.
Celui-ci, un des 20 exemplaires de tête sur papier du Japon, numéroté à la plume.
Ce petit volume contient XVIII poèmes libres entièrement dédiés à la femme objet d'amour et de jouissances.
De cette édition, Dutel, dans sa Bibliographie des ouvrages érotiques publiés clandestinement en français entre 1880 et 1920, distingue 2 tirages A et B pour cette édition. Deuxième édition qui fut publiée vers 1895 par C. Hirsch, alors installé à Londres ; mais l'ouvrage fut imprimé à Paris, probablement par C. Renaudie. L'ornement page 19 (Hir. 18) indique qu'il s'agit du tirage A. Il est impossible de savoir quel tirage est le plus ancien.
Dutel indique que cette édition figurait dans les catalogues (1900 et 1902) de la Maison Richard sous le n°188 au prix de 20 francs (ex. sur Hollande). Elle figure aussi curieusement dans la liste des ouvrages que Hirsch a publié dans la collection Fleurette, avec cette note de l'éditeur : Réimpression exacte et correcte de la rarissime édition originale que Paul Verlaine avait fait tirer à quelques exemplaires pour ses amis. Les admirateurs du chef incontesté de l'Ecole décadente paient au poids de l'or les copies existantes de ce curieux opuscule ; ils seront donc heureux de le trouver sur ce catalogue, édité avec soin et publié à un prix abordable. Verlaine par l'intermédiaire d'Arthur Symons a rencontré Hirsch à Londres en 1893. Le poète aurait touché pour cette réimpression douze livres sterling. (Dutel)
Références : Dutel, Bibliographie des ouvrages érotiques publiés clandestinement en français entre 1880 et 1920, n°292 (tirage A) ; Pia, Les Livres de l'Enfer, 464.
Pour le plaisir voici in extenso le poème Ouverture qui "ouvre" le volume de ces poèmes tirés de l'enfer Verlainien :
Ouverture
Je veux m’abstraire vers vos cuisses et vos fesses,
Putains, du seul vrai Dieu seules prêtresses vraies,
Beautés mûres ou non, novices et professes,
Ô ne vivre plus qu’en vos fentes et vos raies !
Vos pieds sont merveilleux, qui ne sont qu’à l’amant,
Ne reviennent qu’avec l’amant, n’ont de répit
Qu’au lit pendant l’amour, puis flattent gentiment
Ceux de l’amant qui las et soufflant se tapit.
Pressés, fleurés, baisés, léchés depuis les plantes
Jusqu’aux orteils sucés les uns après les autres,
Jusqu’aux chevilles, jusqu’aux lacs des veines lentes,
Pieds plus beaux que des pieds de héros et d’apôtres !
J’aime fort votre bouche et ses jeux gracieux,
Ceux de la langue et des lèvres et ceux des dents
Mordillant notre langue et parfois même mieux,
Truc presque aussi gentil que de mettre dedans ;
Et vos seins, double mont d’orgueil et de luxure
Entre quels mon orgueil viril parfois se guinde
Pour s’y gonfler à l’aise et s’y frotter la hure :
Tel un sanglier ès vaux du Parnasse et du Pinde.
Vos bras, j’adore aussi vos bras si beaux, si blancs,
Tendres et durs, dodus, nerveux quand faut et beaux
Et blancs comme vos culs et presque aussi troublants,
Chauds dans l’amour, après frais comme des tombeaux.
Et les mains au bout de ces bras, que je les gobe !
La caresse et la paresse les ont bénies,
Rameneuses du gland transi qui se dérobe,
Branleuses aux sollicitudes infinies !
Mais quoi ? Tout ce n’est rien, Putains, aux pris de vos
Culs et cons dont la vue et le goût et l’odeur
Et le toucher font des élus de vos dévots,
Tabernacles et Saints des Saints de l’impudeur.
C’est pourquoi, mes soeurs, vers vos cuisses et vos fesses
Je veux m’abstraire tout, seules compagnes vraies,
Beautés mûres ou non, novices ou professes,
Et ne vivre plus qu’en vos fentes et vos raies.
P. Verlaine (1890)


















